J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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dimanche 21 octobre 2012

# 143 : "Bahamas Goombay 1951-1959" Frémeaux & Associés

A chaque coup, leurs compiles double CD, c'est du lourd. Frémeaux & Associés, des gens extraordinaires. Capables de balancer une rétrospective du Western Swing de 1932 à 1943, et juste après une anthologie dédiée à Vincent Scotto (incroyable song-writer, compile qu'il faudra que je poste un de ces quatre, tiens !). Toujours avec talent, avec un livret hyper-documenté, et des pépites en veux-tu en voilà. A chaque coup, soit ils font le boulot eux-même, soit ils trouvent la perle rare capable de constituer le truc définitif. Et cette compile-là ne déroge pas à la règle. Du pur bonheur, 44 chansons made in Nassau, Bahamas, à une époque où les américains étaient trop occupés à  construire des abris anti-atomique pour guincher autour d'un Martini.

Sous le soleil des Bahamas, point de nuages. Même des bluesmen comme Blind Blake ont la blue note joyeuse et chaloupée. Goombay, donc, kezako ? Ben, euh... A vrai dire, je n'en sais trop rien. Un truc qui aura duré le temps du twist et du hulla-hop, guère plus, visiblement. Et j'ai eu la flemme de lire le livret, ne comptez donc pas sur moi pour faire l'érudit. Mais bon dieu, Uncle Joe, Gimme Mo' par Vincent Martin & His Bahamians, que c'est bon !

Et le reste à l'avenant, bien sûr. Dans ce genre de trésor, vous avez deux options : soit celle de vous caler avec un rhum vieux et un cigare de La Havane au coin du feu et laisser le bon temps rouler, soit celle, tout aussi jouissive, consistant à picorer dans le menu au hasard des titres : Yes ! Yes ! Yes !, Coconut Water Rum & Gin, Zombie Jamboree, Dance The Goombay, Nassau Calling (bien moins flippante que London Calling, garanti !), Spirit Rum et les autres...

Cerise dans le Martini, quand je vous dirai que tout ceci a été compilé par Bruno Blum, maître de la musique des îles de ce côté-ci de Rock & Folk, j'aurai tout dit. Du bon du bon du bon... Et puis Goombay ou Calypso ou tout ce que vous voudrez, tout cela demeure guilleret d'un bout à l'autre. Car tout, ici, est basé sur le backbeat, celui qui rend les filles jolies sur la piste de danse, celui qui fait mal à la tête au bout d'un certain nombre de rhums-coco, ce backbeat que les rednecks, dans leurs folies bluegrass à 150 km/h comme les Jamaïcains dans leur ska et leur reggae, respectant par contre les limitations de vitesse, tenteront de préserver sans jamais en donner la recette à des rockers par trop binaires.

Les grincheux me rétorqueront que Frémeaux & Associés n'y vont pas avec le dos de la cuiller, vendant leurs compiles au prix fort. Certes, on trouve aujourd'hui des coffrets 3, voire 4, voire 5 CD de country ou de blues même pas dégueus chez Super U. Comme on y trouve du steack de vache de réforme. Hola ! Ici, on parle de faux-filet taillé dans de la Parthenaise, de la vraie bonne viande, hein ! Du genre qui dégueule pas ses hormones au contact de la moindre noix de beurre ! Et puis, après tout, ce soir c'est moi qui invite. Gambas, coco, rhum à tous les étages, du bon, du bio, du complètement acoustique ! Pas de zouk synthétisé à grands coups de DX7 ! Ah que non ! Des gens qui groovent avec une pauvre guitare en bois, un piano déglingué, une contrebasse et quelques tambours ! Slow food attitude ! Slow beat, calypso, laissez-vous chamarrer par le Goombay !!!

I Need It !

dimanche 9 octobre 2011

#51: Frémeaux & Associés "Marseille 1921 - 1951"

Oui, oui, je sais. Frémeaux et Associés, c'est pas ceux qui chantent sur le disque. Masi moi, je les élève au même rang qu'un Phil Spector, genre le(s) gars qui ne di(sen)t pas un mot mais qui fait (font) prendre la mayonnaise - ou - en l'occurence ici, l'aïoli. Hommage aux compilateurs de tous bords, eux sont les rois dans le business français. Des passionnés, des curieux, qui vous font passer du blues des années 30 à Vincent Scotto avec le même bonheur. Des qu'on pourrait comparer à des Jimmy ou des Keith Michards, mais avec le sens du commerce, osant encore sortir des CD dans cette époque maudite. Qu'on imagine bien turlupinés quand il s'agit de limiter à 40 morceaux une compile intitulée Harmonica Blues, alors qu'ils en ont une centaine sur les rangs. Il faut savoir trancher, ciseler, compacter. Ca ne tiendrait qu'à moi, je leur accorderait volontiers le prix de Meilleurs Ouvriers de France.

Hommage à Frémeaux & co. donc, mais pourquoi Marseille ? Euh... C'est mon post N°... 51 !... OK, c'est de l'humour à trois balles, et justement, de l'humour il y en a plein ici. De la merveilleuse Bouillabaisse de l'immense Fernandel à l'hymne définitif à la paresse que constitue Aujourd'hui Peut-Être de Fernand Sardou (oui, oui, le père du petit con...). Et du rythme, de la mélodie, du swing à tous les étages.

Le livret nous apprend qu'en ces temps immémoriaux ou Robert Johnson rencontrait le diable non pas à la croisée des chemins mais chez Columbia qui le paya trois francs six sous pour ses oeuvres définitives et l'obligea ainsi à traîner les routes jusqu'à la mauvaise rencontre, définitive, Marseille était une place réputée et exigeante pour qui voulait se lancer dans le Music Hall. A la croisée de l'Europe et de l'Afrique, de tous les continents, il fallait en avoir pour mettre tout le monde d'accord. Et pas seulement une tripotée de critiques branchouilles comme le grand père de JD Beauvallet. Un peu comme, serais-je tenté de dire, Detroit, pour qui se sentirait l'ambition de mettre à genou le monde du rock'n'roll.

Les chansons à la gloire de la cité Phocéenne abondent, vous vous en doutez. Et qui en voudrait à ces chansonniers de toiser fièrement la capitale à l'heure où un Jean-François Gravier n'avait pas encore écrit Paris et le Désert Français ?

A l'image des Minstrel Shows aux Etats-Unis, où des blancs singeront les noirs, nombre d'artistes parisiens singeront leurs pairs Marseillais (comme l'opportuniste Jean Sablon ici présent...). C'est bien connu, quand on est admiratif et jaloux, on se moque. Sans compter que c'est de Provence que nous vient, à peu près à la même époque, la première oeuvre digne des tragédies grecques du XXième siècle, avec les Marius/Fanny/César de Pagnol. Bien plus près de nous, c'est toujours grâce à ce même humour qu'un groupe comme IAM, en dansant le Mia, permettra l'explosion du rap - pardon - de la tchatche - en France. Special hommage à Massilia Sound System, aussi.

Autrement dit, c'est toujours d'ailleurs que nous viennent les plus belles richesses. Alors remettons ces chansons à l'honneur avant qu'elles ne soient définitivement englouties dans l'antre innommable de la Bête fasciste. Les mystiques et les gitans nous rappelleront par ailleurs que Marie-Madeleine avait débarqué pas loin, à l'époque vraiment très lointaine où notre beau pays était encore accueillant. 

Sans avoir le moindre besoin d'en croire un mot, même si ça n'est pas la vérité, gardons-en l'esprit. Frémeaux & Associés ont imprimé la légende sur deux CD.

Ca c'est Marseille !

PS : promis, pour le prochain post, on revient à quelque chose de plus furieux...