J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

mardi 4 juillet 2017

#205 : Binker & Moses "Journey To The Mountain Of Forever"

Finalement l'épisode Sgt Pepper 2017 m'aura pas mal ébranlé. J'ai trouvé le remix super chouette - je le trouve toujours super chouette - et j'avoue avoir intérieurement considéré Jimmy comme un vieux râleur impénitent hostile à tout événement médiatisé par principe. Cette vieille pie de Jimmy s'offusquait qu'on applique des effets de studio à un album qui en était initialement bourré, où donc est le mal ? Je le laissai donc radoter en terminant le bouquin de Geoff Emerick sur - justement - l'enregistrement des albums des Beatles. Bof. Se prendre pour un génie pour avoir rapproché les micros de la batterie, compressé à mort la guitare et je-ne-sais quoi d'autre (ah si : avoir samplé un orchestre sur Yellow Submarine sans jamais leur verser de droits à l'époque, ça fait doucement rigoler aujourd'hui...). J'ai même re-écouté la version mono, rien n'y fit, je suis adepte de ce fichu remix.

Car finalement, rien de neuf n'en sort si ce n'est que l'album demeure fantastique, les trouvailles géniales, et les Beatles enfin affranchis du format basse/guitare/batterie du fait de l'arrêt des tournées avaient pondu là un fameux album, pour les siècles des siècles. En cette année 1967, les Beatles s'affranchissaient de la réalité, de ses contraintes temporelles, en ouvrant des horizons nouveaux empilés sur bande magnétique. La même année où Coltrane rendit son dernier souffle. Lui qui tentait d'approcher aussi des niveaux supérieurs de conscience, mais en gardant le tempo, en jouant réellement de son instrument, dans un format des plus classiques malgré ses aventures atonales, modales et tout ce que vous voudrez.

Sauf que ce fichu Sergent Poivre allait mener droit dans le mur : Bien sûr les bidouillages en studio nous permettraient encore d'entendre Stone chanter Made In Normandie sans fausse note, bien sûr le concept déshumanisé de Kraftwerk collerait poisseusement à la griserie des décennies à venir, etc.

Jusqu'à pouvoir re-fabriquer un Sergent Poivre re-lifté. Qui dans sa clarté nouvelle perd toutes les approximations initiales qui en faisaient un disque novateur. En gros, voilà le Sergent et sa troupe sonnant aussi faux que le prochain U2 ou le dernier Coldplay.

T'avais donc raison, Jimmy. Hmm... désolé.

Car finalement, il n'y a plus rien.

Le rock m'emmerde passionnément - je ne crois pas une seconde à la prochaine hype. Cette vieille trainée de Jack White nous pond un documentaire sur le folk des années 30 aux USA, en sort un coffret 5 CD sans faire une seule fois allusion à l'Anthology Of American Folk Music. Quand les vieux ferment leur gueule, c'est facile de prendre les jeunes pour des cons.

Alors j'écoute avec tristesse John Coltrane essayer. Sans jamais y arriver vraiment, même si... même si... le monde aurait pu s'arrêter de tourner après A Love Supreme. Mais il y aurait encore Ascension et tant d'autres choses parfois insupportables - ou plutôt incompréhensibles - notamment lorsque débarque sa Yoko Ono d'Alice. Et il y aura le culot et la ferveur dont on peut faire preuve en s'envoyant Sister Ray TRES fort dans les oreilles. Mais aujourd'hui peu de choses qui importent encore.

Je passe mes débuts de soirée à renifler les nouveautés sur exystence.net, jouant au petit jeu cynique de deviner le type de musique en regardant la pochette. Et de ne même pas m'attarder quand je gagne. C'est-à-dire très souvent. Tout est tellement marketé qu'on peut dans 90% des cas deviner ce dont il s'agit rien qu'en regardant le visuel de l'album. Et même, savoir que le disque sera à chier parce que la pochette est trop ceci, pas assez cela, etc. Donc, dans les rares cas où je me goure, je vais plus loin.

Ha ha ! Cette pochette ! Du prog-rock/post rock psychédélique ! Ben non Elton. Du jazz qu'ils disaient. Alors j'ai chargé - et j'ai adoré.

Autant le dire tout de suite, mon adoration et ce qui va suivre relève de la chronique martienne d'un extra-terrestre s'extasiant sur un disque de Supertramp en pensant découvrir les Beach Boys. Je suis hérmétique aux raffineries du jazz, inculte au possible, incapable de citer plus d'une dizaine de noms ou d'albums m'ayant marqué. Bitches Brew, Ah Hum, Escalator Over The Hill... mmh... rien de bien exotique ou du moins rien de bien élitiste, hein ? Je ne me suis donc pas étonné, en cherchant plus d'infos sur le web au sujet de ces Binker & Moses, de voir que les Inrocks et Télérama s'extasiaient dessus. Je me suis fait sans doute avoir comme une crêpe. Sauf que les journaux pré-cités aiment bien les Beatles aussi, alors peut-être pas, et surtout qu'importe. Qu'y a-t-il là dedans de si enthousiasmant ?

D'abord, tout pour sortir un disque chiant. Et comme ce disque est double, on craint la diarrhée d'emblée. Un duo saxophone-batterie gaiement agrémenté - sur le deuxième disque - de quelques instruments anecdotiques et grotesques : harpe, trompette... rien de bien consistant.

Eh ben il suffit d'écouter. Le batteur est époustouflant, réussissant la chose la plus simple du monde : mêler la finesse du jazz au groove funk. Et l'on entend clairement que son compère saxophoniste et lui jouent ensemble. Pour de vrai. En même temps. De la musique faite pas des êtres humains en temps réel. Un truc de fou, non ?

Et finalement, l'absence de basse rajoute à la chose quelque chose d'émouvant. Aucune trace d'harmonie. Juste la mélodie et le rythme. Libre à vos oreilles décontenancées d'imaginer une empreinte mineure, majeure ou septième. Que dalle. Less is more, un peu mon neveu. Une merveilleuse impression de ne pas se faire servir un machin forcément pré-mâché, pré-pensé et formaté de manière bien tempérée. Tout l'inverse de ce que ce fichu Sergent Poivre poussera tout le monde à faire : un produit.

Ici on tape du pied, on pousse des oh, des ah, on s'ennuie parfois, ou plutôt non, on ne s'ennuie pas. On s'ennuie souvent lorsque l'on attend quelque chose, ou qu'on l'espère. Ici, on ne s'attend à rien.

Alors bien sûr, bien sûr, et sans être un cador du genre, le son du sax rappelle Coltrane. Bien sûr, Coltrane nous avait déjà fait le coup du duo sax/batterie entre autres chemins de traverse. Et bien sûr, tout ici est un peu plus facile. Et cette audace est peut-être aussi marketée qu'un concert acoustique de Thurston Moore. Genre je t'en envoie façon vélo sans les mains.

Tout cela est bien possible, mais je m'en fous. C'est de cette musique dont on manque cruellement - si tant est que la musique réponde encore à la définition que je m'en fais : une ou plusieurs personnes jouant ensemble. Ici, le temps a son importance. En même temps qu'il n'en a pas, car tout ceci me semble suffisamment improvisé pour ne pas être préalablement calculé, partitionné. Tant pis donc si c'est à jeter au bout de trois écoutes. C'est peut-être mieux que de se voir vieillir à chaque anniversaire du Sergent Poivre.

Bien sûr le jazz, malgré son explosion free, s'est ramassé en même temps que la musique devenait mass media, étouffant de fait la révolte qui grondait dans les rues autant que dans la folie d'Albert Ayler  ou d'Ornette Coleman. Nous sommes aujourd'hui tétanisés par l'horreur, tout en votant pour un guignol dont on si fiche qu'il flingue les acquis sociaux. Alors peut-être qu'aujourd'hui, à l'inverse d'hier, est-il urgent et salvateur d'écouter cette musique non plus pour se libérer et clamer notre révolte sociétale, mais pour s'enfermer dans un espace infini loin de tout réseau social. Ecouter quelqu'un qui vit, pour en sortir grandi. C'est à ce prix qu'on grimpera cette fichue montagne éternelle ?

En Marche !

mercredi 24 mai 2017

Mon nouveau blog

Hello Dollies !

C'est pas que je m'ennuie ici mais un peu quand même. Alors, en guise de vacances, j'ouvre un nouveau blog - un peu à l'image de la série des singlés que Fracas 64 avait repris avec brio.

Il sera question de vieux vinyles, de trésors inavoués-inavouables, repiqués avec amour par mézigue et encodés avec dévotion en FLAC, parce que les mp3 ça va bien pour le dernier Metallica, mais les choses rares ont droit à un plus bel écrin.

Intitulé Vidé Kay-La (vide-grenier en créole), on y verra plein de choses surannées, parfois douçâtres, qui devraient ravir les plus kitsch d'entre vous, ainsi que nos amis rappeurs-bidouilleurs qui trouveront là de quoi sampler à tue-tête.



C'est par ici, videkayla.blogspot.com, l'intérieur n'est pas encore retapissé mais vous pouvez déjà goûter le joyeux South Of The Border de l'inoubliable Herb Alpert & His Tijuana Band. Les plus pop d'entre-vous s'y délecteront d'une reprise au tabasco du All My Loving des Beatles, les autres mangeront tout avec appétit. Vamos !

Ca ne veut bien sûr pas dire que Jeepeedee ferme ses portes. Mais avouez, qui refuserait des vacances au Mexique ?


samedi 13 mai 2017

# 204 : The Knack "GetThe Knack"

Vous connaissez tous sans doute l'allégorie de La Lettre Volée d'Edgar Poe : il n'y a meilleur endroit, pour cacher quelque chose, que de le laisser bien en évidence, à la portée de tout un chacun. Enter The Knack. Mais oui ! M-m-m my sharoooona ! J'en imagine déjà s'étrangler avec leur sandwich aux rillettes, d'autres se laisser aller à d'autres souvenirs de air-guitar : Eye Of The Tiger, par exemple. Et puis ce nom, des plus ridicules, surtout pour les plus lorrains d'entre nous. Et puis leurs tronches en biais sur la pochette de l'album. L'album ? Oui, dans lequel la-dite sharona n'apparaît qu'en face B. Avec 11 autres chansons autour.

Eh bien là, en 2017, j'ai écouté l'album. Vous devez vous dire que je n'ai sans doute rien de mieux à faire ? Ben disons que le live des Flaming Lips m'a gonflé autant que le dernier Radiohead, en plus - pour le coup - de me rendre triste. Gâchis. Que je venais de m'écouter la 6ème symphonie de Mahler dirigée par Boulez et que donc, hein, un peu de futilité, parfois...

Et paf. Là, sans la pochette, sans se salir les doigts à toucher ce moche objet (mon dieu, leurs têtes !), et bien j'ai passé un bien agréable moment. Souvenez-vous, 1979. Les punks avaient un peu constipé Yes, Emerson, Truc et Bidule, et tout le monde s'en portait mieux. Qui plus est, de charmantes mélodies venaient peupler la vigueur des Elvis Costello, Jam et autres britons clairvoyants. Et là-bas, en Californie (d'où peuvent-ils venir, ailleurs que de Californie), on n'avait rien oublié des symphonies de poche de Brian Wilson, on croulait évidemment sous les millions de disques de Fleetwood Mac et des Eagles, mais bon, on écoutait la radio FM.

Alors en 2017, que dire d'un groupe concentré sur la guitare, la basse et la batterie, sans aucun clavier de m..., qui balancerait des petites chansons qu'on retient vite, avec une nervosité que ne renierait pas - encore une fois - l'Elvis Costello de This Year's Model ou Armed Forces. Teriblement bien produit (on leur fait confiance, aux californiens, pour ce qui est de défoncer la bande FM), pas trop de soli de guitare, du riff, bon dieu, du riff ! Une basse élastique comme un marsupilami ! J'aime, comme on dit sur les réseaux sociaux.

Il faut dire qu'en 2017, après avoir élu un jeune banquier qui bouffe à tous les rateliers de manière totalement décomplexée, l'époque est parfaite pour tout oser : Les Inrocks parlent avec dévotion du Rumours de Fleetwood Mac, comme Ungemuth dans Rock & Folk. C'est cool, tendance, d'écouter le songwriting de Lindsey Buckingham, en 2017. C'est hype, ces mecs défoncés à la coke, se nettoyant les glandes dans des baignoires de champagne. Ca t'as le goût de la nostalgie, quand être rock'n'roll ça pouvait signifier gagner plein de fric à rien foutre, se tamponner la couche d'ozone dans le réchauffement climatique et se foutre de la disparition prochaine du triton crêté comme de sa première groupie.

Serais-je dans le même état d'esprit ? Car en effet je ne pousse pas (toujours) la nostalgie à adorer ce que j'avais méprisé à cette jeune époque où mes 13 ans ne se préoccupaient pas du prochain rendez-vous chez le gastro-entérologue. Bien sûr qu'il y a de bonnes chansons chez Fleetwood Mac ! Le problème a toujours été qu'on oubliait un peu qu'il n'y avait pas que Fleetwood Mac. De même, il n'y avait pas que My Sharona. Sur les douze titres de l'album, y'en a bien huit de bons, et le reste de largement supportable. Et, ma pauv' dame, c'est quand même bien triste d'aller déterrer un cadavre peu fréquentable qui pourrit depuis 1979 pour se mettre un peu de pop légère sous les écoutilles.

Alors à défaut (et ô combien j'aurais aimé) de me pâmer sur le dernier Flaming Lips, je monte un peu le volume et j'écoute les andouilles sponsorisées par Herta (et tout autre calembour vaseux leur conviendra parfaitement) par ce beau samedi ensoleillé. Le ridicule ne tue pas, il fait par contre parfois sacrément taper du pied. Essayez vous-même.

Get The Knack !

samedi 15 avril 2017

# 203 : The Heliocentrics "A World Of Masks"

En fait si j'ai cherché à partir en Martinique, c'est que je sentais la cinquantaine approcher, la routine m'endormir et le ras-le-bol de la société post-Charlie m'envahir. Etais-je encore capable de plier les gaules, tout lâcher pour partir ailleurs ? Laisser la belle maison et le jardin ombragé du Marais Poitevin ?

J'ai largué plein de choses, de disques surtout. Des trucs sans doute très bien, mais dont je n'avais, sur le long terme, que foutre (j'ai en mémoire les Raconteurs, des trucs du genre).

Je suis parti tout seul avec ma guitare et mon ordi, ma petite famille m'a rejoint six mois plus tard. On a eu un été d'enfer, la plage, les cocotiers...

Et puis je me suis chopé une pancréatite qui m'a séché. On m'a parlé de cancer à l'hôpital, je me suis vu et senti mourir. J'ai passé un an de diagnostics en maux de ventre, j'ai mes doses de scanners que même à Fukuchima il te faut un bail à long terme pour en profiter autant.

Je me suis soigné à grand coup de Grateful Dead, de manière complètement obsessionnelle (et ce blog en témoigne). J'ai perdu des amis (quand tu arrêtes de picoler, t'es moins drôle le samedi soir... va chier sale con).

Alors ce blog j'y reviens doucement. Je l'ai longtemps ignoré, comme j'ai ignoré les futilités de toutes sortes. Même pas acheté l'avant-dernier Dylan. Un truc de fou.

Aujourd'hui ma vie a changé. Je suis capable de n'acheter qu'un disque quand je suis de passage chez Gibert, deux fois l'an. Et la fibre optique est arrivée jusqu'à mon trou perdu, quartier Là-Haut, Rivière-Salée. J'en suis à mon deuxième disque dur d'1 To, et plus rien ou presque ne m'émeut. Peux plus m'émerveiller sur le dernier combo blues-rock (ça me fait bailler), le buzz m'ennuie plus qu'il ne m'énerve (tenez, les King Lizzard machin, euh... non mais sérieusement à part jouer les anthropologues de la fin des sixties, y'a quoi là-dedans ?).

Du temps où j'achetais des disques, l'effort de mettre la galette dans le lecteur me poussait à écouter au moins dix minutes du dernier Raconteurs. Malheureusement le glisser-déposer ne laisse presque plus aucune chance à l'industrie du disque. Même pas écouté le mix mono du premier Doors, et heureusement que le coffret ne prend pas la poussière sur l'étagère, ça fera ça de moins à déménager.

Et pourtant, il faut imaginer Jeepee heureux, comme Sisyphe : Téléchargement/excitation/écoute/corbeille, inlassablement. Et parfois le miracle. Le truc qui va devenir indispensable, que c'en est à peine croyable. Malgré un premier morceau pas terrible, le disque ne devenant palpitant qu'à la quatrième plage, A World Of Masks.  Comment a-t-il pu tenir jusque là ? Conjonction des astres ? Insomnie ? Quimbois ? Va-t-en savoir, mais en tout cas, me voilà accroc aux Heliocentrics.

Oh rien de bien tumultueux. Je serais dans un mauvais jour, je leur taillerais un costard comme aux King Lizzard, genre copie/conforme d'un truc déjà entendu mille fois. Sauf que, à ma connaissance, malgré la hype pour le krautrock, j'en connais pas des mille et des cents à aborder le rock par le versant Can, et à y arriver aussi magistralement. Toute ressemblance avec Egge Bamyasi ou Tago Mago est sans doute absolument faite exprès, n'empêche que c'est à la fois pas tout à fait pareil et presque pas différent. Rajoutez-y la voix jazzy d'une inconnue tchétchène se prenant pour Madeleine Peyroux, et la rythmique (forcément) obsessionnelle sur laquelle se greffent ici un accord de piano, là du bruit, parfois de la guitare, fontionne parfaitement.

Et puis voilà un groupe qui privilégierait (et ça s'entend) l'approche live aux boucles post-modernes (Can je vous dis) et qui gagne en fraîcheur. En modernité. Autant que peut l'être (et le restera) un Sun Ra (écoutez-moi The Silverback !). Je ne les connaissais ni d'Adam ni d'Eve, ces larrons-là, mais me voilà hameçonné. Je les écoute, ils m'empêchent presque d'écrire. Paraît-il qu'ils ont tourné avec DJ Shadow (l'homme d'un seul album, Endtroducing, à mon avis mais bon...), n'empêche qu'ils évitent tous les pièges du trip-hop sous cellophane (vous ai-je déjà évoqué Can ? Non parce qu'écoutez-moi un peu Oh Brother !)

Alors arnaque ou pas, Canada Dry de l'année peut-être, n'empêche que ce disque sent bon la psilocybine et pas l'infusion bio de la superette du coin. C'est déjà suffisamment enivrant pour se le mettre très fort dans les oreilles.

Je serais vous j'essaierais. Y'a des liens par ici. S'ils ne fonctionnent plus je ferai un effort.

lundi 3 avril 2017

Joe Dassin (four down, six to go)

Un peu pour me faire pardonner de mon poisson d'avril qu'Audrey a gobé alertement (attention aux arrêtes, Audrey), voici la suite de ma série des 10 artistes ayant le plus compté pour moi. Comme à chaque fois, y'a de quoi terroriser sa bande passante et gaver son disque dur. Ce post est pour toi, Audrey, voici donc non pas l'album de Joe Dassin que j'avais posté il y a des lustres, mais une presque intégrale. Je dis presque, parce que manquent ici ses nombreuses reprises en italien, japonais, espagnol... qui n'ont pas grand intérêt. J'y ai juste inclus celles de L'Eté Indien (dans la langue de Bismarck, c'est à mourir de rire), ainsi que quelques chansons originales éditées uniquement pour le marché teuton. Les reprises en anglais y sont, de même que, normalement tous les titres parus uniquement en 45 tours.

C'est donc une véritable caverne d'Ali Baba de 1,5 Go que je vous propose, à tous ceux que l'évocation du grand Joe n'effraie pas, et que la curiosité poussera à re-évaluer. Il y a évidemment à boire et à manger, du sublime au ridicule (le duo avec Carlos), et entre deux des choses qui vous tourneront la tête et le coeur - ou l'estomac - en fonction de votre état.

Le brave Konrad Lorenz démontra dans les années 60 ou 70, je ne sais plus, qu'un oisillon qui sort de l'oeuf prend le premier animal qui bouge pour sa maman. Entre Joe et moi, c'est exactement ça. Mes premiers babillements ont été zaï zaï zaï, quand Siffler Sur La Colline passait sur la radio paternelle, et jusqu'à l'âge de 10-11 ans je crois n'avoir rien considéré de plus essentiel que mes 45 tours du bigleux américain. De là, transition brutale vers Dylan et Zappa puis tout le reste, mais même lorsque les adolescentes hormones pustulaient sur ma face, je n'ai jamais vraiment tué le père, docteur, et à ce jour encore mon Oedipe penche vers l'auteur de l'Amérique.

J'ai déjà tout dit ce qu'il y avait à dire sur Joe Dassin : un passeur immense, malheureusement récupéré par la variété verdâtre. A partir de l'Eté Indien (1975), les perles se font rares, trop occupé qu'était son staff à dénicher le prochain tube qui tue, en raclant les bas-fonds de la variété italienne de l'époque. N'empêche, avant cela, dans la France de Pompidou, je ne vois guère que lui à avoir proposé du Johnny Cash (A Boy Named Sue), du Johnny Nash (Hold Me Tight), Joni Mitchell (Big Yellow Taxi), Stevie Wonder (Sir Duke), Gordon Lightfoot (plein), Ian & Sylvia (You Were On My Mind), Neil Diamoond (Crackling Rosie), et je passe sur les ratages (Bob Marley version slow de l'été, euh...)

On pourra bien sûr lui reprocher de n'avoir pas été un chanteur à texte. Lui même s'en défendait, arguant qu'il était bien plus difficile et valorisant de trouver la chansonnette qui mettrait du baume au coeur de milliers de personnes plutôt que d'ânoner des revendications politiques pour une minorité en pull en chèvre. Plutôt d'accord, en fait. Et Brassens même s'amusait de ses Dalton. Et Dassin avait sauvé la mise de Bobby Lapointe. Et juste avant de claquer, le Joe s'était juré de laisser tomber tout ce cirque pour ne plus chanter que ce qu'il aimait, du country-blues à la Tony Joe White.

Alors au-delà des tubes, qu'on pourra compiler pour sa prochaine fête entre collègues de boulot à la Tranche-Sur-Mer, je vous invite ici à piocher dans le bizarre : les chansons inconnues des compilations, les faces B. Les pépites sont légion. Textes un peu con-con, mais arrangements à tomber. Un Peu De Paradis, La Chanson Des Cigales, Le Roi Du Blues, Ton Côté Du Lit, ces choses-là...

Alors encore désolé pour la blague, Audrey, ceci - promis - n'est pas un poisson d'avril.

Attention, le lien wetransfer ne fonctionnera qu'une quinzaine de jours, récupérez tout ça très vite, même si cela se trouve facilement chez nos amis russes...

samedi 1 avril 2017

# 202 : Michel Sardou "La Maladie D'Amour"

En 1973, Michel Sardou fait déjà partie des valeurs sûres de la nouvelle chanson française, celle qui ose, malgré et peut-être grâce à la politique rétrograde de Pompidou, se mêler d'accords rock, pour mieux faire comprendre à ce vieux pays que Mai 68 a laissé des traces.

Usant, voire abusant, de la satire (Les Bals Populaires), posant les vraies questions (Les Ricains), Sardou dérange et c'est tant mieux. A la manière d'un Zappa, l'artiste prend son public à contre-pied. Fils d'un grand homme du théâtre, Michel a bien retenu la leçon paternelle. Il joue tous les rôles, évoque la pédophilie (Le Sureillant Général), l'homosexualité dans une France encore puritaine (Le Rire Du Sergent), le divorce dans un pays encore sclérosé par l'Eglise (Petit).

Et là, en 1973, il signe le Grand Oeuvre. Jamais les arrangements n'auront été aussi riches. Les Villes De Solitude aurait pu être écrite aujourd'hui, à l'heure où les banlieues flambent. Une rythmique ingénieusement basée sur un riff de guitare sèche, des cordes que ne renieraient ni un Jean-Claude Vannier, ni un John Paul Jones en plein Kashmir.

Sardou, ici, semble avoir tout digéré. La pop anglaise teintée de prog de Procol Harum (La Maladie D'Amour), l'humour vachard façon Kinks (Zombie Dupont), le folk psychédélique de Traffic (Je Deviens Fou) et surtout, toujours, cette verve qui - avec sa façon de ne pas y toucher - évoque les problèmes cruciaux de l'époque, comme le célibat des prêtres et les fadaises de l'Eglise, encore et toujours (Le Curé, Tu Es Pierre). Là ou un Brel ou un Ferré se sont cassé les dents avec leur instrumentation vieillote, Sardou reprend la flamme. Exit La Vie d'Artiste ou la Complainte des Vieux Amants, voici Les Vieux Mariés. Jamais les petits bonheurs des petites gens n'ont été mieux évoquées que sur cette chanson véritablement intemporelle.

Il faut bien sûr rendre ici hommage à Jacques Revaux, l'orchestrateur de ces symphonies de poche - pour reprendre l'expression de Brian Wilson - véritable alchimiste de studio, n'hésitant pas à associer le Moog, les guitares les plus écorchées aux choeurs dignes d'un Gabriel Fauré.

Bien sûr, on voudra diaboliser Sardou, c'est évident qu'il dérange. On lui fait dire ce qu'il n'a pas dit : on se borne à le cantonner aux personnages multiples qu'il incarne. C'est à cela que l'on reconnaît les génies : aux vains efforts que l'on tente pour les faire taire. Sardou est, définitivement, de cette trempe. Et la photo de l'artiste, micro à la main (riche symbole !), ne vient que confirmer la place que, jamais plus, on n'osera lui prendre.

Jouez-moi La Marche En Avant !

vendredi 31 mars 2017

# 201 : Bob Dylan "Triplicate"

Qu'est-ce que c'est que cette merde ?!!!

L'expression n'est pas de moi, mais de Greil Marcus, et date de la sortie (dans tous les sens du terme : de route, par exemple) de Self Portrait quand le Bob avait à peine trente ans et jouait déjà avec nos nerfs. Sauf que le renard s'en était tiré par une demi-pirouette (New Morning), une tournée des grands ducs (Before The Flood) et un chef-d'oeuvre (Blood On The Tracks) pour réconcilier tout le monde.

Là, ça fait la troisième coup qu'il reprend du Sinatra et consorts. La première fois, on pouvait trouver ça drôle. On avait déjà bien rigolé avec ses reprises de chants de Noël, alors pourquoi pas ? La deuxième fois, on pouvait penser qu'il restait de la place sur le disque dur et que tant qu'à faire rentrer le sombre héros en studio, autant rentabiliser. Quelques chutes de studio avant Noël, ça ne fait jamais de mal, et autant les sortir tout de suite : le monde s'en contre-foutra dans 25 ans, pas question d'envisager des Bootleg Series Volume 89 pour ça.

Mais là, c'est (je cite Columbia) le premier triple album de Bob Dylan, trente étrons gentiment enfilés comme des lombrics pour une vermée, sertis d'une pochette à se torcher (ça tombe bien) et - peut-être parce que c'est le printemps, j'aurais tendance à dire que trop, c'est trop.

Non pas que sa diarrhée soit insupportable pour les oreilles. C'est très bien produit, très bien joué, et presque trop bien chanté. Madeleine Peyroux aurait sorti pareil projet, j'aurais sans doute apprécié, voire applaudi. Mais Dylan, non, non et non, et pour plein de raisons.

La première, c'est que voilà un disque que Donald Trump pourrait apprécier. L'idée même que ce cochon-là prenne une jeune démocrate par la chatte et s'amuse avec elle sur son yacht sur fond de Bob Dylan m'exaspère et m'est insupportable. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et pour la première fois de sa carrière : Voilà de la musique hautement consensuelle, volontairement consensuelle et ça, le vieux singe ne nous l'avait jamais fait : il avait exaspéré son monde en nous chantant le petit Jésus, pourri certains albums d'une production infecte, mais jamais il n'avait semblé vouloir à ce point lécher le cul d'une Amérique détestable. Je suis presque plus choqué que cette vieille folle de Pete Seeger hurlant à la trahison en entendant Like A Rolling Stone. Alors oui, si c'est perfide, c'est gagné, je plonge, je m'énerve. Sauf qu'ici, c'est carrément toute sa démarche conceptuelle - si tant est qu'il en ait eu une - qu'il semble renier. Me fait penser au chanteur de Balavoine. C'est vrai, il est vieux. C'est vrai, il peut crever. Le gars qui a toujours craché sur Tin Pan Alley et toute sa clique, qui a quand même contribué à la transmutation du rock'n'roll en rock (ou en pop, choisissez) semble vouloir aujourd'hui nous la mettre bien profond. Je vous ai bien eus, bande de cons. Putain, Bobby Zim, tu bossais pour la CIA ?

Dylan est vieux donc, et ferait mieux de jouer aux dominos avec ses potes atteints de Parkinson, c'est bien triste mais... on vieillit aussi. Et moi, en tous cas, je continue (sans doute bêtement) à écouter de la musique qui déménage, et fort en plus. Je continue à croire à mes rêves d'adolescent, même si je les vois s'évanouir chaque jour d'avantage. Je n'attends plus un nouveau Lou Reed, youtube en vomit 50 par jours, mais j'écoute encore Berlin. J'ai besoin de continuer à croire à tout ce qui m'a bercé. Même avec cette atroce lucidité, cadeau de la cinquantaine. Que les Sex Pistols nous aient niqué bien profond, c'est évident. Mais c'était si boooooon... Alors être obligé d'entendre Dylan ânoner ces jazzeries de croisière pour retraité, j'ai vraiment envie de me jeter par la fenêtre. Je n'ai rien contre le jazz vocal, la variété de Sinatra. Mais je ne peux pas supporter qu'un Dylan m'en gratifie. On peut adorer Mozart et les Beatles, et trouver insupportable les oratorios de Mc Cartney, non ? On peut aimer Metallica et trouver grotesque leur Lulu avec Lou Reed ! Je n'aimerais pas que mon boucher m'opère de l'appendicite, quel mal à cela ?

Enfin, de quoi nous parle-t-il le Bob ? Avec maintenant 50 bulles puantes sur le marché, vous avouerez que ça vire à l'insistance, voire à l'obsession, non ? Maintenant qu'il est trop croulant pour même faire semblant de tenir une guitare en concert, cherche-t-il à se persuader qu'il est un grand chanteur ? J'ai beau chercher, je ne vois qu'Alzheimer comme diagnostic possible pour CA. Car enfin, encore et toujours, sans s'en rendre compte, c'est toute une mythologie - et pas seulement la sienne - qu'il envoie à la mer en tirant cette chasse. Les Stones vieillissent aussi, on n'attend pas de nouveau Brown Sugar depuis belle lurette, mais leur album de blues a au moins le mérite de rendre mélancolique - ou même plus froidement critique (c'est plus ce que c'était) - mais jamais en colère comme ce truc. Non pas qu'il lui soit interdit de changer de voie. En saupoudrant d'electro balbutiante son First We Take Manhattan, Cohen avait troublé son assistance, mais la froideur de la musique collait diablement bien à son propos. Et quand même Dylan gratouillait les fesses du petit Jésus, sa soudaine conversion avait de quoi interpeler, dans le bon sens : tu vas devoir servir quelqu'un, le diable ou le bon dieu peu importe, alors fais ton choix. Diable ! (oups) bien visé camarade ! Mais là, non, non et encore non. Supporterait-on Chicago reprenant les Cure ? Radiohead se découvrant une passion pour Count Basie ? Imaginez Iggy Pop reprendre non pas un titre de Joe Dassin, mais cinquante ?!!!

Alors oui, tout fout le camp. Sauf Dylan, toujours là, et en l'occurence, je préférerais qu'il foute le camp. Qu'il nous laisse digérer ce que la vie ne nous a pas offert, qu'il nous laisse tranquille avec Blonde On Blonde à ruminer sur ce bon vieux temps qui est mort pour de bon. J'en pleure en écoutant - pardon, en entendant sa version de When The World Was Young. Chanté par Dalida, ça aurait pu être troublant. Ca me fait pitié. Ca me fait du mal. Ca me fout les boules, ça me fout tout ce que vous voudrez sauf le blues. Et toute la musique que j'aime, elle vient de là, elle vient du blues. J'en arrive à jalouser les fans de Johnny. Lui au moins, jusqu'au bout il leur donnera ce qu'ils veulent. On les enterrera tous heureux dans la même fosse commune avec lui. Veinards, les Raoul, les Jacky et les Maurice du Stade de France.

Tu fais chier, Robert Zimmerman. Mais peut-être as-tu raison finalement, la réponse est portée par le vent ? Bob Dylan, prix Nobel du pet.

Y'en a qui en veulent malgré tout ?

dimanche 19 mars 2017

Chuck Berry "The Definitive Collection" (three down, seven to go)

Ce coup-ci, le rock (et le roll) est vraiment mort. On a pu pleurer, qui sur Lou Reed, qui sur Bowie, mais là, Chuck Berry... il semblait devenu sinon immortel, du moins non-mort, sans nouvelles de lui on s'en inquiétait même plus. Et vlan, non, la camarde s'est jouée de nous. Il paraît que depuis hier, Keith Richards fait une consommation hallucinante (oups) d'anti-dépresseurs et qu'il aurait contacté son notaire. Mick Jagger s'est enfin fait à l'idée d'avoir des problèmes de prostate. Et l'industrie du disque est bien embêtée. Avec un Prince, on peut songer aux Deluxe Editions, surtout que le nain doit avoir une quarantaine d'albums dans les placards de Paisley Park mais là... Et qui voudrait prendre le risque de ramener à la vie la sauvagerie et l'impertinence de cette musique ? La CIA a eu peur cinq minutes dans les années soixante, mais toute idée de révolution semble aujourd'hui anéantie... Même ces histoires de mp3 semblent finalement du pain béni pour les majors : exit les milliardaires façon Led Zeppelin, les voilà matés les artistes, obligés de quémander l'aumône avec leurs pauvres 200 000 CD vendus, pendant que Youtube, Spotify et les autres refilent le grisbi en douce à Warner, bien vu ! Fini les limousines dans les piscines, les gars !

Ce coup-ci, le rock est donc vraiment mort, parti avec Chuck. Vous me direz que l'animal avait quand même sorti son dernier album en 1979 et que donc, c'est une mort lente et indolore que voilà. Et vous pourrez aussi tenter de me consoler en me disant que de cet album on n'avait que foutre, mauvais qu'il était. Et n-ième d'une série dont déjà on se tamponnait tout ce qu'on pouvait. Oui. Rock'n'Roll de Led Zeppelin (encore eux) avait monté le curseur d'un cran. Brown Sugar avait élargi le champ de vision. Anarchy In The UK avait pris moins de gants pour cracher sa morgue à la face du monde bien pensant.

Et alors ?

Que je sache, les tables de la loi ne sont pas un soap opera. Il n'y a pas de saison 2. Elles sont écrites une fois pour toute, et fais avec ça mon garçon. Rien de plus rien de moins. Et pourtant, je vous fiche mon billet qu'en dézippant le paquet cadeau, vous aurez la même réaction que moi : oh bordel, c'est vrai, y'a celle-là, aussi ! Oh, il n'y en a ici qu'une trentaine plus une. Les neuf volumes de l'intégrale Chess n'apportent rien de plus, si ce n'est bavardage inutile. Et je sais, la pochette est moche. Mais on ne parle pas d'art conceptuel, ici. L'important c'est ce qu'il y a dans la boîte. Ce qu'il y avait dans le juke-box.

Alors bien sûr, on pourrait s'en tenir à ces putains de riff, mélanges vicieux de jazz et de blues sur un rythme doowop, rire en coin en repérant les plans de Keith un à un, et gloser comme un vicaire de chez Télérama sur le fait que, plus tard, Dylan rajouterait la poésie à tout cela pour définitivement dresser la culture musicale du siècle passé. Quoi ? Non mais arrêtez deux secondes ! Faut-il vraiment vous copier/coller quelques extraits choisis, disséquer la syntaxe pour vous convaincre que voilà des paroles troussées on ne peut mieux, simples, directes, efficaces et presque aussi mélodieuses que la Gibson qu'on vénère chez lui ? On y va...

Well if you ever plan to motor west
Just take my way it's the highway that's the best
Get your kicks on Route 66...


...

It was a teenage wedding, and the old folks wished them well
You could see that Pierre did truly love the mademoiselle
And now the young monsieur and madame have rung the chapel bell,
"C'est la vie", say the old folks, it goes to show you never can tell...


...

Last time I saw Marie she's waving me good bye
With hurry home drops on her cheek that trickled from her eye
Marie is only six years old, information please
Try to put me through to her in Memphis Tennessee...


Là, ça pète, non ? Et encore, j'en ai mis que trois, un peu au hasard... Autant sinon plus que "Lights flicker from the opposite loft..." de l'autre, au hasard...

Alors se dire que Chuck Berry s'est fait rattraper par la grande faucheuse, autant dire qu'il n'y a vraiment aucune chance. Les témoins de Jehovah peuvent revenir me la chanter, la semaine prochaine. J'en veux pas de vos promesses, si l'Eternel rappelle à Lui Celui qui m'a donné la foi, c'est bien que tout ceci n'est que foutaises. Promesse non tenue, oui. Un peu comme dans la chanson...

No particular place to go
So we parked way out on the Kokomo
The night was young and the moon was gold
So we both decided to take a stroll
Can you image the way I felt
I couldn't unfasten her safety belt

 
A moins que... alors que je continue mon introspection, mon Top Ten, le père Chuck à cassé sa pipe juste à temps, j'aurais peut-être été capable de l'oublier...



lundi 27 février 2017

LCD Soundsystem "Shut Up And Play The Hits" (two down, eight to go)

LCD Soundsystem, voilà un groupe que j'ai suivi du début à la fin. Complètement bluffé par le côté electro qui me rappelait le Second Toughest In The Infants d'Underworld d'Underworld mêlé au rock'n'roll (punk) bien crasse, envoyé comme aux meilleurs instants du Clash, pas moins. Daft Punk Is Playing In My House, waouh, rien que le titre, et le morceau du même acabit. De longues envolées technoides auxquelles pouvaient se suivre de vraies chansons, bien troussées (New York I Love You But You're Bringing Me Down), et en plein succès, paf, terminé, ça suffit, j'ai tout dit. Une grande classe donc.

La seule question que je me pose, c'est pourquoi il faut attendre entre dix et quinze ans pour qu'un OVNI pareil apparaisse dans la voûte céleste où les galaxies du classic rock, de l'electro, de l'americana et du jazz semblent s'ignorer, sans s'attirer ni même se repousser, réfutant à la fois la théorie de la relativité et celle de la gravité de Newton qui voudrait qu'au bout d'un moment, cette apparente dichotomie se brise comme un flan monté trop vite.

En découlent bien d'autres, des questions : pourquoi depuis bientôt 20 ans, depuis les premiers samplers, se contente-t-on de partir systématiquement sur du poum-tchak entendu mille fois auparavant (Donna Summer, déjà...). Mince, avec les moyens d'aujourd'hui tout est imaginable et reste malheureusement du domaine de l'imagination. Le Velvet, phénix parmi tant d'autres, renaît régulièrement de ses cendres, l'héritage de Johnny Cash est sans cesse rabaché par de jeunes talents déprimés juste ce qu'il faut pour faire croire qu'en entend pas les mêmes accords et cette vieille chèvre de Dylan trompe son Alzheimer en se prenant pour Sinatra - en imaginant donc que lui-même n'a jamais existé.

Ancien DJ, co-fondateur d'un label dance-punk (!), ingénieur du son, James Murphy était sûr de son coup. Dix ans, quatre albums, un concert d'adieu gigantesque au Madison Square Garden et basta. Il était temps de passer à autre chose, la messe était dite. A quoi bon continuer à radotter sur le même thème ? A quoi bon continuer à mélanger boites à rythmes et guitares cinglantes ? Le concept était créé, développé, et mené à son terme. La preuve, donc, ce dernier concert, 3h30 de live, qui pourrait tenir autant avec dix années de répertoire, sans temps morts ?

Rippé puis édité à partir des deux DVD par mézigue, après six mois de silence, il fallait bien un peu de contenu pour la suite, pour ces 10 artistes qui comptent le plus pour moi (mais oui, le coup de l'île déserte...). La suite ? Dans six mois ? Un an ? Ben quand j'aurai le temps et l'envie. Je me pose beaucoup de questions par rapport à tout ça.

Bises à vous.

JP

Jump Into The Fire




mercredi 7 septembre 2016

Mille milliards de concerts du Grateful Dead... (One down, Nine To Go)


Encore...

Ben oui, encore. D'abord parce que, si je compte à peu près bien, en supprimant la blagounette du Gentle Giant sans disque, j'en suis au 191ème article de ce blog, et que de fait, les dix à suivre seront consacrés non plus à un disque, mais aux artistes qui m'auront scotché ces cinquante dernières années. Attendez-vous donc à du banal (sans doute y parlera-t-on de Dylan...), tant pis pour les élitistes. J'essaierai en revanche de proposer de la fraiche, du grisbi, du matos à chaque fois. Enter donc les derniers en date de ma pathologie obsessionnelle, le Grateful Dead.

Je pensais voguer vers la guérison, et puis non. Plouf. Retombé dedans. Mais avant tout, cliquez donc sur Play pendant que vous lirez mes digressions inutiles. Nous sommes le 8 mai 1977, au Barton Hall d'Ithaca, état de New-York. Le Grateful Dead y donne ce que beaucoup considèrent comme le meilleur concert du groupe. Je me garderai bien d'y aller de mon couplet, que faire dès lors de la tournée européenne de 1972, des beaux restes de 1990, etc. Et que faire du concert du lendemain, dantesque également ? Et que dire de celui de Hartford, le 28 du même mois (disponible dans toutes les bonnes crémeries sous le titre vaseux de To Terrapin) ?

Non, sérieusement, les débats s'avéreraient stériles. J'ai choisi celui-ci car, ironie (?) du sort, on parle (encore) ici du Grateful Dead, en 1977 (l'année du punk et du disco, ha !). Si cela pouvait faire taire une bonne fois pour toute celles et ceux qui ont définitivement décidé de cantonner le groupe au statut d'éternels chantres (chancres ?) de Haight Ashbury, du mouvement hippie et des fleurs dans les cheveux san franciscains, cela constituerait déjà un grand pas.

Ce concert, comme des centaines d'autres, est disponible à l'écoute sur https://archive.org/details/GratefulDead. Et la bonne nouvelle, c'est que dans le cas précis du Dead, il est inutile ou presque de chercher le frisson ailleurs que dans les bandes de concert, dont on aura sans doute pas assez d'une vie pour les écluser toutes. A celles et ceux que le streaming agace, je me permettrai ici de livrer le secret de polichinelle permettant de télécharger tout ça en mp3 192 k en trois coups de cuiller à pot. Inutile donc d'engraisser l'industrie florissante du disque qui, dans le cas du Grateful Dead, ne s'est jamais mieux porté que depuis qu'elle fourgue tout cela "officiellement" à vil prix. Hop donc, je vous montre, et on discute :

Le concert dont on parle s'écoute ici :
https://archive.org/details/gd1977-05-08.111493.mtx.seamons.sbeok.flac16

Eh oui, streaming only, depuis 2009 (il était possible avant de tout engouffrer en mp3 ou FLAC). Streaming only ? Euh... ben non, et toc. Clic-droit sur le lien indiquant Stream Playlist VBR à droite, enregistrez-sous et hop, voilà un fichier m3u rappatrié sur votre ordinateur. Ouvrez-le avec le bloc-notes, et - oh les beaux liens qui apparaissent en clair ! Des choses comme :

http://archive.org/download/gd77-05-08.sbd.hicks.4982.sbeok.shnf/gd77-05-08eaton-d1t01.mp3

Copier/coller dans le navigateur, et hop c'est dans la boite. Il ne vous reste plus qu'à remplacer d1t01 par d1t02, d1t03... d3t07 et voilà le camembert dans la boîte. C'était mon cadeau du jour, ne me remerciez pas. Il ne vous reste plus qu'à flâner sur le site, et à faire votre marché.

Je vois bien que la plupart d'entre-vous, outre leur indifférence crasse pour le Grateful Dead, me plaignent secrètement. Oui, j'avoue, la pratique décrite ci-dessus relève du Trouble Obsessionnel Comportemental, et j'assume complètement. Mais outre le plaisir purement personnel que m'apporte ce syndrome médicalement bénin bien qu'inguérissable, visiblement, j'ai quand même quelques tonnes d'arguments à apporter. A rappeler. Je ne sais plus.

D'abord, il est facile - très facile, trop facile - de réduire le Dead à la posture d'un groupe hippie caricatural du Haight Ashbury des années 1967-68. Ne serait-ce que, tout simplement, parce que le groupe a continué à tourner jusqu'en 1995, avec, en plus, un succès de masse grandissant. Je veux bien que les américains soient tous des cons, à commencer par Donald Trump, mais cela cache quelque chose, non ? Que sont devenus le Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et quelques autres après quelques années de flowers in their hair ? hmm ?

Ensuite, ha oui, je vous vois venir : Dark Star. Ou The Other One. Playin' In The Band. Des machins qui tapent régulièrement la demi-heure. C'est oublier une multitude de chansons (j'ai bien dit chansons) que j'en connais des tas qui se damneraient pour en avoir ne serait-ce qu'une ou deux comme ça dans leur répertoire : Jack Straw, Brown Eyed Woman, Sugaree, Bertha, même... Touch Of Grey - leur mégatube planétaire décroché grâce à MTV (!) en 1987 (!!) (et toc, voir paragraphe précédent).

Remarquez que je n'ai même pas cité Uncle John's Band, Friend Of The Devil, Truckin' ou Box Of Rain, issues des deux albums alt-country que tout le monde s'accorde à aimer pour les mêmes mauvaises raisons qu'il déteste le reste. Workingman's Dead et American Beauty ne tiennent pas la rampe si on y cherche des vocalises à la Crosby Schtroumpf et Nash. Ce n'est pas ça qui rend ces disques (quand même) délicieux.

D'ailleurs, pour dire vrai, tous les albums du Dead sont ratés. Totalement (Go To Heaven, au hasard) ou partiellement (Blues For Allah, au hasard). Après avoir osé aller au bout de ce qu'un studio d'enregistrement pouvait éventuellement leur apporter (les bidouilles mixant live/studio d'Anthem Of The Sun, expérimentations à comparer au Revolver des Beatles ou au Pet Sounds des Beach Boys, those were the days), c'est finalement dans des versions live que les plus belles chansons paraîtront (Bertha, encore elle, au hasard). Pourquoi s'embêter, pourquoi s'arrêter de jouer pour enregistrer ? Touch Of Grey, LE tube improbable des années MTV, sera joué sur scène dès 1983, tu m'étonnes que la version studio soit carrée, quatre ans plus tard.

Mais j'ai bien compris que je ne convaincrai personne. Je cherche juste à comprendre pourquoi le Grateful Dead souffre d'une indifférence crasse en France (autant sans doute qu'en Belgique ou en perfide Albion, d'ailleurs).

Et c'est justement en traînant mes guêtres parmi les mille milliards de bootlegs proposés ci-dessus que j'ai compris, je pense. Va-t-en savoir pourquoi, peut-être parce que faire preuve de curiosité en écoutant Sunshine Daydream vous pousse à en enfourner un autre, toujours est-il que je me suis mis à adopter un comportement obsessionnel à l'insu de mon plein gré. A commencer à classer mes périodes préférées, et parmi celles-ci, mes versions préférées de telle chanson, ce genre de choses. Capable de ne pas dormir de la nuit à l'idée de ne pas pouvoir départager un Jack Straw de 1977 avec un Chinese Cat Sunflowers de 1972, de rester hypnotisé par la version d'Uncle John's Band à Dijon en 1974. En fait, je me suis mis à devenir un Dead Head tout simplement en vivant par procuration ce que mes cousins d'Amérique ont vécu pour de bon, à savoir suivre le Grateful Dead sur des dizaines de concert d'affilée. Chose impossible dans la vieille Europe (sauf en 72, 74 et 90), les disques - encore une fois - étant accessoires, jusqu'à la prolifération des Dick's Picks, Dave's Picks et autres Download Series.

L'homme étant mauvais et par nature et par usage, c'est donc à ce voyage que je vous invite. Laissez-vous aller, vous avez le droit de zapper (systématiquement, même) les séquences Drums/Space quasi-systématiquement insupportables, pour ne retirer que le poison qui se distille de ces putains de chansons, car c'est, malgré les Dark Star de 45 minutes, ce qu'il faut retenir. Et tant mieux, si, parfois, elles dépassent la demi-heure. Plus c'est long, plus c'est bon. Et peut-être, en écoutant par-ci par-là tout ce magma, se rendre compte que le Dead n'aura été hippie qu'un été, ou presque, sur une carrière de trente années.