J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

mercredi 7 septembre 2016

Mille milliards de concerts du Grateful Dead... (One down, Nine To Go)


Encore...

Ben oui, encore. D'abord parce que, si je compte à peu près bien, en supprimant la blagounette du Gentle Giant sans disque, j'en suis au 191ème article de ce blog, et que de fait, les dix à suivre seront consacrés non plus à un disque, mais aux artistes qui m'auront scotché ces cinquante dernières années. Attendez-vous donc à du banal (sans doute y parlera-t-on de Dylan...), tant pis pour les élitistes. J'essaierai en revanche de proposer de la fraiche, du grisbi, du matos à chaque fois. Enter donc les derniers en date de ma pathologie obsessionnelle, le Grateful Dead.

Je pensais voguer vers la guérison, et puis non. Plouf. Retombé dedans. Mais avant tout, cliquez donc sur Play pendant que vous lirez mes digressions inutiles. Nous sommes le 8 mai 1977, au Barton Hall d'Ithaca, état de New-York. Le Grateful Dead y donne ce que beaucoup considèrent comme le meilleur concert du groupe. Je me garderai bien d'y aller de mon couplet, que faire dès lors de la tournée européenne de 1972, des beaux restes de 1990, etc. Et que faire du concert du lendemain, dantesque également ? Et que dire de celui de Hartford, le 28 du même mois (disponible dans toutes les bonnes crémeries sous le titre vaseux de To Terrapin) ?

Non, sérieusement, les débats s'avéreraient stériles. J'ai choisi celui-ci car, ironie (?) du sort, on parle (encore) ici du Grateful Dead, en 1977 (l'année du punk et du disco, ha !). Si cela pouvait faire taire une bonne fois pour toute celles et ceux qui ont définitivement décidé de cantonner le groupe au statut d'éternels chantres (chancres ?) de Haight Ashbury, du mouvement hippie et des fleurs dans les cheveux san franciscains, cela constituerait déjà un grand pas.

Ce concert, comme des centaines d'autres, est disponible à l'écoute sur https://archive.org/details/GratefulDead. Et la bonne nouvelle, c'est que dans le cas précis du Dead, il est inutile ou presque de chercher le frisson ailleurs que dans les bandes de concert, dont on aura sans doute pas assez d'une vie pour les écluser toutes. A celles et ceux que le streaming agace, je me permettrai ici de livrer le secret de polichinelle permettant de télécharger tout ça en mp3 192 k en trois coups de cuiller à pot. Inutile donc d'engraisser l'industrie florissante du disque qui, dans le cas du Grateful Dead, ne s'est jamais mieux porté que depuis qu'elle fourgue tout cela "officiellement" à vil prix. Hop donc, je vous montre, et on discute :

Le concert dont on parle s'écoute ici :
https://archive.org/details/gd1977-05-08.111493.mtx.seamons.sbeok.flac16

Eh oui, streaming only, depuis 2009 (il était possible avant de tout engouffrer en mp3 ou FLAC). Streaming only ? Euh... ben non, et toc. Clic-droit sur le lien indiquant Stream Playlist VBR à droite, enregistrez-sous et hop, voilà un fichier m3u rappatrié sur votre ordinateur. Ouvrez-le avec le bloc-notes, et - oh les beaux liens qui apparaissent en clair ! Des choses comme :

http://archive.org/download/gd77-05-08.sbd.hicks.4982.sbeok.shnf/gd77-05-08eaton-d1t01.mp3

Copier/coller dans le navigateur, et hop c'est dans la boite. Il ne vous reste plus qu'à remplacer d1t01 par d1t02, d1t03... d3t07 et voilà le camembert dans la boîte. C'était mon cadeau du jour, ne me remerciez pas. Il ne vous reste plus qu'à flâner sur le site, et à faire votre marché.

Je vois bien que la plupart d'entre-vous, outre leur indifférence crasse pour le Grateful Dead, me plaignent secrètement. Oui, j'avoue, la pratique décrite ci-dessus relève du Trouble Obsessionnel Comportemental, et j'assume complètement. Mais outre le plaisir purement personnel que m'apporte ce syndrome médicalement bénin bien qu'inguérissable, visiblement, j'ai quand même quelques tonnes d'arguments à apporter. A rappeler. Je ne sais plus.

D'abord, il est facile - très facile, trop facile - de réduire le Dead à la posture d'un groupe hippie caricatural du Haight Ashbury des années 1967-68. Ne serait-ce que, tout simplement, parce que le groupe a continué à tourner jusqu'en 1995, avec, en plus, un succès de masse grandissant. Je veux bien que les américains soient tous des cons, à commencer par Donald Trump, mais cela cache quelque chose, non ? Que sont devenus le Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger Service et quelques autres après quelques années de flowers in their hair ? hmm ?

Ensuite, ha oui, je vous vois venir : Dark Star. Ou The Other One. Playin' In The Band. Des machins qui tapent régulièrement la demi-heure. C'est oublier une multitude de chansons (j'ai bien dit chansons) que j'en connais des tas qui se damneraient pour en avoir ne serait-ce qu'une ou deux comme ça dans leur répertoire : Jack Straw, Brown Eyed Woman, Sugaree, Bertha, même... Touch Of Grey - leur mégatube planétaire décroché grâce à MTV (!) en 1987 (!!) (et toc, voir paragraphe précédent).

Remarquez que je n'ai même pas cité Uncle John's Band, Friend Of The Devil, Truckin' ou Box Of Rain, issues des deux albums alt-country que tout le monde s'accorde à aimer pour les mêmes mauvaises raisons qu'il déteste le reste. Workingman's Dead et American Beauty ne tiennent pas la rampe si on y cherche des vocalises à la Crosby Schtroumpf et Nash. Ce n'est pas ça qui rend ces disques (quand même) délicieux.

D'ailleurs, pour dire vrai, tous les albums du Dead sont ratés. Totalement (Go To Heaven, au hasard) ou partiellement (Blues For Allah, au hasard). Après avoir osé aller au bout de ce qu'un studio d'enregistrement pouvait éventuellement leur apporter (les bidouilles mixant live/studio d'Anthem Of The Sun, expérimentations à comparer au Revolver des Beatles ou au Pet Sounds des Beach Boys, those were the days), c'est finalement dans des versions live que les plus belles chansons paraîtront (Bertha, encore elle, au hasard). Pourquoi s'embêter, pourquoi s'arrêter de jouer pour enregistrer ? Touch Of Grey, LE tube improbable des années MTV, sera joué sur scène dès 1983, tu m'étonnes que la version studio soit carrée, quatre ans plus tard.

Mais j'ai bien compris que je ne convaincrai personne. Je cherche juste à comprendre pourquoi le Grateful Dead souffre d'une indifférence crasse en France (autant sans doute qu'en Belgique ou en perfide Albion, d'ailleurs).

Et c'est justement en traînant mes guêtres parmi les mille milliards de bootlegs proposés ci-dessus que j'ai compris, je pense. Va-t-en savoir pourquoi, peut-être parce que faire preuve de curiosité en écoutant Sunshine Daydream vous pousse à en enfourner un autre, toujours est-il que je me suis mis à adopter un comportement obsessionnel à l'insu de mon plein gré. A commencer à classer mes périodes préférées, et parmi celles-ci, mes versions préférées de telle chanson, ce genre de choses. Capable de ne pas dormir de la nuit à l'idée de ne pas pouvoir départager un Jack Straw de 1977 avec un Chinese Cat Sunflowers de 1972, de rester hypnotisé par la version d'Uncle John's Band à Dijon en 1974. En fait, je me suis mis à devenir un Dead Head tout simplement en vivant par procuration ce que mes cousins d'Amérique ont vécu pour de bon, à savoir suivre le Grateful Dead sur des dizaines de concert d'affilée. Chose impossible dans la vieille Europe (sauf en 72, 74 et 90), les disques - encore une fois - étant accessoires, jusqu'à la prolifération des Dick's Picks, Dave's Picks et autres Download Series.

L'homme étant mauvais et par nature et par usage, c'est donc à ce voyage que je vous invite. Laissez-vous aller, vous avez le droit de zapper (systématiquement, même) les séquences Drums/Space quasi-systématiquement insupportables, pour ne retirer que le poison qui se distille de ces putains de chansons, car c'est, malgré les Dark Star de 45 minutes, ce qu'il faut retenir. Et tant mieux, si, parfois, elles dépassent la demi-heure. Plus c'est long, plus c'est bon. Et peut-être, en écoutant par-ci par-là tout ce magma, se rendre compte que le Dead n'aura été hippie qu'un été, ou presque, sur une carrière de trente années.




mardi 19 juillet 2016

#191 : Nine Inch Nails "Ghosts I-IV"

Ouh la la. Non, non, n'attendez pas ici que je vous force la main. Pas question d'essayer de convaincre qui que ce soit, ni de dissuader soit que ce qui d'ailleurs, et inversement. A l'heure où j'écris ces lignes, j'essaye encore de me faire une opinion - hmm... objective ? - de ce truc. De cette oeuvre ? Ce collage ? Cette merde ?

D'abord, commençons simplement. Nine Inch Nails, enfin, Trent Reznor, les tâcherons qui l'accompagnent on s'en fiche comme de l'accordéoniste de Marcel Amont, en ce qui concerne ma modeste et petite personne, j'aurais pu/dû vivre sans et heureux une longue vie, manifestant somme toute assez peu d'intérêt pour la scène Indus, comme il paraît qu'on dit. Car voilà, se barioler de rouge à lèvre noir et se prendre pour un zombie en supportant des grosses guitares matinées de boîte à rythme qu'à côté les Berurier Noir c'est Fleetwood Mac, c'est quelque chose qui ne me serait jamais venu à l'esprit.

Sauf que, et c'est bien mon problème, quelqu'un m'a un jour parlé de ce type avec passion, et donc ben voilà, j'ai écouté. On devait être en 2005, par là, mon dieu, dix ans déjà, With Teeth venait de sortir, j'ai adoré. J'ai fait machine arrière, jamais trop aimé The Fragile, mais The Downward Spiral, oui. Et puis j'étais à fond dans la bidouille logicielle, complètement épaté par des logiciels genre Reaktor qui te laissent le ciel comme limite - ou plutôt, ton manque de talent pour en sortir quelque chose de bizarre (facile) et d'intéressant (euh...). Et Trent Reznor aussi, donc hein, forcément, l'écoute se faisait plus attentive. Et puis sortit Year Zero, complètement flippant, Sarkozy débarquait, bref, la joie.

Et puis, libre de tout contrat avec ces salauds de l'industrie du disque, c'est en fanfare et sous licence Creative Commons que sortit ce machin, Ghosts I-IV. Genre, filez-moi une pièce, copiez-le, distribuez-le, faites ce que vous voulez, I don't give a shit. Dont acte, Trent, dont acte.

Forcément, on se doute bien qu'un double album expérimental et instrumental (enfin, sans voix, parce que euh... bon, on croise pas des tierces et des contrepoints partout non plus) de Nine Trent Nails, ça va pas être un feu d'artifice de tubes calibrés MTV, et que Johnny Cash, il aurait du mal à en reprendre une, de celles-là (sauf peut-être en samplant la pompe à oxygène qui l'alimentait encore cinq minutes avant de casser sa pipe).

Je me souviens, c'était un samedi matin, j'avais téléchargé le truc avant de partir un week-end et l'avais oublié dès le lundi suivant et - voyez-vous cela, il y a deux mois j'ai vu le CD chez un disquaire d'occase à Paris (ah oui, tiens, je l'ai jamais écouté ce truc !) et, punaise, la vie quand même, je retrouve mes fichiers Flac pas plus tard qu'avant hier.

Lassé par les 26° de la mer des Caraïbes et ce ciel bleu toujours, toujours, je me suis donc dit que le moment était venu de tenter l'expérience. Hop, dans le lecteur CD.

Vous me croirez ou pas, je n'arrive pas à zapper. Interloqué, par moments enthousiasmé, par d'autres angoissé, je me le fais en boucle. Il y a là cinquante idées à la secondes alors même que chaque plage (ah, y'en a marre de la plage, pourtant !) paraît assez monotone, au demeurant. On pourrait donc dire, en quelque sorte, que voilà de la musique minimaliste intéressante. Non, je ne critiquerai ni Steve Reich, ni Terry Riley, ni Philip Glass, mais ils me font un peu chier quand même parfois, au bout d'un quart d'heure. A l'heure ou la promesse de l'electro en demeure une pour moi, l'essai n'étant transformé que très rarement (un truc comme Gesafelstein me désespère quand bien même il est de bon ton de hurler au génie), force est de constater que l'animal s'en tire plutôt bien. On applaudit pas forcément des deux mains, mais on ne part pas faire la vaisselle direct non plus. On reste quoi. C'est déjà pas mal.

Mais de quoi parle-t-on ici ? Ouh la, décrire la chose est périlleuse. Je serais un peu tenté de dire qu'un King Crimson post-Red qui n'aurait pas raté son come-back (les affreux Discipline et autres, le rouge le bleu et le jaune, vous voyez ?) aurait parfois pu se rapprocher du truc. Pas étonnant me direz-vous, Adrian Belew participe aux séances. Parfois aussi bruitiste que Metal Machine Music (enfin, que les 20 secondes que j'ai supportées), avec à d'autres moments un peu de recyclage d'effets façon Pink Floyd période Meddle (juste un peu au début, faut pas pousser), et par instants ressemblant à ce que pourrait donner une jam session entre Ennio Morricone et Aphex Twin. Avec beaucoup de boites à rythme (enfin, disons, d'instruments logiciels), avec énormément d'intelligence. Faut dire que Trent Reznor n'est pas le premier Marilyn Manson venu, et que le garçon est à peu près aussi érudit que Michel Legrand, juste un peu plus punk.

Vous voilà bien avancé, et moi aussi. Car je dis cela sans doute avec énormément de complaisance parce que - vous l'aurez compris - j'aime bien ce truc (cette oeuvre, ce machin, etc.). Disons que dans le genre cérébral et torturé, j'y trouve plus d'intérêt que dans les expérimentations opportunistes de Radiohead. Et c'est là sans doute que le bât blesse. Que je manque cruellement d'objectivité. Et que, après toutes ces années, Trent Reznor vient à m'énerver là même où il m'avait bluffé : le trip "je chie sur l'industrie du disque", pour quelques années après revenir en fanfare chez Columbia parce que, quand même, sa musique pouvait ainsi toucher plus de gens, bla bla patin couffin prends-moi pour un dindon.

N'empêche, ce truc me scotche, suffisamment pour le proposer ici, tout en ouvrant - ou pas - le débat : génie ou branleur calculateur ? Packaging ou objet d'art ? Une fois n'est pas coutume, je vous livre avec l'album le livret numérique (superbe) qui était offert avec, de même que plein d'images de NIN à coller (numériquement ?) en fond d'écran (ben voyons, rien que ça). Hé Trent, tu t'imaginais qu'on allait tous lancer des blogs à la gloire de ce truc ? Oui ? Bien tenté, mais non. Enfin pas moi.

Bon enfin, toujours est-il que voilà quelque chose de pas commun. Difficile d'y trouver l'influence de Creedence Clearwater Revival, périlleux de comparer cela au Requiem de Fauré, inutile d'imaginer ça en BO des Demoiselles de Rochefort : vous serez donc d'accord avec moi sur le fait que cela ne ressemble pas à grand chose de connu. Au moment où j'écris ça, j'écoute 33 Ghosts IV, et je me dis qu'on dirait le frémissement d'une bouilloire ou d'une cocotte minute avec les Daft Punk qui jouent la danse de la pluie derrière. Peut-être, mais déjà 34 Ghosts IV (oui, je sais, tu voiiiis, le concept... ces trucs c'est des fantôôômes sonooores donc y'a pas vraiment de tiiiitre hein) m'empêche de zapper. Il faut - ou pas - savoir raison garder, en tout cas, voilà une tentative assez délirante pour mériter au moins une oreille distraite avant la fatale corbeille.

Ou la révélation.

Ghost I-II
Ghost III-IV

lundi 11 juillet 2016

#190 : Van Morrison "Unplugged In The Studio 1968-71"

Encore ?

Ben oui.

D'aobrd, c'est pas moi qui ai continué, c'est le Zornophage, qui a eu la bonne idée de re-proposer Astral Weeks dans sa version nouvellement masterisée avec ses bonus tracks intelligents. Alors ça pousse à continuer à creuser, ou à pomper selon que vos affinités vont vers la famille Ewing ou les Shadoks.

Car il est de ces artistes un peu... hmm... accaparants. Genre, des années après, vous tombez sur une bête vidéo youtube, un peu par hasard, et six mois plus tard vous vous réveillez dans un recoin mal famé du web à pister le n-ième bootleg qui vous manque, modeste os à ronger pour assouvir votre passion nouvellement réveillée. Le Grateful Dead m'a occupé de décembre à mai, grosso modo, et un disque dur d'un téra octets plus tard, je me retrouve bêtement à re-écouter Europe 72. Bon, tout ça pour ça ?

Ben Van Morrison est en train de me faire le même effet, à ceci près que - croix de bois croix de fer - je m'étais juré, une fois le célèbre bootleg enregistré aux Pacific High Studios récupéré, de m'arrêter là.

C'était sans compter sur celui-là, de bootleg. J'avoue être assez béotien dans l'oeuvre de l'irlandais grincheux en matière de discographie parallèle, même si je suis l'heureux possesseur du Live At The Roxy publié par Warner uniquement à l'attention des radios à l'époque, et donc j'ignore majestueusement si je vais vous laisser sur le carreau avec cet objet ou, si au contraire, je suis la dernière des andouilles à avoir découvert ce truc avant-hier. Tant pis, ne serais-je que l'avant-dernière des andouilles, ô dernière, ce post est pour toi.

Car bon, on tient quand même ici quelque chose d'assez incroyable. D'abord, les bootlegs, on le sait tous, ça te fait rêver le temps de la convention de disques, ou le temps que le torrent s'installe sur ton ordi. Que de chimères j'ai pu vivre avec ces satanés trucs ! The Alternate Beggars Banquet, The Complete Led Zeppelin Studio Outtakes, j'en passe, des pires sans doute, que des choses qui vous mettent la tête en vrac mais qui, une fois les premières notes (le début de la bouillie) sortant des enceintes, vous rendent piteux et tristes. Ah... ouais... bon, ben... euh...

Dans ce cas précis, ha ! Je m'y attendais ! Un titre aussi couillon (personne n'était unplugged, en 1968, dieu merci), on ne m'aurait pas. Je téléchargeai donc juste, simplement, pour me rassurer. Prêt à envoyer le machin à la corbeille. Parce que, quand même, Van Morrison + acoustique + 1968 = des frissons partout, on pense bien sûr à un voire des inédits des sessions d'Astral Weeks, hein !  Ce qui, pour ce qui me concerne, reviendrait à entendre, à cinquante balais, la voix céleste du Graal d'Avalon me tomber dans les écoutilles. Non non non, Jeepee, tu n'y crois pas, ça va être un pâle alternate mix de Sweet Thing enregistré depuis les chiottes, au mieux. Et ce n'est pas parce que la lecture du livret d'Astral Weeks mentionne que, devant la palanquée de jazzmen aguerris lui servant de musiciens de studio, Van The Man jouait le morceau là, comme ça, à la sèche, et que, hop, tout le monde enregistrait, qu'il en existait une quelconque trace.

Ben si.

The Way Young Lovers Do, par exemple. Le seul morceau cuivré d'Astral Weeks, ici présenté dans une version guitare/voix à tomber. Je rêve. Non, tu tombes. Parce qu'en plus, Van The Man avait beau pousser la chansonnette pour expliquer la structure (?) et montrer la grille d'accord aux musiciens, il ne pouvait pas s'empêcher de le faire comme si sa vie en dépendait. Alors le teckel Jeff Buckley, couché s'il te plait. Ecoute le Monsieur, tu reprendras la brasse coulée dans le Mississippi après.

Et le reste à l'envi, oserais-je dire. Ballerina suit le même traitement. Et à la fin de l'album, vlan, patatrac, I Need Your Kind Of Loving et Lorna, deux outtakes complètement terminés du divin album. Fais avec ça, mon garçon,

Le reste capte notre héros sur la période Moondance (pas de redite avec le coffret sorti il y a deux ans), His Band And The Street Choir et Tupelo Honey. Autrement dit, du zénith (Moondance) au coucher de soleil, Van plongeant gentiment dans la soul-jazz un peu trop convenue, laissant l'épisode Astral Weeks définitivement en plan, ou presque. Et là, oui, on peut parfois (pas toujours, voir le live dont j'ai parlé récemment) reprocher à notre celte bougon d'en rajouter parfois jusqu'à la nausée, de cuivres, de choeurs, de tout un tas de trucs dont on pourrait se passer. Et j'en veux pour preuve la version acoustique de And It Stoned Me, à tomber. On patauge ici dans la béatitude, Van Morrison pratiquement alone, juste cette voix incroyable, et l'on se plait à rêver à une carrière menée avec un peu plus de sérieux et moins de crème chantilly.

Alors, promis ou tant pis, après celui-là j'arrête. Je vous laisse chercher ailleurs, Moondance, bien sûr, mais aussi Enlightenment, ou No Guru No Method No Teacher et d'autres. Et je vous laisse vous remettre, aussi, de l'émotion.

These Dreams Of You

mercredi 22 juin 2016

#189 Van Morrison "It's Too Late To Stop Now" (vol. I, II, III, IV)

Une vraie tête de con. De cochon. De lard. Aussi sexy que l'oncle Maurice qui vote FN juste parce qu'il y en a marre des politiciens tête-de-noeud. Aussi sympa qu'un guichetier de la Poste à 16h59 - on ferme à 17h - et j'en passe et des meilleures. Sachez-le, Van Morrison n'en a rien à foutre de votre joli minois, il emmerde la terre entière, il est le plus grand - born to sing, no plan B envoie-t-il en guise de titre de son dernier (ou avant-dernier ?) album. Donc, si vous n'aimez pas, vous êtes un con, si vous aimez, vous êtes un con aussi, et qui plus est un incapable, car vous n'avez pas son talent et ça le fatigue que vous l'aduliez ainsi, même si entre deux grognements il sera forcé d'admettre que vous ne pouvez pas faire autrement. Simple, à côté de lui, Gérard Manset c'est Patrick Sébastien, il te fait tourner la serviette, c'est l'éclate et le fun total au royaume de Siam. J'exagère à peine.

Le problème étant, bien entendu, qu'on est forcé de l'admettre, Van The Man présente un talent certain. T'a balancé Gloria dans son jeune âge pour vite-fait beugler à qui voulait l'entendre que le rock c'est de la merde, sort le tube de l'été imparable Brown-Eyed Girl juste avant de virer pin-pon sur son ésotérique Astral Weeks au grand dam d'une maison de disque qui ne savait que faire du machin. Pompe sans vergogne Kenny Burrell (et ceci sans grand risque au pays des babos de ce début des années 1970) sur Moondance, et je vous emmerde tous. J'en rajoute ? Domino, Caravan, Listen To The Lion, etc. Tout un tas de chansons incroyables, tellement incroyables qu'on en vient à se demander si, finalement, il n'aurait pas un peu raison, le rock c'est de la daube, tout ici bas est soul, rythm'n'blues, folk, jazz, mais - pitié - pas rock. Laissons les trois accords badiner ailleurs, laissons les crinières de Deep Purple, Yes et Led Zeppelin couiner pour la plèbe, soyons esthètes ou ne soyons pas. Et je ne parle même pas des punks, ces jeunes cons incapables, et Van The Man s'emploiera à donner une leçon personnelle de ce que musique celtique veut dire à Shane Mc Gowan, dans son Irish Heartbeat enregistré - presque caricaturalement - avec les Chieftains. Car l'Irish Soul, ça le connaît, c'est même tout lui. Qui l'eut cru, mélangez trèfles à quatre feuilles, guinness et soul music, et ça fonctionne. Kevin Rowland et Mike Scott l'ont bien compris, merci, leur compte en banque va bien. Come on Eileen, let's do the Fisherman's blues, en gros. Avec pour chacun d'eux un titre de Van Morrison sur l'album, histoire de payer la licence.

Un gros con bourré de talent, donc. En résumé. Qui ne sort que des bulles de pets depuis plus de 20 ans, comme Neil Young d'ailleurs, mais qu'on ne peut définitivement pas ignorer d'un revers de manche. Un gars qui te sauve le concert d'adieu du Band englué dans de la tristesse saurienne et l'ennui parfois profond (mon dieu, Neil Diamond...) avec un Caravan d'anthologie, hop, comme ça, mérite quand même qu'on s'en préoccupe. Et pourtant, un gars aussi démodé que Patrick Hernandez à Ibiza l'été dernier.

Car oui, qui aurait pu imaginer, en 1973, un double-album live (ça oui, là n'est pas le problème) rempli de soul et de rythm'n'blues, avec section de cordes et cuivres et soli de trompette en veux-tu en voilà ? Une pochette aussi flashy qu'un sous-pull jaune canari ?

En y repensant, le rock allait (déjà) bien mal, en 1973. Yes sortait un double-album pharaonique-ta mère avec quatre longs (évidemment) morceaux (quoique, plutôt purée que morceaux) hautement conceptuel sur des histoires d'océans topographiques (avec la bénédiction d'Ahmet Ertegun, faut l'avoir entendu pour le croire !), Led Zeppelin fonçait tout schuss vers la médiocrité avec - pour la première fois - un album moins bien que le précédent, et les Stones entraient définitivement dans le grand cirque du rock'n'roll avec un disque juste à moitié méchant, dans lequel on trouvait le slow de l'été (Angie, ben oui). Dylan jouait au cowboy avec Peckinpah, John Lennon déjà ne sortirait plus de grand disque et les punks lisaient encore Sylvain & Sylvette. J'en rajoute ? J'ai sans doute oublié un double-album de Chicago dans un coin, et l'underground londonien via les Pink Floyd se transformait en consommateurs de chaînes hi-fi avec The Dark Side of the Truc. Alors, finalement, au milieu de cette débandade, le côté rétro-vieillot de Van The Man, qui s'en souciait ? C'est au final un double-album live que je hisserais sans vergogne au rang de disque de l'année, ladies & gentlemen, Van Morrison & The Caledonia Soul Orchestra !

Et, honneur, gloire et beauté, une fois n'est pas coutume, on ne reprochera pas au moribond CD de pouvoir durer plus de 70 minutes. Car à l'origine, il fallait se contenter de deux pauvres galettes de vinyle de 40 minutes chacune, se repasser chaque face en boucle pour vérifier qu'on n'avait pas rêvé, et là... Réédition en grande pompe de ce qui nous préoccupe, It's Too Late To Stop Now, avec un son qui déchire la nuit haletante de mille cuivres acérés (n'importe quoi - il faut que je dorme). Et en plus, oui madame, oui monsieur, encore mieux que Game Of Thrones, trois volumes supplémentaires d'un coup, très originalement titrés volume II, III et IV, issus de la même tournée, même feu au cul, même rage, même soul. Tudieu, c'est Noël. Ceux qui pourraient douter de mon enthousiasme, allez-y, écoutez simplement le grand final, la quatrième face du double album original, Here Comes The Night/Gloria/Caravan/Cypress Avenue et revenez, la queue basse, réclamer le reste. Moi, ce que j'en dis, hein, les galettes font la queue devant le lecteur CD depuis trois jours, et hop que je te les enfourne à tour de rôle, quand c'est fini Annie Annie ça recommence. Mince, ces cordes ! Tudieu, ce batteur, bien plus enthousiasmé par Elvin Jones que par John Bonham, fichtre, ce guitariste, qui jamais trop n'en fait à une époque ou on ne savait plus comment s'emmancher pour épater la frivole donzelle comme le puant métalleux, bref, tout ça tout ça, et Van The Man, qui n'hésite pas à démarrer un concert (le volume IV) par quatre morceaux lents, et pourtant, et pourtant... Roooh et puis cette version live de The Way Young Lovers Do, j'en pleurerais si je me retenais pas. Et le reste à l'avenant, il serait indécent de disséquer tout ça par le menu.

Alors oui, on pouvait pleurer la fin de Ziggy Stardust, en 1973 (je l'avais oublié celui-là). Mais les gens sérieux avaient autre chose à faire.

Vous aussi.

On ne peut plus reculer, premier disque.
On ne peut vraiment plus reculer, et de deux.
Reculer, quelle idée ?
Vous avez dit reculer ?
Le retour du fils d'on ne peut plus reculer.

vendredi 3 juin 2016

#188 : Metallica "Metallica"

Il est parfois grisant d'enfoncer des portes ouvertes. Surtout à grand coup de Panzer en fracassant toute la maisonée juste histoire de rire. Alors donc, un album qui n'a rien à faire ici parce que le monde est divisé en deux camps : ceux qui en sont à leur 7ème copie (on leur en a volé 3, 2 ont disparu dans le crash de la Porsche, et avec toute la bière qu'ils se sont enfilé ils sont incapables de trouver où sont passés les deux autres), et ceux qui ne supportent pas et n'en voudraient pour rien au monde. Eventuellement, chez les Papous et les Aborigènes, on a dénombré quatre-cinq personnes qui s'en foutent parce qu'ils n'ont pas l'électricité pour écouter le truc. Déjà, j'imagine que les 3/4 des lecteurs potentiels de ce blog ont quitté cette page. Le quart restant s'attend à ce que je descende le truc en règle, et j'ai trois sacs Leclerc dans le coffre de la voiture remplis de bonnes raisons de le faire, mais je n'en ferai rien. C'est tout simplement l'album définitif et inégalable de ce que vous voudrez bien appeler hard rock, heavy metal, trash metal, death metal ou quoique ce soit d'autre. On pourrait dire tout simplement rock'n'roll, mais ce serait faire peine à Lemmy, qui, sur ce terrain, a bien des choses à dire.

Incapable de parler aborigène ou papou, j'espère donc que les quatre-cinq personnes que j'évoquai ci-dessus ont quelques notions de français, sinon tant pis.

Je fais une pause, déjà, Nothing Else Matters arrive à tirer des larmes d'un vieux crocodile amer et désabusé comme moi. Vous comprendrez que j'en profite.

Non, sérieux, cet album est une histoire incroyable. Nous sommes en 1991. La nouvelle vague du heavy metal (Iron Maiden, Saxon et les autres) n'a pas atteint la dune, mon pauvre Joe. Il aura fallu Metallica, Slayer et quelques autres pour jouer plus vite, plus fort, pour épater cette nouvelle jeunesse qui vous qualifierait Strange Kind Of Woman de gentille balade irlandaise et Whole Lotta Love de vieille scie pour hippies attardés. Bien bien, c'est leur droit, ils ont sans doute raison. Tout cela demeure pour l'instant dans la sphère très fermée des imbéciles attardés qui jouent de la raquette de tennis devant leur miroir en mangeant des corn-flakes et en buvant du coca. Les gens civilisés, eux, se tournent vers des choses parallèles fort intéressantes : Pixies, Ride, voire pour quelques temps encore U2, avec un Bono singeant le Bowie berlinois dans Zooropa. Ces deux univers parallèles ont toujours cohabité, sauf que, ne voila-t-il pas que de jeunes trublions nommés Guns'n'Roses viennent tranquillement caresser le sens du poil des mélomanes prétendûment avertis, avec une rock'n'roll attitude stonienne et une musique joliment burnée lorgnant évidemment du côté heavy metal des bouffeurs de pop-corn mais avec, à l'époque, s'il vous plaît, une hype sur laquelle ils surfent sans complexe. On pouvait, en 1991, se retrouver à la caisse de la FNAC avec dans ses mains fébriles, Trompe Le Monde des Pixies dans une main et Use Your Illusion dans l'autre (s'agissant de deux CD, le troisième était caché dans l'entrejambe, parce que ça représentait un paquet de fric quand même, cette histoire).

Pendant ce temps, Metallica et Slayer continuaient à jouer à qui rifferait le plus vite, façon Bip-Bip et Will Coyote, pour la plus grande joie des kids - oh la belle bleue - oh la belle rouge !

Tout cela aurait pu continuer un temps (on se lasse vite de Guns'n'Roses, en fait), quand un beau jour Metallica se dit que finalement, sortir l'album définitif de heavy metal, la pierre de Rosette, le Graal devant lequel se prosterneraient - outre les amateurs de raquette de tennis - cette fange inconnue qui écoutait U2 en glosant sur That Petrol Emotion. Pour cela, il fallait de la crédibilité. Lars Ulrich s'en est allé la chercher du côté de chez John Bonham. Il fallait aussi définitivement se débarasser de Slayer. A la course de vitesse, Pierre de Coubertin vous le dirait, on a au mieux une chance sur deux de gagner. S'arrêtant net, regardant Slayer-Will Coyote courir droit vers le ravin, Metallica renforça en intensité ce qu'il lâcha en vitesse. Pas con, comme idée.

Restait le concept. Et là, ils optèrent pour le culot, façon Guns'n'Roses qui nous aviaent fait prendre leurs vessies pour des lanternes Stoniennes. Le black album. Les Damned l'avaient osé en catimini (on s'en fout, des Damned), AC/DC l'avait orné de platine, ben que foutre, ils oseraient. Ils feraient donc comme si Back in Black n'avait jamais existé. Le titre de l'album ? Quel titre ? Un titre, ça sert à classer le machin entre deux. Cet album-là serait inclassable, se définirait par lui-même. Bien vu.

Et la musique ? Rampante plus qu'à son tour, déluge de guitares qu'on a jamais mieux entendu sonner sur un compact-disc, soli bien campés dans la wah-wah sans démonstration pyrotechnique façon Satriani (là encore, bonne idée), et surtout, surtout, surtout, ce son de batterie : la grosse caisse est mixée dans les aigus, pour faire la nique à la guitare, les cymbales sont lourdes, tout ici vous tape directement au niveau du palpitant. Pas même de la poitrine, à fort volume. Le coeur, l'organe vital, directement. Rajoutez-y quelques furieuses accélérations (même s'il faudra attendre le dernier titre pour y retrouver ce speed qui les caractérisait, un peu comme un lot de consolation aux fans de la première heure), LE slow (mais oui, il fallait l'oser, ils l'osent), des riffs imprenables (Enter Sandman, évidemment...) et les voilà prêts à conquérir le monde.

Ajoutez-y un peu de com' (Lars Ulrich, encore lui, se la jouant branchouille dans des magazines qui n'en demandaient pas temps), et l'affaire fut dans le sac. 1991 = Metallica. Qui d'autre ? Quoi ? Sorti en plein mois d'août, l'album niquera tous les disques de la rentrée, y compris les Guns et les Pixies.

Que la suite soit une autre histoire (LoadedRe-Loaded, ben voyons, les Metallica dévalisant Napster avec les flics, le fameux Some Kinda Monsters les montrant, pitoyables, tentant d'enregistrer St Anger, le coup de l'album symphonique, passons...), qu'importe, Metallica - le disque - est toujours là. Rythmique pachydermique éternelle pour neurasthénie passagère,  ça fonctionne encore à plein régime. On en sort vidé, lessivé, mais heureux. Dans le genre pochette noire (hello Keith), il y a le Song Of Love And Hate de Cohen. A la fin du disque, on se dit "je suis une merde". Ici, c'est un fuck off libératoire qu'on exulte.

Parce que, voyez-vous (on y entend rien avec ce boucan), me disais-je en reécoutant Lovedrive des Scorpions, il y a deux types de disques de heavy metal : ceux qu'on écoute en se disant, waah ça joue bien, en concert ça doit (devrait/devait) dépoter, et ceux pour lesquels on ne dit rien. Tout simplement parce que la pauvre galette sonne mieux que nature. Vos pauvres enceintes font cracher la guitare encore mieux qu'un mur de Marshall, vous priez pour vos baffles quand la double grosse-caisse castagne, et point barre. Et des comme ça, il n'y en a pas cinquante. Je ne veux pas m'attirer d'ennemis sur ce terrain houleux, mais Metallica est l'un d'entre eux, sinon le seul d'entre eux. Avec tout le respect que j'ai pour Mötörhead.

- - - - 

29 Mai 2016 : Dimanche de merde, envie de rien. Alors quoi ? Metallica. Lequel ? Question idiote. Très très fort, sur la chaîne, pas sur un iTruc. Et la journée, faute de s'illuminer, au moins prend l'allure de ma mauvaise humeur. Le voisin n'ose pas taper à la porte, de toute façon je lui en colle une. Le chien fait semblant de dormir, il a raison. Tiens, je le remets, le disque.

Sad But True






mardi 24 mai 2016

#187 : The Fall "Creative Distortion"

Le 22 septembre 2002, pour la majorité de l'humanité, il ne s'est rien passé. Enfin je n'ai pas vérifié mais en tout cas je n'en ai aucun souvenir. J'ai peut-être même dû me faire chier comme un rat mort ce soir-là. Vu les dates, ça colle. Sans doute pinté à la bière, et, sans m'en douter, je n'étais pas le seul.

Du moins si j'en crois ce double CD Live de The Fall, enregistré précisément ce soir-là, au King George's Hall de Blackburn (ces anglais ! ça ne s'invente pas). Enregistré et filmé, mais le film ne vaut rien. Regarder The Fall à la télé, ça revient à lire tout Proust via le Reader's Digest : tout ce qu'on imaginait meurt sous les pixels. Le guitariste n'a aucune classe, la salle est moche et la scène mal éclairée. Well well.

Donc, dans ce moment de grand oubli, quelque part au fond d'un patelin qu'on imagine pourri par la pluie, l'huile qui carbonise les oeufs qui dégoulinent sur les haricots dont la sauce tomate vient liquéifier le pain de mie qui frit dans la même huile, The Fall, joue. Comme d'habitude, dans une indifférence crasse (on entend bien dans le mixage qu'on a relevé le son pour entendre les trois applaudissements). La musique ? Basse, guitare, batterie, et grognements habituels de Mark E. Smith. Barissements aussi parfois, dans un micro qu'on imagine directement jeté à la poubelle à la fin du concert - qui donc voudrait ne serait-ce que s'en approcher après ça - musique souvent pataude (ce ridicule essai funky sur Telephone Thing, au hasard).

Et pourtant, ça pourrait presque ressembler au disque de l'île déserte mais avec une prise de courant pour la platine. Essayez d'expliquer à quelqu'un ce qui a pu vous arriver, là, un jour, un soir, dans un bistrot glauque ou une salle miteuse, et qui pourtant a changé votre vie. Sans réciter les inévitables London Calling, Beggar's Banquet, etc (rajoutez ici qui vous voulez, mettez-y aussi les Sex Pistols et Joy Division si ça vous chante, m'en fiche). Parce que cette poésie, vous l'avez - mis à part quelques rares privilégiés - rêvée. Vous avez bavé sur des pochettes en carton, collé votre nez devant une télé en noir et blanc, et basta. Mais The Fall, si j'en crois ce disque, on les a tous entendus un soir. D'une oreille distraite par la téquila paf peut-être, préoccupé par un fessier agité pourquoi pas, too much de ce que vous voulez, mais on l'a vécu : la soirée ou - va-t-en savoir pourquoi, le monde t'appartient et, tout en tapant piteusement du pied pas tout à fait dans le rythme, c'est toi, oui toi, qui donne la pulsation. Tu es le centre de la Création. Création de merde, de chômage, de racisme, de deuil, de cul et d'alcool mêlés dans une gueule de bois façon boomerang, mais une création quand même.

Alors pourquoi ce disque plutôt qu'un autre ? Et pourquoi pas. Tous ceux ayant tenté d'approcher un instrument avec autant de persévérance qu'une groupie (ou un groupie, un groupon ? comment on dit ?) se reconnaîtront dans ces lignes de basse pas dansantes pour un sou (Hey ! Luciani) à peine masquées par un guitariste qui n'a même pas deux cent francs pour s'acheter une fuzz et un batteur qui... ben un batteur quoi. Et le gars au micro qui se la pète, raconte ses histoires de tous les jours, s'arrête pendant de trop longs moments (merde, se dit-il, comment reprendre la main, j'y crois plus, j'ai soif, vivement demain). Mais on est tous dans la salle et un 22 septembre 2002, et ouf, Free Range ramène son cul et balance la purée et c'est reparti et c'est trop bon et toi, tu le sais, tu l'as voulu, c'est toi qui dirige cette petite entreprise.

Car c'est souvent en fin de soirée, tout le monde ou pas tombe le masque, les choses sont dites, ça finit en pleurs, au plumard ou en baston, mais non de dieu on lui a secoué les puces au Destin. On a enoyé chier toutes les emmerdes de la semaine avec ces quatre crétins qui font du rock'n'roll, là, devant toi, plutôt moins bien que qui vous voulez, mais foutrement plus vivant. Même s'il en faut de l'érudition et de l'imagination pour reconnaître, en fin de soirée, Victoria, c'est une reprise du morceau des Kinks. Shane McGowan n'est qu'un poseur à côté.

Voilà, en fait, ce qui s'est passé, et ce n'est pas vous qui allez me contredire, ce 22 septembre 2002 nous étions vivants. Nous avions quinze ans de moins, et c'est aujourd'hui qu'on en chialerait, et c'est aujourd'hui qu'il est doux d'écouter ce disque, qui nous ramène nulle part parce qu'on était ailleurs, mais qui nous emmène vachement plus loin que les vertes contrées de Blackburn ravagées par la dope. Et vous savez quoi ? Ben je vais me faire le deuxième CD dans la foulée, là, le volume à fond, en ce 23 mai 2016 durant lequel il ne s'est rien passé. Parce qu'avec un disque comme ça, ben n'importe quand il se passe quelque chose.

Et ne venez pas me parler de la Magie des Grands, j'en vois déjà qui stoogent leur doors attitude ou je-ne-sais quoi. Non, on parle de The Fall, groupe de merde cabotinant dans l'indifférence presque crasse si ce n'était Secret Records qui a eu le culot d'emballer ce set pour l'offrir au monde. J'imagine que l'objet n'existe déjà plus dans le marché commun, Surtout que là, alors que la moitié de la salle a déjà vomi les haricots dont je parlais tout-à-l'heure, Mark E. Smith récite un poème. Enfin, un texte. Savoir si c'est de la prose, on n'y comprend rien. On n'est pas au Grand Théâtre de Morrison, on est juste dans une salle pourrie et voilà, je voulais vous le dire, je l'ai dit.

N'empêche, je ne sais pas si le terme live a déjà mieux mérité son titre. Je me demande - est-ce l'effet Dolby Stéréo - si je n'ai pas un jeune britannique désabusé ivre de bière tiède prêt à me casser ma sale gueule de français là, dans mon salon, à deux pas. Dear, un effet saisissant. Et voilà que je trouve le batteur fantastique, à présent. En à peine 45 minutes, The Fall (re)devient le plus grand groupe du monde, dans l'anonymat cher au Roi Georges de ce patelin ou je n'enverrais même pas ma belle-soeur en séjour linguistique. Et vous balancera dans la tronche ce qu'aucun pavé de Dickens ne vous fera jamais autant sentir du doigt qui pue : vous êtes vivant, bordel, VIVANT.

Ce coup-ci ça mérite un lien, même deux.

vendredi 20 mai 2016

#186 : Gentle Giant "Octopuss"

Bon, bref, passons.

La vie est compliquée. Il n'y a pas deux jours, je récurais tranquillement mon four suite à un gratin qui avait coulé au fond avec la pochette d'un import japonais de Close To The Edge de Yes, quand parut le live de King Crimson, suite à quoi, une retombée dans Van Der Graaf Generator, et je me suis dit que cela ne pouvait pas durer. Il est très délicat de ranger dans un meuble religieusement un album sur lequel s'engluent des restes de gratin dauphinois et d'avantage de choses putrides encore sur les pochettes des premiers Genesis (je ne me torche qu'avec les albums de la période Peter Gabriel, je sais pas, je trouve le carton plus doux). Bref, disai-je, j'en arrivai à discuter de Hatfield And The North, pour me souvenir plus tard que j'en avais déjà parlé ici, du temps bien sûr ou j'étais poli. C'est très bien, Hatfield And The North, et quand bien même, il est très difficile de trouver un usage ménager à un fichier mp3 ou FLAC. La crise du disque, ma pauv" dame.

Donc, un lecteur de passage me vantait dans les commentaires les péripéties d'un groupuscule nommé Gentle Giant que je m'étais promis poliment d'écouter. Chose qu'à ce jour, je n'ai toujours pas fait. Mais voyez-vous que ce jour est un jour particulier, car j'ai discuté avec une connaissance (je ne discute jamais avec les inconnus, surtout pas de prog rock, ne connaissant pas la tronche du Zornophage, j'aurais trop peur qu'il me colle une baffe) et nous sommes tombés d'accord - ô misérable hasard, quand tu nous tiens - sur les grandes qualités des pré-cités (non pas pour les usages externes des pochettes de Genesis, mais sur la qualité musicale de Van Der Graaf Generator). Curieux, non ? Et vous savez quoi ? Non, bien sûr, vous ne savez pas. Il eut ce regard qu'ont tous les chiens blessés, plongé vers le néant de ses pieds, au demeurant très peu à même de contribuer à la jouissance musicale de l'être tout entier, donc, il dit, comme ça : "Et Gentle Giant..."

Bon dieu mais qu'est-ce qu'ils ont tous avec Gentle Giant ! Ca fait deux personnes dans ma vie (j'ai très peu d'amis, le saviez-vous ?) qui m'en parlent comme du Saint-Graal. Ainsi donc, je suis en train de me procurer un album de Gentle Giant, ainsi donc je vous en parle.

Et j'en entends déjà qui hurlent : "bon dieu mais ce con va nous descendre Gentle Giant sans même avoir écouté !"

Et alors ? Là au moins vous avez la preuve que j'ai fait des efforts pour Radiohead ! Mais enfin, il y a des fois on n'est pas obligé d'écouter pour avoir un avis ! Tenez, le machin, il a été remixé par Steven Wilson, le roi de la prog actuelle, le leader de Porcupine Tree ! Un gars qui passe son temps à remixer des albums de Jethro Tull et à les fourguer en version deluxe, vous croyez franchement qu'on peut lui faire confiance ? Et puis je suis en train d'écouter Van Der Graaf Generator, je peux pas tout faire en même temps quand même !

D'ailleurs, à propos, le disque vient d'arriver. Le facteur ne sonne même plus, à l'heure qu'il est, et le disque est là. On vit une époque formidable. Tu as envie de tripes à la mode de Caen à dix heures du soir à Brie-Comte-Robert, t'es mort. Tu es pris d'une envie irrépressible d'écouter Gentle Giant, y'a qu'à demander, version remasterisée 2015 en FLAC (j'ai arrêté le mp3 - c'était pas sérieux à mon âge) en un petit quart d'heure. Il y a dans le monde suffisamment de gens qui ont ça, là, comme ça, sur leur disque dur, prêt à te l'envoyer en pâture ! Gentle Giant ? Mais oui mon pote, tiens, vas-y ! Avec plaisir ! On vit dans un monde de fous, moi je dis. Merci, aussi.

Bon, bien sûr, même sans l'avoir écouté, je peux vous le dire, Octopuss n'est pas le meilleur album de Gentle Giant. Je le sais parce que toujours, toujours, vous causez avec quelqu'un, vous lui dites aah ouais, comment déjà, les Beatles, waah j'adore le double-blanc.

- Ouais, mais c'est pas leur meilleur album.

Toujours, toujours toujours les mecs ils te tapent la frime comme ça. T'es qu'une buse, tu l'avais sous le nez, le meilleur disque, et il a fallu que t'en achètes un autre. On est con, et vous aussi, je suis sûr, je vous jure ça fait peur. Tiens merde, un deuxième Gentle Giant vient d'arriver. Même mon ordi il s'y met : Quoi, tu chroniques Octopuss ? Mais t'es naze ou quoi. Vos gueules, les éléments.

Donc non, ce n'est pas leur meilleur album, mais ceci dit la pochette est quand même bien moche, non ? Enfin, je me dis, s'il y a du garage rock dans ce truc-là, c'est comme l'eau dans le Banga, y'en a peut-être, mais pas trop. Donc, continuons, découvrons ensemble. Ne déflorons pas l'oeuvre trop vite, car il y a quand même beaucoup de choses à en dire. Le troisième morceau, par exemple, l'intro elle m'a toujours scotché. Ca, c'est le vaniteux. Celui qui se rappelle même pas des chansons, ni des titres, il te bluffe sur l'intro. T'y as jamais fait gaffe, à l'intro, donc tu te méfies pas. Des fois, même, tu la re-écoutes. Un riff de guitare. Ah ouais ? Ben, normal pour un disque des Stones, que tu te dis. Alors tu tapes riff+guitare+Stones sur Google et là... Tu te dis que bon sang, c'est vrai, quand même, les riffs de guitare chez les Stones ! Ceci dit, je viens de regarder, le troisième morceau il s'appelle A Cry For Everyone. Je la sens pas trop Anarchy in the UK, celle-là. Je verrais bien une intro au piano. De toute façon, elle aurait été mieux avec une autre intro au piano (précaution précaution), vous me l'enlèverez pas de l'esprit.

Pas leur meilleur album, donc. Trop d'efforts sur la pochette. On sent le budget communication derrière, donc quand on chiade l'emballage comme si c'était un disque de Yes, c'est qu'on n'a pas grand chose à mettre dedans, je me trompe ? Ceci étant dit, ça n'est pas pour ça que c'est un mauvais album, loin de là. Il doit y avoir plein d'autres bonnes raisons.

La meilleure, statistiquement parlant, c'est que cela fait bien un mois et demi deux mois que je n'ai rien découvert de bien. Je vois pas pourquoi ça commencerait ce soir. Surtout pas avec une pochette qui me rappelle que je vais sans doute faire des lasagnes ce week-end et que j'ai tendance à mettre beaucoup de sauce béchamel dans les lasagnes, et quand ça grille un peu, vas-t'en essayer de récurer le plat, c'est pas évident. Ca fait vraiment des traces dégoutantes, la sauce béchamel cramée sur les bords du plat. Alors c'est pas avec une réédition CD que tu vas l'avoir, je te le dis. Et à ma connaissance, il est pas ressorti en vinyle, si ?

Ceci étant, il ne faudrait surtout pas passer à côté de cet album, même si ça n'est pas leur meilleur et que la taille des livrets des CD est trop petite pour y trouver une réelle utilité. Octopuss me paraît être l'album d'un groupe qui, malgré un certain épuisement consécutif à des tournées zarassantes et des albums majeurs accouchés dans la douleur comme... mince... oui ! celui-là, justement, c'est celui-là dont je voulais parler !

Vous ne m'en voudrez pas de ne pas mettre de lien vers le disque. En effet, j'ai compris, mais trop tard, que j'en ai agacés plus d'un à dire du mal d'un certain groupe en proposant une alternative au commerce classique alors que certains d'entre-vous, si tôt l'objet acheté, se sont rués sur internet pour savourer des critiques positives des 15 euros qu'ils avaient balancé à Thom et ses petits copains. C'est aussi pour cela que je n'ai pas écouté le disque, enfin, pas encore. Pauvre con, direz-vous, heureux possesseurs de la version triple-CD avec DVD et mixage en 5.1, tu ne sais pas ce que tu perds.

Alors si, un peu, quand même. J'ai pas pu m'empêcher d'écouter trois notes de A Cry For Everyone, juste histoire de voir, enfin d'entendre, me prenez pas pour ce que je ne suis pas, s'il y avait une intro au piano.

A votre avis ?


Black star épisode 11

Il n'était visiblement pas seul à se demander ce que Léo foutait ici, de même qu'Alain et d'autres (putain, Jerry... presque insultant). Cela confirmait son intuition, de même ces morceaux de Caravan qui avaient trotté dans sa tête un moment. Il n'avait pas revu Jerry depuis que ce dernier lui avait proposé de se marrer en parlant de Radiohead comme d'un groupe de merde, mais cela n'avait rien de drôle, rien ne s'était passé. Un fantôme dans la Machine ?

En tous cas, une chose était sûre. Cet endroit n'avait de paradis que la promesse de quelque chose après la mort, et avait de l'enfer bien des côtés : à commencer sans doute par cette sensation de ne plus rien maîtriser. Revenir publiquement sur ses déclarations fâcheuses des années 1976, se trouver loser, introverti et largué (mais l'était-il vraiment ? en tout cas c'est l'impression qu'il donnait, mais à qui ?), et puis cette réflexion : trop brouillon. Il était trop brouillon, lui ? David Bow... Non, ça n'était pas lui. Il était mort.

Et cette silhouette qu'il lui avait semblé croisé, l'autre jour, qui lui avait collé le film de 1973 sous le nez ? Il l'avait donc vu. Le taulier. Un des tauliers, comme lui avait répondu il ne savait plus qui. Et les paroles de Dylan qui revenaient. Il doit y avoir un moyen de sortir d'ici. Il faut que je sache où je suis, dès lors j'en serai sorti. Léo l'avait fait : je me casse, et hop, disparu. Mais Léo avait semblé avoir bien plus d'autorité. Il fallait qu'il soit sûr d'une chose. Il se mit à hurler.

JE SUIS DAVID BOWIE !
JE SUIS DAVID BOWIE !
je suis David Bowie ?
c'est moi ?
c'est... ?

D'abord, tu te calmes. Personne n'a jamais dit ça, même si tout le monde l'a cru. Figure-toi que tu n'es que l'un de mes personnages, et maintenant plus qu'hier, mais bien plus que demain, car je vais te rendre ta liberté, je vais t'expédier directement en enfer.

Mais avant cela, je te dois quelques explications. Je n'irais pas jusqu'à te donner quelques conseils, cela me rendrait fou. Cela voudrait dire que moi aussi j'imagine que c'est à toi que je parle. Tu existe déjà dans beaucoup d'autres têtes, regarde ce commentaire d'Audrey (elle s'appelle Audrey, tu n'as pas voulu dire son nom, l'autre jour, peut-être cela s'est-il passé comme je l'imaginais, elle en train de lire ce blog et regarder la vidéo, en t'imaginant l'imaginer ? Ca faisait partie du Plan...).

Figure-toi qu'en fait, tout est parti d'un article de Radiohead, ou je me suis fait démonter la tronche parce que j'avais raconté des conneries et que ça m'avait fait plaisir. Figure-toi qu'en même temps je re-lisais Le Pendule De Foucault (ça aussi je l'ai dit mais tu ne m'as pas écouté, sinon tu aurais compris la construction du Plan), figure-toi tout simplement que j'avais envie de m'amuser. Tu seras flatté d'apprendre que c'est très très agréable de s'amuser aux dépens (mais je t'ai pas fait mal, si ?) de quelqu'un comme David Bowie, qui plus est aussi longuement, sans se prendre de vilains commentaires sur le respect des défunts et tout ça : tu l'as cherché la célébrité, tu l'as. J'ai hésité à te faire dire que je n'aimais pas Black Star, je me suis contenté de dire que six mois après tout le monde l'avait oublié. En toute impunité. Sans même un anonyme venant me taxer de mauvaise foi ou de crime de lèse-majesté.

Certains m'ont laissé des commentaires plutôt sympathiques et constructifs sur le côté littéraire de cette affaire. Je n'ai jamais essayé de faire de la littérature, mais plutôt, tu le comprends maintenant, de la non littérature sur un support inadapté.

A l'heure où j'écris ça, vois-tu, je me demande parfois si je vais continuer ce blog encore longtemps. J'y écris de plus en plus, mais ça devient aussi stupide qu'un journal d'adolescente. Dans mes propos, au vu des réactions parfois engendrées, mais aussi dans la finalité du truc : tu peux comprendre ça, toi. C'est ce putain de disque de Radiohead qui m'a fait tourner la tête. Je n'ai pas compris que l'on puisse en arriver à tant de haine suite à de premières impressions complètement subjectives, venant d'un gratte-papier anonyme du fin fond de nul part. Merde, j'avais mis un lien, tout le monde pouvait charger le disque et aller voir ailleurs ! Lire les Inrocks ou mille autres blogs bien plus polis que celui-ci et basta (pas vrai, mec ?). Mais surtout j'avais promis une réponse au long commentaire d'Audrey, et je me suis dit qu'une hyperbole (parabole ? chais pas...) s'y prêterait finalement mieux, n'ayant aucune volonté de justifier, d'admetttre, de m'opposer... Comprenne qui voudra, dans tout ça.

Alors, à m'accorder tant d'importance, j'ai voulu voir si je pouvais carrément enfermer David Bowie chez moi, et le titiller quelques jours, comme ça, sous couvert d'un essai littéraire (wouarf !). Comme les vilains démons dans Alice Ou La Dernière Fugue (vous remarquerez que je cite mes sources, je n'ai rien inventé, ou pas grand chose).

Et ça a marché. Je t'avoue que je me suis bien amusé, au risque de me répéter. Surtout que j'avais une idée de fin, et ça c'est plutôt rare. Souvent je ne sais pas comment finir mes articles. Mais bon, je ne voudrais pas te retenir plus longtemps, je t'avais promis de t'envoyer en enfer, et surtout de trouver une fin originale, non ?

- Tu sais que tu ne me parle pas, là, moi, David, enfin lui, Bowie, je est mort et il m'en fout de ton truc !

- Je vois que tu continues à faire le malin, hein ! A mon tour : Tu aimes Caravan ?

mercredi 18 mai 2016

Black Star épisode 10

There must be some way out of here
Said the joker to the thief
There's too much confusion
I can't get no relief

C'est exactement ça, se dit-il. David s'efforçait à fredonner des trucs, pour éviter cette musique, toujours la même. Et ces paroles de Dylan, relayées par Jimi avec toute la force électrique qui lui manquait lui semblaient - horreur - particulièrement adaptées. Dialogue intérieur : bouffon et voleur, il avait joué ces rôles, comme tant d'autres. A moins qu'il ait été l'acteur et le personnage en même temps, ce que lui suggérait Alain ? Et qu'est-ce que cette histoire de logiciel ? Il y a trop de confusion, je ne trouve pas d'apaisement. Ca, sans aucun doute. N'était-il pas sensé trouver ici de l'apaisement, si tel était l'endroit qu'il avait imaginé au début ? Mais était-ce bien cet endroit ? Que venait faire Aleister ici, à toujours cause ésotérisme, alors qu'en toute logique, cela n'aurait plus lieu d'être ? A moins qu'après le 7ème ciel, il y en ait un 8ème, puis un autre encore ? Certes, Aleister avait joué au même jeu que lui, quelque part : à force de persuasion, et qu'importe qu'on se serve des diables ou que l'on endosse soi-même un costume, il avait réussi à fonder une assemblée. A fondre une assemblée, si j'en crois le langage des oiseaux. Masse informe, Golem de fans ébahis, il promenait sa Bête comme on promène un chien.

Je dois me concentrer. Je dois trouver la solution. Mais se peut-il que la solution se trouve dans ces quelques lignes ? Autant imaginer qu'en 1968 Dylan les aurait chantées pour lui, maintenant ? N'importe quoi. Je deviens comme ce Weberman qui fouillait ses poubelles pour touver le Mot d'Ordre, une fois les hippies balayés par Woodstock. Dylan les a chantées parce que ça sonnait bien, c'est tout. Ground Control to Major Tom. Ca lui était venu comme ça, tout pareil, quelques mots, on les met en forme et le truc vous dépasse. Sauf que, ces quinze secondes en 1967 renfermaient - à y repenser - toute sa carrière à venir : Ziggy, Aladin Sane, le Thin White Duke... En aurait-il eu l'idée s'il n'y avait pas eu ce Major Tom ? Sans doute. Il avait un plan. Major Tom était comme cet acteur arrivé par hasard, pour un rôle qui n'avait finalement pas tant d'importance. Ca ne pouvait être autrement. Il doit y avoir une issue. Concentrons-nous. Dylan ne chante pas il se pourrait, il devrait, ça serait bien si... mais utilise bien l'impératif. Alors, cette issue, même si elle n'existe pas et que je suis coincé ici, je dois la trouver, je dois la créer, je peux l'inventer.

Muss es sein ? Ess muss sein, hein ! lui répondit Léo.

- Qu'est-ce que tu viens faire là toi ? Ca devient n'importe quoi, ici !

- Il n'y a plus rien, mon ami. Tu vois, moi aussi je peux faire corps avec mon verbe, m'approprier des mots de tous les jours et les enluminer comme dans vos bibles ! Conneries tout ça ! Tu me rappelles Richard, en fait. C'est sans doute pour ça que je suis là. Quelqu'un a dû demander de mes nouvelles ?

David trouva que ce chanteur français avait toujours eu une tronche de cocker battu, jusqu'alors. On lui avait suggéré C'est Extra, à l'époque où il s'était approprié Brel. Mais rien que de citer cet affreux groupe de prog, les Moody Blues, ça l'avait fait gerber. Il avait congédié le traducteur, ce Bergman, lui disant d'aller se faire foutre.

- Je sais ce que tu penses, mais toi, sais-tu combien je m'en fous ? IL-N'Y-A-PLUS-RIEN, martela-t-il ! Regarde, ou plutôt écoute, je tape contre les murs, là, avec ma canne, tu entends quelque chose ? Rien ! Le silence... même plus la mer. La mer, c'est à la fin, en général, sans doute l'effet de la morphine. Tu l'as pas entendue la mer ? Bon, allez, j'ai rien à faire ici moi. Je n'existe plus, je suis mort, bouffé par les vers, jusqu'à la dernière chair, comme les pendus de Villon. Peinard... comme la charogne à Baudelaire ! Je m'en vais, hop, comme ça, en claquant des doigts ! Ciao, bambino !

David ne put s'empêcher de penser que la démonstration était exemplaire. Léo avait en effet disparu. Il avait trouvé le moyen de sortir d'ici. 

Il se sentit quelque peu désabusé, vexé et honteux : il devenait évident que pour arriver à s'en sortir, il devait écouter ce que les autres lui disaient. Encore heureux, se dit-il, que je n'aie pas retrouvé ici de fan suicidé par amour pour Ziggy, seigneur, ce serait d'un pénible ! Mais quand même, toutes ces divagations approximatives sur la kabale, même Lou qui semblait une caricature de lui-même, était-ce possible que le Paradis (le mot était lâché) fut aussi imparfait ? Etait-il possible que ce Heaven des Talking Heads, simple boutade à l'époque, ait pris une telle importance ? Ca ne colle pas. Donc, reprenons :

1) Je suis mort. Donc, soit je suis au paradis ou en enfer, et cela a un sens
2) Je ne suis pas au paradis, ni même en enfer, même si cela peut paraître mieux ou pire. Donc, cela n'a pas de sens.
3) Si je ne suis pas au paradis, ou peu importe comment on nomme ça, ça n'est pas moi.
4) Si ce n'est pas toi, c'est donc ton frère (qu'est-ce que cette remarque idiote venait faire ici ?)
5) Je suis quelqu'un qui parle de moi (ça, je l'ai toujours fait, je n'avance pas... Je est un autre, toutes ces conneries)
6) En tous cas, ça ne m'amuse plus. Quelque chose m'a échappé à un moment. Je cherche un moyen de sortir d'ici.
7) There must be someway out of here. Suis-je le bouffon ou le voleur ? Et si j'étais les deux, en même temps ?






mardi 17 mai 2016

Black Star épisode 9

Je vous souhaite la force et la tendresse.

C'était finalement tout ce que j'avais pu leur dire de vrai, avant le déballage des chansons. Mais eux, elles, ils, la foule, gueulaient trop et me regardaient me préparer, prendre la guitare. Et je leur balançais Comme Un Lego, et là enfin, ils s'apaisaient.

En même temps, moi aussi ça m'apaisait. Ces couplets convenus - j'en savais le début et la fin. Je connaissais déjà le rappel. Après, je ne voulais même pas y penser. Le retour dans la loge. Les autres qui iraient boire une bière, fumer un joint. Moi je me retrouverai avec Chloé. On parlerait. De la maladie bien sûr, de la suite du traitement. Mais il n'y avait que le lendemain qui m'intéressait. Dormir dans la voiture, arriver à Clermont-Ferrand. Sentir les lieux.

Je vous souhaite la force et la tendresse.

Et le reste n'est que roupie de sansonnet, mais c'est pour le reste qu'ils étaient là. J'aurais pu leur dire bon jour tout simplement, ou encore Bonsoir Clermont ! C'était pareil. Et puis il y eut les Victoires de la Musique. Que dire, que dire... Bientôt plus rien, alors là ? Chanter, sans doute pour la dernière fois. Tenir les cinq minutes, résident de cette république de carton. J'sais pas... J'sais pas...

Mais toute cette émotion, ces corps qui se lèvent. La foule. Elle vire, comment lui en vouloir ? Comme elle avait - à nouveau - applaudi après Osez Joséphine. La juste dose de mots joueurs, de musique acceptable, retour en terrain connu et labour en profondeur. Mais savait-elle ce que j'éprouvais à séjourner au sein d'un logiciel ?

C'est bien ça ton problème, David. Séjourner au sein d'un logiciel. Je ne m'y plais guère et je ne m'en suis jamais caché. C'est sans doute pour ça qu'il me fout la paix. Et il aura fallu qu'il(s) lise(nt) les notes de pochette des rééditions (les vautours ! on m'a jamais remasterisé de mon vivant, au moins, on m'a juste compilé - putain de logiciel), les articles, les livres, pour deviner que j'étais aussi pénible avec les auteurs. Je n'écrivais pas, car je me donnais trop. J'étais tellement moi-même, qu'il fallait bien que quelqu'un écrive mes histoires, mon histoire. Dans la langue des oiseaux. Ne pas sombrer, quand même dans la facilité, je n'étais pas le simple algorithme fonctionnel, productif et rentable qu'ils voulaient que je sois.

Là, je vois ce pauvre Manset critiquer mes interprétations de Vénus et de Comme Un Lego. Mais c'était mon boulot que d'interpréter, chante-les toi-même si ça ne te plait pas, et voyons si tu fais un disque d'or ! Evidemment, il avait claqué la porte et sorti Lego sur... quel album déjà ? Obok ? Peu importe, il en avait vendu 50 000 à tout casser. Manquaient, donc, le personnage et l'interprète.

Je te souhaite la force et la tendresse, David.

Pour te sortir d'ici. Tu me fais dire ce que je n'ai pas dit, mais au fond, c'est ce que j'ai toujours fait, alors, une fois de plus une fois de moins... Alors que toi tu as toujours été seul. Tu as été ce Major Tom dont on savait tous - poussière tu redeviendras poussière - qu'il était un junkie.

Bien à toi,

Alain.