J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

lundi 15 octobre 2018

Gégé revient ! (?)

Bon, l'album est chez Jimmy, pas besoin de le re-poster ici. Et je vous invite à lire sa chronique que j'aurais pu écrire- mots pour mots - si j'avais eu l'album là, direct, à sa sortie.
Sauf qu'outre-mer zaidant, j'ai eu le disque dans ma valise quelques jours avant d'atterir à l'aéroport Aimé Cézaire et de dé-boiter le truc sur ma platine.
Est-ce le spectacle des bananiers dans les champs, les grenouilles sous la lune, bla-bla ? Je ne sais pas mais je le trouve moins pire que son aventure grecque précédente. Rempli de guitares, parfois absurdement rock''n'roll (mais ce n'est pas la première foiq, Gégé attendait le Train du Soir chez Bob Seeger il y a longtemps déjà), de cordes (certes arrangées à la va-comme-je-te-pousse), je l'aime un peu plus celui-là.
Je l'aime un peu plus mais attention, pour le nouveau-venant celà reste malheureusement une bulle de merde. Car Manset, en 2018, désolé, ne trouvera plus de nouveaux venants. Pas avec un disque pareil, pas avec ses palabres. Où alors un stagiaire de chez Télérama. Peut-être.
Car en plus le monsieur est prétentieux, lorsque entre les chansons il solliloque. Rien de nouveau par rapport au précédent disque. Use-abuse de la pédale flanger sur la guitare. Rien de nouveau par rapport à "Il voyage en solitaire" ou les disques d'avant (il y a 40 ans quand même).
Je serai donc moins catégorique que Jimmy, je n'ai pas écrit/répondu en mordant à la sortie du disque. Quand j'entends ces arrangements datés, et volontairement datés (c'est pas possible autrement), je me dis que Gégé souffre d'une crise de nostalgie. Cherchant à nous faire croire qu'il peut encore faire aussi bien que l'avant qui nous est cher, on ne peut qu'espérer que face à son génie actuel, il se décide enfin à ouvrir les vannes de ses albums d'antan en VO intégrale. Allez Gégé, vas-y. Ou alors arrête.

lundi 3 septembre 2018

#216 : Bob Dylan "World Gone Wrong"

...Sur une remarque de Jimmy, qui doit dater de plusieurs années : poste-nous un Dylan peu connu. Dont acte.

En 1993, Bob Dylan ne vaut plus rien. L'épisode "Oh Mercy !" est passé depuis longtemps. Après être revenu en grâce avec les efforts de Daniel Lanois, l'alchimiste du moment, fier de son travail avec U2 sur The Joshua Tree (on transforme un groupe de merde en or en barre, joli coup Daniel). Mais c'est presque un Dylan de merde que le canadien avait re-crédibilisé (sait-il travailler avec d'autres que des pitoyables ?). S'en suit un inommable Under The Red Sky, produit par Don Was (?!!) et riche d'invités grotesques (Slash, Steve Jones, Elton John et j'en passe).

Et puis il y eut, après un silence radio de deux ans, Good As I Been To You. Album de reprises, totalement acoustique et solo dont on se devait quand même de célébrer l'arrivée. Pas possible quand même de parler de Kurt Cobain tous les jours, si ? Mais le disque péchait par trop de fautes de goût. La bluette, déjà, bien avant son Alzheimer lui faisant croire qu'il était un croisement de Dean Martin sodomisant Sinatra (Tomorrow Night), du folk irlandais du très méprisable Paul Brady (Arthur Mc Bride) et un jeu parfois approximatif.

Alors quand l'année d'après paraît le rebelote d'album World Gone Wrong, qui s'en est soucié ?

Sans doute pas ceux qui ne l'ont pas acheté et de fait pas lu les notes de pochette délicieuses. Il n'avait pas fait cet exercice depuis 1965, le Bob. Et ça y va. Monde merde, j'y comprends plus rien, la seule chose qui reste, c'est ces vieilleries.

Preuve par neuf avec le titre éponyme des Mississippi Sheiks, qui, dans les années 20, étaient tellement neuneu que bien que noirs, ils ne jouaient pas du blues pour blancs. Et la suite à l'avenant. Stagger Lee, sur lequel Greil Marcus se masturbera de longues années durant, croyant y découvrir le mythe de l'Amérique (mais oui, Greil, arrête de te pignoler et remets-toi !).

Et aussi, du blues. Nobody can sing the blues like Blind Willie Mc Tell. Bob Dylan, à l'époque, si. Sur la reprise de Brokedown Engine, oui. Complètement.

Alors évidemment, le Bob n'est pas Jorma Kaukonen ou Eric Clapton. C'est le jeu inimitable de Dylan à la guitare sèche quand il n'est pas en train de se faire sa liste de course sur scène (penser à racheter des pommes de terre, j'ai tartiflette avec Bono demain). Impossible à reprendre avec sa petite guitare devant l'iphone. Dylan is Dylan, et ici complètement, peut-être plus que jamais.

Alors vu que visiblement je poste un truc par an, peut-être jugeriez-vous que ce disque en vaut la peine. Surtout en 2018. Il faut toujours attendre uune trentaine d'années pour comprendre Dylan. Je serai sans doute mort avant d'aimer ses merdes jazzy, mais là, je suis vivant.

Même si le monde a mal tourné.

samedi 26 mai 2018

Google est ton ami


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vendredi 25 mai 2018

#215 Bob Dylan - Live à l'Olympia de Paris, 24 mai 1966

Oh vite fait, bon anniversaire Bob !

Ce jour-là que c'est-il passé avec Françoise Hardy ?
Ce jour-là comme ailleurs, mais peut-être d'avantage, les critiques fainéants t'on hué pendant le set acoustique (les mêmes qui ont hué Coltrane en 1961, sans doute, comme disait Miles Davis, ces cons-là sont trop fainéants pour essayer de comprendre) mais... oh la classe avec laquelle tu te moques d'eux - tu te rappelles ce Just Like A Woman ? Sacré toi.
Ce jour-là, heureusement, ils sont partis à l'entr'acte, et le set électrique l'a fait bien mieux que dans la perfide Albion (ils étaient restés, là-bas, fainéants de critiques français).

Extrait du coffret sorti opportunément par Columbia pour renouveler les droits. Et mon gauche tu l'as vu ?

Alors bon anniversaire Bob. Merci pour Visions Of Johanna. Et, s'il te plaît, arrête de chanter Sinatra. Reécoute plutôt ces bandes.

C'est comme si j'y étais...

jeudi 9 novembre 2017

#214 : Planxty "Between The Jigs And The Reels : A Retrospective"

Il existe entre la harpe celtique et la cornemuse irlandaise des différences fondamentales, mais pourtant les deux instruments se complètent à merveille. D'ou, finalement, ce post de Planxty en guise de bon complément à celui de Clannad.

En effet, contrairement à la harpe celtique (grâce à ses cordes, mais vous aviez compris), la cornemuse irlandaise est très peu adaptée à la fabrication de collets pour lapins de garenne, ce qui peut constituer un élément d'explication de la Grande Famine. Par contre, comme soufflet le soir auprès du feu, il n'y a pas mieux. D'autant qu'assez bavard, les irlandais ont inventé une cornemuse leur permettant de discuter tout en jouant, ce qui leur assure d'avoir généralement le dernier mot sur les écossais. Pour cela, il faut savoir jouer du coude, et les irlandais sont assez forts pour cela. Ainsi dans le genre "pousse-toi là que je m'y mette", nos joyeux drilles de Planxty se poseront comme tels. Vous allez dire que j'exagère, peut-être un peu mais au fond non, pas tant que ça, mais Planxty peut être considéré comme le groupe fondateur du folk irlandais moderne. Entendez par là que même si les reels, jigs et hornpipes dont ils abusent allègrement sont de source traditionnelle, leur musique ne l'est en rien. On la qualifiera de folk parce qu'on a beau chercher, on ne trouve aucun instrument électrique dans tout ça (mis à part les claviers usés par Christy Moore sur la fin, ok...) mais c'est finalement plus des délires progressifs qu'il faudrait l'enfermer.

Car quoi ! Andy Irvine, déjà, est anglais (by Jove !) et s'est amusé à traverser les Carpathes pour en ramener plein de morceaux en 7/4 et demi, mais surtout des instruments qu'on aurait plutôt tendance à trouver dans le sud de l'Europe, à commencer par la mandoline. Ca vous paraîtra peut-être bête mais Dalida n'a jamais songé à faire camper le personnage de Bambino dans la banlieue de Belfast, et, outre des raisons politiques évidentes, il y a des explications rationnelles à cela.

Alors quand l'autre cordeux, Donàl Luny s'entiche d'un bouzouki datant du temps ou les grecs se tapaient des colonels (et cela commençait à la saoûler) comme les irlandais l'oppression anglaise, nous voilà aux prises avec un groupe qui largue gentiment les amarres du folk irlandais classique.

Evidemment, le duo bouzouki/mandoline fait mouche. Ca pétille dans tous les sens, à chaque secondes c'est cinquante idées de morceaux qui fusent. On ne s'étonnera pas entendu cet éclair de génie qu'aujourd'hui on parle du bouzouki irlandais comme de la dette grecque, ça fait partie du paysage.

Rajoutez à ce duo un cornemuse-killer, Liam O'Flaherty, et ma foi l'Irish Stew est cuit. Manque plus que la cerise sur le gâteau, carrément Christy Moore au chant (partagé, il faut être juste, avec Andy Irvine, pour la plus grande joie de nos O'Reilles). C'est même lui qui a réuni, à l'origine, tout ce petit monde, pour enregistrer son deuxième album solo, Propserous dont on ne s'inquiétera guère ici sauf si, après l'écoute de la compilation ici proposée, et après avoir reniflé tout le web pour trouver tout le reste, on reste encore sur sa faim. Ce qui est très très probable.

Or doncques, l'objet du jour, Between The Jigs And The Reels : A Retrospective, est une compilation sortie l'an passé (et on ne m'avait rien dit !), arrivée ce matin même dans ma boite aux lettres et qui tombe à pic puisque voilà peu on parlait ici de Christy Moore et de Clannad. La chose est composée d'un CD et d'un DVD, pourquoi pas.

D'emblée, et finalement tant mieux, le CD n'a rien d'un best-of, puisqu'on pourra hurler comme un damné en constatant l'absence de Raggle Taggle Gypsy, Only Our Rivers, Little Musgrave et beaucoup d'autres. Alors on relira le titre : eh oui, l'accent est mis davantage sur le versant instrumental du groupe. Et lorsqu'il est question de chanter, Andy Irvine a même davantage d'espace que Christy Moore. Passé le moment d'étonnement, on lance la galette (même si les bretons me diront qu'une galette ne se lance pas) et... et ça fontionne plutôt très bien. Si vous cherchiez une introduction à Planxty qui ne fasse pas une part trop belle à Christy Moore, cachant ainsi la forêt que constitue tout le reste, ce disque est pour vous.

Et puis, savez-vous, on trouve ici la plus belle chanson du monde, oeuvre d'Andy Irvine, et qui aurait tendance à reléguer Nick Drake au rayon Shane Mc Gowan un peu timide. J'ai nommé The West Coast Of Clare. Je n'en dirai pas plus. Mais elle est là, prête à être écoutée, re-sortie de son écrin initial comme on balade des Picasso autour du monde, la re-voilà, ne la ratez pas. Moquez-vous du reste si cela vous agrée, mais accordez-vous les cinq minutes qu'elle dure. La plus belle chanson du monde.

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, reste le DVD, qui lui aussi est un véritable enchantement. Pour le coup, ici, tout y est ou presque (Lakes Of Pontchartrain, comme tu nous manque), et donc plus encore.

Mais vous êtes comme moi, vous détestez les DVD. Et rester devant la télé pendant deux heures et demi à regarder ces quatre loustics jouer du pipeau ne représente pas... comment dire... votre vision de la soirée parfaite ? Devant ne revendra pas son baril de westerns pour cinq minutes de Blacksmith au Late Late Show ? Eh ben vous savez quoi, les trente-six chandelles évidemment inédites que compte la galette, je les ai rippées en splendide mp3 @320 rien que pour vos oreilles.

A partir de là, vous êtes heureux(ses) et vous ne le savez pas encore. Cela ne saurait tarder.

Le CD
Le bout du DVD qui couvre la période 1972-73
Le bout du DVD qui couvre l'année 1980
Le Live au Natiional Stadium de 1982

Slàinte Mhaith !

mardi 7 novembre 2017

#213 : Hüsker Dü "New Day Rising"

Il paraît qu'en ce moment, la blogosphère s'est mise en tête de glorifier le Zen Arcade de Hüsker Dü (glorifier ou démonter peu importe, d'en parler quoi !). Etant donné qu'il serait navrant que j'en sois, pour d'évidentes raisons de redites, voici donc un autre album de Hüsker Dü qui me paraît pouvoir retenir votre attention quelques instants :

- Ce n'est pas un double-album : les arguments en faveur de cette particularité de Zen Arcade ne tiennent pas. C'est un disque de punk rock tout bête, initialement avec deux faces, aujourd'hui je ne sais plus, 15 fichiers ?

- Les morceaux sont très courts, balancés en 2'30 sur des thématiques intéressantes (les livres sur les OVNI, les façons de dépecer un chat, enfin ce genre de choses, somme toute rien que de très banal)

- Contrairement à Zen Arcade, il est inutile/difficile/idiot d'évoquer l'éternel "sens de la mélodie qui se cache sous le déluge de décibels montrant quel songwriter se cache derrière patati patata". Les cinq premiers morceaux ne sont qu'un tir en ligne, en avant toutes, avec le plaisir simple et essentiel de faire du bruit, simplement du bruit comprenez-vous. On aimerait que ça continue mais malheureusement on trouve par la suite quelques éléments un peu pop - oh rassurez-vous guère plus que de Ferrero sous le canapé un lendemain de murge. Et ça ne commence qu'à la septième chanson, et ça c'est bien aussi, surtout que ça ne se calme pas sur la fin. Et non, il n'est pas plus mélodique et plus lent que Zen Arcade, il est tout aussi jouissif. Juste un peu moins brutal que Land Speed Record, qui s'en plaindrait ?

- Et puis la pochette est si chouette. Ce paysage idyllique avec deux clébards devant qui viennent affectueusement nous rappeler qu'en bon chiens errants ils nous boufferaientt les couilles si l'on s'amusait à venir contempler le soleil levant, conneries tout ça. Et puis en regardant de plus près, le soleil est noir, le ciel couleur de merde, et les clébards sont peut-être tout aussi bien des chiens-chiens à sa mémère qui en pissant dans l'eau vont vous coller une maladie parasitaire à la con et que bordel si j'avais un flingue je dégommerais ces saletés. Journée de merde.

Et surtout, ce disque s'appelle New Day Rising, et je me faisais la réflexion justement, en l'écoutant à fond la caisse dans les embouteillages après avoir passé une journée pourrie à un point ou j'avais l'impression vu toute la merde qui me tombait dessus que le reste du monde devait être constipé, pas moins. Demain sera bien ? J'y crois plus.

Prenez trois paysans, acculés par les dettes des fournisseurs. Ces trois paysans se regroupent en coopérative, tiennent la dragée haute au vilain commercial, du coup améliorent leur revenu. De fait les adhérents à la coopérative augmentent. Celle-ci prend du poids et embauche des salariés. A tel point qu'arrive un moment ou elle a pour objectif de grossir pour continuer à vivre, ceci bien entendu aux dépens des paysans qui l'ont créée, augmentant les prix des fournitures qu'elle leur revend.

C'est l'éternel serpent qui se mord la queue.

Alors New Day Rising, après une journée à affronter la mauvaise foi, les petits intérêts personnels, les postérieurs postiches et j'en passe, c'est parfait dans ma petite voiture coincée dans ces putains d'embouteillage. Nouveau jour, nouvel ordre mondial, je me dis que les êtres humains sont tellement cons que tout ça est peut-être vrai. Comme ces coopératives qui bouffent sur le dos des paysans. Je veux dire, sans même avoir besoin d'un complot, sans même en appeler aux Illuminati, sans même le faire exprès. Et c'est là qu'il n'y a plus guère d'espoir. Comme ces cellules cancéreuses qui prolifèrent comme un vieux réflexe consistant chez les paramécies et les hydres aquatiques à se multiplier par division lorsqu'un danger, un stress les y poussent. Sauf que le crabe nous tue, RIP Mr Grant Hart, comme le nouvel ordre mondial, comme les coopératives, le glyphosate et mes collègues de boulot.

Et contre tout ça, je ne vois guère que Hüsker Dü, très fort dans l'auto.

Et justement, pour en revenir à Zen Arcade, je crois que je le re-écouterai dans les embouteillages demain, New Day Rising n'est pas assez long. A moins de l'enchaîner à Candy Apple Grey ? Et si vous en voulez d'autres, avec plaisir.

Demain, journée de merde.



dimanche 5 novembre 2017

#211-212 Clannad "Dulaman" - "The Magical Ring"

Raconter l'Irlande autrement que par Van Morrison, Rory Gallagher, Shane Mc Gowan et les autres ? L'idée vient d'Audrey. Elle est plutôt bonne, et m'a suffisamment tourneboulé les méninges pour que je me retrouve à raconter cette première histoire, plutôt triste d'ailleurs. Celle d'un groupe - Clannad - immensément doué, d'une subtilité rare, qui s'est évanoui dans les brumes éthérées de la New Age au beau milieu des années 1980.

Pile, en fait, au moment où il furent adoubés par Bono. Pas le clown, l'autre. Qui aurait "failli avoir un accident de voiture" en entendant Theme From Harry's Game - sous-entendu tellement c'est beau. A l'époque, Bono était encore en recherche de crédibilité, et ma foi il était plutôt de bon ton de s'afficher avec Clannad (ce qui se soldera par un duo sur un album à suivre, Macalla, mais inutile de parler des carottes lorsqu'elles sont déjà cuites). 

Avant ces pénibles affaires, au milieu des années 1970, Clannad était un groupe incroyable. Rien à voir avec les Dubliners et autre Wolfe Tones dont on ne saura jamais si c'est de hurler qui donne soif ou l'inverse (rapport à leur consommation de bière et à la corrélation sans faille avec le manque d'intérêt de leur musique pour quiconque s'y essaie à jeun). On pourrait rapprocher ces jeunes gens de Planxty, dans la mesure où l'instrumentation traditionnelle est au service de subtilités qui vont bien plus loin que la musique dite "folk" - consistant comme chez nos Tri Yann à beugler des tralala sous fond de cornemuse ou de biniou pour espérer finir en pin's au syndicat d'initiative de Plougastel. Les arrangements sont ici à tomber. On hésitera pas à parler d'orfèvrerie pour des choses comme Cumha Eoghain Rua Ui Neeil (ce qui en Gaélique signifie "Chéri t'as été à Super U et t'as encore oublié de racheter du café"). Et la voix... celle de Màire Brennan (en fait, il s'agit de la famille Brennan, d'où le clan - clannad - vous voyez c'est facile le gaélique), par ailleurs harpiste du groupe... On se damnerait pour moins que ça.

Dont acte : Dulaman, enregistré en 1976, est une de leur plus belles réalisations. Encore marqué par le folk des débuts (mais sentant nettement moins la marée), l'auditeur averti y décéléra ça et là quelques empreintes de jazz et partout une intelligence sans faille dans les arrangements. Un disque formidable, de la belle ouvrage. Tout cela aurait pu, aurait dû continuer longtemps mais...

Mais l'Irlande a beau être une île, la gale des années 80 la vérolera malgré tout, Clannad en premier lieu : Ma foi, le succès d'estime c'est bien gentil mais j'ai les falaises de Mohair à ravaler, alors un peu de cash ne ferait pas de mal. Ouh mais regardez-moi quoi que c'est que ce joli synthétiseur à sa mémère hein ?

Gagné. Tomberont dans le panneau comme Obélix dans la potion. Le plus courageux pourront s'en convaincre à l'écoute de The Magical Ring, l'album grâce auquel Bono aurait pu mourir dans un accident de voiture avant de nous pourrir la vie avec Achtung Baby, et qu'on partagera en deux lots : en gros, la moitié où le folk prime encore - pour la dernière fois - et où la beauté semble atteindre un point de non-retour (Coinleach Ghlas An Fhomair - "Faut absolument que je change de lunettes j'y vois plus rien avec celles-là" - une reprise d'ailleurs du deuxième album, on sent que les vieilles marmites, les meilleurs plats, etc.) et l'autre moitié ou le groupe semble vouloir refaire le coup du Supertramp de Breakfast In America avec des bouzoukis (Thios Fa'n Chosta - "Jolie Poupée" - au hasard). Rien qu'à la pochette mystico-promotionnelle digne d'une marque de lessive sans phosphates, on ne pouvait que s'en douter.

A jouer à ces jeux dangereux, on tombe évidemment sur le truc qui va décoller (et augmenter le chiffre d'affaire des concessionnaires automobiles en même temps) : laissez les fifres au pub, gardez le synthé, poussez-moi la réverbe et l'écho sur la voix de la chanteuse et hop !

Les Irlandais se jetteront là-dessus comme la vérole sur le bas-clergé breton, et si le reste de l'Europe restera quelque peu indifférent à cette affaire, elle craquera quelques années plus tard grâce (?) à Enya, la frangine de Màire, qui vaporisera encore plus de Tahiti Douche dans la console de mixage - au-delà des bornes y'a plus de limites, c'est bien connu.

Mais ceux qui ont lu Corto Maltese le savent déjà, il se passe souvent de tristes histoires en Irlande, et celle de Clannad en fait partie. Alors oui, il vaut mieux en rire (et je ne vous ai même pas raconté la meilleure, ces gens-là ont quand même composé la BO d'un feuilleton sur Robin des Bois, mais oui !). Même si j'ai vu que sur un live récent (faut bien manger), les Clannad reprennent encore ces frasques passées en fin de concert.

Pendant que Bono voyage en jet privé.

jeudi 2 novembre 2017

Bob Dylan - en attendant le verset 13

Soyons honnêtes, mes frères, Columbia fit parfois de la bonne ouvrage avec le catalogue de celui que dans le métier on appelle aujourd'hui Tino Rosshillbilly  et dont le fameux Never Ending Tour se serait transformé en Hit The Road Jack Lantier. Malheureusement ils sont actuellement trop occupés à essayer de dissuader le prix Nobel 2016 de reprendre Le Petit Bonhomme En Mousse à la fin de ses concerts pour se concentrer sur les Bootleg Series, c'est sans doute pour cela que celui à venir, le volume 13, sera - en vérité je vous le dis - totalement à côté de la plaque.

D'abord, ça devient agaçant de vouloir fourguer minimum huit CD par coffret, histoire de justifier - en cette fin des temps discographique - un prix minimum de 100 euros par pélerin (dans l'ancien testament on pouvait faire raquer 100 euros pour 3 CD, il en faut 8 aujourd'hui, les temps changent que voulez-vous). Il paraît que même Hugues Aufray fait écouter les Bootlegs Series par sa secrétaire tellement ça commence à l'ennuyer. Voyez par exemple les 36 chandelles de sa tournée de 1966 (qui ne sont pas des Bootleg Series mais quand même), de quoi épuiser jusqu'au dernier des Mohicans, surtout qu'il s'agissait de la tournée durant laquelle le Zim a le moins souvent modifié la set-list...

Plus avant encore, le coffret sensé vanter les mérites (bien) cachés de Self Portrait, et par là-même évoquer les tendres années 1969-71) fait une impasse sur les sessions avec Johnny Cash, pourtant lui aussi artiste Columbia alors quoi ?

Et puis a contrario, les bandes magiques de 1965-66, dans leur intégralité, ont été reservées à une élite, prête à payer 500 boules pour ne jamais partager les 18 CD avec le reste du monde. On est mal, je vous le dis.

Bref, après les Basement Tapes, il semblerait qu'on ait définitivement confié la gestion du grabataire de Greenwhich à un stagiaire en deuxième année de secrétariat. C'est un choix.

Ainsi donc notre stagiaire se vit confier la divine mission de crédibiliser la période Born Again (et je souhaite déjà bonne chance à celui qui n'est pas encore né et qui, dans les Bootleg Series Volume 124, sera chargé de dire du bien de sa période actuelle - fais-moi mal Charlie O'Leg), en multipliant les galettes comme jadis on avait tradition de le faire quand on se voulait prophète. Sans aucun discernement, bien entendu. Avec humour toutefois, puisque Dylan bêlera derechef l'évangile juste après la Toussaint. Amen.

Car Columbia m'aurait appelé, je leur aurais expliqué la Sainte Trinité. 1979 - 1980 - 1981, c'est aussi simple que cela : trois ans, trois concerts. Et l'auditeur esbaudi entendra rugir le Bob de belle manière, l'imaginera s'engouffrer dans ce gospel rauque (en bonne compagnie quand même : Fred Tackett, Jim Keltner, Tim Drummond, c'est pas le même line-up qui swingue aux thés dansants du temple des Témoins de Jehovah au-desssus de chez moi), jouer au beau milieu des putes et des zombies en 1979 au Warfield Theatre de San Francisco, tenter d'annexer le Canada en 1980 (c'est une tradition yankee, ne cherchez pas) à Toronto pour enfin sceller sa croisade dans la cité des Papes en 1981 (j'ai déjà vanté cet épisode épique dans ce même blog, je ne vais pas insister). Et voilà, trois concerts, six CD, faites-moi le tout à trente balles et on en parle plus.

Là, mon stagiaire blêmit, relit sa convention et me dit timidement : il paraît qu'il faudrait quelques studios outtakes, c'est marqué dans le référentiel pédagogique, et là y'a que du live...

Ne pleure pas mon garçon, car Tonton Jeepee a tout prévu, tu l'auras ton CAP : le père Dylan ayant visiblement abusé du vin de messe des Corbières à l'époque, il existe dans le monde parallèle un témoignage de l'urgence dont il témoignait pour écrire chaque jour davantage de chansons qui lui venaient comme ça, oserai-je dire par la grâce du Saint-Esprit, et figure-toi que nombre d'entre elles sont à ce jour inconnues des cadres de Columbia (le reste du monde les fredonne depuis vingt ans déjà, mais bon). Et il est bon de rappeler à la terre entière combien les chansons écrites à cette époque-là, quand le Bon Dieu a commencé à se lasser du folk, étaient incroyables (Caribean Wind, Lenny Bruce, Every Grain Of Sand...) Par un divin copier/coller, rajoute donc Between Saved And Shot et non seulement tu remplis ta mission, mais avec brio : ce sont maintenant SEPT galettes hautement symboliques que tu vas pouvoir proposer à la plèbe suante et puante en échange du denier du culte.

- Mais ou vais-je trouver cela mon père ?

Ne m'appelle pas mon père, je te fais bouffer ton harmonica sinon ! Tu trouveras ça sur le web, en moins de vingt minutes (véridique, NDLR). Pour trouver il faut savoir chercher, petit scarabée, rien n'est caché. Médite-moi un peu cette sentence, télécharge toi ça à droite et à gauche, et avec les 140 euros que tu auras économisé, goûte donc aux plaisirs de la vie et de la chair. Car malheureusement Dylan n'est pas près de ressusciter d'entre les morts - je me suis laissé dire qu'il comptait enregistrer un tribute album dédié à Julio Iglesias.

Ainsi fut donc fait, voici the Jeepeedee's Bootleg Series volume 13, moins chères que celles de Columbia, qui lavent plus blanc, et que j'échangerais pas contre un baril d'eau bénite.

A ce moment très précis, Dieu m'apparut, et en ces termes s'adressa à moi :

Non mais c'est pas vrai ce bordel quand même ! Je t'ai pas demandé de tuer ton fils, c'est pas la mer à boire ! Pourrais-tu expliquer a minima pourquoi cette trinité est essentielle ? A quoi le lecteur estomaqué par ton charabia peut s'attendre ? Nom de Moi c'est pas vrai !!!

(Dieu parle toujours fort, désolé)

OK, donc, par le menu. Ceci expliquant peut-être cela.

Au Warfield Theatre, le 8 novembre 1979, comme les autres jours d'ailleurs et contrairement à ce qui a été écrit, le public est plutôt content de son sort, et accueille le fils prodigue avec ma foi grand bonheur, semble heureux que le groupe entame Gotta Serve Somebody. On trouve ici des versions encore proches de l'album des chansons de Slow Train Coming et, comme dix chansons ne suffisent pas à précher l'évangile, Saint-Zim en sort une dizaine de son chapeau, écrites dans l'urgence, qui finiront sur Saved, l'album maudit (?), invendable car même pas béni par Mark Knopfler. Pour les plus vieux d'entre vous/nous, c'est ici qu'on entend le Solid Rock qui avait à l'époque tourneboulé Garnier dans Rock & Folk. Chose incroyable, le Zim chante comme sur le disque, presque timide par rapport à ces hymnes bibliques et à la personne à qui il s'adresse (Bobby s'adressant, dans ces chansons, plus souvent à Dieu qu'à ses fans, faut pas déconner non pkus)

A Toronto quelques mois plus tard, le vieux briscard est - déjà - aguerri, et si le répertoire ne change pas, notre nouveau prophète interprète son gospel comme si ces chansons avaient été écrites depuis la nuit des temps, comme si - déjà - Moïse les chantait à son peuple le soir auprès du feu.

Rajouteré-je que vous avez ici droit à la première partie, à savoir les choristes à Dylan reprenant quelques gospel même pas écrits par leur employeur, mais de première facture, et vous savez ce qui vous reste à faire. Mais de grâce, chassez ces pensées impures.



A Avignon enfin, Dylan met du vin dans son eau bénite, et les vieux refrains réapparaissent sous la tiédeur de l'été 1981. En une construction mystique ceci dit, les vieux brûlots semblant ici davantage illustrer les divins commandements et les affres des pécheurs que servir une improbable contre-culture déjà faisandée. Voyez - misérables pécheurs - les malheurs qui s'abattent sur la pauvre gourde de Like A Rolling Stone, qui n'a point suivi les préceptes du Saint-Père. Quel effet ça faaaaaait ? Dans ce théatre Antique, le diable et le bon dieu se partagent l’Idole, laissant deux morts sur le carreau. Un des instants les plus intenses du canard à l'harmonica.



Cerise sur l'hostie, Between Saved And Shot rassemble pas mal de chansons en devenir qui ne deviendront jamais rien - et en écoutant Magic, Wind Blows On The Water et les autres, on peut le regretter. On peut aussi tomber raide, les genoux à terre, en entendant la reprise serpentueuse de Mystery Train, et ceci même pour les plus agnostiques d'entre vous. Ca tape, four on the floor comme on dit à Jérusalem. Ha ha ! ce vieux train qui déboule lentement, serait-il celui-ci même qui par l'entrejambe d'Elvis Presley porta Satan en Amérique ? Mazette, sucettes et tortillas, l'argument est de taille, et le Zim jamais meilleur que quand il endosse les habits du Diable pour mieux le vilipender. Nom de Dieu, on aurait aimé être petite souris à ces sessions ! Car, en plus, les versions alternatives des titres à venir sur Shot Of Love (dont Shot Of Love, tiens), sont du même acabit. Adrenaline (et j'ai crié !) garantie.

Ainsi soit-il, tout est là, prenez, ceci a du corps :

Warfield
Toronto - part 1
Toronto - part 2
Avignon - part 1
Avignon  - part 2
Between Saved And Shot

Bon, vous savez quoi faire ce week-end. Ca vous évitera une sortie à la FNAC en ces temps pluvieux (quoique les sous du coffret économisés peuvent vous permettre d'acheter un grille-pain, et que la FNAC regorge de grilles-pain, car quand il fait pluvieux comme ça, rien de tel qu'un grille-pain*).

*et il paraîtrait même qu'on ait trouvé Dylan faisant du porte-à-porte à Minneapolis ce jeudi, essayant de vendre des grille-pain tout en chantant l'air du Toréro de Carmen, justement, c'est pour ça que j'y pense.


mardi 31 octobre 2017

#210 Hüsker Dü "Zen Arcade"

NOTO BENETS : Je jure, crache, promets que ce post, rédigé avant-hier et gardé au chaud le temps de laisser chanter Christy n'a rien à voir avec une éventuelle tentative de piraterie du blog de Jimmy, ou je retrouve ce disque posté hier (enfin, aujourd'hui , quand je lis ça quoi, mais demain quand vous lirez ça...). Du coup je le sors du four avant l'heure... Les grands esprits... Dingue quand même cette affaire

Parce que vu le pavé envoyé il y a quelques jours, il ne faudrait quand même pas imaginer que je noie mon chagrin dans le spleen gaélique à toute la journée. Et puis mes amis russes sont pleins de resssources :

- Dimitri il aime bocou Houskair Dou quand il attaque la deuziome bouteille de vodka, pour discouter avec ses amis tchétchènes, alors pouisque tou aimes le soung braiting (mes amis russes lisent très peu les Inrockuptibles, NDLR), ça debré te plaire. La guitare est joulie sur troisième chanson.

 Avec des arguments pareils, impossible de refuser l'intégrale du , si ? J'ai donc téléchargé avec un sourire poli (les russkofs ont quand même mon adresse IP, merde), peu certain qu'après toutes ces années, du punk rock du beau milieu de terribles années 1980 puisse encore m'émouvoir. Et puis la crainte de revenir sur de beaux souvenirs, aussi. Avant Nirvana, bien avant, ces gars-là tenaient la dragée haute à pas mal de monde, et semblaient même intouchables. Quid, aujourd'hui, alors qu'on a tous oublié Sugar (ouf, plus besoin d'être polis) et que bientôt on osera dire que Sonic Youth c'est casse-pied la moitié du temps (Que c'est d'ailleurs pour ça, au passage, que l'album culte de Sonic Yourh, Daydream Nation, est un double-album) ?

Ben disons que, Dimitri, tu vois, t'aurais même pas besoin de vodka avec ça. Enfin si, je sais, ça te calme, la vodka. Mais mazette, quoi, plus de trente ans après, le truc n'a pas pris une ride ni une once de gras. N'a pas ralenti dans les virages. Pride est toujours aussi jouissive. Et c'est pourtant un double-album - les petits gars tiennent la cadence sur 70 minutes.

Alors il est où le miracle ? La recette ? Le pourquoi du comment ?

Du pourquoi de comment y'a pas. Ce truc est construit comme un OVNI, donc de ce côté-là l'affaire est réglée. Quand bien même le jeune Bob (pas l'incontinent qui dans son Alzheimer se prend pour Jacques Martin, Bob le Mould) se fend d'un concept album (ha ! la tronche des gars de Yes ! matez le concept album les endives ! Ca gratte hein !) qui consiste en gros à faire passer le message ô combien voltairien quoique vous en pensiez, y'a toujours pire ailleurs, chouette époque on vous dit.

La recette ? Non mais David Geffen sors de ce corps ! T'amenais une calculatrice au studio, Grant Hart il faisait une crise d'épilepsie. What's going on inside my head ? On se pose toujours la question, en tapant du pied. Ce que bien d'autres auraient caché/censuré/évité, les le mettaient en avant. Pains, jams, premières prises, dans ta face connard. Paf.

Le miracle ? Sans effets. Ecoutez l'intro à la batterie de Something I Learned Today qui ouvre le disque et vous aurez tout compris. Pas un pet de reverb, pas un reflet kitsch sur la caisse claire. Non, direct le truc. Et pareil pour la basse. Et la guitare, à fond la guitare, évidemment qu'il y a de la disto, y'a même que ça  mais c'est tout. P-U-N-K. Alors évidemment, quand on supprime tout ce qui - une fois la mode passée - sera démodé, on travaille pour l'avenir mes amis. Même si dans cette bouse de vie, l'avenir ça fait peur. Alors on planque tout. Les mélodies imparables (Standing By The Sea, Somewhere, oh et puis Pink Turns To Blue, incroyable, et puis... toutes les chansons, en fait) quelqu'un finira peut-être par les trouver ? En tout cas on risquera pas de marcher dessus par hasard même si elles deviennent un peu plus faciles sur la fin, comme si le masque brutal de la timidité tombait petit à petit, comme si... on était entre nous, ayant découragé les curieux une fois les premiers brûlots expédiés.

Alors évidemment, ils en vendront 400, des albums, dont un à Kurt Cobain. Enfin, au moins un. Je serais pas étonné qu'il l'ait usé jusqu'à la corde. Et on comprend mieux son problème quand on a grandi avec ça, qu'on veut faire le même à son tour sauf qu'on devient la coqueluche de millions d'abrutis pour qui Zen Arcade ça doit être sorti chez Nintendo à l'époque, non ?

23 chansons. Qui, ralenties, travaillées, auraient pu lancer 23 carrrières, en plus de celle de Nirvana. Cachées sous une pochette moche, grimées par la vitesse, salies par une production boueuse qui - ne riez pas - rend aujourd'hui la remasterisation du catalogue problématique (je n'invente rien, je l'ai lu). Un peu comme ce dessin que le gosse planque du revers de son bras. Regarde pas, l'adulte, tu comprendrais pas, tu sais même pas rêver. The Toothfairy And The Princess, tu peux même pas l'imaginer.

- Vladimir a dit moi Krouchtchev lui aimait bocou Housker Dou, il disait ça être bon pour tracasser Reagan me confie Dimitri pendant que déjà mes autres amis russes pogotent sur Turn On The News. Ca sent la fin, déjà, avant les 14 minutes (!) du kasatchok final complètement schizophrène de Reoccuring Dreams. Ce qui, au passage, nous rappelle que cela ne laisse que 56 minutes pour les 22 autres morceaux (quand je vous disais qu'il n'y avait pas de graisse)... Merci donc les copains, j'avais été tenté par celui-là, initialement par simple curiosité nostalgique, mais je vais de ce pas me remettre Candy Apple Grey et tous les autres dans les mirettes.

Ah et puis cette chronique est dédiée à l'ami Keith Michards. Premier à avoir commenté le post sur Christy Moore, je ne pouvais que chercher quelque chose d'assez délicat à ses papilles.

A bon entendeur...

Edith, encore merci d'avoir lu malgré la redite. Tiens, c'est pour toi - je sais que tu aimes les surprises. Les bonbons, les pommes, tout ça...

dimanche 29 octobre 2017

Christy Moore (five down, five to go...)

Dans la série "les 10 bonhommes qui ont le plus tourneboulé votre serviteur", nous voilà déjà au 5ème. Monsieur Christy Moore. Je dis Monsieur et ça n'est pas souvent, remarquez-le bien. Depuis 1969 que le bibendum irlandais se sort de tous les faux pas, au point, en 2016, de sortir un Lily des plus honorables. A part Dylan jusqu'à ses pertes de mémoire (pour ne pas user de métaphore physiologique) qui commencent déjà à dater (Shadows In The Night et autres jazz d'eau) je ne vois guère de monde à le concurrencer, si ce n'est peut-être son compatriote Van the Man, qui semble vouloir se remettre à faire des disques écoutables ? Parce que bon, si les Stones ont rattrapé le coup des Satanic Majesties en 1967, il faut bien dire que Emotional Rescue (1979... purée) leur fut fatal ou presque.

Christy Moore lui, s'est amusé à tutoyer des sommets - et pas de simples collines irlandaises - avec Planxty ou tout seul comme un grand et à nous faire sentir le mauvais goût de ses gueules de bois en direct (fin des années 80, comme tout le monde ou presque) mais s'est à ce jour toujours sorti de ses faux pas, et dieu sait s'il y 'en a eu, et puis si les irlandais avaient toujours goût, ça se saurait et c'est eux qui auraient inventé le camembert, ce qui n'est pas le cas, CQFD.

Plus sérieusement, avec son physique presque caricatural, s'il fallait quelqu'un pour incarner la ballade irlandaise, bien mieux que Bourvil, le Christy est votre homme. Capable de tirer des larmes à des crocodiles bourrés à la Guinness, y'en a pas deux comme lui. Alors bien sûr, il est parfois un tantinet pénible quand il veut sauver l'Irlande, la veuve, l'argent de la veuve et l'orphelin, à un point que même Victor Jara aurait préféré qu'on lui coupe les oreilles plutôt que d'entendre tout ça, mais heureusement pour vous, le Jeepee a tout compilé. Tout retrouvé (avec l'aide de quelques amis russes que je remercie au passage), tout pesé, tout ré-estimé. Et parce que le bonhomme le mérite, ce sont là 70 chansons plus une en bonus, pour quelque 730 Mo quand même, qui vont vous fendre votre petit cœur d'artichaut (la celte Bretagne n'étant jamais loin, si l'on en croit le Trip To Roscoff ici présent) faute de vous faire taper du pied. Au moins un titre par album (pas toujours facile quand certains sont vraiment TRES mauvais - genre Voyage), parfois quatre ou cinq ou plus (The Time Has Come) parce que ça n'était pas possible de trancher dans le lard, le Christy ayant la couenne trop épaisse, escapades Moving Hearts et Planxty incluses (enfin, uniquement celles chantées par notre ladre, on s'occupera d'Andy Irvine un autre jour voulez-vous ?), tout ça classé par ordre chronologique, du skiffle rigolo de Paddy On The Road de 1969 à l'émouvante Lily de 2016.

Alors bien sûr cela reste une compilation, même s'il vous faudrait bien fallu quatre ou cinq CD pour caler tout ça dans une autre vie, mais je pense que tout ou presque y est. Certaines choses apparaissent tardivement, dans des versions live (Metropolitan Avenue, par exemple, qui gagne en sobriété - ce qui suffisamment est rare chez les irlandais pour être cité ici), d'autre y sont carrément deux fois (Only Our Rivers, par exemple, dans sa version planxtiesque et en solo en 1983, car symboliquement à cette époque notre homme voulait montrer à tout le monde qui c'était le chef), l'homme ayant en commun avec Manset d'aimer revenir sur ses faits (qui a dit par manque d'inspiration ou par intérêt commercial ?), et oui il manque peut-être quelques facéties, cette compilation étant plus tournée vers la ballade qui vous tire des pintes de larmes que vers la gigue.

Il y a même des choses très mauvaises : un Dark End Of The Street histoire de justifier l'arrêt immédiat de Moving Hearts ainsi qu'un featuring de U2, vite rattrapé par la même chanson sans les andouilles de Dublin (le but pervers de votre serviteur étant évidemment de... enfin vous m'avez compris quoi, Vire vaut bien Dublin, surtout question andouilles). Et ceux qui croient connaître, à ceux-là je dirai : sais-tu que tu y trouveras la version 45 tours de On The Blanket avec - justement - Moving Hearts ? Ainsi que They Never Came Home, censuré par WEA à l'époque de Ordinary Man ? Et le 1er 45 tours de Planxty ? Tout ça tagué par année, ça va de soi. Bon, alors, camembert.

Et pour les curieux, non, Shine On You Crazy Diamond en version folkeuse n'a rien de ridicule même si faut avoir les épaules larges pour s'attaquer à celle-là, et le bougre est peut-être même le seul à s'y être osé. Pour les esthètes, Christy Moore a toujours été pote avec Shane Mc Gowan, contrairement à Van Morrisson, et l'a fait savoir très vite (A Pair Of Brown Eyes), à la même époque ou l'autre a fait son caca nerveux (Irish Heartbeat, enregistré au musée avec les Chieftains). Enfin, non content de rendre hommage à Syd Barrett, Christy s'est aussi fendu d'une ballade pour le pote Rory Gallagher. Un bon gars, je vous dis.

Alors pour finir, les fans branchouilles sur le retour qui font semblant de se faire pipi dessus en écoutant Nick Drake, John Martyn et les autres, qu'ils reviennent me voir après s'être enfilés January Man (la plus belle chanson du monde, tout simplement), The Boys Of Barr Na Sraide, Little Musgrave, Tyrone Boys et Folk Tale. On en discutera devant un lexomil.

Vous savez donc quoi écouter pendant les cinq prochaines heures. Elles devraient être bien douces. Je vous envie, ceux, là, vous, qui allez découvrir tout ça.

Vite, ça dure que huit jours ce truc.

Et pour ceux qui hésiteraient ou qui ne croiraient pas au père Noël, la set-list est ici (Planxty est vert et Moving Hearts est orange) :

Paddy On The Road (1969 – The Box Set 1964-2004)
The Curraghs Of Kildare (1969 – Paddy On The Road)
Spancill Hill (1972 – Prosperous)
The Cliffs Of Dooneen (1972 – Prosperous)
Three Drunken Maidens (1972 – single A-Side)
The Raggle Taggle Gypsy (1973 – Planxty)
Only Our Rivers (1973 – Planxty)
As I Roved Out (1973 – The Well Below The Valley)
The Well Below The Valley (1973 – The Well Below The Valley)
The Lakes Of Pontchartrain (1974 – Cold Blow And Rainy Nights)
One Last Cold Kiss ( 1975 – Whatever Tickles Your Fancy)
The Moving On Song (Go ! Move ! Shift !) (1975 – Whatever Tickles Your Fancy)
January Man (1975 – Whatever Tickles Your Fancy)
Johnny Jump Up (1976 – The Box Set 1964-2004)
Nancy Spain (1976 – Black Album)
Ninety Mile From Dublin Town (1978 – H-Blocks)
Black Is The Color (1978 – Live In Dublin)
The Boys Of Barr Nà Stràide (1978 – Live In Dublin)
Bogey’s Bonnie Banks (1978 – Live In Dublin)
Trip To Jerusalem (1978 – The Iron Behind The Velvet)
Dunlavin Green (1978 – The Iron Behind The Velvet)
The Good Ship Kangaroo (1979 – After The Break)
True Love Knows No Season (1980 – The Woman I Loved So Well)
Hiroshima Nagasaki Russian Roulette (1981 – Moving Hearts)
Irish Ways & Irish Laws (1981 – Moving Hearts)
No Time For Love (1981 – Moving Hearts)
Dark End Of The Street (1982 – Moving Hearts)
All I Remember (1983 – The Time Has Come)
Faithfull Departed (1983 – The Time Has Come)
Nancy Spain (1983 – The Time Has Come)
The Time Has Come (1983 – The Time Has Come)
The Wicklow Boy (1983 – The Time Has Come)
Only Our Rivers Run Free (1983 – The Time Has Come)
Lord Baker (1983 – Words & Music)
I Pity The Poor Immigrant (1983 – Words & Music)
Ride On (1984 – Ride On)
Back Home In Derry (1984 – Ride On)
On The Blanket (1984 – single A-Side)
Ordinary Man (1985 – Ordinary Man)
Sweet Music Roll On (1985 – Ordinary Man)
St Brendan’s Voyage (1985 – Ordinary Man)
Quiet Desperation (1985 – Ordinary Man)
They Never Came Home (1985 – Ordinary Man outtake)
Deportee (1986 – Spirit Of Freedom)
The Other Side (1987 – Unfinished Revolution)
Natives (1987 – Unfinished Revolution)
A Pair Of Brown Eyes (1987 – Unfinished Revolution)
The First Time Ever I Saw Your Face (1989 – Voyage)
Smoke & Strong Whiskey (1991 – Smoke & Strong Whiskey)
Easter Snow (The Collection 81-91)
Before The Deluge (1993 - King Puck)
Welcome To The Cabaret (1994 - Live At The Point)
The Knock Song (1994 - Live At The Point)
North & South Of The River (1995 - w/ U2)
North & South Of The River (1996 – Graffitti Tongue)
Rory Is Gone (1996 – Graffitti Tongue)
Tell It Unto Me (1999 – Traveller)
So Do I (2001 – This Is The Day)
Wandering Aongus (2002 – Live At Vicar Street)
Metropolitan Avenue (2002 – Live At Vicar Street)
Little Musgrave (2004 – Planxty Live 2004)
Changes (2005 – Burning Times)
Sacco & Vanzetti (2006 – Live At The Point)
Sonny’s Dream (2006 – Live At The Point)
Barrowland (2009 – Listen)
Shine On You Crazy Diamond (2009 – Listen)
Listen (2009 – Listen)
Tyrone Boys (2011 – Folk Tale)
Farmer Michael Hayes (2011 – Folk Tale)
Folk Tale (2011 – Folk Tale)
Lily (2016 – Lily)
BONUS : Where I Come From (live - Late Late Show 2014)

Enfin, pour ceux qui lisent jusqu'au bout, un lien alternatif au kazoo :

zip, zip, re-zip et encore zip !