J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

dimanche 10 mars 2019

La Dizaine De Blogueurs : jour 6

La chanson associée à un voyage inoubliable

Nous avions quitté l'Alsace. Pris l'autoroute en Suisse. Nous avions dormi, nous étions réveillés en Italie. Traversé l'Italie. Dormi. Réveillés la nuit, pour prendre le ferry. Fait les cons, dormi. Arrivés à Igoumenitsa. Les Météores, puis toute la Grèce antique avec un prof gauchiste et ses potes du coin qui avaient résisté au régime des colonels. 16 ans. Destination improbable. Soleil. Emois. Quitter l'Alsace, un jour. Je l'ai fait.



mercredi 6 mars 2019

La Dizaine De Blogueurs : jour 4

La chanson déclic, qui nous a permis de découvrir un nouvel univers musical

Alors là, sans hésiter. Sans même le moindre suspense, sans même argumenter, tiens je m'arrête là : Paul Mc Cartney et ses Wings : Mrs Vanderbilt.



 Non sans déconner, je n'avais pas quinze ans, pas de casque, et Isabelle me trottait dans la tête (voir les épisodes précédents). A l'âge où ma fille a eu son premier Iphone, j'ai eu un transistor (comme on disait) Philips, et je plaquais l'oreille contre l'engin pour écouter le Hit-Parade d'André Torrent sur RTL, assez conforme à l'absence totale de culture dans laquelle je vivais. C. Jérôme, Gérard Lenorman et d'autres belges oubliés étaient mes idoles. Seraient-elles numéro 1 ce soir ? Pour le savoir, fallait se fader les dix premiers.

Dont ce Wings, inconnu au bataillon, perfide anglais venu entacher la franchouillardise de mes nuits. Mais qu'est-ce que c'est ?

 Ho ! Hé ! Ho !

 Comment ça s'appelle ? Michiouanderbeul.

Ah ? Ce truc était devenu une obsession - bizarrement comme le Goodbye Vienna d'un certain Ringo Starr, mais puissance dix. Un jour, à Carrefour, plus tard, je tomberai sur un triple albuim : Wings Over America, Statistiquement, michiouandertruc devait y être, non ? Il me le fallait. J'ai collé une étiquette "3 disques pour le prix d'un - 49,;90 Francs" sur l'étiquette "82 Francs 40" (largement au-delà de mes moyens, mais IL ME FALLAIT CE DISQUE). Ben non. Paulo avait eu beau tourner en Amérique, que dalle. Oh, j'ai bien aimé ces trois disques, mais sans plus. michisouanderchose m'échappait encore.

Leave me alone, Mrs Vanderbilt... 

 Bien sûr, plus tard (mais que signifie "plus tard" quand la pop s'empare d'un gamin de 9 ans, hein ?), j'achèterai le CD. Parce qu'entre temps, d'autres choses m'auraient éloigné de C. Jérôme. J'aurai ma phase air guitar sur l'album de Led Zep (celui-ou-il-y-a-Stairway-to-Heaven), je partirai en vrille avec Zappa et après le Clash je n'écouterai plus jamais Supertramp (enfin si, mais en cachette). Et puis, un John Lennon mort à quatorze ans, on en oublie un Mc Cartney vivant (enfin, presque). Mais n'empêche....Mrs Vanderbilt. Et dire qu'elle ne figure sur aucune compile du gaucher ?!!! Tout comme Monkberry Moon Delight, ma deuxième claque du bassiste. Va savoir, je dois pas être fait comme les autres?.

dimanche 3 mars 2019

La Dizaine De Blogueurs : jour 3

La chanson que l'on écoute seul le soir au casque

Pff... quand je mets le casque, déjà, c'est pas bon. Journée de merde, soirée de merde, je ne mets plus le casque que pour oublier. Alors tant pis pour vous, mais pas (plus) de Leonard Cohen, Bashung ou autres empêcheurs de dormir en rond. Quand je mets le casque, je veux que ça joue. Je veux m'évanouir dans la plénitude des Choses Plus Grandes Que La Vie. Exit le caca-boudin, déjà vécu les heures précédentes, exit la mélancolie, exit tout ça. Un truc qui te secoue à un moment, tu dis - waouh, j'ai rien vu venir. Au casque, je parle, hein, pas... enfin bon.

Et, au casque, j'ai cinquante millions de propositions à vous faire, pour une seule - en fait, deux - et unique(s) chanson(s). Le Grateful Dead envoyant China Cat Sunflower suivi (comme toujours, les Dead Heads savent ça) de I Know You Rider.  Oh cet instant magique où la rythmique change - si peu, si peu - pour acueillir Rider. Change pas de main, gamin, ça vient. Oui oui oui. Oui oui oui, c'est ça, que j'écoute au casque. Il m'en reste encore au moins 523 versions à découvrir, alors je vous laisse, ok ?

Grateful Dead - China Cat Sunflower/I Know You Rider



vendredi 1 mars 2019

La Dizaine De Blogueurs : jour 2

La chanson sortie l'année de nos quinze ans

Foutremou, quels thèmes à la con. Pas facile d'avoir quinze ans en 1981. Je m'étais pris London Calling dans les oreilles l'année de mes treize ans, j'en étais encore à décortiquer Sandinista pour essayer de comprendre pourquoi c'était un grand disque (paraît-il), et ma vie d'adolescent était sexuellement aussi vide qu'une paire de couilles de GI brûlées par le napalm. Que dire de cette année-là ? Kim Wilde ? Ha ! trop grand et trop fier pour m'identifier à un kid de l'Amérique ! Police ? Vendus, Police, vendus. Je suis de ceux qui ont oublié leurs quinze ans. Pas de coucheries obscures au fin fond de l'Alsace. Ma plus grande révélation ? Sans doute les équations du second degré ou le théorème de Pythagore, je ne sais plus trop. J'ai beau chercher sur internet, rien ne me parle. Et d'ailleurs, c'est vrai, je ne parlais pas à grand monde, à quinze ans. J'écoutais des choses de Zappa ici hors sujet, et s'il faut vraiment que je me creuse la tête, je ne vois que Shot Of Love, l'album post-chrétien de Dylan. Acheté le jour où ma sœur s'est payée une chaîne hi-fi.

Alors oui, la chanson de mes quinze ans c'est probablement Lenny Bruce. Pas très funky, hein ? Un Dylan bêlant à souhait, et qui donc était ce Lenny Bruce ? J'ai probablement fait des progrès en anglais en devinant son parcours dans la-dite chanson. He was the brother that you never had. OK, un frangin donc, je prends. J'auras bien aimé avoir un frangin, plutôt qu'une frangine qui achetait une chaîne stéréo pour écouter Fabienne Thibault et America.

Non, vraiment, les copains, pas mes quinze ans, d'accord ? L'année d'avant, il y avait XTC, Talking Heads, celle d'après il y aurait un bon Dylan, mais là...

Bob Dylan - Lenny Bruce



mercredi 27 février 2019

La Dizaine de blogueurs : jour 1

La chanson qui évoque l'enfance

Vache, c'est quoi ce thème : une chanson qui parle de l'enfance ? Y'en a tant... Une chanson qui m'évoque mon enfance ? Je choisis la deuxième proposition. Et je me jette à l'eau. Ce n'est pas une façon de parler. Je me rappelle de la petite piscine bleue avec trois rubans installée dans le jardin, à l'été... quelle année ? L'année de ce tube sans doute (1973, NDLR). Nous pataugions sous l'oeil indifférent de mes parents - chance ! ils ne voyaient là aucun risque pour moi, c'était rare - quand Alain, le voisin, un crétin au sens médical du terme est arrivé avec - quoi, qui ? une vague cousine ? La fille d'un copain de beuverie de son père ? Je ne saurai jamais. Je me rappelle juste de son prénom, Isabelle, et de son maillot de bain deux pièces rouge. Et de sa coiffure à la garçonne. Et j'ai perdu tout élan à patauger. Je voulais juste tomber sur elle, qu'on se touche, là, ambiguë sensation, inconnue motivation, eaux troubles de l'enfance. Isabelle. L'eau giclait de partout, le voisin crétin beuglait en aspergeant tout le monde, et je ne voyais plus qu'elle.

Et puis elle est retournée chez Tonton, partie, jamais plus revue, disparue, adieu le maillot de bain rouge, je crois que je ne suis jamais retourné dans la piscine, vite rangée voici septembre arrivé. Et ces Poppys qui chantaient très exactement ma peine. Sans doute qu'elle avait dix ans, bien sûr qu'elle avait déménagé et bien sûr que j'aurais aimé lui faire des bébés, sans trop savoir comment mais oui, plus que jamais, d'ailleurs. Et qui sait peut-être m'a-t-elle déjà oublié. Probablement, oui, très probablement.

Un jour, bien plus tard, j'ai connu au sens biblique du terme une Isabelle. Elle aussi m'a oublié. M'a même largué comme une merde. J'avais dû lui chanter la chanson, peut-être. Elle a dû avoir peur.

Poppys - Isabelle Je T'Aime


jeudi 22 novembre 2018

#219 : Tommy Jarrell - The Legacy Of Tommy Jarrell volume 3 - Come And Go With Me

Ce post, c'est un verre de bootleg whiskey directement issu de Caroline du Nord, que vous vous envoyez dans le gosier. Ca vient même directement de la région de Mount Airy, quelques centaines d'âme, et là-bas on ne rigole pas quand on joue du banjo. Ni du violon, d'ailleurs, et c'est souvent les deux à la fois. Ici, on ne connaît ni Earl Scruggs, ni Bela Fleck, ni les autres virtuoses qui passent à la radio. On est pas là pour amuser le Grand Ole Opry. Ici, on joue du clawhammer banjo. On prétend pas que le banjo est un instrument américain, on sait très bien ce qu'on doit aux noirs qui sont arrivés du sud après l'abolition. On leur a donné autant qu'ils nous ont apporté. On était irlandais, après la Grande Famine on a débarqué à New York mais on a vite compris que si on espérait gagner trois dollars fallait partir dans les mines de charbon. Et après une journée de boulot tu sais plus si t'es blanc ou noir, et qu'est-ce que ça peut faire. On s'est tous retrouvés au même endroit parce que personne voulait de nous.

Et on a même réussi  éviter le Folk Revival, il y a 60 ans. On est pas des marionnettes ni des guignols. On joue du banjo. Après, bon, y'a bien eu quelques hurluberlus venus jusqu'ici nous enregistrer. C'est eux qui voyaient, nous, on allait quand même pas bouger de là.

Moi, Tommy Jarrell, j'ai appris à pas mal de gosses à jouer du banjo - et du violon. Parce que si tu veux jouer avec un violoniste et que tu sais pas ce qu'il fait t'es un comique. Et réciproquement. Ici, on s'écoute. Bref, j'avoue qu'il y a eu pas mal de monde à venir m'écouter, dans les années 1970. Certains d'entre eux étaient sympas. Je me suis toujours demandé pourquoi ils s'intéressaient à ma musique de hillbilly, mais bon, chacun ses affaires. J'étais pas Hank Williams, moi, j'ai bossé toute ma vie. Dans les bagnoles. Et puis à force de voir ces gamins affluer, j'ai même eu une médaille de Washington (je sais plus trop pourquoi, je suis mort maintenant, je me repose). Paraît même que ma version de Little Maggie figure à l'Institut Smithsonian. Cette blague. Mais bon, c'est vrai, le banjo, fallait pas m'en montrer. Qu'est-ce qu'on s'est fait plaisir avec mon pote Fred Cockerham. On alternait, tu vois. Passe-moi le banjo, tiens prends le violon sur la prochaine et tout ça. Le banjo, ça repose les doigts et le coude, c'est chaud le violon. Et inversement, enfin, c'est pareil ces deux trucs, ça fait pas des notes comme à la Ville, ça fait juste danser.

Et des fois, même, je chantais ces vieux trucs. Déjà que j'étais vieux, mais ces machins, je savais même pas d'où ça venait. Mes grands-parents les connaissaient déjà. John Henry, bon dieu, mort un marteau à la main. A construire des voies ferrées pour explorer ce pays. Je sais pas si c'est vrai cette histoire mais les ens l'aimaient bien. Et puis quelle importance. Des p'tites Maggie, il en court plein les rues. Trop belles, trop jeunes, trop connes. Elles finissent toutes pareilles. Manque de religion, je dis. Quoique, de là où je te parle, le bon dieu je l'ai pas vu, même pas entendu. C'est même pas moi qui te parle, c'est un p'tit gars qui écrit ce truc, il se démerde pas trop mal au banjo d'ailleurs, il fait que ça aussi faut dire. Peut-être qu'à son époque, là, maintenant, y'a pas ou plus grand chose d'intéressant ?

Alors si ça vous tente, je peux vous en jouer quelques unes. Excusez pour la voix, ils m'avaient demandé de chanter, c'est pas mon truc mais bon, ça avait l'air de leur faire plaisir aux gamins qui sont venus me voir, quand j'étais encore vivant, dans les années 1970. Euh... je suis désolé, ça doit vous changer quand même de la radio, non ? Je serais vous j'en boirais encore un petit verre, de ce moonshine-là, ça vous détendra les acoustilles, les vivants. Z'êtes sûrs ? OK, ben alors je joue.

Come And Go With Me


vendredi 16 novembre 2018

#218 Bob Dylan "More Blood More Tracks"

Alors là...

En fait, pour comprendre ce "alors là" qui en dit long, il faut revenir une quinzaine d'années en arrière, voire plus. Blood On The Tracks est un album extraordinaire, ça n'est pas le problème. De fait, tout ce qui figure ici a potentiellement droit au qualificatif d'extraordinaire de même. Ça, tout le monde le sait. Sauf qu'il y a quinze ans, on s'échangeait des pirates en CD-R par la poste, et concernant cet album, ben une fois qu'on possédait Blood On The Tapes, la copie de l'acétate qui devait originellement constituer l'album à partir des seules sessions new-yorkaises, on était content. Les Bootleg Series vol. 1-3 nous avaient déjà permis de disposer de Up To You, Call Letter Blues... bref les outtakes de l'album, donc basta. Dans notre petit monde, l'affaire était pliée, et on se concentrait davantage sur d'autres périodes de l'Artiste, qui nous paraissaient bien moins documentées. Comme les live de 1997. Qu'on espère toujours via un Bootleg Series dédié, d'ailleurs.

Alors là....

On pensait tous que les sessions new-yorkaises étaient soporifiques et uniformes. On aimait bien finalement le détour à Minneapolis, dont on pensait issues toutes les parties un peu couillues de l'album.

Alors là...

Là, c'est littéralement une bombe thermo-nucléaire lancée par Columbia, et ils doivent en rire les employés. Car depuis des lustres, les dylanophiles ont poussé des "bof" à chaque Bootleg Series, ou preque (la période Self Portrait, que j'avais espéré, m'avait tué). Ah quoi, les Witmark Demos, la période catho, le Royal Albert Hall, tout ça on avait pas besoin d'eux. Et je râle encore sur leur pitoyable double CD concernant la Rolling Thunder Review. Du travail d'arpète. De la bouse.

Alors là...

Ben tout est émotion. On se demande d'ailleurs comment l'album a pu sortir. On sait qu'à l'époque, Bob venait de perdre sa maman et son frangin lui avait proposé d'organiser ces fameuses sessions à Minneapolis, lui avait obtempéré, façon OK je te file un peu de thunes. Donc, dilemme entre un album presque acoustique (une légère basse électrique appuyant le propos) ou l'album final un peu pot-pourri qu'on connait pour faire plaisir au frangin. La famille, la famille....

Mais ce qu'on (je) ne savait pas, c'est toute cette exploration en studio dans la grosse pomme... Tiens, prenez You're Gonna Make Me Lonesome When You Go, rien qu'elle. Un titre mineur de l'album, face à un Tangled Up In Blue ou un Shelter From The Storm. Eh ben là, certaines des versions un peu étoffées vous font oublier jusqu'à Visions Of Johanna, rien que ça. Parce que Dylan a testé des parties de piano, un rien de batterie là-dessus, autant de choses qu'on imaginait même pas, du temps de Blood On The Tapes. Cochon de Dylan, diront certains, extasiés par ces outtakes (et j'en suis). Et tout est bon dans le cochon. D'autant qu'ici on ne nous propose pas le cinquième quartier, loin de là.

Alors là...

Le vieil excentrique que je suis n'en revient pas encore, et il écoute avec parcimonie. Avec recueil, délectation épicurienne parce que ça n'arrivera pas deux fois, et que finalement le thermonucléaire à petite dose, ça vous dézingue suffisamment pour tenir la semaine. Vous me raconterez donc ce que je n'ai pas encore entendu. Si vous êtes en état, bien évidemment....

PS : oh et puis If You See Her Say Hello, ultime reflet de Girl From The North Country. Une chanson dont on rêve que Dylan la chante devant nous. Et plusieurs fois si possible. C'est possible.

More Blood
More Tracks

lundi 12 novembre 2018

#217 John Hartford "Aero-Plain"



Ca faisait longtemps, longtemps, que je voulais rendre hommage à ce monsieur. De préférence, au travers d'un album complètement ignoré lors de sa parution, et que l'on retrouve - miracle, enfin, normal, ça leur coûte pas un rond et 90 Mo de stockage - sur les plateformes de téléchargement. Même mes amis russes qui m'abreuvent de torrents de musique (et non, pas de vodka) n'en ont cure. Diable !

Alors, roulement de tambours de banjo, voici John Hartford, un musicien hors-pair, au banjo donc comme au violon, qu'il délaisse ici (c'est Vassar Clements qui s'en occupe, ça va, donc). Ceci étant, ne fuyez pas. On entend bien ici de la musique acoustique au tempo enlevé qui rappelle la ligne bleue du Kentucky, mais pas tout à fait quand même, car le bonhomme est sacrément dérangé.

Elevé au statut de gloire éphémère suite à son tube pour le moins mainstream Gentle On My Mind, que n'aurait pas renié un Neil Diamond, le bougre ne transformera jamais l'essai. Musicien surdoué, complètement cinglé, l'homme n'aura de cesse de sortir des albums qui dérangent, comme celui-ci (on trouve un titre invitant rien de moins qu'à détruire le Grand Ole Opry, donc forcément ça facilite pas le copinage) ou encore de proposer, sur scène, des one-man shows au banjo et aux claquettes, coiffé de son indécrottable chapeau melon. C'est à lui que les frères Coen feront appel pour la musique de O Brother, notamment pour les arrangements old-time que ses pairs semblaient incapables de jouer. Un petit magot qui ne servira malheureusement qu'à lui payer sa chimio. Bye bye, John Hartford.

N'empêche que le monsieur avait tout pour (me) plaire. Ce qu'on entend ici va du bluegrass joué avec une finesse introuvable chez celles et ceux qui semblent aligner les notes à toute vitesse comme s'ils avaient un train à prendre. Et qui plus est, des chansons, surtout. Des mélodies, des arrangements de rêve. Et cette voix... On croirait entendre un croisement improbable entre Earl Scruggs et Joe Dassin. Et l'on en vient à se demander pourquoi diable le grand Joe n'a jamais puisé dans ce répertoire pour se tricoter des adaptations qui auraient fait trembler l'Olympia, si, si.

Et parfois aussi, c'est complètement barré (Boogie) ce qui n'est guère étonnant. Les musiciens fumaient de l'herbe, jouaient un traditionnel pendant une heure ou deux, jusqu'à ce que cela ressemble à quelque chose. Ou pas.

Ainsi donc voilà, un peu en réponse à Jimmy, un cas très très rare où la technicité n'enlève rien à la folie, et donc au génie. L'homme savait jouer plus vite que son ombre, et même que l'ombre des copains de l'époque, mais de cela on ne trouve rien ici. Merci.

Alors donc, ne devriez-vous écouter du bluegrass qu'une fois dans votre vie, c'est le moment où jamais.

Turn You Radio On

mercredi 31 octobre 2018

Gégé Re-Up. On peut pas rester là-dessus

Non.
J'ai tenu la moitié de l'album, stop. Quelle grosse merde, Alors, chose inhabituelle ici, un re-up du mythique "Long Long Chemin" de 1972.
Parce qu'ici, après les fiévreuses orchestrations de la Mort d'Orion, Manset commence à explorer ces mélanges patauds de guitare, de piano, de variété (un peu) qui deviendront sa marque de fabrique dans les années 1970. On n'est pas ici encore dans le Royaume de Siam. Pas de boogie-woogie façon Train du Soir. Manset nous vante encore le bonheur de l'Oiseau de Paradis.
Alors c'est vrai, dans sa dernière merde, on retrouve ce mixage approximatif dont il se vante tant. Ces parties instrumentales maladroites. Qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ?
Une part d'innocence peut-être ? Une société qui appelait moins au cynisme désespéré que la Macronie actuelle ?
En tous cas, pour qui voudrait encore comprendre, chercher, découvrir, voici un artiste presque neuf, après un happening en 1968 (Animal On Est Mal), un Grand Oeuvre l'année d'après (la Mort d'Orion, toujours dispo sur Spotify),  un faux-premier album d'une carrière qui - vraiment - s'arrêtera dans les années 1985-87 pour renaître après, mais pas de la même façon.

Long Long Chemin