J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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samedi 15 avril 2017

# 203 : The Heliocentrics "A World Of Masks"

En fait si j'ai cherché à partir en Martinique, c'est que je sentais la cinquantaine approcher, la routine m'endormir et le ras-le-bol de la société post-Charlie m'envahir. Etais-je encore capable de plier les gaules, tout lâcher pour partir ailleurs ? Laisser la belle maison et le jardin ombragé du Marais Poitevin ?

J'ai largué plein de choses, de disques surtout. Des trucs sans doute très bien, mais dont je n'avais, sur le long terme, que foutre (j'ai en mémoire les Raconteurs, des trucs du genre).

Je suis parti tout seul avec ma guitare et mon ordi, ma petite famille m'a rejoint six mois plus tard. On a eu un été d'enfer, la plage, les cocotiers...

Et puis je me suis chopé une pancréatite qui m'a séché. On m'a parlé de cancer à l'hôpital, je me suis vu et senti mourir. J'ai passé un an de diagnostics en maux de ventre, j'ai mes doses de scanners que même à Fukuchima il te faut un bail à long terme pour en profiter autant.

Je me suis soigné à grand coup de Grateful Dead, de manière complètement obsessionnelle (et ce blog en témoigne). J'ai perdu des amis (quand tu arrêtes de picoler, t'es moins drôle le samedi soir... va chier sale con).

Alors ce blog j'y reviens doucement. Je l'ai longtemps ignoré, comme j'ai ignoré les futilités de toutes sortes. Même pas acheté l'avant-dernier Dylan. Un truc de fou.

Aujourd'hui ma vie a changé. Je suis capable de n'acheter qu'un disque quand je suis de passage chez Gibert, deux fois l'an. Et la fibre optique est arrivée jusqu'à mon trou perdu, quartier Là-Haut, Rivière-Salée. J'en suis à mon deuxième disque dur d'1 To, et plus rien ou presque ne m'émeut. Peux plus m'émerveiller sur le dernier combo blues-rock (ça me fait bailler), le buzz m'ennuie plus qu'il ne m'énerve (tenez, les King Lizzard machin, euh... non mais sérieusement à part jouer les anthropologues de la fin des sixties, y'a quoi là-dedans ?).

Du temps où j'achetais des disques, l'effort de mettre la galette dans le lecteur me poussait à écouter au moins dix minutes du dernier Raconteurs. Malheureusement le glisser-déposer ne laisse presque plus aucune chance à l'industrie du disque. Même pas écouté le mix mono du premier Doors, et heureusement que le coffret ne prend pas la poussière sur l'étagère, ça fera ça de moins à déménager.

Et pourtant, il faut imaginer Jeepee heureux, comme Sisyphe : Téléchargement/excitation/écoute/corbeille, inlassablement. Et parfois le miracle. Le truc qui va devenir indispensable, que c'en est à peine croyable. Malgré un premier morceau pas terrible, le disque ne devenant palpitant qu'à la quatrième plage, A World Of Masks.  Comment a-t-il pu tenir jusque là ? Conjonction des astres ? Insomnie ? Quimbois ? Va-t-en savoir, mais en tout cas, me voilà accroc aux Heliocentrics.

Oh rien de bien tumultueux. Je serais dans un mauvais jour, je leur taillerais un costard comme aux King Lizzard, genre copie/conforme d'un truc déjà entendu mille fois. Sauf que, à ma connaissance, malgré la hype pour le krautrock, j'en connais pas des mille et des cents à aborder le rock par le versant Can, et à y arriver aussi magistralement. Toute ressemblance avec Egge Bamyasi ou Tago Mago est sans doute absolument faite exprès, n'empêche que c'est à la fois pas tout à fait pareil et presque pas différent. Rajoutez-y la voix jazzy d'une inconnue tchétchène se prenant pour Madeleine Peyroux, et la rythmique (forcément) obsessionnelle sur laquelle se greffent ici un accord de piano, là du bruit, parfois de la guitare, fontionne parfaitement.

Et puis voilà un groupe qui privilégierait (et ça s'entend) l'approche live aux boucles post-modernes (Can je vous dis) et qui gagne en fraîcheur. En modernité. Autant que peut l'être (et le restera) un Sun Ra (écoutez-moi The Silverback !). Je ne les connaissais ni d'Adam ni d'Eve, ces larrons-là, mais me voilà hameçonné. Je les écoute, ils m'empêchent presque d'écrire. Paraît-il qu'ils ont tourné avec DJ Shadow (l'homme d'un seul album, Endtroducing, à mon avis mais bon...), n'empêche qu'ils évitent tous les pièges du trip-hop sous cellophane (vous ai-je déjà évoqué Can ? Non parce qu'écoutez-moi un peu Oh Brother !)

Alors arnaque ou pas, Canada Dry de l'année peut-être, n'empêche que ce disque sent bon la psilocybine et pas l'infusion bio de la superette du coin. C'est déjà suffisamment enivrant pour se le mettre très fort dans les oreilles.

Je serais vous j'essaierais. Y'a des liens par ici. S'ils ne fonctionnent plus je ferai un effort.

lundi 3 avril 2017

Joe Dassin (four down, six to go)

Un peu pour me faire pardonner de mon poisson d'avril qu'Audrey a gobé alertement (attention aux arrêtes, Audrey), voici la suite de ma série des 10 artistes ayant le plus compté pour moi. Comme à chaque fois, y'a de quoi terroriser sa bande passante et gaver son disque dur. Ce post est pour toi, Audrey, voici donc non pas l'album de Joe Dassin que j'avais posté il y a des lustres, mais une presque intégrale. Je dis presque, parce que manquent ici ses nombreuses reprises en italien, japonais, espagnol... qui n'ont pas grand intérêt. J'y ai juste inclus celles de L'Eté Indien (dans la langue de Bismarck, c'est à mourir de rire), ainsi que quelques chansons originales éditées uniquement pour le marché teuton. Les reprises en anglais y sont, de même que, normalement tous les titres parus uniquement en 45 tours.

C'est donc une véritable caverne d'Ali Baba de 1,5 Go que je vous propose, à tous ceux que l'évocation du grand Joe n'effraie pas, et que la curiosité poussera à re-évaluer. Il y a évidemment à boire et à manger, du sublime au ridicule (le duo avec Carlos), et entre deux des choses qui vous tourneront la tête et le coeur - ou l'estomac - en fonction de votre état.

Le brave Konrad Lorenz démontra dans les années 60 ou 70, je ne sais plus, qu'un oisillon qui sort de l'oeuf prend le premier animal qui bouge pour sa maman. Entre Joe et moi, c'est exactement ça. Mes premiers babillements ont été zaï zaï zaï, quand Siffler Sur La Colline passait sur la radio paternelle, et jusqu'à l'âge de 10-11 ans je crois n'avoir rien considéré de plus essentiel que mes 45 tours du bigleux américain. De là, transition brutale vers Dylan et Zappa puis tout le reste, mais même lorsque les adolescentes hormones pustulaient sur ma face, je n'ai jamais vraiment tué le père, docteur, et à ce jour encore mon Oedipe penche vers l'auteur de l'Amérique.

J'ai déjà tout dit ce qu'il y avait à dire sur Joe Dassin : un passeur immense, malheureusement récupéré par la variété verdâtre. A partir de l'Eté Indien (1975), les perles se font rares, trop occupé qu'était son staff à dénicher le prochain tube qui tue, en raclant les bas-fonds de la variété italienne de l'époque. N'empêche, avant cela, dans la France de Pompidou, je ne vois guère que lui à avoir proposé du Johnny Cash (A Boy Named Sue), du Johnny Nash (Hold Me Tight), Joni Mitchell (Big Yellow Taxi), Stevie Wonder (Sir Duke), Gordon Lightfoot (plein), Ian & Sylvia (You Were On My Mind), Neil Diamoond (Crackling Rosie), et je passe sur les ratages (Bob Marley version slow de l'été, euh...)

On pourra bien sûr lui reprocher de n'avoir pas été un chanteur à texte. Lui même s'en défendait, arguant qu'il était bien plus difficile et valorisant de trouver la chansonnette qui mettrait du baume au coeur de milliers de personnes plutôt que d'ânoner des revendications politiques pour une minorité en pull en chèvre. Plutôt d'accord, en fait. Et Brassens même s'amusait de ses Dalton. Et Dassin avait sauvé la mise de Bobby Lapointe. Et juste avant de claquer, le Joe s'était juré de laisser tomber tout ce cirque pour ne plus chanter que ce qu'il aimait, du country-blues à la Tony Joe White.

Alors au-delà des tubes, qu'on pourra compiler pour sa prochaine fête entre collègues de boulot à la Tranche-Sur-Mer, je vous invite ici à piocher dans le bizarre : les chansons inconnues des compilations, les faces B. Les pépites sont légion. Textes un peu con-con, mais arrangements à tomber. Un Peu De Paradis, La Chanson Des Cigales, Le Roi Du Blues, Ton Côté Du Lit, ces choses-là...

Alors encore désolé pour la blague, Audrey, ceci - promis - n'est pas un poisson d'avril.

Attention, le lien wetransfer ne fonctionnera qu'une quinzaine de jours, récupérez tout ça très vite, même si cela se trouve facilement chez nos amis russes...

samedi 1 avril 2017

# 202 : Michel Sardou "La Maladie D'Amour"

En 1973, Michel Sardou fait déjà partie des valeurs sûres de la nouvelle chanson française, celle qui ose, malgré et peut-être grâce à la politique rétrograde de Pompidou, se mêler d'accords rock, pour mieux faire comprendre à ce vieux pays que Mai 68 a laissé des traces.

Usant, voire abusant, de la satire (Les Bals Populaires), posant les vraies questions (Les Ricains), Sardou dérange et c'est tant mieux. A la manière d'un Zappa, l'artiste prend son public à contre-pied. Fils d'un grand homme du théâtre, Michel a bien retenu la leçon paternelle. Il joue tous les rôles, évoque la pédophilie (Le Sureillant Général), l'homosexualité dans une France encore puritaine (Le Rire Du Sergent), le divorce dans un pays encore sclérosé par l'Eglise (Petit).

Et là, en 1973, il signe le Grand Oeuvre. Jamais les arrangements n'auront été aussi riches. Les Villes De Solitude aurait pu être écrite aujourd'hui, à l'heure où les banlieues flambent. Une rythmique ingénieusement basée sur un riff de guitare sèche, des cordes que ne renieraient ni un Jean-Claude Vannier, ni un John Paul Jones en plein Kashmir.

Sardou, ici, semble avoir tout digéré. La pop anglaise teintée de prog de Procol Harum (La Maladie D'Amour), l'humour vachard façon Kinks (Zombie Dupont), le folk psychédélique de Traffic (Je Deviens Fou) et surtout, toujours, cette verve qui - avec sa façon de ne pas y toucher - évoque les problèmes cruciaux de l'époque, comme le célibat des prêtres et les fadaises de l'Eglise, encore et toujours (Le Curé, Tu Es Pierre). Là ou un Brel ou un Ferré se sont cassé les dents avec leur instrumentation vieillote, Sardou reprend la flamme. Exit La Vie d'Artiste ou la Complainte des Vieux Amants, voici Les Vieux Mariés. Jamais les petits bonheurs des petites gens n'ont été mieux évoquées que sur cette chanson véritablement intemporelle.

Il faut bien sûr rendre ici hommage à Jacques Revaux, l'orchestrateur de ces symphonies de poche - pour reprendre l'expression de Brian Wilson - véritable alchimiste de studio, n'hésitant pas à associer le Moog, les guitares les plus écorchées aux choeurs dignes d'un Gabriel Fauré.

Bien sûr, on voudra diaboliser Sardou, c'est évident qu'il dérange. On lui fait dire ce qu'il n'a pas dit : on se borne à le cantonner aux personnages multiples qu'il incarne. C'est à cela que l'on reconnaît les génies : aux vains efforts que l'on tente pour les faire taire. Sardou est, définitivement, de cette trempe. Et la photo de l'artiste, micro à la main (riche symbole !), ne vient que confirmer la place que, jamais plus, on n'osera lui prendre.

Jouez-moi La Marche En Avant !

vendredi 31 mars 2017

# 201 : Bob Dylan "Triplicate"

Qu'est-ce que c'est que cette merde ?!!!

L'expression n'est pas de moi, mais de Greil Marcus, et date de la sortie (dans tous les sens du terme : de route, par exemple) de Self Portrait quand le Bob avait à peine trente ans et jouait déjà avec nos nerfs. Sauf que le renard s'en était tiré par une demi-pirouette (New Morning), une tournée des grands ducs (Before The Flood) et un chef-d'oeuvre (Blood On The Tracks) pour réconcilier tout le monde.

Là, ça fait la troisième coup qu'il reprend du Sinatra et consorts. La première fois, on pouvait trouver ça drôle. On avait déjà bien rigolé avec ses reprises de chants de Noël, alors pourquoi pas ? La deuxième fois, on pouvait penser qu'il restait de la place sur le disque dur et que tant qu'à faire rentrer le sombre héros en studio, autant rentabiliser. Quelques chutes de studio avant Noël, ça ne fait jamais de mal, et autant les sortir tout de suite : le monde s'en contre-foutra dans 25 ans, pas question d'envisager des Bootleg Series Volume 89 pour ça.

Mais là, c'est (je cite Columbia) le premier triple album de Bob Dylan, trente étrons gentiment enfilés comme des lombrics pour une vermée, sertis d'une pochette à se torcher (ça tombe bien) et - peut-être parce que c'est le printemps, j'aurais tendance à dire que trop, c'est trop.

Non pas que sa diarrhée soit insupportable pour les oreilles. C'est très bien produit, très bien joué, et presque trop bien chanté. Madeleine Peyroux aurait sorti pareil projet, j'aurais sans doute apprécié, voire applaudi. Mais Dylan, non, non et non, et pour plein de raisons.

La première, c'est que voilà un disque que Donald Trump pourrait apprécier. L'idée même que ce cochon-là prenne une jeune démocrate par la chatte et s'amuse avec elle sur son yacht sur fond de Bob Dylan m'exaspère et m'est insupportable. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et pour la première fois de sa carrière : Voilà de la musique hautement consensuelle, volontairement consensuelle et ça, le vieux singe ne nous l'avait jamais fait : il avait exaspéré son monde en nous chantant le petit Jésus, pourri certains albums d'une production infecte, mais jamais il n'avait semblé vouloir à ce point lécher le cul d'une Amérique détestable. Je suis presque plus choqué que cette vieille folle de Pete Seeger hurlant à la trahison en entendant Like A Rolling Stone. Alors oui, si c'est perfide, c'est gagné, je plonge, je m'énerve. Sauf qu'ici, c'est carrément toute sa démarche conceptuelle - si tant est qu'il en ait eu une - qu'il semble renier. Me fait penser au chanteur de Balavoine. C'est vrai, il est vieux. C'est vrai, il peut crever. Le gars qui a toujours craché sur Tin Pan Alley et toute sa clique, qui a quand même contribué à la transmutation du rock'n'roll en rock (ou en pop, choisissez) semble vouloir aujourd'hui nous la mettre bien profond. Je vous ai bien eus, bande de cons. Putain, Bobby Zim, tu bossais pour la CIA ?

Dylan est vieux donc, et ferait mieux de jouer aux dominos avec ses potes atteints de Parkinson, c'est bien triste mais... on vieillit aussi. Et moi, en tous cas, je continue (sans doute bêtement) à écouter de la musique qui déménage, et fort en plus. Je continue à croire à mes rêves d'adolescent, même si je les vois s'évanouir chaque jour d'avantage. Je n'attends plus un nouveau Lou Reed, youtube en vomit 50 par jours, mais j'écoute encore Berlin. J'ai besoin de continuer à croire à tout ce qui m'a bercé. Même avec cette atroce lucidité, cadeau de la cinquantaine. Que les Sex Pistols nous aient niqué bien profond, c'est évident. Mais c'était si boooooon... Alors être obligé d'entendre Dylan ânoner ces jazzeries de croisière pour retraité, j'ai vraiment envie de me jeter par la fenêtre. Je n'ai rien contre le jazz vocal, la variété de Sinatra. Mais je ne peux pas supporter qu'un Dylan m'en gratifie. On peut adorer Mozart et les Beatles, et trouver insupportable les oratorios de Mc Cartney, non ? On peut aimer Metallica et trouver grotesque leur Lulu avec Lou Reed ! Je n'aimerais pas que mon boucher m'opère de l'appendicite, quel mal à cela ?

Enfin, de quoi nous parle-t-il le Bob ? Avec maintenant 50 bulles puantes sur le marché, vous avouerez que ça vire à l'insistance, voire à l'obsession, non ? Maintenant qu'il est trop croulant pour même faire semblant de tenir une guitare en concert, cherche-t-il à se persuader qu'il est un grand chanteur ? J'ai beau chercher, je ne vois qu'Alzheimer comme diagnostic possible pour CA. Car enfin, encore et toujours, sans s'en rendre compte, c'est toute une mythologie - et pas seulement la sienne - qu'il envoie à la mer en tirant cette chasse. Les Stones vieillissent aussi, on n'attend pas de nouveau Brown Sugar depuis belle lurette, mais leur album de blues a au moins le mérite de rendre mélancolique - ou même plus froidement critique (c'est plus ce que c'était) - mais jamais en colère comme ce truc. Non pas qu'il lui soit interdit de changer de voie. En saupoudrant d'electro balbutiante son First We Take Manhattan, Cohen avait troublé son assistance, mais la froideur de la musique collait diablement bien à son propos. Et quand même Dylan gratouillait les fesses du petit Jésus, sa soudaine conversion avait de quoi interpeler, dans le bon sens : tu vas devoir servir quelqu'un, le diable ou le bon dieu peu importe, alors fais ton choix. Diable ! (oups) bien visé camarade ! Mais là, non, non et encore non. Supporterait-on Chicago reprenant les Cure ? Radiohead se découvrant une passion pour Count Basie ? Imaginez Iggy Pop reprendre non pas un titre de Joe Dassin, mais cinquante ?!!!

Alors oui, tout fout le camp. Sauf Dylan, toujours là, et en l'occurence, je préférerais qu'il foute le camp. Qu'il nous laisse digérer ce que la vie ne nous a pas offert, qu'il nous laisse tranquille avec Blonde On Blonde à ruminer sur ce bon vieux temps qui est mort pour de bon. J'en pleure en écoutant - pardon, en entendant sa version de When The World Was Young. Chanté par Dalida, ça aurait pu être troublant. Ca me fait pitié. Ca me fait du mal. Ca me fout les boules, ça me fout tout ce que vous voudrez sauf le blues. Et toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient du blues. J'en arrive à jalouser les fans de Johnny. Lui au moins, jusqu'au bout il leur donnera ce qu'ils veulent. On les enterrera tous heureux dans la même fosse commune avec lui. Veinards, les Raoul, les Jacky et les Maurice du Stade de France.

Tu fais chier, Robert Zimmerman. Mais peut-être as-tu raison finalement, la réponse est portée par le vent ? Bob Dylan, prix Nobel du pet.

Y'en a qui en veulent malgré tout ?

dimanche 19 mars 2017

Chuck Berry "The Definitive Collection" (three down, seven to go)

Ce coup-ci, le rock (et le roll) est vraiment mort. On a pu pleurer, qui sur Lou Reed, qui sur Bowie, mais là, Chuck Berry... il semblait devenu sinon immortel, du moins non-mort, sans nouvelles de lui on s'en inquiétait même plus. Et vlan, non, la camarde s'est jouée de nous. Il paraît que depuis hier, Keith Richards fait une consommation hallucinante (oups) d'anti-dépresseurs et qu'il aurait contacté son notaire. Mick Jagger s'est enfin fait à l'idée d'avoir des problèmes de prostate. Et l'industrie du disque est bien embêtée. Avec un Prince, on peut songer aux Deluxe Editions, surtout que le nain doit avoir une quarantaine d'albums dans les placards de Paisley Park mais là... Et qui voudrait prendre le risque de ramener à la vie la sauvagerie et l'impertinence de cette musique ? La CIA a eu peur cinq minutes dans les années soixante, mais toute idée de révolution semble aujourd'hui anéantie... Même ces histoires de mp3 semblent finalement du pain béni pour les majors : exit les milliardaires façon Led Zeppelin, les voilà matés les artistes, obligés de quémander l'aumône avec leurs pauvres 200 000 CD vendus, pendant que Youtube, Spotify et les autres refilent le grisbi en douce à Warner, bien vu ! Fini les limousines dans les piscines, les gars !

Ce coup-ci, le rock est donc vraiment mort, parti avec Chuck. Vous me direz que l'animal avait quand même sorti son dernier album en 1979 et que donc, c'est une mort lente et indolore que voilà. Et vous pourrez aussi tenter de me consoler en me disant que de cet album on n'avait que foutre, mauvais qu'il était. Et n-ième d'une série dont déjà on se tamponnait tout ce qu'on pouvait. Oui. Rock'n'Roll de Led Zeppelin (encore eux) avait monté le curseur d'un cran. Brown Sugar avait élargi le champ de vision. Anarchy In The UK avait pris moins de gants pour cracher sa morgue à la face du monde bien pensant.

Et alors ?

Que je sache, les tables de la loi ne sont pas un soap opera. Il n'y a pas de saison 2. Elles sont écrites une fois pour toute, et fais avec ça mon garçon. Rien de plus rien de moins. Et pourtant, je vous fiche mon billet qu'en dézippant le paquet cadeau, vous aurez la même réaction que moi : oh bordel, c'est vrai, y'a celle-là, aussi ! Oh, il n'y en a ici qu'une trentaine plus une. Les neuf volumes de l'intégrale Chess n'apportent rien de plus, si ce n'est bavardage inutile. Et je sais, la pochette est moche. Mais on ne parle pas d'art conceptuel, ici. L'important c'est ce qu'il y a dans la boîte. Ce qu'il y avait dans le juke-box.

Alors bien sûr, on pourrait s'en tenir à ces putains de riff, mélanges vicieux de jazz et de blues sur un rythme doowop, rire en coin en repérant les plans de Keith un à un, et gloser comme un vicaire de chez Télérama sur le fait que, plus tard, Dylan rajouterait la poésie à tout cela pour définitivement dresser la culture musicale du siècle passé. Quoi ? Non mais arrêtez deux secondes ! Faut-il vraiment vous copier/coller quelques extraits choisis, disséquer la syntaxe pour vous convaincre que voilà des paroles troussées on ne peut mieux, simples, directes, efficaces et presque aussi mélodieuses que la Gibson qu'on vénère chez lui ? On y va...

Well if you ever plan to motor west
Just take my way it's the highway that's the best
Get your kicks on Route 66...


...

It was a teenage wedding, and the old folks wished them well
You could see that Pierre did truly love the mademoiselle
And now the young monsieur and madame have rung the chapel bell,
"C'est la vie", say the old folks, it goes to show you never can tell...


...

Last time I saw Marie she's waving me good bye
With hurry home drops on her cheek that trickled from her eye
Marie is only six years old, information please
Try to put me through to her in Memphis Tennessee...


Là, ça pète, non ? Et encore, j'en ai mis que trois, un peu au hasard... Autant sinon plus que "Lights flicker from the opposite loft..." de l'autre, au hasard...

Alors se dire que Chuck Berry s'est fait rattraper par la grande faucheuse, autant dire qu'il n'y a vraiment aucune chance. Les témoins de Jehovah peuvent revenir me la chanter, la semaine prochaine. J'en veux pas de vos promesses, si l'Eternel rappelle à Lui Celui qui m'a donné la foi, c'est bien que tout ceci n'est que foutaises. Promesse non tenue, oui. Un peu comme dans la chanson...

No particular place to go
So we parked way out on the Kokomo
The night was young and the moon was gold
So we both decided to take a stroll
Can you image the way I felt
I couldn't unfasten her safety belt

 
A moins que... alors que je continue mon introspection, mon Top Ten, le père Chuck à cassé sa pipe juste à temps, j'aurais peut-être été capable de l'oublier...



lundi 27 février 2017

LCD Soundsystem "Shut Up And Play The Hits" (two down, eight to go)

LCD Soundsystem, voilà un groupe que j'ai suivi du début à la fin. Complètement bluffé par le côté electro qui me rappelait le Second Toughest In The Infants d'Underworld d'Underworld mêlé au rock'n'roll (punk) bien crasse, envoyé comme aux meilleurs instants du Clash, pas moins. Daft Punk Is Playing In My House, waouh, rien que le titre, et le morceau du même acabit. De longues envolées technoides auxquelles pouvaient se suivre de vraies chansons, bien troussées (New York I Love You But You're Bringing Me Down), et en plein succès, paf, terminé, ça suffit, j'ai tout dit. Une grande classe donc.

La seule question que je me pose, c'est pourquoi il faut attendre entre dix et quinze ans pour qu'un OVNI pareil apparaisse dans la voûte céleste où les galaxies du classic rock, de l'electro, de l'americana et du jazz semblent s'ignorer, sans s'attirer ni même se repousser, réfutant à la fois la théorie de la relativité et celle de la gravité de Newton qui voudrait qu'au bout d'un moment, cette apparente dichotomie se brise comme un flan monté trop vite.

En découlent bien d'autres, des questions : pourquoi depuis bientôt 20 ans, depuis les premiers samplers, se contente-t-on de partir systématiquement sur du poum-tchak entendu mille fois auparavant (Donna Summer, déjà...). Mince, avec les moyens d'aujourd'hui tout est imaginable et reste malheureusement du domaine de l'imagination. Le Velvet, phénix parmi tant d'autres, renaît régulièrement de ses cendres, l'héritage de Johnny Cash est sans cesse rabaché par de jeunes talents déprimés juste ce qu'il faut pour faire croire qu'en entend pas les mêmes accords et cette vieille chèvre de Dylan trompe son Alzheimer en se prenant pour Sinatra - en imaginant donc que lui-même n'a jamais existé.

Ancien DJ, co-fondateur d'un label dance-punk (!), ingénieur du son, James Murphy était sûr de son coup. Dix ans, quatre albums, un concert d'adieu gigantesque au Madison Square Garden et basta. Il était temps de passer à autre chose, la messe était dite. A quoi bon continuer à radotter sur le même thème ? A quoi bon continuer à mélanger boites à rythmes et guitares cinglantes ? Le concept était créé, développé, et mené à son terme. La preuve, donc, ce dernier concert, 3h30 de live, qui pourrait tenir autant avec dix années de répertoire, sans temps morts ?

Rippé puis édité à partir des deux DVD par mézigue, après six mois de silence, il fallait bien un peu de contenu pour la suite, pour ces 10 artistes qui comptent le plus pour moi (mais oui, le coup de l'île déserte...). La suite ? Dans six mois ? Un an ? Ben quand j'aurai le temps et l'envie. Je me pose beaucoup de questions par rapport à tout ça.

Bises à vous.

JP

Jump Into The Fire