Sans hésiter, l'album le plus jouissif du Jon Spencer Blues Explosion, groupe éclatant par ailleurs, qui renvoie à mon humble avis les White Stripes dans les vestaires. Mais ne soyons pas méchants. Mais alors, ne comparons pas ? Et tout ceci est-il incomparable ? Ah quel dilemne !
Bon, alors disons que le Sweet'N'Sour a la plus belle intro destroy qu'on ait pu entendre depuis les Stooges, que ça continue comme un morceau des Stones sous adrénaline (ce qui a l'avantage de ne pas procurer l'envie irrésistible de grimper à un cocotier, quand on n'a plus l'âge, pas comme d'autres substances). Rock'nroll, le mot est lâché, le moteur emballé. Le turbo prêt à exploser.
Un disque qu'on évitera donc d'écouter à Brie-Comte-Robert, où la vitesse est limitée à 50 km/h. Ailleurs aussi, me direz-vous. Mais là-bas aussi, répondrai-je.
Que dire de la suite ? She Said, qui suit, est un morceau imparable, un tube, un hit. Ou aurait du l'être, dans un monde parfait. On ne peut que repenser aux Stones, si tant est que ce disque soit fait pour penser, ce qui n'est pas le cas.
Et le reste suit, jouissif et brutal, mais - pour une fois chez Jon Spencer - avec en plus un véritable souci de composition, ce qui n'est pas toujours le cas chez l'animal pour qui la furie prend le pas sur le contrepoint très fréquemment. Explosion, oui, toujours, mais Blues aussi (même si déjanté, voir, ou plutôt écouter Down In The Beast). Et ici, pas de plan remix vaguement groove, comme c'est parfois le cas sur certains de ses autres albums (Acme, au hasard).
Et puis, même, une séquence émotion : le défunt Elliot Smith, dont on appréciait pourtant toute la délicatesse, se fend ici d'un duo avec le maître les lieux sur Tore Up & Broke, mais j'arrête là, car ça rend triste, et ça n'est pas le but de cet album. Citons donc plutôt Dr John, venu gratter quelques accords sur Hold On (comme si l'album manquait de guitare, par ailleurs...), et la soupe vaudou prend bien, donc personne ne s'en plaindra.
Je disais donc que cet album n'est pas incomparable, mais en réécoutant tout ça, je me dis que peut-être bien que si. Shakin' Rock'n'Roll Tonight, qui pourrait bien nous sortir encore un truc pareil ? Un monstre triploïde issu d'un croisement génétique entre Eddie Cochran, Lemmy et Alan Vega ? A part ça... Et ça continue, ça continue... les morceaux défilent et c'est véritablement l'extase. Over And Over est vicieux à souhait, rien à voir avec son homonyme de chez Fleetwood Mac, Mother Nature aurait pu commencer comme un Neil Young avec Crazy Horse mais l'ami Neil n'est pas assez funky pour nous livrer un truc de cette trempe... on ne peut pas tout faire, tout avoir... Il faut en laisser un peu aux autres et c'est très bien comme ça.
Et voilà, ça finit même sur un truc à l'intro acoustique façon Country Honk des Stones (encore eux). Il aurait pas été produit par Jimmy Miller, ce disque, des fois ? Non, mais presque. Par Steve Jordan, immense batteur (de Stevie Wonder, notamment) qui joua à l'époque dans les X-Pensive Winos de Keith Richards et co-produisit les deux albums du pirate des Caraïbes. Tiens donc... Bon, il a aussi joué avec Eric Clapton, mais tout le monde a besoin de manger, non ?
Et basta, on se dit qu'on vient de passer 40 minutes de rock'n'roll pleines d'excitation, et c'est très bien parce que la semaine va être longue.
Et je me dis que je n'ai même pas critiqué les inconditionnels de Purcell ni les aficionados de Lionel Hampton, ce qui est normal car il n'y a pas lieu de les critiquer.
Mes amitiés aux habitants de Brie-Comte-Robert. Et d'ailleurs. Il ne sera pas dit que j'en veux à la France entière !
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
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lundi 14 novembre 2011
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