J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

vendredi 30 septembre 2011

#40: Camel "Music Inspired By The Snow Goose (2CD Deluxe Edition)"

Ce post est une réponse au débat engagé par Jimmy, face à l'apparente folie de la blogosphère, à poster tous les récents Pink Floyd remasterisés. Notamment par l'ami Lyc, toujours prompt à balancer des nouveautés que nos pauvres cartes bleues seraient tentées d'acquérir sans trop savoir - merci pour ça, Lyc - mais aussi des merveilles inconnues d'Eve et d'Adam (et souvent de Universal Music), qui font naître des passions dévorantes qu'on n'imaginait même pas dans nos rêves les plus fous. Pub, re-pub, l'homme est grand, et tout ça c'est ici :


Dans tout ça, ce qui m'énerve, ce n'est pas tant qu'on puisse encore, en 2011, s'intéresser ou même découvrir le Floyd. J'assume ma dévotion à tout ce qu'ils ont pu produire jusqu'au départ de Roger Waters, après The Final Cut. Et surtout, même après le départ de Syd Barrett. OK, A Saucerful Of Secrets a vieilli, The Wall est ultra-consensuel et Dark Side Of The Moon les a largement dépassés et leur a ouvert la porte du Rotary Club. Mais Meddle, More, Atom Heart Mother, c'était pas rien. Sans parler de Wish You Were Here, ou d'Animals, qui me remue toujours autant les tripes. Et du courage à sortir Ummagumma (inécoutable, comme le Metal Machine Music de Lou Reed, mais il était nécessaire qu'ils le fassent).

Que cela fasse oublier Genesis, j'en ai pas trop gros sur la patate, même si Nursery Cryme, Selling England By The Pound ou The Lamb Lies Down On Broadway ne méritent pas le mépris qu'on accorde aux vieillards séniles. Certes, on peut suffisamment leur en vouloir pour l'horrible suite donnée à tout ça, et pour leur collaboration à toute cette merde FM qui a pourri les années 1980, garantissant le silence radio aux nouveaux génies subversifs (Cure, New Order, Clash, Killing Joke, que sais-je).

Je voulais donc juste rappeler que, quitte à tripper sur des morceaux ambitieux, même si faciles et somme toute mainstream (on est pas chez Carla Bley ou Brian Eno), il y a des choses qui mériteraient de ne pas mourir.

D'où cet album, The Snow Goose, de Camel. J'y vais fort, c'est leur Grand Oeuvre : totalement instrumental, à part quelques choeurs de ci de là. Et se la pète avec orchestre à cordes, par moments.  Ecoutez, dites-moi ce que vous en pensez. A aucun moment l'ambition d'une oeuvre se voulant progressive - comme on disait à l'époque - ne souffre d'improvisations pénibles du genre "t'as vu ce que je fais à la guitare". La totale, question clichés. Mais même les synthés se font discrets (comme chez le Floyd, d'ailleurs, à part peut-être sur Wish You Were Here). Bien sûr, on y retrouve de la flûte traversière comme chez les affreux Jethro Tull (affreux, affreux... disons ridicules parfois). Et l'édition Deluxe propose une version live de la chose. Un peu comme la réédition de Dark Side Of The Truc. Voyez donc comment ça donnait. Au passage, ce concept-album a eu toutes les difficultés à voir le  jour parce que basé sur une nouvelle de Peter Gallica (Hein ? Qui ?), qui refusa au groupe l'utilisation du titre de son oeuvre. D'où le "Music Inspired by...". On savait déjà être pénible dans les années 1975... Limite, ça rassure.

Bien sûr, Camel manquait sérieusement d'un leader charismatique ou deux. Juste de bons musiciens pleins d'idées - oserais-je dire, comme les Clash - Pas trop doués mais sincères et inventifs et pas avares de compositions originales. Leur problème : pas de réel chanteur (à re-situer dans une époque où il fallait pouvoir couiner sur 3 octaves pour être assimilé comme tel). Et pas de belle gueule à mettre en avant sur la pochette comme David Gilmour sur Ummagumma. En ces temps-là, l'équation était simple : t'es beau, tu fais du hard, t'es laid, tu fais du prog. Amusez-vous à comparer des photos de Led Zeppelin et de Yes et vous verrez que j'ai pas tout faux.

Alors juste, puisque ces rééditions du Floyd semblent être l'événement de l'année, j'envoie une bouteille à la mer pour rappeler qu'ils ne furent pas les seuls à proposer quelque chose d'ambitieux et de toujours écoutable aujourd'hui. La réédition de ce cet album date de 2009. Depuis deux ans, les rayons de CD dans les FNAC et autres supermarchés se font bouffer par les DVD et blu-ray machins. Refusons d'un bloc l'effacement de toutes ces musiques au profit d'un ou deux artistes supposés satisfaire la clientèle à l'instant T. En coupant l'herbe sous le pied des magnats de l'édition, comme l'a fait superbement Lyc et tant d'autres en balançant la totale du Floyd sur leur blog, ou, comme je tente modestement de le faire ici (même si Camel n'est pas mon groupe fétiche N°1 à emmener sur mon île déserte le jour où je risquerai 20 ans de prison pour avoir fait ce que je fais là), en rappelant qu'on ne peut pas - qu'on ne doit pas - résumer, simplifier, faire table rase du passé, sur de simples critères financiers, et de tout ce que l'humanité a pu produire - et quelle richesse, mazette, tous ces blogs en témoignent - ces quelques trente dernières années.

Si par ce post je peux donner à un seul amateur de Pink Floyd l'envie d'écouter ou de réécouter autre chose qu'une cinquième réédition de Dark Machin of the Truc, parce que c'est le buzz aujourd'hui dans votre magasin Carrefour, j'aurai gagné. Free your mind...


jeudi 29 septembre 2011

#39: Il Etait Une Fois "Il Etait Une Fois"

Non... Il a osé ! Osé quoi ? Ce post ne signifie pas l'autodestruction du blog ! J'en connais des bien qui balancent Véronique Sanson !!! La variété française soufre d'un rouleau compresseur qui fait que très vite, une fois entré dans le système, il faut simplifier les choses, cataloguer, classer, définir un plan de marketing de façon à cibler le mieux possible le produit à une frange bien précise de la population à même de le consommer en masse. Au risque, et tant pis, de perdre ça et là quelques individus épars capables ou susceptibles d'apprécier la chose produite, même si elle ne leur était pas destinée.

J'imagine que suffisamment de daubes vous reviennent en mémoire pour que je n'aie pas besoin de les rappeler ici. A tous les punks, rockers et trublions passionnés des déviances par rapport à un plan d'uniformisation imposé par les majors, je ne citerai que quelques extraits de leurs méfaits (par ailleurs ultérieurs à cet album) : Je l'ai rêvée si fort que mes draps s'en souviennent. Est-ce moins osé que le J'ai crevé l'oreiller, j'ai dû rêver trop fort de Bashung ? Oui ? Non ? L'un est hype, les autres, has-been depuis toujours. C'était l'année dernière, je m'étais laissée faire : on dirait pas du Madonna avant l'heure ? Et, tiens, cette obscure face B : Dans les égouts, j'ai enfin trouvé l'homme que j'aime... Ecrire un truc pareil, si l'on n'a pas un minimum d'humour et de recul, je vois pas trop. Ne concluez donc pas trop vite.

Mais on n'en est pas là : on en est au premier album d'Il Etait Une Fois, un nom - et un groupe - pas plus con que Ange ou Triangle ou Variations ou je ne sais trop quoi. Même pas plus con que Metallica. La majeure partie de la bande s'était tapée le Golf Drouot comme tant d'autres, mais avaient eu suffisamment de talent pour jouer avec Polnareff. C'est pas rien, quand même. Bien sûr, arrive la belle Joëlle, blonde et californienne de son état, et les voilà tous à tenter l'aventure du groupe pop.

Et tout ça commence très pop : La Grille, chanson vaguement ésotérique et limite prog, a tout compris des glissandi de pedal-steel de David Gilmour du Floyd, et l'envolée n'a rien à envier à tout ce qui se faisait à l'époque. Bien sûr, le tube qui suit, Rien Qu'Un Ciel, a été largement balancé sur RTL, et c'est cette voie (une piste, un essai sur cet album) qu'ils suivront jusqu'à la caricature. En même temps, j'attends vivement vos commentaires pour voir ce qu'il y a à reprocher à une ritournelle aussi efficace, bien arrangée, bien sûr inspirée par - sinon les Beatles - au moins Paul Mc Cartney. Ou Georges Harrison : les paroles sont con-con, mais pas moins qu'un Here Comes The Sun.

Et j'ai envie de dire que plein de choses qui suivent témoignent d'une passion - certes franchouillarde - d'un folk-rock west-coast, ce qui n'a rien d'inavouable à une époque ou des anglais doués mais souvent pénibles jouaient avec les synthétiseurs (et des français maladroits et tout aussi pénibles faisaient pouet-pouet avec les mêmes objets parce qu'à Brie-Comte-Robert on ne faisait pas la différence). Et les références subtiles : elle mange de la confiture d'orange, elle en a plein les doigts... Remember The Lemon Song de Led Zep : You can juice my lemon 'till the juice runs down your legs... Et leur Ainsi Soit-Il - notamment le solo du milieu - reste tout à fait honorable.

Moi c'est le genre d'albums qui m'émeut au possible. Malgré les maladresses et les horreurs (La Vieille Dame, au hasard), malgré leur triste devenir (quoique... faudrait pas me pousser trop à défendre le reste). Et en plus, ça finit par une reprise (maladroite, ok) du Say Mama de Gene Vincent. En 1972, fallait oser. Peu de gens osaient. Mais on - eux - ils ont osé. En 1972. En France.

Ce soir, je suis crevé, je pète les plombs, j'envoie un truc improbable. Si vous n'êtes pas prêts à l'improbable, c'est dommage. Surtout si c'est juste parce que cela n'est pas estampillé officiellement vintage. Oh bien sûr on aurait pu vivre sans ça, mais moi je vis mieux avec, certains jours. Jetez-y une oreille... et laissez vos a priori de côté un instant...

Allez, essayez-le...

mercredi 28 septembre 2011

#38 : Rick James "Street Songs (Deluxe Edition 2CD)"

Rien que la gueule sur la photo... Tout de cuir vêtu, Rickenbacker rutilante, boots montantes rouges sang, dans un quartier visiblement délabré d'un ghetto comme il y en a tant dans ces belles mégapoles des Etats-Unis... Rien que le titre : Street Songs. Un titre à la Leonard Cohen, à la Dylan. Je vous parle de la rue, les mecs, je suis le Messie des banlieues cradingues. Et au verso, la Bête se fait fouiller, accompagné d'une demoiselle blanche et blonde de luxe - qui regarde la scène d'un air vide et non concernée - par un flic bien blanc comme on les craint tous (et surtout les blacks, dans le ghetto), pas content du tout de tomber sur cette putain de tantouze bamboula qui fout le bordel chez les autres négros et nous empêche de regarder le match de base-ball en bouffant des donuts.

Rien que la pochette, donc, donne une idée très claire de ce qu'on va se prendre dans les écoutilles. Du funk torride, une basse incroyable, des arrangements vicieux (cuivres et moog s'entremêlent avec une intelligence rare). Rick James n'est rien moins que la préfiguration d'un Prince, en beaucoup plus direct, moins intellectualisé et bien plus excitant, et un Snoop Doggy Dogg saura se souvenir de plein de choses dans cet album au moment de cartonner avec son Doggy Style. On aurait presque envie de dire que les très sympas Chic sont enterrés vifs, malgré leur Freak et leur prétendu Good Times.

Rick James fout le bordel dans le Landernau du funk, balance des batteries disco (et les violons qui vont avec) parce que plein d'humour, mais tout cela reste d'un niveau jamais atteint dans ce domaine, par ailleurs pas net du tout aux entournures, récupéré par la mafia et même par Sheila et Claude François.

Purée de bordel, voilà un album qu'on peut passer d'une traite, à donf', sans besoin de D-Jay pour veiller aux éventuelles chutes de tension. Et qu'on peut aussi écouter, émerveillé, dans son salon, épaté par les arrangements qui vous envoient dans les étoiles à chaque instant. Sans compter que le gars, en plus, sait envoyer la ballade libidineuse (Fire And Desire) avec la même classe.

Rick James était, depuis son plus jeune âge, une frappe révoltée, irrespectueuse des codes et des lois, et qui parvint à s'imposer grâce à son immense talent et son tonton Temptation de son état. A (presque) plus juste titre - encore une fois - qu'un Prince qui se servit d'une image sulfureuse et de gros mots inutiles pour attirer l'attention. Bien sûr, pas de message écolo à la Marvin Gaye période What's Going On. La misère (Ghetto Life) et le sexe (Make Love To Me), voilà les messages envoyés. Limite protest-songs, parfois (Mr Policeman), et même pop (Super Freak), Rick James bouffait à tous les rateliers d'un appétit féroce. Barry Gordy, le patron de la Motown, lit-on sur Wikipedia, aurait été choqué par son insolence, mais bon, voilà quelqu'un qui rentabilisa un moment le départ des Jackson 5, on va pas être trop regardant quand même, hein...

Bref, une pure merveille.

Et la merveille est double : le concert à Long Beach en juillet 1981, qui constitue le 2ème CD, est plus impressionnant encore. Et cela n'étonnera plus personne, que Prince n'ait jamais sorti de Live, après une tuerie pareille.

Voire triple : les remix en bonus tapent encore plus fort...

Bien évidemment, tout cela aura un coût. Cocaïne, crack et autres joyeusetés auront définitivement raison de la bête en 2004. Même si, en 1981, avec cette bombe, l'essentiel était dit.

Un conseil, passez chez votre revendeur préféré acheter des enceintes qui envoient avant de vous lancer là-dedans...

mardi 27 septembre 2011

#37: Johnny Thunders "So Alone"

En réponse au Heartbreakers que j'avais posté sur la défunte Caverne d'Ali Baba grâce à la gentillesse de Mister Moods dont j'attends désespérément le retour., voici la suite, l'album solo de Johnny Thunders. Ce qui aurait dû être un début, et qui n'a malheureusement pas été suivi par grand chose de concret. Je parle de l'album solo, et non d'un album, car la suite de sa production s'effiloche tant et si bien qu'il est difficile de considérer ses autres disques comme de véritables albums, à part peut-être l'acoustique Hurt Me, visiblement enregistré vite fait et sans grands moyens, sans grandes ambitions, sans grand espoir. Tout le monde connaît cette chronique d'une mort annoncée, que Johnny Thunders arrivera vaguement à retarder malgré une thérapie chimique peu conseillée par le corps médical et non remboursée par la sécu.

Et pourtant, tout ça démarrait plutôt bien pour Johnny. Distribué par une Major (la Warner...) ! Et démarrage impeccable, avec la reprise mémorable du Pipeline des Chantays', vibrant hommage à la surf music en pleine hystérie punk. Les Pixies sauront se souvenir du concept pour leur Bossa Nova, avec le Cecilia Ann des Surftones. Hommage à peine dissimulé ? Peut-être, mais quand on rend hommage à un beautiful loser comme Johnny Thunders, autant le dire, le crier et le faire savoir. Minables, sur ce coup-là, les Pixies. Enfin, à mon humble avis.

Et le reste est tout aussi passionnant, la ballade qui suit (une ballade !), You Can't Put Your Arms Around A Memory, reste dans toutes les mémoires, du moins les mémoires sélectives. Pour qui veut chialer devant sa bière en pensant à tant d'injustice, ou seulement à Johnny, elle est parfaite. Pour la suite, rock'n'roll (j'ai bien dit rock'n'roll, et non rock, punk, new wave ou classic rock ou je ne sais quoi) à tous les étages. Epaulé par des copains bienveillants (Chrissie Hynde, Phil Lynott, Steve Marriott (STEVE MARRIOTT !!!), Steve Jones, Paul Cook, tout le monde était venu filer un coup de main au gars Johnny, même des vieux de la vieille, des hardeux, c'est pas beau ça ? Même le très hype Steve Lillywhite à la production), c'est du bonheur du début à la fin. Keith Richards a dû en chier de honte, pendant ce temps-là Mick Jagger faisait sa tantouze sur du disco... Et le bon goût est de mise, les reprises parfaites, surtout Daddy Rollin' Stone d'Otis Blackwell avec Phil Lynott et Steve Marriott...

Le problème, en 1978, il fallait être punk, ou, comme David Johansen, Funky But Chic. Etre aux bons endroits, aux bons moments. Et Johnny Thunders était, et a toujours été, aux mauvais endroits, aux mauvais moments. Inviter un dinosaure comme Steve Marriott, has-been depuis longtemps, était commercialement suicidaire, même si c'était un rêve de fan. Inviter un hardeux comme Phil Lynott (même si... mais là n'est pas le débat), hérétique, même si Johnny Thunders savait reconnaître le talent hors des frontières marketing qu'on aurait voulu lui imposer. Et ce sax rythm'n'blues sur (She's So) Untouchable, faute de goût pour l'époque. Et encore, Johnny Thunders en avait sans doute conscience, de tout ça : la reprise de T-Rex, The Wizard, n'apparaîtra en qu'en bonus-track, lors de la réédition CD. Tout comme cette autre ballade, So Alone, qui a pourtant donné son titre à l'album. Gros sur la patate, Johnny, mais trop fier pour le montrer.

Mais que voulez-vous ? Un gars qui pique son nom à un morceau des Kinks ne pouvait pas passer sa vie à se cantonner dans la clownerie du punk-rock qui commençait déjà à devenir caricatural et commercial...

Sans doute, Johnny Thunders a-t-il été heureux, pendant l'enregistrement de l'album. Qui ne le serait pas, en balançant un chef-d'oeuvre pareil. D'une richesse mélodique incroyable, d'une énergie communicatrice, d'une émotion brute et sincère. Sans doute le flop qui a suivi ne l'a-t-il donc pas affecté plus que ça. Born to lose, là encore, alors basta...

La seule chose qu'on peut espérer, c'est qu'en l'écoutant, en refilant le tuyau, il finisse par rester quelque chose de ce disque magique. Qu'il finisse par inspirer des musiciens non par opportunisme, mais par passion. On voudrait pouvoir te contredire, Johnny :

Yes, You Can Put Yours Arms Around A Memory...

lundi 26 septembre 2011

#36: Donny Hathaway "Live"

Pour moi, cet album a été un de ces chocs hasardeux qu'on rencontre suite à des errements dans des vide-grenier ou des brocantes... Pas persuadé que ça va révolutionner votre vie, mais bon, à 2 euros le disque, hein, on peut se fier à la pochette et tenter le coup...

Le menu n'est guère affolant, de prime abord, pour le néophyte : rien d'original, un black qui reprend What's Going On, et, même pire, le Jealous Guy de Lennon (baillements) ou le When You've Got A Friend de Carole King (penser à zapper la plage 4 du CD, me suis-je dit)... vraiment, c'est bien parce que la pochette est sympa, on peut tenter le coup.

Et là, ce qu'on entend, c'est ma foi fort bien joué, le gars n'était pas un manchot du Fender Rhodes, et moi rien qu'avec ça, je tiens les 45 minutes sans problème. Et puis le mixage du truc est géant. A mon goût, tout ce qui se veut soul est bien trop souvent sur-produit, pour rendre le groove bien soyeux, et là, c'est du live brut de coffre, du groove direct et sans fioritures. Bref, ce qu'on entend en premier, ce sont les musiciens, sans trafficotages, avec des envolées improvisées qui manquent cruellement à notre époque ou le groove - que ce soit dans le rap ou le RNB - se veut protoolisé à coup de boucles certes parfois hypnotiques - mais le vieux con que je suis n'y retrouve pas toujours sa dose de musique vivante (même quand c'est Donny Hathaway qu'on sample, et le bougre s'est fait échantillonner plus qu'à son tour, c'est quand même un gage de qualité, quelque part).

Certes, Donny Hathaway n'est pas un artiste de premier rang (au risque de choquer certains d'entre vous). Quelques tubes, souvent en collaboration avec d'autres noms (Roberta Flack, au hasard), pas assez sûr de lui pour imposer sa marque (et les reprises ici en témoignent), et puis hop, suicidé et basta.

Pourtant, ce live me semble intéressant pour plusieurs raisons : d'abord, encore une fois, ça joue, ça joue ça joue, et puis il est superbement construit. Quand j'écoute certains de ces albums fort conceptualisés et pénibles de 70 minutes (et pour ça, je hais les CD qui ont favorisé le bavardage au détriment de la quintessence), j'ai parfois tendance à me dire qu'un live mythique (et non alimentaire) est un témoignage de la grandeur d'un artiste bien plus importante qu'un album "bien" produit, aseptisé. Prenez le Kick Out The Jam des MC5, auraient-ils marqué les esprits aussi fort avec un disque en studio ? Parlez-en donc à cette vieille crépinette de Peter Frampton : concept hilarant, pour payer ses traites, le voilà parti en tournée rejouant en live l'intégralité de Peter Frampton Comes Alive...

Et plus particulièrement, cet album me fait penser au John Lee Hooker de Johnny Rivers : artiste peu transcendant, mais qui, grâce à un album live bien foutu, a su mettre en valeur ses modestes talents aux oreilles nombreuses d'un public épaté. Au bon endroit, au bon moment. Tant mieux pour lui, pour nous, l'étincelle de gloire a tellement manqué à certains génies que, lorsqu'un artiste sincère arrive à décrocher un moment de gratitude et de reconnaissance, c'est toujours du bonheur.

Alors voilà, c'est lundi soir, on est tous sans doute un peu fatigué, les oreilles pas assez fraîches pour déguster l'album du siècle, alors celui-là passera très bien. Et rappellera, à tous les jeunots de l'electro, que la recherche du groove ultime, c'est aussi un bon petit groupe qui joue à côté de chez vous, si la lune est consentante, que la bière est bonne et que les musiciens, faute d'être inventifs, savent vous tenir en haleine.

En deux mots, à l'écoute de ce disque pas inoubliable, malgré, encore une fois, de grands moments (le final, notamment, Voices Inside), mais sympathique : sortez, bougez, on n'a pas besoin de la pyrotechnie du Stade de France ni des chroniques des Inrockuptibles pour vibrer un moment, même si cela n'est pas éternel. Tiens, pour vous dire, ce week-end, à la Fête de la Chèvre de Chef-Boutonne (autrement dit, au fin fond de nulle part), un groupe de baloche m'a ému sur sa reprise maladroite d'I Heard It Through The Grapevine et du You Never Can Tell de Chuck Berry.

Mon credo ? il tient en un mot :

Live !

dimanche 25 septembre 2011

#35: The Who "Sell Out"

Quand on pense aux Who, on pense généralement à Tommy, Who's Next ou encore au fantasmagorique Live At Leeds réédité une x-ième fois il y a peu, encore enrichi (mais où vont-ils chercher toutes ces bandes), on change pas un album qui gagne (coût financier quasi-nul pour Universal et pépettes en pagaille juste avant Noël, c'est d'une logique sans appel). Ces trois albums ont évidemment en commun le riff qui tue, la rythmique de plomb et les envolées vocales de Roger Daltrey. On ne va pas s'en plaindre, pour sûr, c'était kekchose.

Pourtant, il existe un joyau dans leur discographie, trop souvent oublié : Sell Out. D'abord, une pochette géniale, provoc' et drôle à souhait et puis surtout, la musique... de la Brit Pop intelligente et finement ciselée à tous les étages, même si ça cogne parfois (I Can See For Miles) et qu'on voit le vent venir... De l'immense et psychédélique Armenia City In The Sky d'ouverture, en passant par leur ode à la branlette assistée (Mary Anne With The Shaky Hand, toute acoustique et faussement innocente) ou encore I Can Reach You, au hasard, tout est ici fort agréable et rafraichissant.

Et le plus drôle, dans le cynisme dont les Who nous gratifient ici, ce sont ces fausses pubs entre les morceaux, pour la BBC, le Coca-Cola, un déodorant, etc. On en riait sans doute à l'époque, aujourd'hui tout ça paraît normal. C'est même parfois un vrai chemin de croix pour accéder au film de ce DVD que vous avez pourtant acheté... Sans compter qu'en plus d'être drôles, ces fausses pubs démontrent, si besoin était, l'imagination dont faisait preuve Pete Townshend (Heinz Baked Beans est un régal à cet égard, et la pub pour Coca Cola un poil trash - génial).

Magnifiquement remasterisé pour l'époque (1994), tout ça s'écoute d'une traite.

On en vient quand même un peu à regretter, du moins c'est mon cas, cette recette, cette empreinte - présente ici en filigrane - qu'ils n'auront cesse de reproduire par la suite. Un peu comme les Stones, une fois que Keith Richards aura découvert l'open de sol, qu'il re-casera ad libitum (Brown Sugar, Happy, Start Me Up...). Une marque de fabrique, certes. Mais quand la musique devient fabrique, usine, ça perd quand même beaucoup de son intérêt...

Et ici, malgré toutes ces pubs, ça n'est pas encore le cas...


samedi 24 septembre 2011

#34: Les Nus "Les Nus" (vinyl rip)


C'était en 1992-93, à Rennes. On avait fondé un groupe de rock crétin avec trois copains. Ca s'appelait La Redoute (c'était l'époque de la pub Ecoute Ecoute, C'est La Redoute...). On avait fichu un sacré bazar dans le Landerneau Rennais, on jouait gratuitement, contre des pizzas et de la bière. On faisait du bootleg avant l'heure, et sans le savoir : on reprenait les paroles de la Bonne du Curé sur la musique de Honky Tonk Women. Façon simple et rusée d'oser reprendre les Stones sans passer pour un groupe de baloche ringard. Et ça marchait. Je crois qu'on était vraiment drôles. Et incorruptibles. On toisait les groupes locaux de haut, assis devant notre bière, place Sainte-Anne. Rien à foutre de Brossard et Bordier, les deux manitous des Transmusicales. On était punks, même, je crois. Et vu qu'on jouait gratos, on jouait dans tous les rades, tout le temps, alors que les groupes concurrents cherchaient le cachet, évidemment, pour vivoter. Qu'est-ce qu'on était fous, qu'est-ce qu'on s'en foutait, qu'est-ce qu'on était bien, comme dirait Joe.

Et puis on est partis en tournée, dans les rades de Bretagne profonde, avec ce vieux camion. Et ça n'a pas marché. On s'est engueulés, on s'est séparés, on s'est vaguement rabibochés mais l'histoire était terminée. Le gratteux est parti jouer dans un groupe de rythm'n'blues, le batteur a suivi sa copine à Lille et je me suis retrouvé comme un con à glandouiller tout seul, à maquetter, à essayer de continuer. Et puis tous ces gens qui sont morts du SIDA, d'un coup : Dan, le photographe sympa et tout jeunot, Patrick... une hécatombe en six mois à peine.

Y'avait ce gars, avec qui je buvais une bière de temps en temps, au Petit Bar. On discutait le bout de gras. Je crois qu'il nous aimait bien. Moi je lui frimais la tête, persuadé que j'étais d'être devenu une icône du rock local. Savais pas qui c'était, et puis qu'importe, après tout. Un soir, voilà que Philippe, le tôlier, me balance "ce gars-là, c'est le seul que je connaisse qui gagne des sous grâce à la SACEM". Ah ouais ? T'es qui toi ?

- Christian DARGELOS, j'ai écrit Johnny Colère, on avait un groupe, Les Nus. Et puis Noir Désir a repris le morceau, c'est cool. Philippe, tu nous remets une bière ?

Mince. Toutes ces pages de Rock & Folk me sont remontées à la tête. LE chanteur des Nus, là, devant moi ? Planté, comme tant d'autres, victime de l'indifférence des maisons de disque après un bref instant de gloire ? Et moi qui fanfaronnais ? Petit con prétentieux que j'étais...

J'ai désespérément cherché l'album des Nus pendant des années après ça. Evidemment pas question de CD. Je l'ai trouvé à La Rochelle, il y a une bonne dizaine d'années de ça. Aujourd'hui que je balance des trucs sur un blog, il m'est revenu en mémoire. Je l'ai rippé vite fait, évidemment ça grince aux entournures. Ca ne correspond pas aux normes actuelles de confort d'écoute. Mais quelle importance...

Le voilà, tel qu'à l'époque, ou presque. Plein d'idées, un groupe en devenir qui n'est jamais rien devenu. Faites-le tourner. Un buzz, on sait jamais ? Quand on voit le tabac que fait toujours Indochine, quand on voit que Marquis De Sade et Marc Seberg vivotent encore sur des galettes numériques, y'a peut-être une place pour les Nus ? Une belle réédition CD Deluxe, histoire que Christian continue à toucher quelques royalties, parce que Noir Désir, c'est mort... et je m'inquiète pour lui.


Tracklisting :

01 - Johnny Colère
02 - Crucifixion
03 - Dorian Gray
04 - Les Yeux
05 - Le Mime Hurlant
06 - La Force De L'Islam
07 - Joli Tango
08 - L'Etrange Vie
09 - Signe Des Temps
10 - Genet Jean

Line-up :

Christian DARGELOS : chant
Frédéric RENAUD : guitares
Rémy HUBERT : claviers
François CONAN : basse
Alain RICHARD : batterie


#33: Yves Simon "Un Autre Désir"


1977, le punk gronde... même en France. Et voilà notre barbu une deuxième fois largué. Pas compris qu'il fallait envoyer la sauce, il se noie dans des arrangements des plus sophistiqués, sans doute en réponse à la simplicité (au simplisme ?) de ces nouveaux trublions qui le narguent dans son statut de chanteur culte prisé des amateurs de rock. Et se plante parfois : son Histoire de Vaurien, racontant certes merveilleusement le pourquoi du comment du fleurissement des croix gammées sur les cuirs des banlieues mais s'englue dans des soli virtuoses (que le temps a rendus fort sympathiques, ceci dit) de Claude Engel un poil déplacés. Et c'est le défaut de l'album (sans parler de la pochette à l'eau de rose) : les morceaux "enlevés" (Oublie-Moi, Police Parano Blues) sentent un peu la naphtaline, comme ses prises de position politiques (Africain). Pour la première fois, le voilà en retard sur son époque, ou tout du moins en décalage. Sort les synthétiseurs un poil trop tard, ou un poil trop tôt (Lettre A Monsieur Le Receveur de Paris 23).

Et de citer Led Zeppelin, en 1977 !... Et pourtant, après Juliet, la Zelda de Francis Scott Fitzgerald magnifiée dans la chanson du même nom avait bien belle allure. Avec ses mandolines bizarres qui nous envoyaient au Kashmir... Malgré tout, très très beau moment.

Yves Simon a vieilli, les ballades sont dramatiques et désabusées (Tu Ne Dis Plus Rien, Un Autre Désir, ceci dit magnifique à la guitare et l'accordéon), mais touchent encore parfois au sublime, même si passées à la trappe à l'époque (Caroline des Yvelines).

Un changement s'imposa pour Yves Simon, malheureusement peut-être. L'album suivant (Demain Je t'Aime) ira doucement dans ce sens. Avant que d'être, après un dernier bel effort courageux (Une Vie Comme Ca), vraiment trop largué.

La suite au prochain épisode.

Un Fantôme de Paris ?

#32: Léo Ferré "Et... Basta !"


Tentative de réponse à la grande question de ce matin : que peut-on écouter après une heure et demie de Coltrane au sommet de sa forme musicale ? Rien. Sauf si l'on délaisse la musique pour essayer d'aller plus loin avec des mots. Et là, il n'y a que Léo.

Sur cet album fantastique, Et... Basta ! Long, long monologue de quelques 35 minutes, d'une beauté rare. Impossible de ne pas penser à Gil Scott-Heron ou aux Last Poets qui, avec un accompagnement minimal, balançaient leur verve avec la même passion. Et là, notre soi-disant exception culturelle, a une réponse à cette effervescence révolutionnaire d'outre-Atlantique : Léo. Largués, les Brel et Brassens. Largués, tout le monde. Petits joueurs, les slammeurs d'aujourd'hui. Trop respectueux du format 3 minutes 30.

On sort évidemment épuisé et la larme à l'oeil devant tant de beauté... Et voilà l'estocade avec Ni Dieu Ni Maître, qu'on devrait enseigner dans les écoles, si elles étaient vraiment laïques, et si leur but était vraiment d'ouvrir les écoutilles à nos chères têtes blondes. Inutile de dire que c'est pas demain la veille. On y chantera toujours plus volontiers La Canne de Jeanne ou le Plat Pays.

Alors je pose la question : qui, aujourd'hui, ou demain, aura la carrure pour oser des choses pareilles ? A quelques dix ans d'intervalle, la musique de Coltrane et le verbe de Ferré se sont retrouvés à la frontière des possibles. Ne me dites pas qu'il n'y a plus rien. J'attends dans vos commentaires le lien vers ce que j'aurais zappé et qui me retournerait comme ces deux galettes. Mais quelque chose me dit que ça va être dur...

Pas vrai Mec ?

#31: John Coltrane "One Down One Up - Live At The Half Note"


Au risque d'en choquer plus d'un, voilà un album live qui me fait à peu près le même effet que le Motörhead : des frissons partout, une sorte d'énergie bouillonnante, l'impossibilité de rester en place, l'impression fugace de tutoyer le bon dieu et l'univers, de ressentir la note ultime, celle qui vous fait toucher les étoiles...

Rien de commun bien sûr entre les deux concerts, si ce n'est le sentiment que ça joue avec une telle passion que des mots comme talent, technicité n'ont plus aucun sens. Juste la furie, la quête de l'instant éternel, où le temps s'arrêterait, pour laisser place à autre chose....

Et le temps va bientôt s'arrêter pour John Coltrane, déjà rongé par un vilain crabe lorsqu'il envoie ces chorus hallucinés. Alors on sent d'autant plus l'urgence d'essayer encore, d'aller plus le plus loin possible dans le peu de temps qu'il lui reste. Complètement consumé par la musique, rien d'autre ne semble plus importer que de défricher encore et toujours d'autres territoires. Au risque de larguer le contrebassiste, Jimmy Garrison, en cours de route (ce moment sax/batterie sur One Down/One Up est tout simplement incroyable, merci monsieur Elvin Jones). Mais le chorus de piano de McCoy Tyner sur Afro Blue comme sur la version pharaonique de My Favorite Things laisse tout aussi pantois, et la section rythmique, incroyable tout du long, est un pur délice.

Le problème avec ce disque, c'est qu'on en sort tellement lessivé mais heureux, qu'il est difficile après d'écouter quoique ce soit d'autre. Tout paraît fade. La chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres, dirait l'autre.

Désolé, tout ceci est un peu pompeux, mais que dire d'autre d'une telle musique ? Affecter l'air pincé de l'amateur de djââze et évoquer le solfège et la musique modale ? Pas ici, pas sur ce blog. J'aurais bien trop peur de faire peur aux timides néophytes (dont je fais partie), que le nom de Coltrane impressionnerait déjà trop pour tenter l'aventure. N'ayez pas peur du vocable, les mots ici ne veulent plus rien dire. Comme se plaisait à le dire Clémenceau, ce soir de 1965 au Half Note, entre deux bourbons, "la musique de Coltrane est une chose trop sérieuse pour la confier aux critiques de jazz".
Just a Song Of Praise...


#30: Bob Seger and the Silver Bullet Band "Live Bullet"


Marrant comme l'histoire est sélective. Alors qu'un Bruce Springsteen continue (et c'est tant mieux, je ne lui souhaite aucun mal) de tenir le devant de la scène disons... "rock ricain pour cinquantenaires mais quand même supportable", malgré quand mêle de sacrées tartines de mélasse, pour rester poli (Tunnel Of Love, Lucky Town... et à peu près tout ce qui n'est pas acoustique après Born In The USA qui date quand même de 1984), personne ici ne semble trop se souvenir de Bob Seger. A part Gérard Manset, grand fan, et qui tenta quelques morceaux "enlevés" (Le Train Du Soir) dans l'esprit du monsieur. Euh... Gérard, le groove, c'est pas exactement là où tu excelles, si je peux me permettre....

Personne ici ne semble s'en souvenir, donc. Et moi le premier. J'ai retrouvé ce CD par hasard à 2 euros chez Machin Cash, l'ai acheté en me disant qu'il me distrairait dans l'autoradio pendant les 15 bornes qu'il me restait à faire pour rentrer chez moi.

Tudieu.

You are here because you want the real thing !!!

Ca commence comme ça, un présentateur anonyme qui chauffe la foule, et puis ensuite, le Nutbush City Limits des époux Turner. Cinglant. Ca m'a rappelé ce que Springsteen était certes capable d'envoyer en rappel, mais dans ses glorieuses années 1978-80. Et là, le Bob nous la pète d'entrée, et dès 1976. Et la pétait sans doute comme ça avant. Et d'apostropher fièrement le public de Detroit, greatest rock'n'roll audience in the world. Le Boss serait-il un vilain copieur ? Je croyais que c'était le futur du rock, à l'époque, Bruce ?!!!

OK. On va peut-être prendre les petites routes pour rentrer.

Et le reste roule... alterne ballades glorieuses, rock'nroll et funk soul, originaux et reprises, en toute simplicité et efficacité. De quoi rouler pendant 200 bornes et se demander si, finalement, ça vaut le coup de rentrer chez soi. Si c'est pas mieux de chercher un rade ouvert à 2 heures du matin dans la prochaine grande ville et de recommencer une nouvelle vie. Get Out Of Denver. Turn The Page.

Bien sûr, on finit par rentrer. Bien sûr, on finit par se rappeler que le monsieur a très vite, après ça, trempé dans du country rock FM d'un ennui végétal (la ballade Firelake, au hasard, minitube chez nous en 1980) et qu'on ne l'avait pas oublié pour rien. Il écrira même un tube pour les Eagles, Heartache Tonight, et Johnny Hallyday fera des choux gras de certains de ses instants (Le Bon Temps Du Rock'n'Roll, ça s'invente pas...). Beautiful Loser...

Bonsoir, ma chérie, tout va bien ? Oui moi ça va, rien de spécial aujourd'hui.

Juste, pendant 15 kilomètres, l'espoir saugrenu que le rock'n'roll, un soir à Detroit, une fois de plus, puisse changer votre vie, définitivement.

Let It Rock...

NB : Mince alors ! je viens de trouver la version remasterisée, ainsi que celle du live suivant, sur ce blog. Promis, je savais pas. Les grands esprits se rencontrent ? Oubliez donc mon lien, offrez-vous le grand luxe...

vendredi 23 septembre 2011

#29: Jean-Louis Murat "Mustango"


Il y a parfois, comme ça, des artistes qu'on déteste adorer. Soit parce que c'est ringard, mais qu'on n'y peut rien, besoin de madeleines, on assume (ou pas) (et pour moi, je vous fais une confidence, c'est Joe Dassin), soit parce que la personne physique est détestable : Céline était génial mais notoirement antisémite. Connard. Manset a envoyé tous ses disques au pilon pour en distiller des extraits remaniés en CD, parce qu'Il avait décidé que certains albums, certaines chansons, ne méritaient pas de figurer à son Panthéon (car Manset est aussi persuadé qu'il est le plus grand génie méconnu de la chanson terrestre, voire extra-terrestre). Casse-pied.

Et Murat... Murat se prend pour l'héritier de Manset, et donc se doit d'être prétentieux, désinvolte, faire semblant de vouloir cacher sa belle gueule et sa belle voix, cracher sur tout ce qui bouge. Je l'ai vu en concert au Bikini à Toulouse : "on m'avait dit que c'était nul cette salle, parce qu'il y a un bar au milieu, et que du coup les gens n'écoutent pas vraiment... et c'est vrai". Une autre fois à Saint-Lô : "bon, là on va dire que c'est le rappel, on évite les applaudissements et la sortie de scène, je vous joue les trois dernières chansons direct". Sympa pour "les gens" qui avaient raqué cent balles pour venir. Méprisant au possible.

Et pourtant, c'est désespérant, injuste mais réel, Murat a eu plein d'éclairs de génie. Dont ce Mustango, sorti en 1999. Enfin correctement enregistré, avec de vrais musiciens, aux Etats-Unis (fini les synthés pouet-pouet du Manteau de Pluie et autres), l'album est magnifique. Salaud. Mais je suis forcé de le dire. De la ballade d'ouverture (Jim) en passant par l'envolée lyrique de Nu Dans La Crevasse, jusqu'Au Mont Sans-Souci, tout seul au piano, c'est vraiment de la très très belle ouvrage.

Bien sûr, il y a cette voix unique, qu'on adorera ou qu'on détestera. Quelques moments datés (la chanson anti-FN : "Mégret serre les fesses, voilà Les Gonzesses et les Pédés..."). Mais dans l'ensemble, les moments de haut-vol l'emportent (à peu près tout le reste...).

Bien sûr, on n'est pas dupe : la tournée suivante, après cet album organique, fut constituée des mêmes morceaux, ré-arrangés pour synthés, samplers et sa Majesté à la guitare. Genre, je fais mon Bob Dylan et je re-triture mes chansons à l'envi. Hé, Jeannot, on a beau être en Phrance, on connaît nos mythes et nos classiques, tu vas pas nous la faire. Copieur. Sauf que ces arrangements fonctionnaient aussi (l'album live Muragostang (que je me retiens de poster pour l'instant, mais...) - et le sinistre concert au Bikini durant lequel j'ai assisté aux sorties méprisantes de l'Artiste - en témoignent).

C'est la première fois que j'espère secrètement que vous détesterez mon post. De la même façon que le Jean-Louis est détestable. Mais j'ai bien peur que vous ne tombiez malgré tout dans ses filets...

Alors, Viva Calexico ?



jeudi 22 septembre 2011

#28: Them Crooked Vultures "Them Crooked Vultures"


S'il y a bien un truc qui n'a jamais fonctionné, ou presque, durant les glorieuses années 1970 remplies de guitar heroes et d'icônes de tous genre, et même après, c'est le "supergroupe". Prenez des artistes géniaux, mettez-les ensemble et... il semblerait que leurs génies s'anihilent mutuellement. Un maître du genre, c'était Al Kooper (auto-proclamée organiste de talent depuis qu'il avait joué les trois célèbres notes de Like A Rolling Stone), mais on peut aussi citer Asia, mélange de Yes, King Crimson avec en plus (de mémoire) John Wetton. Une horreur. Seule exception : If I Could Only Remember My Name de David Crosby, avec toute la bande du Grateful Dead, Steven Stills & co. Mais sinon...

Il aura donc fallu attendre les années 2000 pour qu'un Jack White parte fonder les Raconteurs (on arrivait quand même au bout de l'expérience White Stripes) ou Dead Weather. Mais le summum, c'est quand même Them Crooked Vultures : Josh Homme des Queens Of The Stone Age à la guitare et au chant, Dave Grohl des Foo Fighters (et oui, bien sûr, de Nirvana, mais bon, on va pas continuer à lui coller ça sur le dos pendant toute sa vie, si ?) et... John Paul Jones de Led Zeppelin, tout content d'apporter ses talents de bassiste heavy à cette belle jeunesse (et riant sans doute sous cape, personne n'avait songé à inviter Jimmy Page, bien fait !).

Voilà ici un album moderne et épatant de rock stoner/heavy qui balance furieusement. Dave Grohl est un des meilleurs batteurs de notre temps (peut-être parce que guitariste aussi ? Un batteur avec des oreilles ? Waah... pas fréquent), Josh Homme est le futur du rock, et tout ça est très bien soutenu par le bassiste/pilier garant de la tradition. L'anecdote est amusante : tous les essais "cool" (claviers, guitare sèche, etc.) ont été évacués du disque. Dans ta gueule, point barre.

Et quelle barre ! Sans rire, l'enchaînement des six-sept premiers morceaux est une véritable tuerie. Même si personnellement je trouve que ça s'égare un peu sur la durée, un jeune (27 ans) ami à moi m'assure que non, non, c'est trop de la balle jusqu'à la fin. Alors, si la jeunesse le dit...

Pouvait-on rêver mieux que ces breaks torturés par un bassiste habitué à ça ramenant parfois le clavinet utilisé sur un Trampled Underfoot d'un autre âge, avec un batteur largement capable de tuer le maître (John Bonham) et d'y ajouter une petite touche de modernité ? Avec un gratteux pas dégueu, qui, surtout ne chante pas comme une vieille fille en rut comme c'était le crédo avant dans tout ce qui se voulait estampillé hard rock (ou presque) même si on retrouve parfois une influence estampillée Cream (Scumbag Blues) loin de nous déplaire ?

Une merveille, un bol d'air...

Go ahead for the New Fang !

mercredi 21 septembre 2011

#27: Pink Fairies "Never Neverland"


J'avoue, le Motörhead précédemment posté m'a émoustillé, énervé (normal, je l'ai re-écouté avant de le poster et... waaaaouh !), alors me voilà en train d'un poster un autre. Il ne sera décidément pas dit que je passe mes soirées à écouter Yves Simon.

J'avoue aussi que les commentaires enflammés, surtout celui de Keith, m'ont donné envie d'enfoncer non pas le clou, mais le marteau-piqueur. Et je réitère MON credo, en ce qui concerne le heavy metal, le hard rock ou je ne sais pas quoi : brutalité et simplicité sont les mamelles de la Bête. Complexité façon Metallica et breaks à rallonge, Tendresse apparente façon tous ceux qui ont cachetonné sur des slows à 3 balles, ou encore Finesse et Raffinement dans le dosage du Marshall (Led Zep) n'ont rien à faire là. On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace, et quand on pose une galette estampillée Heavy sur la platine, on ferme les écoutilles, et on laisse tout simplement le cerveau reptilien fonctionner. Gaffe à tout ce qui pourrait se trouver autour : bières, trucs et machins, gonzesses, on dévore. Et s'il y a rien ni personne, c'est encore mieux. On peut pousser les potards jusqu'à douze, et c'est pas une mandoline qui va nous gâcher la face (du vinyl).

Autrement dit : Do It.

Et c'est le premier morceau de ce combo au nom improbable (Pink Fairies !), à la pochette rebutante pour le monstre qui s'échappe de notre corps (râââh ! du rock progressif ? planant ?).

Voilà un groupe qui en 1971 balançait ce qu'il pouvait avec la rage en d'dans, comme disait l'autre, bien avant les punks, avec cette image très regrettable certes, et quelques errements, mais déjà cette façon, encore timide, d'aller de l'avant direct dans le sternum. Oh certes, un peu trop mous par moments, mais jamais fins. Jouant comme des manches plutôt que jouant à maîtriser leur manche (de guitare). Maladroits et directs.

Bien sûr, il y a plein de moments calmes, mais jamais prétentieusement virtuoses. Jamais fleur bleue. Et surtout, surtout, cette rythmique dans les moments sauvages, qui dévaste les petits elfes et viole les gentilles fées venus là par hasard le temps d'un mid-tempo trompeur. Ca finit toujours mal.

Alors au final, un groupe avec un look pareil, chantant Teenage Rebel, en 1971, ça vaut tout l'or du monde quand on connait la suite. La voilà, la passerelle entre le rock alambiqué du début des seventies, le punk et Motörhead.

Bring happiness to this never neverland...

PS : demain la Maison est fermée, faudra patienter jusqu'à samedi. Profitez-en pour vous décoller la face de votre écran et sortir un peu...

mardi 20 septembre 2011

#26/ Motörhead "No Sleep 'Til Hammersmith" (2-CD Complete Edition)


OK, OK... semblerait qu'il y ait une frustration de la part de Keith pour absence de Heavy Metal ici... Et ce juste après le regret de Jimmy sur l'absence de jazz... C'est ma faute, j'aurais dû consacrer ce blog au folk anglais ou à la chanson française des années 1973-77, ou... mais mon problème, c'est que je suis passionné par tous les rateliers, donc je peux pas. Donc je réponds, en l'occurence à cette commande : t'en veux du bruit ? T'en as !

Motörhead, c'est mon petit péché mignon (enfin, mignon...). Depuis mon adolescence, j'écoute du rock, parfois hard, et je déplore à chaque fois qu'un groupe s'estampille heavy, qu'en guise d'excuse ou par opportunisme purement commercial, se glisse dans les albums un slow libidineux (hello Aerosmith, Scorpions (aaaargh !!!) et Metallica (multinationale dont les rapports des conseils d'administration sont disponibles en CD)), un machin country-rock (façon Gun's Poses - pardon - Roses) ou un truc pseudo-folk (hi ! Led Zeppelin), genre "on sait aussi jouer de la guitare acoustique et on est des vrais musiciens comme Fleetwood Mac".

Que nenni chez Motörhead. On peut lancer la galette dans le bouzin, décapsuler tout le pack de Kro d'un coup, y'aura pas besoin d'une tisane au beau milieu de la face B. Du brut, du terrible, dans ta gueule pendant les 10 morceaux de l'album. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'entend là que des machins très forts sans intérêt. Tout ça est nourri à la tripe à la mode de Caen, assaisonné comme il faut, gardant une ligne punk du début à la fin (fonce, fonce, on freinera au dernier moment). On parle de plus en plus de développement durable, c'est le cas ici. On n'achetait pas nos 33 tours de Motörhead pour se fader un baaaaaby I loooove you sooo en plein milieu. On voulait se faire un shotgun musical, s'entendre dire oooh... aaah... bref, en prendre plein la figure tout du long - durable, donc. Et là, on ne pouvait compter que sur eux, sur Motörhead. Lemmy avait assez traîné avec Hawkwind (longs morceaux certes violents, mais hypnotiques, avec - horreur - de la flûte traversière comme chez les bouseux de Jethro Tull et du synthé comme chez les étudiants en art de Genesis) pour comprendre qu'un shot, ça dure 3-4 minute, et qu'il faut doubler la dose au suivant. Quitte à s'écrouler avant la fin de l'album, mais ça, man, tu l'as voulu, tu l'as eu.

Aah ! Lemmy et sa basse Rickenbacker fuzzée à mort !!! Renvoyant le gratteux au rang de décorateur intérieur. Tout compris le gars : la puissance, c'est le duo basse/batterie. Et pas seulement dans le funk. Le reste n'est qu'aménagement paysager, petits fours et huile de foie de morue pour faire passer l'ensemble. M'étonne pas que Bill Wyman ait quitté les Stones. Un trio gagnant, je vous dis. Tout, tout, tout compris.

Alors lequel choisir ? Y'a la trilogie (la Sainte Trinité plutôt) que constitue le tryptique Overkill/Bomber/Ace of Spades. J'ai eu très envie de poster Overkill, parce que produit par Jimmy Miller (producteur cinglé et génial remember les Rolling Stones d'Exile On Main Street ou Sticky Fingers ?). Le message ici reste simple : It's only rock'n'roll. But rather speed...

Mais au final, le live consacrant cette trilogie est plus terrible encore. On parle ici de brutalité, et rien de tel qu'un live pour en témoigner. Led Zeppelin, bien trop intellos et ambitieux pour se cantonner à cette exégèse, font chier en live. Soli genre "tu la veux ma Gibson", passages planants histoire de rentabiliser le Mellotron, soli de batterie histoire de désaoûler, vocalises histoire d'emballer... Niet. Va pas.

Alors voilà No Sleep 'til Hammersmith, dans sa version longue pour les plus courageux et endurants, enregistré en pleine gloire après les trois albums pré-cités, et qui envoie sa dose du début à la fin. Et qui prouve, à qui voudrait en douter que oui, ils mettaient (mettent) le feu comme personne d'autres. Pas de concessions, pas de fioritures. Aucune crédibilité artistique à revendiquer. Pas de producteur à faire chier sur les arrangements (même si, Jimmy Miller... mais bon...).

Y avait-il besoin de poster la version Deluxe ? Je sais pas. L'album initial était simple (dans tous les sens du terme), concis et dévastateur, et donc très bien comme ça. Conceptuellement parlant, ça changeait du double album souvent rasoir et coûteux. Mais comme ce genre de brûlots devient rare, le junkie du décibel pourra apprécier - et constater - que le reste du concert non présent dans l'édition originale vaut son pesant de steak tartare, et que les versions alternatives du 2ème CD démontrent, si besoin est, que le live initial n'était pas une simple compilation de moments miraculeusement déchaînés. La bande à Lemmy, à l'époque (1981), balançait ça tous les soirs.

Et puis, si, quand même, une séquence émotion : une chanson dédiée aux roadies (We Are The Road Crew). Ca, c'est particulièrement classe. La plus belle leçon d'humanisme dans le monde du rock au jour d'aujourd'hui. Pas moins.

It's a bomber !!!

lundi 19 septembre 2011

#25: Carla Bley & Paul Haines "Escalator Over The Hill"


Je me souviens, c'était un article dans Libé, vers 1994-95 qui m'avait intrigué. Ah que qui quoi ? kesako ? J'ai foncé chez mon disquaire, trouvé l'objet, et je me suis cloîtré chez moi à écouter l'objet. En boucle pendant des mois.

OK, je l'ai dit, je ne suis pas une encyclopédie du jazz, j'aime trop le rock pour apprécier les errances jazz-rock d'un Weather Report, et trop la (bonne) chanson pour ne pas pouffer de rire quand nos gaulois tentent la crédibilité rock (Cabrel, au hasard, baah...). Mais là, ce qui m'a sidéré, dans le papier de Libé et sur ma chaîne ensuite, c'est cette sorte d'opéra free jazz, auquel ont participé des gens aussi divers que John Mc Laughlin, Gato Barbieri et Charlie Haden (pour ceux qui aiment le jazz), Jack Bruce (pour ceux qui vénèrent Cream) et Linda Rondstadt (pour ceux qui n'ont peur de rien). Sous la houlette de cette petite gonzesse, débarqué visiblement en Californie avec sa guitare sèche (genre Joni Mitchell), et qui a su, sans passer les étapes académiques, faire admettre ses talents d'arrangeur, de pianiste et de compositeur dans un milieu quand même - enfin j'imagine - fermé.

Avec le poète Paul Haines, les voilà barrés pendant 4 ans à monter ce projet improbable, sorte de Parapluies de Cherbourg sous psylocibine, de Magicien d'Oz sous psychotropes. Et les grands noms cités (et plein d'autres) de suivre. Sans se soucier de continuité conceptuelle dans leur propre carrière. De la musique libre, à l'image du Liberation Orchestra de Charlie Haden...

La musique ? wouh ! comment décrire tout ça ? Passages mantras (la fin du 3ème vynil ne s'arrête jamais, vous savez, le coup du sillon sans fin - ici joyeusement reproduit pendant 17 minutes), errances parfois très très free, mélodies d'une rare beauté (Little Poney Soldier) à d'autres instants, influence Kurt Weill évidente, riffs drôlement bien envoyés à d'autres, psychédélisme à tous les étages... Un disque exigeant, pas facile, foutraque autant que maîtrisé. Un réelle ouverture vers d'autres horizons. Dont on ne peut plus se passer une fois qu'on y a goûté, même si, à l'image des meilleurs alcools, il est parfois difficile (et non conseillé) de vider la bouteille d'un trait. Un disque qui propose des idées pour une décennie entière, voire plus. Que dis-je, un florilège de possibles pour qui est prêt à aller - sinon plus loin - du moins ailleurs.

Moi, ça m'a grossi ma discothèque d'une bonne dizaine d'albums de la Carla (pas la brunie, Bley), ça m'a ouvert à Charlie Haden. Par exemple. Mais je pense que les effets peuvent varier selon les individus. Tom Waits n'a pas dû y être insensible, à mon humble avis. Même si, grand merci à Linda Rondstadt pour son abnégation, on n'ira pas lorgner du côté de la country FM à la suite de cette expérience.

Allez, tentez l'escalator...

(PS : n'importe quel Zappa passera facilement après ça, au passage...)

dimanche 18 septembre 2011

#24: Yves Simon "Macadam"

Allez, un petit Yves Simon pour finir le week-end et bien démarrer la semaine...

Soyons clairs : Les Fontaines du Casino - la chanson - est une des plus pures merveilles d'Yves Simon. Nostalgique, touchante, géniale (la batterie qui ne rentre que 30 secondes avant la fin - il nous rafait le coup mais c'est diablement efficace), rajoutez tous les adjectifs que vous voudrez. Un chef d'oeuvre, tout simplement.

Et la suite est à peine moins bien. Après la petite chute de tension de Regarde-Moi, revoilà le Vosgien au meilleur de sa forme (y'a pas à dire, les eaux de Contrexéville, ça requinque !). On n'y compte pas moins de trois moments inoubliables (en plus de la chanson sus-dite, Demain Nous Ne Serons Plus Jamais Seuls et Jungle Gardenia se posent là), un semi-tube (Macadam), une redite (Qu'est-ce Qui Se Passe Aujourd'hui - tu nous l'avais déjà faite avec Paris 75, Yves...), un ratage aussi, certes (Je Ne Saurai Rien De Ta Vie) et le reste à l'avenant.

On sent ici Yves Simon arriver au bout d'une logique, d'une idée (enfin, de pleins d'idées convergentes, plutôt). Et d'une époque (basse/guitare sèche/batterie/claviers). Au final, on en aurait aimé encore quinze comme celui-là. Mais l'époque va changer, et Yves Simon aussi. Et dans cette course effrénée pour être un poil en avance, il ne perdra pieds que bien plus tard. Il reste des belles choses à re-entendre. Stay in tune.

C'est par là.


#23: Propellerheads "Decksndrumsnrocknroll"


Je suis né avec les oreilles décollées. Passées les premières brimades à l'école, j'en suis finalement pas malheureux. Joe Dassin et Michel Delpech ont illuminé mon enfance. Et puis première grosse claque, à onze ans : Bob Dylan. S'en suivirent toute la mouvance progressive de l'époque (oui, j'ai écouté Genesis !), Neil Young et les autres et puis... deuxième grosse claque avec les Clash et surtout XTC : des morceaux de trois minutes pouvaient t'envoyer dans l'espace en moins de temps que les 22 minutes d'Echoes de Pink Floyd.

La 3ème grosse claque, ce fut en 1996, bien plus tard donc. Je découvris au hasard d'une grosse teuf que ce qu'on appelait "la techno", c'était écoutable. C'était avec Leftfield. Et puis les Chemical Brothers me sont rentrés dans les oreilles par effraction avec Dig Your Own Ground en 1997 et enfin, cet album unique des Propellerheads : des platines, de la batterie et du rock'n'roll ? J'en fichai mon billet et me pris la chose direct dans la figure.

Qu'en dire aujourd'hui ? Le morceau avec Shirley Bassey reste éternel, la reprise de la BO de James Bond marrante, et le reste groove plutôt pas mal.

Bien sûr, 1998, c'est la préhistoire de l'electro, l'ancien testament. La suite m'a vite lassé, toujours un peu la même chose (à part, peut-être Boards Of Canada, un de ces jours si j'y pense...) mais finalement quoi de plus normal ? On a mis facilement 200 ans à explorer les possibilités de l'orchestre - de Bach à Debussy, tranquillement 50 ans à défricher les promesses du jazz - de Jelly Roll Morton à Albert Ayler, certainement plus de 20 ans à cerner la rock music - d'Elvis Presley aux Sex Pistols, alors... l'electro... quoi, 5-10 ans et puis voilà, la messe fut dite.

Dans cette course vers le futur, cet album continue de me toucher : balayant le trip-hop, la techno et le rock'n'roll (oui, il y a de vraies guitares, de vraies batteries là-dessus) d'un revers de manche, les Propellerheads ne durèrent que le temps de cet album. De fait, ils sont aujourd'hui moins grotesques que ce que sont devenus les Chemical Brothers, et toutes les idées à venir dans ce domaine sont ici en germe.

Alors voilà, je poste l'album pour mettre un peu les boules aux jeunots qui investissent dans les logiciels à la mode, le macbook et tout ça : OK les gars, vous avez tout sur un plateau, mais maintenant soyez créatifs et inventez la suite !

Take California !




#22: Frank Zappa "Joe's Garage Acts I, II, III"


Dimanche après-midi pluvieux et manque d'inspiration, alors je joue au ping-pong et réponds au Club des Mangeurs de Disques avec un autre Zappa, Joe's Garage. Un Zappa aussi accessible aux néophytes. Celui qui m'a ouvert la porte de son univers (j'ai eu un peu de mal avec Uncle Meat juste après, mais maintenant je digère tout). Tu m'en veux pas Jimmy ?

Concept album initialement sorti en 1979, alors que Zappa venait de signer chez Columbia (enfin libre... la Warner lui censurait ses disques), en deux fois (Act I en album simple et Acts II & III en un double album, un peu comme un feuilleton...), Joe's Garage tacle allègrement la censure (tout cela se passe à une époque où la musique est interdite, avec le "Scrutateur Central" en guise de Big Brother...). Tout y passe, les concours de T-Shirts mouillés (Fembot In A Wet T-Shirt), les groupies (Crew Slut - un thème omniprésent chez Zappa), la chaude-pisse (Why Does It Hurt When I Pee), la musique country (Joe's Garage, le morceau), la variété à 3 balles (A Little Green Rosetta)...

Et comme toujours chez le moustachu, derrière l'humour gras se cache un artiste hors-pair. Alors qu'à la fin de l'histoire, Joe est arrêté et interné, il se rêve un solo de guitare libérateur, l'immense Watermelon In Easter Hay.

Tout finit bien, la morale du Scrutateur Central c'est qu'il suffit de jouer de la guitare dans sa tête, et trouver un bon job. Et pourquoi pas, aujourd'hui, s'acheter une Wii et se faire une petite partie de Guitar Hero le vendredi soir entre amis après une semaine harassante et trois conseils d'administration ?

Ca n'est sans doute pas le meilleur album de Zappa, après un acte I dévastateur, ça se dilue un peu (Sy Borg, bof...) mais il me semble malheureusement plus que jamais d'actualité, d'où ce choix. Une fois n'est pas coutume, je me ferai le traducteur (très approximatif) d'un extrait des notes de pochette écrites par Zappa lui-même :

"Joe's Garage est une histoire stupide traitant de la façon dont le gouvernement essaie de se débarrasser de la musique (une cause première d'agitations de masse non désirable). C'est une sorte de pièce de théâtre lycéenne à trois balles... comme on aurait pu en faire il y a 20 ans, avec des peintures murales et ce genre de choses. C'est aussi comme ces prospectus que des crétins vous balancent (vous alertant sur les différents risques de débauche - genre les anti-dépresseurs conduisent à fumer de l'herbe, ce qui vous conduit aux drogues dures, etc...).

Si l'intrigue vous paraît un peu absurde et l'idée d'un Scrutateur Central appliquant des lois qui n'ont pas encore été votées vous fait marrer, soyez heureux de ne pas vivre dans un des joyeux petits pays où, actuellement, la musique est soit sévèrement contrôlée... soit, comme en Iran, totalement illégale."

On va pas jouer les paranoïaques, mais entre le Scrutateur Central et le dispositif Hadopi, je ne fais pas trop la différence...

Keep it greasey...

samedi 17 septembre 2011

#21: Léo Ferré "Amour Anarchie"


J'avais envie de poster un album de l'Immense Léo Ferré, mais lequel ?

C'est incroyable, quand on constate que Brel et Brassens sont reédités à tour de bras, repris à droite à gauche, sacralisés et digérés, de constater que Léo Ferré ben... oui, ok, on trouve les albums, mais il n'y aura sans doute jamais d'émission spéciale sur TF1. Tout au plus C'est Extra passe-t-elle parfois sur Radio Nostalgie mais pour le reste...

Pour le reste, l'immense reste, presque vingt ans après sa mort, si on pouvait l'oublier, ça serait pas plus mal. Se rappeler de Ferré comme on se rappelle d'un Victor Hugo : un génie, oui, mais bon, de là à l'écouter ou le relire, non merci, et c'est tant mieux. Trop anarchiste pour notre pauvre société (donc trop dérangeant), trop exigeant pour nos pauvres oreilles (quoi ! ce monsieur dirigeait un orchestre et n'a jamais cédé aux arrangements faciles (comprenez : vendeurs) !).

J'ai longuement hésité quant à l'album à choisir : Des choses comme le tryptique Ludwig/Le Bateau Ivre/L'Imaginaire sont superbes, mais face à l'effort du label mené par le fiston pour rendre tout cela toujours disponible, je n'ai pas osé. Quitte à jouer au vilain pirate, j'ai préféré taper dans la période Barclay, qui ne rapporte pas un kopeck aux ayant-droits. Barclay, qui n'a cessé de mettre des bâtons dans les roues de l'artiste, qu'ils jugeaient par trop révolutionnaire et pas assez vendeur. Une fois ce postulat déontologique admis, Amour/Anarchie s'est imposé avec évidence.

Avec évidence, parce que ce double album montre un Léo Ferré mordant, gueulant, mais tendre aussi. Un Léo Ferré prêt à s'encanailler avec la jeunesse de l'époque (le groupe Zoo, qui apparaît dans plusieurs chansons, dont la terrible Le Chien). Même si cela a vieilli (La "The" Nana, plein d'autres), Ferré prenait des risques, Ferré allait de l'avant, capable de ranger ses exigences harmoniques et musicales pour mieux atteindre un public prêt à le suivre, prêt à mordre.

Et puis, cet album contient ce chef-d'oeuvre, La Mémoire et la Mer, d'une beauté incroyable. Qu'il faut avoir écouté, au moins une fois dans sa vie avant de décider de ranger Léo Ferré au panthéon des grands artistes pénibles et rasoirs.

Album de transition, entre le Ferré poète rive-gauche aux arrangements "chanson française" datés et l'anarchiste désespéré aux errances jazz/pop (parfois un peu raides, il est vrai), il mérite qu'on arrête d'en parler, et qu'on le re-écoute.


(Après réflexion, j'aurais pu poster aussi Et... Basta ! ou L'Espoir... Une autre fois peut-être ?)

#20: Kid Creole & the Coconuts "Fresh Fruit In Foreign Places"


Sans transition avec le post précédent. Caramba ! En ce début des années 1980, il fallait être post-punk, cold wave ou à la limite funk, mais façon intello (Talking Heads, au hasard). Fallait surtout pas déconner. On attendait la 3ème guerre mondiale, on se suicidait (Ian Curtis), on faisait la grève de la faim dans les geôles anglaises (Bobby Sands), bref, on s'occupait comme on pouvait, en suivant à la lettre le slogan No Fun cher aux Stooges.

Et puis un beau jour de 1981, un OVNI débarqua dans le Landerneau des corbeaux New Yorkais : Kid Creole & the Coconuts. Mazette, rien que le nom !!! Et la musique !!! Mélange de mambo, de salsa salace, de rumba, de reggae, de funk façon James Brown, que des trucs dansants et rigolos. Des personnages hauts en couleur (Kid Creole et Coati Mundi), des donzelles mignonnes et craquantes assumant leur rôle de potiches de luxe derrière, et cet album, Fresh Fruit In Foreign Places, qui mit tout le monde parterre et consacra la victoire des Rigolus face aux vilains Tristus. Et, le pire, vous savez quoi ? C'était un concept album, une sorte d'opérette exotique, avec un scénario et tout et tout. Un concept album ! Comme Jethro Tull ou Pink Floyd ! Aarrgh !

Et le mieux, c'est que tout ceci a merveilleusement bien vieilli. Malgré quelques guitares datées (mon dieu, cette satanée pédale chorus !), tout ceci aurait pu sortir demain ou en 1924, tout pareil. Percus, cuivres, vibraphone sont de la fête. Un machin qui vide la tête, un bol d'air, on en avait bien besoin à l'époque. Imaginez, il n'y avait pas encore à l'époque de club de danse Salsa dans toutes les communes de la Creuse ! La musique Cubaine n'avait pas encore été récupérée par Wim Wenders et Ry Cooder, et cette chose était donc complètement en dehors des modes. Un pavé dans la mare de tequila.

Certes, Kid Creole transformera l'essai en pépites avec le suivant (Tropical Gangsters et ses tubes interplanétaires imparables que sont Annie, I'm Not Your Daddy ou I'm A Wonderful Thing, Baby), mais cet album est bien plus varié, plus riche, plus drôle (ach ! écoutez donc In The Jungle, Schweinerei, Latin Music, I Am...bref, tout !!!).

L'héritage de ce disque sera énorme : La charmante bassiste des Talking Heads courra fonder les rigolos Tom Tom Club, plein d'autres oseront à nouveau le fun et bien plus tard, un certain Manu Chao se souviendra d'Animal Crackers. Et l'on se rappellera que lui et la Mano Negra n'ont finalement rien inventé.

Embarquez sur leur cargo, la croisière s'amuse !

Let's go in search for Mimi...


#19 : Il Giardino Armonico "Vivaldi - Les 4 Saisons"


S'il est deux domaines dans lesquels je suis un cuistre profond, c'est bien le jazz et la musique classique. Elevé à grandes lampées de variété, de pop et de rock, je n'ai jamais été entouré de gens suffisamment passionnés pour me scotcher sur un canapé et me faire avaler des sonates jusqu'à ce que j'en redemande. Pour le jazz, c'est à peu près la même chose, si ce n'est que je voue une passion pour Duke Ellington. Avouez que c'est quand même un peu banal.

Alors oui, je sais, poster les 4 saisons de Vivaldi, c'est un peu tartignole à première vue. Et pourquoi pas aussi le Canon de Pachelbel ou la 5ème de Beethoven ? Les lecteurs ahuris en attente d'un nouvel Yves Simon (ça vient, ça vient...) doivent pester de rage. Du calme.

Je suis par contre un passionné de folk, de musiques traditionnelles et... ben... écoutez cet album. Au-delà des ritournelles bien connues du père Antonio, vous entendrez chanter les mandolines et grincer les violons presque comme sur un album du Bothy Band. Il Giardino Armonico défriche, entaille et fait vivre cette vieille musique comme s'il s'agissait d'un reel irlandais joué dans un pub devant une pinte de Guinness. Je vous le jure. La musique classique me semble un colosse trop hermétique pour que je puisse m'y attaquer, mais là, comme dans le rock, je suis fan du groupe, Il Giardino Armonico, ensemble italien fondé dans les années 1985 par le merveilleux Giovanni Antonini. Je piste, je collectionne. Ils ont également balancé une version des concertos Brandebourgeois de Bach assez phénoménale, mais là, avec Vivaldi, c'est l'extase. Et pour ceux que les 4 saisons rebutent vraiment trop, écoutez donc l'Andante du concerto en sol majeur pour deux mandolines ici présent également. Ca arracherait des larmes au batteur de Mötörhead.

Mamma Mia, si on m'avait dit un jour que j'écouterais de la musique ritale, autre qu'Adriano Celentano ou Lucio Dalla, je ne l'aurais pas cru.


vendredi 16 septembre 2011

#18: Bob Dylan & The Band "The Basement Tapes"


Le plus grand fake de l'histoire du rock : Bob Dylan, suite à un accident de moto en 1966, se retrouve à moitié mort à l'hosto. Silence média pendant deux ans. Puis il revient fin 1967, John Wesley Harding, album tranquille et mystique, mais qui contient All Along The Watchtower, rapidement repris énergiquement par Jimi Hendrix, et qui remettra Dylan en selle, pour, à nouveau, reprendre son poste de guide, de gourou de la jeunesse hippidéaliste des sixties.

Mais de cela,il ne voulait plus.

L'accident de moto, c'était peut-être une côte cassée, mais rien de plus. Après les émeutes liées à l'incompréhension de sa démarche jusqu'au-boutiste de sa tournée électrique de 1966, la rancoeur et la fatigue l'avaient poussé vers une autre démarche : ok, les gars, je suis allé jusqu'au bout du personnage. Alors rions un peu, tuons le personnage, et laissons (via un business de reprises lucratif) les autres chanter mes chansons, I'm Not There....

Dans cette optique, ces Basement Tapes, enregistrées dans la cave de sa maison à Woodstock en 1967 (pas mal pour quelqu'un sensé lutter contre la mort sur un lit d'hôpital) constituent une recherche visant à redéfinir la musique américaine, rapidement maquettée, mais par d'autres - à vous les gars (Manfred Mann, The Byrds...) de la porter, moi je fais des gosses, touche les chèques et basta.

D'où l'ambiance plus que décontractée, les grosses blagues (Clothesline Saga parodiant la chanson narrative façon Ode To Billie Joe), les trucs émouvants qu'il ne porterait désormais plus à bras le corps (Tears of Rage, This Wheel's on Fire...). Et le Band de boire du petit lait, d'en prendre de la graine et de préparer enfin son coming-out, en germination ici : Music From Big Pink.

Les bandes pirates de ces sessions sont douze mille fois plus passionnantes encore, car emplies de reprises, de faux pas. Mais la remasterisation de l'album officiel est tellement bien foutue que j'ai choisi de me limiter à cela : le fameux double album officiel de ces chansons, qui ne devaient pas voir le jour par leur auteur, sorti huit ans après les séances, Columbia se sentant lassé d'être doublé par les bootleggers. Je vous ai déjà balancé du rude, avec Harry Smith, je vous ménage donc ici...

Jamais on n'entendra Dylan si décontracté - tout cela a été enregistré entre la poire et le dessert - jamais on n'aura vu en même temps germer un groupe - The Band - encore relégué au statut de backing band, mais tout cela donne des idées. Et vu les talents de ses membres, des classiques naissent ici discrètement dans la cave : Bessie Smith, rien que elle-là, la voix de Richard Manuel... respect.

Le Grand Intellectuel Greil Marcus a comparé ces séances à l'Anthology d'Harry Smith, précédemment postée. En 400 pages, il vous explique pompeusement que l'idée est la même : Dessiner cette République Invisible d'une Amérique qui ne se dit pas, qui vit sous les tirages des journaux et les déclarations de ses dirigeants, indifférente à l'image qu'on peut s'en faire par ailleurs.

Pas faux, Greil. Suffit de saisir notre Bob Dylan cherchant juste à écrire des chansons pour les autres, entre deux reprises (absentes de la version officielle des séances, j'ai un pirate en 12 CD de la pseudo-intégrale du projet, du moins ce qui a été récupéré à droite à gauche, c'est vous dire comment tout cela est ici ramassé).

Cet album, c'est une troisième petite mort pour Dylan. Après avoir cassé le folkeux, il se fait une entorse à moto et tue le rocker, là, il tue l'artiste. Tout cela se passait en 1967. Combien de fois est-il mort et ressuscité depuis ? Une étape, dans une voie initiatique passionnante. Un moment d'histoire, fort intéressant.

#17 : Yves Simon "En Public Au Théatre de la Ville (avec Transit Express)"


Hmm... celui-là je l'ai volé grâce au lien de Jimmy, les plus filous d'entre-vous l'auront déjà récupéré grâce aux commentaires (comme quoi ça sert de les lire et, pourquoi pas, d'en laisser, aussi). Une découverte, pour moi, que cet album. Où plutôt, un vague souvenir. Il trônait dans le bac des vinyls à 14,90 F chez Carrefour, fin des années 1970, et je l'ai pas phagocyté, à l'époque.

Donc, je le découvre presqu'en même temps que vous. Qu'en dire... Musicalement, pas essentiel. On n'avait pas en France le sens du live qui tue, à cette époque-là. Disons que c'est un résumé du "tour de chant" qu'Yves Simon proposait en 1975. OK, Transit Express joue bien derrière. Mais n'attendez pas de version transcendante des titres connus. Plutôt, et plus simplement, un peu d'intimité avec un artiste peu loquace sur sa création par ailleurs. A ce titre, la très longue intro précédant Sur les Bords de la Moselle est on ne peut plus émouvante. Son humble hommage à David Mc Neil (Odyssée) est tout à son honneur : oser reprendre la musique d'un autre en y collant ses paroles, personne ne se le permettrait plus aujourd'hui. Retenez ce nom, David Mc Neil. Vous en trouverez bientôt ici. Et puis, quand même Regarde-Moi sonne mieux que la version studio, trop bidouillée à coup de chorus/flanger, mal produite.

Ceci dit, il était temps à l'époque de sortir un live. De botter en touche, de poser une virgule. A mon humble avis, comme je l'ai exprimé dans un post précédent, le 3ème album était un cran en dessous des précédents. Fallait se re-saisir. Prendre le temps. Faire patienter. C'est marrant d'ailleurs de constater, dans ce live, combien il y a de vieilles chansons du premier album - et pas que les tubes (Rue de la Huchette, Sur les Bords de la Moselle...). Moment de doute ?

Alors que le live à Tokyo, précédemment posté, constitue un testament de ce qu'aura été Yves Simon en public et au sommet de son art dans les 70's, un feu d'artifice glorieux, celui-ci reste une parenthèse, un moment rare, mais pas inoubliable. Rare, dans tous les sens du terme. Les complétistes apprécieront, les autres pourront rester indifférents. Touchant, quand même par ses maladresses et son côté à fleur de peau. Entendez par là que y'a de l'émotion qui circule, mais pas de quoi vénérer la chose. C'est vendredi soir, il y a d'autres choses à faire que de télécharger des mp3.

Mais plutôt que de regarder la télé...

Allez, je fais un effort, voici la track-list :

01 - L'odyssée
02 - Le Joueur d'Accordéon
03 - Sur les Bords de la Moselle
04 - Demain nous ne Serons plus Jamais Seuls
05 - Regarde-Moi
06 - Au Pays des Merveilles de Juliet
07 - Rue de la Huchette
08 - J'ai Rêvé New York

jeudi 15 septembre 2011

#16 : Yves Simon "Regarde-Toi"


Première déception dans sa discographie : c'est lui qui le dit : "Vous marchiez Juliet sur le bord de l'eau avec la vendeuse des bagues du métro, tout ce que j'ai dit s'est enfui" (Tout Ce Que J'ai Dit). En effet, rien de mémorable dans cet album. Pire encore, en 2011, les "sillons de polyvinyl noir" et la description protestataire du Paris 75 sont ma foi bien datés.

Le savoir-faire est encore là, et les amateurs d'arrangements datés (Yves Simon n'est plus en avance sur son époque, il est juste en plein dedans, ceci dit c'est déjà pas mal) mais fort sympathiques y trouveront leur compte. Pour ma part, je trouve que l'album sent la recette, malgré la beauté des moments acoustiques : OK, Yves, t'as voyagé, tu nous sors plein de noms de villes où on n'ira jamais - ou plus tard - quand on aura trente ans, mais ça suffit pas, ça suffit plus. Et puis, tes intonations à la Gainsbourg, là, mouais...

Rien que la pochette, le voilà assis parterre, sur ses lauriers. Premier symptôme des dommages à venir. Mais bon, on en est encore au stade de la rougeole, le pire est à venir et il y a encore du très bon avant l'horreur des années 1980. Un album agréable, voilà... une pierre dans l'édifice, malgré tout.

Et puis, rien que pour Petite Mauve, ça vaut le coup...

#15 : Anthology of American Folk Music Edited by Harry Smith


Tout d'abord, mille excuses, entorse au Règlement : c'est du mp3 128 Kbps que vous aurez ici. Et mal taggé en plus. Ca ne se reproduira plus, mais ça se produit pour trois raisons. La première, c'est que le matos ici fourni a été enregistré dans les années 1920-1930. Vous avouerez que le mastering, la souplesse des graves et la brillance des aigus importe peu. La deuxième raison, c'est que du coup les trois double albums initialement parus au début des années 1950 tiennent dans un gros zip de 230 Mo - ce qui évitera à ceux qui ne crachent pas au bassinet de Rapidshare de ne pas être limités par le nombre de téléchargements parallèles.

La troisième raison - la plus importante peut-être, c'est l'urgence à répondre au débat qui fait rage sur le Club des Mangeurs de Disques au sujet du Kick Out The Jams du MC5 : d'aucune titillent parce que l'album a vieilli, qu'on a fait mieux depuis et patin-couffin. Sans vouloir jouer à l'ancien combattant, il est des stèles, des pierres angulaires qu'on ne déboulonne pas comme ça, sous prétexte que ça ne répond pas aux canons du confort d'écoute de nos années 2010. Sinon, ben y'a plus qu'à poster du Justin Bieber, parce que niveau dynamique, ça envoie mieux.

Ce que je vous offre là, c'est - pour ceux qui le désirent - un véritable trésor. Même Justin Bieber ferait mieux de tendre l'oreille. Toute notre culture musicale prétendument rock, ou hip-hop, ou même variétoche façon Cabrel vient de là, de l'idée de ce monsieur, Harry Smith. Pour ainsi dire, le père des blogueurs. Rien de moins. En plein Mc Carthysme, ce génial hurluberlu décide de compiler ses vieux 78 tours des années 1920 en une anthologie de la musique du peuple américain. Et non en une anthologie de la musique populaire américaine. La nuance est de taille parce que American Folk - Music se traduit par musique du peuple américain, et American - Folk Music se traduit par musique folk américaine. Déjà, là, c'est dit, le terme de "folk", il vient de là. Vous êtes en train de télécharger les Tables de la Loi. Et l'idée suprême, ce n'est pas d'enregistrer d'obscurs rednecks jouant du banjo dans le Kentucky, non, c'est de dire : voilà, tout ceci a été enregistré, pressé sur vinyl, et vendu à des milliers d'exemplaires avant la crise de 1929 aux Etats-Unis. C'est donc bien une musique populaire, surtout à une époque où si l'on trafiquait du moonshine whisky dans toutes les fermes, il était très délicat de pirater des mp3. Raisonnement très WASP, finalement : si les gens achetaient ça, c'est que cela les représentait.

Rajoutez à tout ça un peu d'ésotérisme, et - dans les notes de pochette tapées à la machine, l'absence volontaire d'indication sur la couleur de peau de l'artiste (pas question de blues ou de country, juste des chansons), et voilà le premier album pirate (la compilation a été éditée sans aucune autorisation des labels qui avaient fait faillite depuis plus de vingt ans), anti-ségrégationniste, de l'histoire de la musique américaine.

Mais surtout, ces quelques disques ont révolutionné la musique. Ont expliqué aux petits jeunots de l'époque (Bob Dylan, Joan Baez...) qu'il n'était pas nécessaire d'être un virtuose pour pousser la chansonnette et émouvoir les gens. La suite est connue, depuis Dylan jusqu'aux Sex Pistols et plus avant encore - en passant par le MC5. Et chez nous, un jour, Maxime Le Forestier dit "fuck" à Jean Sablon. Et les buildings de Tin Pan Alley s'écroulèrent.

On peut le regretter. Le syndrome do/fa/sol régna superbement pendant des dizaines d'années, mais quand même, quelle aventure !

Alors, au final, qu'entendrez-vous là-dedans ? Des choses tout simplement étonnantes, merveilleuses, étranges. Rustres, certes, mais prodigieuses. Un coup de banjo par ci, un bling-bling de guitare par là (non, Carla Bruni n'y figure pas, mais écoutez donc Didier Hébert, cajun de son état, dans I Woke Up One Morning In May (c'est en français, malgré le titre), il en joue encore plus mal, plus mal encore que votre nièce qui prend des cours depuis six mois, mais bordel, quelle émotion). Et pour les anglophones, des textes terrifiants. Ces fameuses murder ballads chères à Nick Cave. Des horreurs, qu'on chantait aux enfants pour qu'ils ne s'égarent pas au-delà du champ de maïs familial. Tiens, rien que la deuxième chanson, Fatal Flower Gardens. Terrible : des gamins jouent au ballon, hop, le ballon tombe dans le jardin de la voisine. Le plus téméraire va le récupérer et se fait assassiner par la-dite voisine, tout ça sous fond de Hawaian Steel Guitar très mignonnet. Le story board et la bande son que même Tarantino n'a pas osé à ce jour.

Et tout ceci est bien structuré : Ballads (les deux premiers disques), Social Music (les deux suivants, mêlant allègrement gospel et violoneries redneck) et Songs (les deux derniers disques, les plus beaux à mon très humble avis). Et les diamants, certes non polis, fusent. Mais je m'emballe, ce post est déjà trop long ! Voyez cet article sur wikipedia pour retagger les fichiers, en apprendre plus (mais finalement les noms des artistes et les titres des morceaux importent peu...) et plonger dedans. Ca demande du temps d'apprendre à nager mais...

C'est un voyage merveilleux.




Le Monsieur là, c'est Clarence Ashley, jouant The Cuckoo pendant un festival folk revival dans les années 1960. L'original est bien évidemment à déguster dans l'Anthology...