J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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jeudi 2 novembre 2017

Bob Dylan - en attendant le verset 13

Soyons honnêtes, mes frères, Columbia fit parfois de la bonne ouvrage avec le catalogue de celui que dans le métier on appelle aujourd'hui Tino Rosshillbilly  et dont le fameux Never Ending Tour se serait transformé en Hit The Road Jack Lantier. Malheureusement ils sont actuellement trop occupés à essayer de dissuader le prix Nobel 2016 de reprendre Le Petit Bonhomme En Mousse à la fin de ses concerts pour se concentrer sur les Bootleg Series, c'est sans doute pour cela que celui à venir, le volume 13, sera - en vérité je vous le dis - totalement à côté de la plaque.

D'abord, ça devient agaçant de vouloir fourguer minimum huit CD par coffret, histoire de justifier - en cette fin des temps discographique - un prix minimum de 100 euros par pélerin (dans l'ancien testament on pouvait faire raquer 100 euros pour 3 CD, il en faut 8 aujourd'hui, les temps changent que voulez-vous). Il paraît que même Hugues Aufray fait écouter les Bootlegs Series par sa secrétaire tellement ça commence à l'ennuyer. Voyez par exemple les 36 chandelles de sa tournée de 1966 (qui ne sont pas des Bootleg Series mais quand même), de quoi épuiser jusqu'au dernier des Mohicans, surtout qu'il s'agissait de la tournée durant laquelle le Zim a le moins souvent modifié la set-list...

Plus avant encore, le coffret sensé vanter les mérites (bien) cachés de Self Portrait, et par là-même évoquer les tendres années 1969-71) fait une impasse sur les sessions avec Johnny Cash, pourtant lui aussi artiste Columbia alors quoi ?

Et puis a contrario, les bandes magiques de 1965-66, dans leur intégralité, ont été reservées à une élite, prête à payer 500 boules pour ne jamais partager les 18 CD avec le reste du monde. On est mal, je vous le dis.

Bref, après les Basement Tapes, il semblerait qu'on ait définitivement confié la gestion du grabataire de Greenwhich à un stagiaire en deuxième année de secrétariat. C'est un choix.

Ainsi donc notre stagiaire se vit confier la divine mission de crédibiliser la période Born Again (et je souhaite déjà bonne chance à celui qui n'est pas encore né et qui, dans les Bootleg Series Volume 124, sera chargé de dire du bien de sa période actuelle - fais-moi mal Charlie O'Leg), en multipliant les galettes comme jadis on avait tradition de le faire quand on se voulait prophète. Sans aucun discernement, bien entendu. Avec humour toutefois, puisque Dylan bêlera derechef l'évangile juste après la Toussaint. Amen.

Car Columbia m'aurait appelé, je leur aurais expliqué la Sainte Trinité. 1979 - 1980 - 1981, c'est aussi simple que cela : trois ans, trois concerts. Et l'auditeur esbaudi entendra rugir le Bob de belle manière, l'imaginera s'engouffrer dans ce gospel rauque (en bonne compagnie quand même : Fred Tackett, Jim Keltner, Tim Drummond, c'est pas le même line-up qui swingue aux thés dansants du temple des Témoins de Jehovah au-desssus de chez moi), jouer au beau milieu des putes et des zombies en 1979 au Warfield Theatre de San Francisco, tenter d'annexer le Canada en 1980 (c'est une tradition yankee, ne cherchez pas) à Toronto pour enfin sceller sa croisade dans la cité des Papes en 1981 (j'ai déjà vanté cet épisode épique dans ce même blog, je ne vais pas insister). Et voilà, trois concerts, six CD, faites-moi le tout à trente balles et on en parle plus.

Là, mon stagiaire blêmit, relit sa convention et me dit timidement : il paraît qu'il faudrait quelques studios outtakes, c'est marqué dans le référentiel pédagogique, et là y'a que du live...

Ne pleure pas mon garçon, car Tonton Jeepee a tout prévu, tu l'auras ton CAP : le père Dylan ayant visiblement abusé du vin de messe des Corbières à l'époque, il existe dans le monde parallèle un témoignage de l'urgence dont il témoignait pour écrire chaque jour davantage de chansons qui lui venaient comme ça, oserai-je dire par la grâce du Saint-Esprit, et figure-toi que nombre d'entre elles sont à ce jour inconnues des cadres de Columbia (le reste du monde les fredonne depuis vingt ans déjà, mais bon). Et il est bon de rappeler à la terre entière combien les chansons écrites à cette époque-là, quand le Bon Dieu a commencé à se lasser du folk, étaient incroyables (Caribean Wind, Lenny Bruce, Every Grain Of Sand...) Par un divin copier/coller, rajoute donc Between Saved And Shot et non seulement tu remplis ta mission, mais avec brio : ce sont maintenant SEPT galettes hautement symboliques que tu vas pouvoir proposer à la plèbe suante et puante en échange du denier du culte.

- Mais ou vais-je trouver cela mon père ?

Ne m'appelle pas mon père, je te fais bouffer ton harmonica sinon ! Tu trouveras ça sur le web, en moins de vingt minutes (véridique, NDLR). Pour trouver il faut savoir chercher, petit scarabée, rien n'est caché. Médite-moi un peu cette sentence, télécharge toi ça à droite et à gauche, et avec les 140 euros que tu auras économisé, goûte donc aux plaisirs de la vie et de la chair. Car malheureusement Dylan n'est pas près de ressusciter d'entre les morts - je me suis laissé dire qu'il comptait enregistrer un tribute album dédié à Julio Iglesias.

Ainsi fut donc fait, voici the Jeepeedee's Bootleg Series volume 13, moins chères que celles de Columbia, qui lavent plus blanc, et que j'échangerais pas contre un baril d'eau bénite.

A ce moment très précis, Dieu m'apparut, et en ces termes s'adressa à moi :

Non mais c'est pas vrai ce bordel quand même ! Je t'ai pas demandé de tuer ton fils, c'est pas la mer à boire ! Pourrais-tu expliquer a minima pourquoi cette trinité est essentielle ? A quoi le lecteur estomaqué par ton charabia peut s'attendre ? Nom de Moi c'est pas vrai !!!

(Dieu parle toujours fort, désolé)

OK, donc, par le menu. Ceci expliquant peut-être cela.

Au Warfield Theatre, le 8 novembre 1979, comme les autres jours d'ailleurs et contrairement à ce qui a été écrit, le public est plutôt content de son sort, et accueille le fils prodigue avec ma foi grand bonheur, semble heureux que le groupe entame Gotta Serve Somebody. On trouve ici des versions encore proches de l'album des chansons de Slow Train Coming et, comme dix chansons ne suffisent pas à précher l'évangile, Saint-Zim en sort une dizaine de son chapeau, écrites dans l'urgence, qui finiront sur Saved, l'album maudit (?), invendable car même pas béni par Mark Knopfler. Pour les plus vieux d'entre vous/nous, c'est ici qu'on entend le Solid Rock qui avait à l'époque tourneboulé Garnier dans Rock & Folk. Chose incroyable, le Zim chante comme sur le disque, presque timide par rapport à ces hymnes bibliques et à la personne à qui il s'adresse (Bobby s'adressant, dans ces chansons, plus souvent à Dieu qu'à ses fans, faut pas déconner non pkus)

A Toronto quelques mois plus tard, le vieux briscard est - déjà - aguerri, et si le répertoire ne change pas, notre nouveau prophète interprète son gospel comme si ces chansons avaient été écrites depuis la nuit des temps, comme si - déjà - Moïse les chantait à son peuple le soir auprès du feu.

Rajouteré-je que vous avez ici droit à la première partie, à savoir les choristes à Dylan reprenant quelques gospel même pas écrits par leur employeur, mais de première facture, et vous savez ce qui vous reste à faire. Mais de grâce, chassez ces pensées impures.



A Avignon enfin, Dylan met du vin dans son eau bénite, et les vieux refrains réapparaissent sous la tiédeur de l'été 1981. En une construction mystique ceci dit, les vieux brûlots semblant ici davantage illustrer les divins commandements et les affres des pécheurs que servir une improbable contre-culture déjà faisandée. Voyez - misérables pécheurs - les malheurs qui s'abattent sur la pauvre gourde de Like A Rolling Stone, qui n'a point suivi les préceptes du Saint-Père. Quel effet ça faaaaaait ? Dans ce théatre Antique, le diable et le bon dieu se partagent l’Idole, laissant deux morts sur le carreau. Un des instants les plus intenses du canard à l'harmonica.



Cerise sur l'hostie, Between Saved And Shot rassemble pas mal de chansons en devenir qui ne deviendront jamais rien - et en écoutant Magic, Wind Blows On The Water et les autres, on peut le regretter. On peut aussi tomber raide, les genoux à terre, en entendant la reprise serpentueuse de Mystery Train, et ceci même pour les plus agnostiques d'entre vous. Ca tape, four on the floor comme on dit à Jérusalem. Ha ha ! ce vieux train qui déboule lentement, serait-il celui-ci même qui par l'entrejambe d'Elvis Presley porta Satan en Amérique ? Mazette, sucettes et tortillas, l'argument est de taille, et le Zim jamais meilleur que quand il endosse les habits du Diable pour mieux le vilipender. Nom de Dieu, on aurait aimé être petite souris à ces sessions ! Car, en plus, les versions alternatives des titres à venir sur Shot Of Love (dont Shot Of Love, tiens), sont du même acabit. Adrenaline (et j'ai crié !) garantie.

Ainsi soit-il, tout est là, prenez, ceci a du corps :

Warfield
Toronto - part 1
Toronto - part 2
Avignon - part 1
Avignon  - part 2
Between Saved And Shot

Bon, vous savez quoi faire ce week-end. Ca vous évitera une sortie à la FNAC en ces temps pluvieux (quoique les sous du coffret économisés peuvent vous permettre d'acheter un grille-pain, et que la FNAC regorge de grilles-pain, car quand il fait pluvieux comme ça, rien de tel qu'un grille-pain*).

*et il paraîtrait même qu'on ait trouvé Dylan faisant du porte-à-porte à Minneapolis ce jeudi, essayant de vendre des grille-pain tout en chantant l'air du Toréro de Carmen, justement, c'est pour ça que j'y pense.


lundi 2 février 2015

#179 : Bob Dylan "Shadows In The Night"

Soyons clairs, ce "nouveau Dylan" est un non-événement. Le concept même de "nouveau Dylan" a perdu de sa superbe depuis... pff... 1978 ? Oui, c'est ça. Ce qui a suivi (les albums catho, les albums merdouillards, le silence...) a définitivement lassé les plus coriaces. Plus personne n'attend rien de Dylan, et c'est au moins tant mieux pour lui. Ca lui aura permis d'étonner par ses coups de génie (Time Out Of Mind), quelques bons morceaux dans des albums quoiqu'on en dise très inégaux (Love & Theft et - déjà - ses passages jazzouilleux grotesques), jusqu'au Tempest dernier qui franchement... franchement... était un peu mieux que son album de chansons de Noël. Vous m'excuserez de ne pas arriver à être totalement méchant, du moins pas autant qu'avec Genesis. Chacun ses faiblesses. Alors, qu'aujourd'hui, après le mini-raout justifié des Basement Tapes enfin compilées quasi-intégralement par CBS pour les trois lecteurs des Inrocks qui n'avaient pas encore les pirates (z'avaient qu'à lire ce blog, les cons), sorte un album de reprises de chansons reprises par Sinatra, en pleine torpeur hivernale, on ne va pas fouetter un chat.

Dylan, depuis bien longtemps, depuis, disons, 1997, surfe sur une vague qui doit lui paraître douce : celle de la gentille constance dans les propos et opinions des fans, des critiques et des indifférents qui ne prennent même plus le temps de lui reprocher de chanter faux. La paix, royale, sur la route, comme un papillon attiré par un lampadaire, qui sait qu'il va se griller les ailes dans une quête qui n'intéresse que lui, mais qui semble pressé d'en finir dans cette course au soleil absurde.

OK, Dylan fut le symbole du renouveau folk, le symbole de la révolte et de la liberté, le symbole du retour à la campagne et du country-rock, le symbole de l'artiste poète et bohémien, le symbole du salaud vendu, le symbole du couillon ayant vu la lumière divine, le symbole de l'artiste toujours capable de pas faire de la merde, le symbole de... j'en passe et des meilleures.

Comme si personne ne semblait, ne voulait voir en lui le symbole de l'homme fatigué. Good As I Been To You, c'est ainsi que se nommait son recueil de vieilleries pré-folk de 1992, avec sa pochette hideuse et sa voix de canard, flinguant d'entrée tout espoir de grand retour. Comme s'il ressentait le besoin de payer son tribut à un diable quelconque rencontré à la croisée des chemins. Un diable en forme de foule bêlante lui réclamant depuis des lustres un tribut qu'il ne voulait pas payer pour ces quelques dollars et ces quelques amphétamines joyeusement gagnés au début de sa carrière.

Poussant le ridicule jusqu'à passer par la case Unplugged, il ne pourra s'empêcher de revenir la tête haute pour ce ténébreux Time Out Of Mind. Dans lequel, après avoir presque retrouvé Elvis, selon ses propres dires et suite à une infection pulmonaire carabinée, il chantait qu'il ne faisait pas encore noir, mais presque.

Ce coup-ci on y est. La nuit est tombée, il y croise des ombres. Des fantômes ? Lesquels ? Non plus les Blind Willie McTell, les Mississippi Sheiks d'antan, ni même les Hank Williams ou les Roscoe Holcomb du côté plus blanc que blanc. Non plus ceux-là même dont il s'est tant inspiré, dont il a su - s'il ne devait avoir qu'un seul talent - sucer jusqu'à la moelle les trois pauvres accords Mi-La-Si des gens rustres qui n'avaient jamais imaginé la couleur d'un do septième diminué. Au risque d'inspirer toute la folle épopée des Beatles, des Stones, mettant définitivement à l'écart Tin Pan Alley, le jazz et toutes ces musiques par trop savantes, complexes ou prétentieuses que la jeunesse des sixties comptait bien balayer à coup de mini-jupes, de Power To The People et autres conneries cool, aujourd'hui remplacées par l'ipad, l'iphone, l'itruc et autres tendances connectées.

Là, donc, ce qu'il nous chante, dans tous les sens du terme, c'est bien cette époque qu'il a mise à mal, volontairement ou non. Sans doute tout cela est-il très honnête (si l'on peut toujours considérer comme honnête un artiste ex-sulfureux qui chante le père Noël à 70 balais). Et pourquoi n'aurait-il pas le droit, lui aussi, d'ouvrir le Great American Songbook, comme un Rod Stewart ou un (aïe) Robbie Williams ?

Le vieux con que je suis ne peut pas s'empêcher d'essayer de comprendre. La musique n'aide en rien. Au chapitre des éloges, on pourra s'étonner de la qualité de son groupe, merveilles de pedal-steel onctueuse là où des violons auraient été indigestes, summum de délicatesse dans les guitares, bref, oui, tout amateur éclairé appréciera. Après, on a également le droit de rire en l'entendant nous chanter les Feuilles Mortes. Après tout, Iggy Pop nous l'a bien fait, et Dylan au moins évite Joe Dassin.

Indécrotable fan pressé que je suis, j'ai découvert l'album en téléchargement deux jours avant sa sortie. Et n'y ai rien compris.

Il m'a fallu l'acheter (certains donnent bien des sous pour le Téléthon) pour, en regardant la photo constituant le verso de la pochette, y voir plus clair. Terriblement plus clair :


Voyez-vous ce vieil homme bien habillé, comme s'il se préparait à un mariage, enlacer cette femme masquée, les deux regardant d'un air intrigué un vieux 45 tours de chez Sun ? La dame en noir a des airs de camarde ou je ne m'y connais pas en symbolisme. Le vieux grigou paie ses dettes avant d'aller voir ailleurs, et il semblerait qu'il ait un dû à payer : C'est ça que tu veux que je chante ? Oui, tu ferais bien de faire profil bas avant de t'en aller. Chanter, tel un bon chien-chien, tout cet establishment que tu as mis à mal. Vas-y, essaye de l'imiter, Frankie, avec ta voix en forme de balai de chiotte et ton indécrottable aura de folksinger qui t'a collé aux basques. Rien, tu n'as rien changé, tu le sais, tu dois payer.

Vous me direz que je délire. Le Bob reprenait déjà Lucky Old Sun avec Tom Petty en 1986. Il a même ânonné son Restless Farewell au concert en hommage à Sinatra. Il a osé reprendre Charles Aznavour sur scène. Il parle même, au sujet de cet album, de ces chansons qu'il a toujours aimées. Et alors ? Je ne dis pas que le vieux Dylan serait victime de Belzébuth. Je pense même qu'il est conscient de toutes les mascarades qu'il a jouées, ceci dit cantonnées aux trois canoniques accords du rock'n'roll ou du folk, n'osant le jazz merdeux que dans les années 2000 (malgré une approche timide avec If Dogs Run Free dès 1970). Simplement, là, il explique les choses très clairement. A ceux dont les yeux se sont habitués à l'obscurité. Ou plutôt, à ceux qui n'ont pas voulu comprendre ce qu'il disait - même trop rarement - dans ses interviews : tout cela n'aura été qu'une mascarade, qu'une mauvaise farce. La nuit est tombée. Il y croise des ombres, celles qui avant lui sans doute pensaient avoir touché la grâce divine, ou plutôt qui avaient touché des coeurs aujourd'hui réduits en poussière, et qui errent dans un oubli qu'on espère reposant. Et qu'il sait devoir retrouver bientôt.

Etrange, que de se promener dans le brouillard. Tout le monde est seul (Hermann Hesse)

Why Try To Change Me Now ?

mardi 10 décembre 2013

#170 : Bob Dylan "Sidetracks volume 3 (Jeepeedee's Rips)"

On continue, et ça devient vraiment passionnant.

01 - Shelter From The Storm
Il s'agit d'une démo extraite du premier mix acoustique de Blood On The Tracks. Largement disponible partout en pirate, ici coincée en toute fin de The Essential Bob Dylan, histoire de faire cracher les fans purs et durs au bassinet. Extrait de la BO du film Jerry Maguire que personne n'a vu et dont tout le monde se fiche. Un chef d'oeuvre, en tout cas, une version meilleure que l'original, comme c'est souvent le cas chez Dylan.

02 - Rita May
Encore un absent impardonnable du coffret, une chute des sessions de Desire, sortie à l'époque en face B du 45 tours Stuck Inside of Mobile With the Memphis Blues Again, extrait du live Hard Rain. Paru en CD sur la compilation australienne Masterpieces. Merci les kangourous.

03 - People Get Ready
04 - Never Let Me Go
05 - Isis
06 - It Ain't Me Babe
Tentative de reconstruction du disque promotionnel 4 Songs From Renaldo & Clara, hors-commerce. It Ain't Me Babe a été récupérée sur le Best Of Live 1961-2000. Isis a été ripée sur le DVD Bonus sorti à l'époque avec Bob Dylan Live 1975 (Bootleg Series Volume 5). Les deux autres ont été extraites de la série des pirates Hard To Find. Bon, c'est mieux que rien. Ca joue évidemment bien, et on s'émouvra du People Get Ready de Curtis Mayfield. Dylan y reviendra plus tard. Patience.

07 - Sign Language
Chanson de Dylan enregistrée en duo avec Clapton et parue en 1976 sur le No Reason To Cry de ce dernier. Chanson typique de l'époque, impossible de passer à côté ici.

08 - Baby Let Me Follow You Down
09 - Hazel
10 - I Don't Believe You
11 - Forever Young
12 - Baby Let Me Follow You Down (reprise)
13 - I Shall Be Released
Tout a déjà été dit du concert d'adieu de The Band au Winterland en 1976. Dylan, grand seigneur, n'y interprète que des chansons enregistrées initialement avec eux ou jouées lors de la tournée de 1966. I Don't Believe You est toujours aussi lysergique. Un grand et triste moment.

13 - Trouble In Mind
Face B de (Man Gave Names To All The) Animals en France et de Gotta Serve Somebody à l'international, une jolie chute de studio de Slow Train Coming. Impensable qu'elle ne figure pas au coffret, d'autant qu'elle vient d'être éditée sur la compilation allemande Pure Dylan. Du boulot de gougnafiers que ce coffret. Ici, c'est la version vinyle qui crachote.

14 - Let It Be Me
Ben dis donc. 2ème tentative de Dylan sur cette euh... chanson de Gilbert Bécaud (Je T'Appartiens). La première fois sur Self Portrait, la deuxième fois en face B de Heart Of Mine. Caramba, encore raté !

15 - The Groom's Still Waiting At The Altar
Sortie à l'époque de Shot of Love en face B de 45 tours, Columbia l'a fourguée sur les rééditions du-dit album. Trop bourrin, oubliable, mais historiquement indispensable.

16 - Dead Man Dead Man (live in New Orleans)
Encore une face B (mais qu'a donc fichu Columbia ???!!!), sorti en 1989 (Sur le maxi-single de Everything Is Broken), mais datant de 1981, enregistrée à la Nouvelle-Orléans. Peut-être un des moins bons morceaux du concert, que l'on retrouve sur le gigantesque pirate Stadium Of The Damned. Extrait de l'inusable Best Of 1961-2000.

17 - Angels Flying Too Close To The Ground
Encore une honte pour Columbia. Extrait des séances d'Infidèles, cette chouette reprise de Willie Nelson finira en face B du 45 tours Jokerman. C'est mieux que rien.

18 - The Usual
19 - Night After Night
20 - Had A Dream About You Baby
21 - A Couple More Years
Les trois premiers morceaux sont extraits de la BO du film Hearts Of Fire, un navet. Le CD est épuisé depuis belle lurette, et les autres morceaux interprétés par Fiona (?) et Rupert Everett sont nuls à chier, donc inutile d'aller dépenser des 100 et des 1000, Jeepeedee est là quand Columbia n'y est pas. La quatrième est extraite du film, ripée sur youtube. Jamais sortie en CD. Ooops, une exception ?

22 - It Ain't Me Babe
Extrait d'une compile, une version live fracassante de 1986 par-là, quoique... s'agirait peut-être bien de la tournée de 1984 ? Va savoir. Le père Dylan a bouffé un tigre. Trouvé sur un pirate, mais sorti officiellement, donc ça vaut ici.

23 - Got Love If You Want It
Les Argentins sont des veinards. Cette fantastique reprise était incluse dans leur édition locale de Down In The Groove, qui pourtant n'était pas bien long et pas bien terrible non plus. Pourquoi on y a pas eu droit ?

24 - Important Words
Encore un morceau hors-commerce d'une édition pour DJ de Down In The Groove. Décidément, ils ont fait exprès d'en virer les meilleurs morceaux ?

25 - Dignity (demo version)
Issue de la compilation Chronicles (on y trouve plein de chansons citées dans le bouquin). Une n-ième version de Dignity.

26 - Dignity (Brendan O'Brien mix)
...Et la première, sortie à l'époque de Greatest Hits, vol. 3, et remixée par Brendan O'Brien. Histoire de faire pop, car l'originale sortira sur d'autres compiles (et est présente sur le coffret, tiens donc). Celle-là sera définitivement perdue.

Une belle façon de dire au revoir aux années 80...

Allez, à bientôt pour le volume 4...

EDIT : Oops, encore deux N°13... et il manque des trucs pour les années 1980. A bientôt pour le volume 4 qui va dépoter !!!

mardi 9 octobre 2012

# 138 : Bob Dylan "Tempest"

En 2085 (car le temps s'accélère, tout va plus vite) sortira sous le manteau une sorte de nouvelle Anthology Of American Folk Music. En 78 tours. Parce que le microsillon est trop compliqué à fabriquer sans électricité, alors qu'avec quelques vieux pneus ici et là encore disponibles, de même que quelques vieux vélos chargés de produire le minimum d'électricité disponible, on pourra repiquer quelques morceaux sur de rares ipods qu'on aura encore su faire fonctionner, et sur lesquels on aura encore pu trouver quelques "mp3".

D'ici là, nous, blogueurs, n'existerons plus. Non pas qu'on nous aura mis en prison, la répression étant devenue alors inutile puisque la notion même de propriété artistique aura disparue. On nous aura simplement interdit de média, nous serons morts de faim, incapables d'accéder aux Leclerc Drives. Quelques uns auront simplement compris à temps, téléchargé le brevet du phonographe d'Edison, et tenté de continuer, malgré tout, à proposer de la musique.

Oh, ne vous inquiétez pas : Blonde On Blonde ou The Freewheelin' Bob Dylan seront toujours disponibles. On aura même réussi à éviter une censure inutile. Les gens riront de cette vélléité de contestation, de cette poésie surréaliste, liée sans doute à une jeunesse insouciante, car ils n'auront pas le temps de réfléchir ou de se révolter. Quelques cinquante années de pesticides et d'OGM auront permis au génome des pauvres de s'adapter à une espérance de vie de 35 ans, après laquelle ils s'avéreront inutiles pour la société. Mais ils auront été bien nourris durant ce temps, et se considéreront momentanément comme des nantis. Ceux qui auront eu la conscience, les moyens ou le loisir d'échapper à cette sélection naturelle pourront continuer à écouter tout cela, tout en sachant que le nombre d'écoutes du dernier tube sur Brotherbook conditionnera leur droit à accéder à de la nourriture saine. Bravo, vous avez accumulé 400 points ! Cliquez ici pour recevoir :

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Dans le livret ronéotypé de cette nouvelle anthologie, on lira nos propres commentaires désabusés sur Scarlet Town de Bob Dylan : "à l'époque, il était déjà vieux et bien que considéré comme une légende, ses chansons ne signifiaient plus rien".

Ces quelques révoltés nous trouveront bien résignés et bien inconscients. Eh, quoi, c'est pourtant énorme, ce qui se raconte dans cette chanson ! D'abord, c'est quoi une ville ? Il y a des gens différents, des valeurs différentes qui cohabitent ? Ils se fréquentaient ??? ...where I was born... Ca veut dire quoi ? Nous naissons tous au Grand Hôpital, non ? Les noms ont des rues qu'on ne peut pas prononcer ? Tout le monde demande si l'on va dans son sens ? Mais c'était le début, le début de tout ce qu'on vit, là, maintenant, et personne ne s'en est rendu compte ? Pourtant presque cent ans avant, Barbara Allen s'y faisait assassiner, et là, déjà, malgré les Murder Ballads, personne ne s'est affolé ? La crainte du futur ne dépassait donc même pas le stade de l'enfance ?

Personne n'a compris que le naufrage du Titanic préfigurait tout ça ? L'atome, les Twin Towers, tout ça...

Un prophète ne juge pas, il raconte, tout simplement. Le ciel est clair à Scarlet Town, plaise à Dieu que je puisse y rester. Continuer à fermer les yeux. L'affaire Barbara Allen aura fait trois lignes dans les journaux. Le Titanic aura engendré bon nombre de ballades traditionnelles, jusque dans notre Barzaz Breizh, fond de commerce avoué d'Alan Stivell.

Un prophète, ça fatigue, au bout d'un moment. Moïse mourra sans voir la terre promise. Se verra dicter les Tables de la Loi. Transmets ça à ton peuple, et basta... pas vrai, mec ?

Alors, basta le coup de l'électricité à Newport en 1965, basta déjà l'accident de moto bidon, basta ce que vous pensez de moi si j'essaie les cantiques, parce que prier, c'est un truc qui se tente. A l'heure de décrocher, et Dieu (oups !) sait que ça fait bien longtemps que je tourne autour du Never Ending Réverbère, j'en reviens à la petite voix de ma radio. Des Mississippi Sheiks, de Charley Patton, du Western Swing. Good As I Been To You, vous l'aviez pas compris ? Faut que je vous le chante moi-même, inventer de nouveaux Sugar Baby, Highwater, Rollin' And Tumblin' ?

Peut-être que Bob Dylan s'est mis à croire lui-même à la République Invisible que Greil Marcus avait cru discerner dans l'Anthology Of American Music et reconnaître à nouveau dans les Basement Tapes. Scarlet Town...

The watchman he laid dreaming... he dreamed the Titanic was sinking into the underworld.

Il n'y a plus personne de vaillant dans la Tour de Guet. Il vous l'avait déjà dit, à l'époque, quand vous attendiez qu'il soit encore le porte-parole d'une génération, à Woodstock. All along the watchtower... the wind began to howl.

Aujourd'hui, sous fond de ballade irlandaise, il semble en rire. Décidément, vous ne comprendrez jamais rien, riez donc du Titanic, cette vieillerie, sur fond de violons irlandais, prenez une pinte de Guinness, je suis bien trop vieux pour même évoquer le temps présent. Inquiétez-vous, sans trop comprendre, de telle disparition d'enfant à Nogent-le-Rotrou, Barbara Allen a été assassinée il y a plus d'un siècle. Non seulement on vous l'a dit, mais on vous l'a chanté.

Alors peut-être qu'en 2085, grâce à Scarlet Town, on redécouvrira le reste de l'album, Long And Wasted Years, terrible, et toutes les autres. Et que ces morceaux qualifiés de blues vulgaires, parce que non parsemés de soli époustouflants, parce que pénibles dans leurs arrangements vieillots, on y trouvera - trop tard peut-être - ce fameux message qu'on reproche au vieux Bob de ne plus délivrer de façon triviale.

Que John Lennon, lui-même sera devenu un vague cousin de Barbara Allen. Roll On John, c'est pas grave. T'es mort d'un coup de flingue, quelle importance ? On meurt tous d'un arrêt du coeur. Bob Dylan est, à ma connaissance, toujours vivant.

Tiens, peut-être que le lien ne fonctionne déjà plus...

PS : Allez, je vous facilite la tâche, ça semble marcher encore chez DF mais tout va si vite... 

PS2 : oui, je sais, Jimmy, j'ai changé d'avis, j'ai pris le temps de l'écouter sous toutes ses coutures, ce disque... mais je ne vais pas faire une deuxième chronique pour me justifier, si ?

lundi 17 septembre 2012

GCDBMDD # 1 : Bob Dylan's Greatest Hits (FLAC)

Thème du jour : Que la fête commence !
Un must pour commencer, lâchez-vous !

OK, OK Mister Moods, je me lâche ! J'ai failli pousser la provocation jusqu'à proposer le tout nouveau Tempest du Zim, sur lequel j'ai dit un peu de mal à Jimmy après une première écoute distraite, et qui depuis tourne en boucle dans mon auto-radio, mais bon... je n'irai pas jusqu'à dire que c'est un must... Mais je provoque quand même : un tout petit best-of de Dylan, alors qu'il en existe des dizaines, plus goulus, en coffrets, en bootleg series et autres compilations sensées faire cracher les sous du serial addict jusqu'à la moelle. Là, je ne vous propose que le Best Of de 1967, sensé à l'époque faire patienter les fans suite à son pseudo-crash en moto, orné du perfide Positively 4th Street sorti en ce temps-là uniquement en 45 tours, histoire de convaincre (déjà) les plus sceptiques à acheter le disque.

Dire que tout est bon dans ce cochon de best of de Dylan relève de l'évidence. Un accéléré de 1963 à 1967, toute graisse et nerfs évacués. Le genre de disque qu'on pourrait balancer en Corée du Nord ou sur Mars pour expliquer pourquoi les choses ont changé pour toujours dans notre bas-monde. Mais qui semble témoigner aussi d'un manque d'intérêt total à l'heure ou - encore - on trouve bien plus goulu et bien mieux enrobé à la fois sur le net mais aussi dans votre supermarché culturel préféré.

Alors pourquoi ? Ben, deux bonnes raisons me poussent à vous proposer ce frugal Greatest Hits qui s'arrête en 1966, et qui dure à peine les 40 minutes réglementaires d'un vinyle de l'époque.

Tout d'abord, la sortie récente de la compilation de l'Explosion Rock de Dylan, qui m'apparaît débile et mal construite : deux CD, l'un folk, entrebâillé en plein milieu d'un Like A Rolling Stone qui n'a rien à y faire, et l'autre qui bavarde grassement, puisant au hasard dans sa période prétendument Rock, et revenant par ci-par là à sa période acoustique. Tout ça sans même proposer des choses plus discrètes mais tellement essentielles qui permettraient d'attiser la curiosité du néophyte, au hasard, Visions Of Johanna ou Desolation Row. Une merde en boite cautionnée par la Cité de la Musique. Génial.

Ici, pas de gras, que du maigre. De la viande séchée façon Grisons qui demeure essentielle :

Rainy Day Women # 12 & 35 (même si celle-là, j'ai jamais accroché...)
Blowin' In The Wind
The Times They Are A-Changin'
It Ain't Me Babe
Subterranean Homesick Blues
Mr Tambourine Man
Like A Rolling Stone
I Want You
Positively 5th Street
Just Like A Woman

Et Basta, pas vrai, mec ?

Car, on l'oublie, tout était allé très vite. A peine cinq ans pour écrire les tables de la loi, atomiser les us et coutumes de Tin Pan Alley avec ces accords de Do/Fa/Sol provocateurs et verser dans le rock'n'roll et le British Beat cette poésie qu'on retrouve encore aujourd'hui partout, même dans le plus mauvais Cabrel.

Ensuite, et surtout, ce Greatest Hits connu de tous a subi, par la magie des possédés de chez audiofidelity.net un mastering d'une classe sans pareil. Exit, out, bye-bye les reéditions de chez Columbia, même en SACD. Jamais toutes ces vieilles bandes n'ont mieux sonné. Jamais n'a-t-on entendu un Mr Tambourine Man aussi velouté. Ces gars-là se vantent de n'avoir jamais mieux faire sonner Like A Rolling Stone. Et putain de bois que c'est vrai. Et le reste est à l'avenant, mon dieu, I Want You... Depuis, ils ont ressorti The Freewheelin' Bob Dylan, magique et aussi superbe, mais dans mon choix cornélien j'ai préféré ce petit échantillon, inclassable, merveilleux. Même It Ain't Me Babe, enregistré à l'arrache à l'époque sonne comme le chêne dévoré par une flamme tranquille dans votre cheminée.

Alors ici, en ce démarrage du Grand Concours #4, je provoque une troisième fois : pas de mp3, mais du FLAC, à graver sur CD et à déguster sur une chaîne stéréo digne de ce nom plutôt que sur un iPod ou je-ne-sais quel smartphone de mes deux dans les embouteillages à Paris : Tentez-moi donc ce petit rituel : transformer en wav si nécessaire, graver un CD, éteindre l'ordinateur, prendre une petite collation, mettre la galette dans le lecteur CD, choisir un bon fauteuil et fermer les yeux. Les plus pressés pourront toujours utiliser VLC player ou autre, mais quel dommage. Quand on vous revend du remastering à trois balles et à la pelle tous les quatre matins avec un ou deux (voire nada pour le Ziggy Stardust de Bowie) bonus tracks, je crie non ! Là, j'adhère, je profite, je déguste, j'assume.

Nos oreilles s'adaptent aux téléphones portables, et notre vie aussi. Alors je dis que ce disque devrait être remboursé par la Sécurité Sociale, tellement vos oreilles vont s'adapter aux joyaux soniques qui vont sortir de vos haut-parleurs. Et changer votre vie. Déconnectez-vous un peu, que diable ! Prenez le temps ! Et là, peut-être même que pour Tempest, peut-être encore disponible ici, vous pourriez comme moi changer d'avis...

The Times They Are A-Changin' ? (385 Mb, DF)

dimanche 25 mars 2012

#120: Jack Frost "Changing Of The Guards - The Very Best Of Jack Frost"

Blowin' In The Wind, The Times They Are A-Changin', It Ain't Me Babe, Mr TambourineMan, Like A Rolling Stone, I Want You, Just Like A woman, All Along The Watchtower, Lay Lady Lay, Knockin' On Heaven's Door, Tangled Up In Blue, Hurricane... STOOOOP !

L'homme dont je parle ici a permis à tout le monde de gratter une guitare, de dire ce qu'il pensait, puis a insufflé la poésie dans le rock'n'roll, et puis s'en est allé avant de revenir poète, tout ça en quinze ans à peine. Et puis dans les années 1980, avant que de l'avoir vu ridiculisé par des productions grotesques (même lui a eu droit à cette p... de reverb sur la caisse claire), il s'était mis en tête d'avoir rencontré Jésus. Et les jeunes de l'époque (Mark Knopfler, salaud d'opportuniste, de le suivre - ou plutôt de l'accompagner - sans vergogne).

Passé 35 - 40 ans, voilà notre homme obligé de proposer de nouvelles chansons sans cesse comparées, disséquées et évaluées par rapport aux canons du genre. Alors que tellement plus essentielles. Cruel.

Imaginons donc cet homme mécanicien chez General Motors jusqu'en 1981. Il chante dans les rades du coin, se fait remarquer par les gosses de REM au hasard d'une tournée, et sort son premier disque à cette époque. Végète un peu dans le milieu underground, sort des disques en catimini, et est aujourd'hui réédité miraculeusement par Rhino. The Very Best Of Jack Frost. OK, ça fait déjà bien longtemps. Mais imaginons qu'avant, il n'y ait rien eu. Oubliez Like A Machin Truc. Laissez-vous porter, je vous fais la chronique de cette découverte sur le web. Celle d'un vieux songwriter abruti par une vie de dingue à serrer des boulons. Qui, musicalement, commence en 1981... :

"Il aura fallu attendre 2012, risquer la mort du CD avant que de pouvoir enfin profiter de Jack Frost. Ouvrier chez General Motors, Jack Frost a traversé trente ans de production discographique le plus discrètement du monde, oublié des rééditions du temps de l'heure de gloire du CD. Aujourd'hui, c'est mieux que rien, un best of de 13 titres nous parvient enfin. Une carrière en dents de scie, débutée en 1981 avec un hommage à Lenny Bruce ici présent, et qui n'a jamais fait rien d'autre que de témoigner de la vacuité et de la vanité de notre époque. Qui n'a jamais rien dit d'autre, que les choses ont changé, mais par rapport à quoi ? A qui ? Et que signifie ce titre, Changing Of The Guards, aurait-il vécu autre chose avant ? Malheureusement pour le critique, rien, aucune information n'est jointe avec ce CD, dont le livret est plus qu'abscons.

Est-il possible, envisageable, en 2012, qu'une compilation d'un inconnu comme Jack Frost puisse attire le chaland ? People are crazy and times are strange, chante-t-il. Mais ça n'est pas nouveau. Donovan nous le disait déjà dans les années 1960. Certes pas avec autant de désabusion, pour citer Nino Ferrer, mais y a-t-il une place aujourd'hui pour un auteur-compositeur inconnu des médias, égrenant sur de vagues notes de piano un hommage à Blind Willie Mc Tell oublié de tous ? Et qui se souvient de Lenny Bruce ?

Il y a plein de nouveautés à écouter sur Deezer de nos jours, y a-t-il une place pour un vieil ouvrier n'ayant jamais connu la gloire nous parlant ainsi présomptueusement de dignité ?

A en croire Jack Frost, au-delà, il n'y a rien. Et la compilation se termine sur un Ain't Talkin' ténébreux. Mais qui est-il pour nous dire tout cela ?

Et de rajouter un bonus track, proposé (quel toupet !) mais refusé à l'époque (1967 !) par Columbia. I'm Not There.

Je Est Un Autre.

Ce gars-là aurait-il pu avoir sa chance ? La version live de son unique tube, Love Sick, laisse penser que oui. Un disque étrange, donc.

A vous de juger..." (Les Inrockuptibles, avril 2012)

Things Have Changed...

Tracklist (obligé...)

01 - Dark Eyes
02 - Love Sick (live @ Grammy Awards)
03 - Every Grain Of Sand
04 - I & I
05 - Highwater (for Charley Patton)
06 - Man In The Long Black Coat
07 - Things Have Changed
08 - Lenny Bruce
09 - Beyond Here Lies Nothin'
10 - Dignity (Brendan O'Brien Mix)
11 - Blind Willie Mc Tell
12 - Ain't Talkin'
13 - (bonus track) - I'm Not There

PS : une compile de Bob D... euh, pardon, Jack Frost, c'est une prise de tête façon prise de la Bastille. Une cruauté, une place au doute incessante. Inutile de dire que je vais me la graver sur un CD et passer la semaine à l'écouter dans ma bagnole, voir si ça passe, si c'est cohérent. Soyez indulgents, c'est ma première tentative dans le genre... 12 titres ! je me fais moi-même violence, du coup j'ai pas pu faire autrement que rajouter un bonus track... sans doute des progrès à faire... vous me direz...


PS2 : Cette compile vient en réponse d'une tentative teutonne de chez Columbia de sortir un truc s'appelant "Pure Dylan", diffusée chez Lyc (j'ai la flemme de chercher le lien, sans doute plus valable depuis mega dead load, en plus) et qui visait uniquement, sous couvert de morceaux peu compilés, de balancer une rareté inédite en CD (Trouble In Mind, pour ne pas la nommer) et prétendre atteindre au coeur de l'artiste. Raté, pitoyable, mercantile, j'espère bien modestement avoir touché plus au coeur de ses chansons moins rabâchées avec les moyens du bord.

dimanche 19 février 2012

JSFDBMDD2 #4: Bob Dylan "Dylan (A Fool Such As I)"

Thème du jour : Remember (l'album qui a tout déclenché)

- Elvis Presley ?
- Carl Perkins !

Non, je ne pense pas qu'il s'agisse de ça, d'un dialogue de sourds façon Mystery Train de Jim Jarmusch. Du moins ce thème ne m'évoque-t-il pas cela. Mais plutôt, grâce à quel album (grâce ? quelle grâce ? du tourment, autant et sinon plus, sans aucun doute) avons-nous entamé cette passion dévorante ? J'oserais ajouter, du rock (entendez par rock : rock, jazz, punk, funk... bref, tout ce pour quoi il faut savoir faire un effort afin d'y avoir accès).

Rewind, donc. Vers un fatras immense. Du Joe Dassin de mon enfance au Clash de mon adolescence. Entre deux ? Un gumbo d'allers et retours, de la variété à des choses plus... difficiles ? Etonnantes ? Miraculeuses ? Une liste à la Prévert. A la Perec : je me souviens d'avoir acheté le single Fernando d'Abba, je me souviens d'avoir écouté les Beatles avec ma soeur, je me souviens d'avoir trippé grave sur We Will Rock You de Queen, je me souviens d'avoir continué à aimer Gérard Lenorman, je me souviens que le petit ami de ma soeur m'avait fait acheter Meddle de Pink Floyd (mais ça, c'était déjà plus tard, je crois)... Mais quand, quoi, qui, où s'est passé cette brisure qui a fait que voilà, j'ai franchi à ma façon le rubycon ?

Vous l'aurez voulu, LR Rooster et Jimmy, me v'là encore en train de déblatérer sur Dylan. Transition facile, ma maman m'avait appris à jouer de l'harmonica, et je rêvais de jouer de la guitare. Et un jour ma soeur est revenue d'un cours d'anglais en racontant à table cette histoire, The Ballad Of Hollis Brown, chantée par ce mec, qui jouait de la guitare en s'accompagnant à l'harmonica. C'en était fait de moi.

Emmanuelle avait un grand frère, vache, il connaissait tout. Et il avait des disques de ce Bob Dylan. Alors je lui ai gentiment demandé, à Emmanuelle, avec ma BASF C60 toute neuve dans le fond de ma poche, s'il pouvait m'en faire une cassette. Les C60, m'expliquait mon papa, c'était mieux que les C90, la bande risquait moins de s'emmêler dans le magnétophone. Surtout, éviter les C120. Elle était sympa Emmanuelle, je me rappelle même plus pourquoi dans la cours de récré, en 6ème, j'en étais venu à lui parler de Bob Dylan, et elle de son grand frère. Enfin si, bien sûr, mais on va pas se la jouer Diabolo Menthe, hein ? Le lendemain, j'avais ma cassette.

J'ai tourné autour de la table du salon en écoutant cette cassette, sans pouvoir faire autre chose. Lily Of The West. Incroyable. Mr Bojangles, je m'en rappelle comme si c'était hier. Cette douce claque qui vous donne envie de pleurer comme de rire, sans doute l'amour était-il dans le préau. Et le ver dans le fruit. Puisque mes oreilles étaient décollées, soit, désormais, elles seules me guideraient.

Mais l'amour, sous le préau, n'y était pas. Pas cette fois, pas encore. Ma vie sentimentale, comme ma passion musicale, ont commencé par une méprise. Pas de bisous tendres avec Emmanuelle, et pas la moindre compo de Dylan sur cet album, estampillé daube of the pops. Et pourtant... ben oui, c'est l'album qui a tout déclenché. Je n'ai jamais plus écouté Abba après ça, et la deuxième cassette que j'ai filé à Emmanuelle m'est revenue remplie d'extraits - en vrac - du Tonight's The Night de Neil Young, du premier Camel, du And Then There Were Three de Genesis et... du Just A Story From America d'Elliot Murphy. Choisis ton camp. Oh, et puis zut, pourquoi choisir, tout cela était merveilleux à l'époque. JD Beauvallet devait encore faire dans sa culotte et j'avais un sac d'école en cuir sur lequel il était trop tôt pour écrire des noms de groupe au marqueur (ça se serait même pas vu, il était tout noir).

N'empêche, même si tout cela a commencé avec le plus mauvais album de Dylan, tellement mauvais que passée une première réédition CD, il est parti à la trappe, il me colle à la peau. Trois ans plus tard, quand ma soeur est partie pour un week-end à Paris, je lui ai demandé de me ramener un album de Dylan, si jamais elle en trouvait un aux puces. Devinez lequel m'est revenu ?

Voilà comment tout a commencé. Et à le réécouter ce soir, pour l'occasion, outre l'intérêt de ce post pour les collectionneurs extrémistes, j'y trouve des chansons chouettes, simples et de bon goût. Bien sûr, aucun coup d'éclat, pas de Gates Of Eden, encore moins de Blind Willie Mc Tell. Mais des reprises de Joni Mitchell, Presley et autres, humblement chantées, juste pour le fun. Pour tester le son du studio, paraît-il. Avec ce son un brin daté, ces choeurs ringards, ces musiciens payés à l'heure qui ne risqueront pas une fausse note parce qu'après, y'a une autre séance et on n'a pas que ça à faire.

C'est ainsi qu'en croyant découvrir Dylan, c'est tous ces artistes-là et un brin de chansons traditionnelles en même temps que j'ai pris dans les dents de lait. Je dirais même que le manque d'inspiration dans les interprétations m'a facilité la tâche. Un peu comme s'il me les apprenait doucement, calmement, personnellement, Bob - genre - tu y reviendras plus tard, pour l'instant, apprends ça. Le reste, la quintessence, viendrait après. Il fallait y aller doucement, c'est ce que semblait me chanter ma cassette BASF. Il fallait y aller doucement avec Emmanuelle aussi. Tellement doucement qu'elle ne serait pas mon premier amour, même s'il sera éponyme. Ouh là, j'arrête, je l'ai déjà dit. Pas bon ces chroniques du samedi soir. La faute à Jimmy et LR Rooster, hein !

You never know what you got 'till it's gone.

Purée de virée vertigineuse vers un passé que je croyais englouti. Ca fait remonter plein de choses. Même le nom de famille d'Emmanuelle. Straub. Emmanuelle Straub. Tu habitais à Wihr-Au-Val. Et ton frangin fumait des joints, en fait. C'est pour ça qu'il m'avait coincé du Genesis avec du Neil Young. Si jamais tu lis ça, Emmanuelle, envoie-moi un mail si tu veux, mais s'il te plaît, ne deviens pas mon amie sur Facebook. Je n'ai aucune envie d'avoir un jour à modifier les conditions d'utilisation de ma mémoire.

Can't Help Falling In Love

mardi 31 janvier 2012

#113: Bob Dylan & The Band "A Tree With Roots"

On le sait, Levon Helm a remballé ses toms, rangé sa caisse claire et quitté la célèbre tournée de 1966 de Dylan, parce "que c'est n'importe quoi d'être payé pour se faire insulter tous les soirs par le public". Levon Helm n'en avait rien à faire du buzz et de la hype. Dans le sud des Etats-Unis, on est payé pour un boulot bien fait, après une poignée de main virile et un petit verre de booze pour fêter ça. Pas pour faire le guignol devant des folkeux mal baisés et se faire descendre dans les journaux.

Alors il a hésité quand Robbie Robbertson l'a invité à revenir, en 1967, pour faire de la musique dans la cave d'un Dylan officiellement mourant suite à son pseudo-accident de moto. Loin, à l'époque, de tout le buzz qui a pu entourer Woodstock quelques mois/années plus tard. Et puis il est venu.

- Il est où, Bob, là ?

- T'inquiète Levon, il est remonté chez lui, il écrit une chanson. 'devrait revenir dans un quart d'heure. Bon, les gars, en attendant, on se fait un petit Johnny B. Goode ? Un peu marre de ses reprises de Ian & Sylvia. Oh, t'aurais été là hier, qu'est-ce qu'on a déconné, on s'est bien marrés ! Ca fait plaisir de te voir, en tous cas, tu vas voir, c'est délire ici !

On ne compte pas le nombre de groupes ayant répété dans une cave, mais on en compte peu à avoir ratissé autant de matériel. Reprises incongrues de traditionnels (Banks Of The Royal Canal, au hasard), chansons absurdes (Yeah ! Heavy And A Bottle Of Bread), reprises (Four Strong Winds, au hasard, là encore) et chefs d'oeuvre (I'm Not There, Tears Of Rage, This Wheel's On Fire, etc.). La question, c'est de savoir dans quel but (?) et pourquoi tout cela a été enregistré grossièrement sur un magnéto à bandes 2 pistes.

Les réponses sont sans doute multiples.

D'abord, ça devait être cool. Emotionnellement intense. Garder un souvenir de ces journées débridées et joyeuses, tout simplement.

Ensuite, l'idée de Dylan me paraît aujourd'hui claire, pour moi. Après avoir digéré tout le répertoire traditionnel américain, puis tout Woody Guthrie, pour se faire un nom et - faute d'être Elvis à la place d'Elvis - de devenir le chantre du folk, ce qui convenait mieux à sa tronche d'apoplectique et sa voix, euh... particulière, après avoir utilisé sa renommée pour s'autoproclamer poète rock, et dépasser Elvis, l'étape suivante consistait à s'effacer purement et simplement, et se sublimer au travers de ses chansons reprises avidement par tant de prétendants. Genre, je ne suis plus un homme, je suis tout simplement la musique américaine. Ces sessions avaient donc pour unique but de sortir une démo potable de 10-15 chansons sur laquelle se jetteraient tous les groupes à la mode (ce qui, bien entendu, dépassa son espérance, on ne les compte plus, les reprises de ces sessions, citons simplement le Mighty Quinn de Manfred Mann). Pendant ce temps, le nouveau Voltaire cultiverait son jardin, ferait des gosses et toucherait les chèques en même temps que l'immortalité artistique.

Mais pour cela, il devait comprendre, et donc jouer. digérer. re-écouter. Se re-créer cette République Invisible dont parle si bien Greil Marcus, pour proposer ces chansons définitives. D'où ce mélange de reprises, préalables à leur sublimation dans ses nouvelles chansons. On l'imagine re-écouter tout ça, voir quels accords, quelles phrases font le truc. Et hop, à la machine à écrire.

Son entreprise fut quelque peu galvaudée par la naissance, du coup, des bootlegs. Le premier à paraître fut Little White Wonder, certifié disque d'or sous le manteau. Eh ouais, malgré tout, du Dylan sans Dylan, ça n'a pas satisfait tout le monde. Il y avait un marché à prendre, ou une liberté à revendiquer (selon la police ou les manifestants), de quel droit tout cela resterait-il à la seule disposition des maisons d'édition ? Amis bloggeurs, il me semble cette question reste d'actualité.

Par ailleurs, les premiers à retenir la leçon et à profiter (et faire profiter) largement du concept, ce fut The Band. On a loué à juste titre leur capacité à synthétiser multiples influences pour créer cette musique si géniale sur leurs premiers albums. Tout est là, la genèse du concept, je veux dire.

Les réguliers de ce blog de plus en plus vagabond me diront que je me répète, j'ai déjà dit tout ça à propos de l'édition officielle (et en mieux, je rouille, les gars, je rouille) de ce qui est connu comme les Basement Tapes, qu'ils m'en excusent. Dans ces périodes de trouble, je me recentre sur les bootlegs et celui-là, c'est mon quadruple disque de chevet. Dans lequel il est expliqué par le menu que la virtuosité n'est rien face au sens de la mélodie et du texte. Dans lequel on tient un moment clé de Dylan. Peut-être son plus bel effort. Son plus sincère effort. Son "foutez-moi la paix" le plus audible et le plus compréhensible.

Et c'est la plus belle édition de ces bandes que je vous propose. 4CD, 630 Mo, on peut faire plus exhaustif mais il faut savoir raison garder. A Tree With Roots mérite largement un petit bout de disque dur. Sûr que cela paraîtra un de ces quatre dans le cadre des très officielles Bootleg Series (et je m'engage à virer le lien si Columbia sort une édition décente de tout ça, mais de TOUT ça). Mais en attendant, jetez-vous sur ces sessions. Vous y découvrirez des artistes de génie, complètement loose, dans un work in progress émouvant au possible, bien plus que n'importe quel album officiel, léché, calibré, frustrant autant qu'artificiel.

C'est ici.



lundi 2 janvier 2012

#108: Bob Dylan "Chasing A Shadow" (Rothberry Festival, July 5th, 2009)

Une nouvelle année qui démarre, avec la gueule de bois du 1er janvier toujours plus raide au fur et à mesure que le temps passe, à chaque fois on prend un coup de vieux. Ca démarre tout doucement, quand on a vingt ans. Genre, déjà six mois que je suis avec Anne-Bidule, comme le temps passe...

Et puis plus tard, c'est en avant qu'on regarde. Qu'on estime, parie, espère, quant au temps qui nous reste. On lâche la guitare au bout de cinq minutes (mince, je sais plus jouer), on souhaite la bonne année à son papa, atteint d'Alzheimer qui vous répond "ah bon ?". Ca rend triste.

Alors, il faut chercher du réconfortant. Après tout, plus le whiskey vieillit, meilleur il est. Pourquoi pas nous ? Alors quel disque écouter, qui rendrait l'adage valable pour un terrien comme nous ?

Là, rien de tel qu'un bootleg récent de Dylan. Ici, c'est un bonhomme goguenard de 69 ans que vous entendrez. Et qui semble se fendre la poire tout au long du show. Ose des arrangements surréalistes à ses classiques (Tangled Up In Blue, Blowin' In The Wind), s'amuse à les chanter n'importe comment pour voir si elles tiennent la route malgré tout en les tordant dans tous les sens. Quitte à les plomber définitivement d'un solo (?) d'harmonica, démarrer le couplet trop tôt pour emmerder ses musiciens (voir ne pas le démarrer pour vérifier qu'il y en a un qui suit et qui lance un solo pour faire passer la pilule - on va quand même pas les payer à rien faire !). Ca semble même agacer le batteur, qui d'un roulement de caisse claire improbable et maladroit tente désespérément de booster l'orchestre sur All Along The Watchtower, mais Bob en a décidé autrement...

Et parfois, et ici, souvent, le vieux canard oublie d'être facétieux, se lâche et se transforme à nouveau en génie, presque contre son gré (Highwater (for Charley Patton) ici, au hasard). Et autre raison d'espérer, ce sont ses titres les plus récents qui sont les plus gouleyants (quoique même les plus récents vieillissent... déjà 5 ans pour les plus jeunes d'entre elles, dont Jolene, ici magnifiquement présente... allez ! non ! suffit le cafard !!!)... Même s'il est toujours étonnant de constater que les anciens et les nouveaux se mêlent dans une même pâte, impossible à dater. Lequel a été écrit en 1965 ? en 2001 ? Pas de chute de tension, ici.

Alors on se dit que voilà peut-être bien les clés pour bien vieillir : provoquer le destin, ne rien prendre au sérieux, mais avec passion. Ca semble réussir à Dylan, pourquoi pas à nous ? Du coup, on en vient à espérer des grands moments pour l'année à venir qui, l'instant d'avant, s'annonçait comme une chape de plomb supplémentaire, une croix encore plus lourde à porter.

Puissent ces quelques lignes, et surtout le disque qui va avec, vous redonner le moral jusqu'au 1er janvier prochain.

Ceci dit, ça fait bientôt dix ans que les bootlegs récents de Dylan de bonne qualité sont aussi durs à trouver qu'une aiguille dans un botte de foin. Déjà que l'animal nous triture les oreilles par son impertinence, s'il faut de plus se fader un son digne d'un autoradio de R12, ça rend l'exercice difficile, ça relève du sacerdoce que d'y retrouver ses petits. Merci donc à Bobsboots, one more time, en voici un d'une qualité parfaite, conforme à la petite vignette Rated Bob's Best collée à la page de description de l'album. Sans les sulfites qui vous ont vrillé la tête le 1er janvier, donc. Comme d'hab, tous les détails sont ici.

Désolé par contre, ça semble être encodé en 192 kbps maximum. Et j'ai passé l'âge de les traquer en .flac sur les forums. Mais qu'importe. C'est plus léger. Donc ça passe mieux, après ces périodes de fêtes...

Allez, courage, le vieux Bob est avec vous !

samedi 5 novembre 2011

#73: Bob Dylan "The Rundown Rehearsal Tapes"

Chose promise, chose due. Syl, dans un commentaire, m'a demandé le coffret des 4CD de répétitions de la tournée de 1978, les voilà. Je pourrais m'arrêter là, parce que c'est une commande, et que je n'aurais pas forcément commandé ça, mais il y a quand même plein de choses à dire là-dessus. A cette époque, Dylan sortait de sa Rolling Thunder Review, grosse tournée US bohème, tentative (ratée) de rabibochage avec son épouse, Sara, avec le milieu folk (Joan Baez...), avec le milieu beatnick (Allen Ginsberg), le protest-song (le boxeur "Hurricane" Carter). A shooté des dizaines d'heures de rush pour son premier film, Renaldo & Clara, qui fera un four monumental. Je pense être une référence, certes anonyme, en matière de pathologie Zimmérienne, mais je ne suis jamais arrivé à le regarder jusqu'au bout, ni même pendant plus d'une demi-heure, tellement c'est... euh... particulier ?

La tournée de 1978, surnommée "Las Vegas Tour", drainera des millions de spectateurs à travers le monde. Dylan embarquera un orchestre d'une dizaine de musiciens, voire plus, sax, mandoline, trompette et orgues à tous les étages, sans compter les choristes. Proposera des arrangements parfois douteux :la version reggae de Don't Think Twice It's All Right sur le live At Budokan (et ici répétée) est encore dans toutes les mémoires. Justement, tiens, on ne retient de cette tournée que les premiers concerts aseptisés au Japon, parce qu'officiellement commercialisés. C'est oublier le feu de dieu qu'il a mis dans notre capitale, à Nuremberg ("je suis particulièrement fier de la chanter ici, celle-là" dira-t-il avant de balancer Masters Of War dans un lieu lourd d'histoire et d'horreurs) et ailleurs. C'est oublier le message que l'histoire retiendra peut-être : Dylan, l'homme, a chié sa vie personnelle, a tout perdu, mais il reste l'animal de cirque, vous en vouliez, en voilà. Quand ça va mal, on met la musique très fort, parfois. Ces concerts en témoignent. La version boursoufflée et récurrente d'It's Alright Ma (I'm Only Bleeding) par exemple, mais surtout ces choeurs gospel qui annoncent/préfigurent la fuite en avant dans la religion qui va suivre. Sur les derniers concerts, Dylan arborera fièrement un pendentif orné d'une croix sans équivoque, essaiera Slow Train en soundcheck et déjà balancera une fois Do Right To Me Baby (Do Unto Others)...

Mis ce n'est pas de ça qu'on parle ici. On parle des répétitions de ce cirque, au mois de janvier 1978, dans les studios Rundown de Los Angeles. Toujours prêt, tel Chuck Berry, à embaucher des musiciens et techniciens au rabais, trop contents de jouer avec lui, il n'est pas étonnant qu'un ingénieur du son véreux ait proposé les bandes à la mafia du disque pirate. Et tant mieux pour nous.

4CD donc, remplis jusqu'à l'os à moelle de répètes de ce qui sera son répertoire pour la tournée à suivre. Un son souvent excellent, parfois juste moyen (mais le contenu excuse alors l'entorse à la qualité, comme cette dernière répète de Coming From The Heart, toujours inédit à ma connaissance). On navigue entre le convenu (Maggie's Farm, Ballad Of A Thin Man, Forever Young...) souvent interprété avec grandiloquence, et les trésors, ça et là. Un You're A Big Girl Now flirtant bon du côté d'un Stormy Monday jazzy, un Girl Of The North Country déjà gospel, un très rare et sublime Tomorrow Is A Long Time, et j'en passe et j'en oublie sans doute (The Man In Me, au hasard). On assiste à des ratages sans appel (la version variétoche de If You See Her, Say Hello, ah là non ! on peut pas faire ce qu'on veut avec celle-là ! Idem la version sirupeuse de You're Gonna Make Me Lonesome When You Go...).

4 CD de répètes, une sorte de Graal programmé... Dylan dans l'intimité d'un studio, le rêve ?

Oui et non. Ceux d'entre vous qui ont déjà joué dans un groupe le savent bien. Une répète, ça sert à caler les morceaux. Peut importe si on ne brille pas. On vérifie juste que tout est d'équerre avant le grand saut (et là, il semble qu'il y ait encore un peu de travail...). Mais bon, parfois aussi, sans le stress de la prestation, il se passe des choses grandioses et non reproductibles. C'est le cas ici, aussi. Un Repossession Blues balancé pour rire, pour détendre l'atmosphère. Un My Babe, idem, et un Just Like A Woman qui vient de me faire frissonner, comme cette version très soul d'I'll Be Your Baby Tonight, initialement country comme pas deux. Et puis, l'impression d'y être. De l'avoir vécu. D'être passé de l'autre côté du miroir. D'avoir volé un moment de l'artiste, qu'on garde jalousement de côté, pour y revenir, gratter, chercher l'os planqué au fond du jardin, pour plein de bonnes et de mauvaises raisons. Quand on en a marre des produits léchés pré-digérés qu'on nous propose à la consommation. Quand on a envie d'en connaître un peu plus que le voisin, qu'on se sent, dans ces moments délicieux et rares, un être privilégié. Qui savoure les dessous de l'Histoire.

Des gens comme Greil Marcus sont capables d'écrire un bouquin sur un truc comme ça. Des gens comme moi sont capables de les lire. Justement, à l'heure ou j'écris ça, traînent à côté de moi les 11CD fraîchement retrouvés de tout ce qu'on a pu récupérer des Basement Tapes, que je re-dépiote avec passion. A côté de ça, le pseudo-Smile des Beach Boys est une bien piètre affaire, non ? Ne me demandez pas de les poster, je n'en ai pas la force, pas le temps.

J'attire donc votre attention sur le fait que ce post s'adresse aux connaisseurs, aux tarés, aux passionnés. Le commun des mortels n'y trouvera pas pitance suffisante, contrairement aux deux concerts postés précédemment.

Comme d'hab', pour les pirates de Dylan, un petit tour chez Bobsboots s'impose.

Et puis y'a plus qu'à venir picorer les quatre volumes :

Rundown Rehearsals volume 1

Rundown Rehearsals volume 2

Rundown Rehearsals volume 3

Rundown Rehearsals volume 4

jeudi 3 novembre 2011

#71: Bob Dylan "Blonde On Blonde (mono)"

J'avais 12 ans à l'époque, mon pote Franck en avait 14. A l'époque, quand on prenait la micheline pour aller à Colmar, avec 50 francs, on se payait un disque, un Américain-steack-hâché-frites et le billet de train. Y'avait trois disquaires, à Colmar : Schildnecht, mais il vendait aussi des abats-jours et des machines à laver, alors bôf, Music Box - le spot - plein de grands, chevelus, qui écoutaient le dernier  Yes au casque en fumant des clopes, et Discoboîte, le plus sympa. Il tentait de fidéliser sa clientèle, et nous proposait plein de trucs à découvrir. On faisait systématiquement les trois, on écoutait un David Bowie ici, on découvrait les Doors là (Morrison Hotel, je me rappellerai toujours, c'était chez Schildnecht, j'avais confondu avec les Byrds et je trouvais de fait l'album un peu... hmm... bizarre et violent, non ?).

Après, on faisait un point, discutant du pour et du contre de ce qu'on avait entendu et on faisait notre choix. Et on dévorait les pochettes dans la micheline, au retour.

Franck avait un grand frère de 16 ans qui avait une discothèque dingue. A me souvenir des pochettes, il y avait La Mort d'Orion de Manset, Tonight's The Night de Neil Young, et plein d'autres albums de cette trempe qu'on était - d'après lui - trop jeunes pour aimer. Mais bon, il écoutait aussi Barclay James Harvest, alors faut relativiser.

Moi, j'avais une grande soeur, scotchée à Harvest de Neil Young, forcément. Et j'avais Dylan, qu'on m'avait décrit comme un gars qui chante avec une guitare et un harmonica. Ma maman m'avait appris à jouer de l'harmonica, mon rêve c'était d'apprendre à jouer de la guitare. Il n'en fallut pas plus pour qu'il représente une sorte d'idéal. Il chantait des chansons contestataires, et moi j'étais pour la réintroduction du lynx en Alsace, donc c'était un mec géant, forcément. Alors j'ai acheté Street Legal quand il est sorti, en 1978, et j'ai passé tout l'été à n'écouter que ça.

Dès l'automne, j'en avais déjà trois ou quatre de plus, des albums de Dylan. Blood On The Tracks, Before The Flood, Desire et Hard Rain. Ceux qu'on trouvait à Carrefour. Qu'on m'achetait quand j'avais de bonnes notes à l'école. Mais c'était pas toutes les semaines qu'on se faisait notre trip à Colmar, avec Franck. J'en avais ramené le premier David Johansen, aussi, je me rappelle. J'adorais Funky But Chic, Donna et Frenchette. Et puis un jour, j'ai manqué d'inspiration. J'ai demandé au disquaire de chez Discoboîte un truc un peu country. Il m'a fourgué Rumours, de Fleetwood Mac. Le salaud. J'y cherche toujours la moindre note de pedal-steel... mais bon. Je suis rentré, j'ai écouté, et j'ai pleuré.

Aujourd'hui, on ne pleure plus quand on entend un truc vraiment naze sur Deezer, mais à l'époque, c'était trente huit francs soixante de foutus en l'air. Une montagne ! Un désastre !

Ma maman, face à mon émoi, m'a proposé de retourner voir le monsieur qui m'avait fait ça, et de tenter un échange. J'ai raclé ma tirelire, de rage, j'ai trouvé les vingt deux francs qui manquaient pour ce double album de Dylan, Blonde On Blonde, qui me faisait tant rêver. Et je suis revenu avec, laissant soin au disquaire (chez qui je n'ai jamais remis les pieds) le soin de fourguer son Fleetwood Mac au coiffeur d'à côté.

Et puis...

33 ans plus tard, je vous poste la version mono, ici, sur un blog. Je vis avec cet album, comme tant d'autres, bien sûr, mais toujours avec la même émotion qu'à l'instant (ou plutôt les quinze jours que j'ai passés cloîtrés avec mon electrophone) où j'ai découvert ce disque.

Je n'ai rien à raconter sur cet album, je poste le disque de ma vie, c'est tout. Visions Of Johanna, I Want You, 4th Time Around, Absolutely Sweet Mary, Sad-Eyed Lady Of The Lowlands. Ecriture automatique, de ce qui me restera à jamais gravé au fond du coeur.

Et voilà comment je suis devenu à jamais dylano-dépendant, comme tant d'autres, sans doutes pour d'autres raisons. Voilà pourquoi je voue toujours un haine féroce à Fleetwood Mac, et à tout ce qui pourrait se rapporter à ce genre d'ersatz insupportables. On ne fait pas ça à des gosses, c'est dégoûtant, non ?

Ici donc, la version mono, x-ième rachetée (le remaster en SACD est superbe... oui, je fais partie des andouilles à l'avoir acheté, avec la platine qui va avec, et pour l'occasion), mais prudemment, ici, sur iTunes, parce qu'à 45 ans on essaie parfois de ne pas systématiquement se faire plumer, et je n'avais pas les sous pour le coffret des six premiers albums à l'époque. Et parce que j'étais un peu dubitatif quant à l'intérêt de la chose... Et en réécoutant l'album, là, je me dis que je vais choper le coffret dès demain, plutôt que d'économiser pour le Beach Boys. Mais, non, c'est pas sérieux, il faut que je me raisonne, et je n'y arrive pas en écoutant ça. Emotionnellement, je ne me l'accorde toujours qu'à doses homéopathiques.

La seule version mono que j'ai rachetée (en digital donc, en plus), mais parce que voilà le fameux Thin Wild Mercury Sound voulu par Dylan dans son mixage d'origine, la stéréo n'étant que balbutiante et accessoire à l'époque. Autant donc s'approcher de l'artiste le plus près possible. Et quitte à être en mono, le m4a de chez Apple (re-encodé en mp3 pour vous dans les meilleures conditions possibles) devrait suffire : ça s'écoute fort, pas sous un casque, et n'importe où de préférence. L'objet n'était/n'est pas la haute fidélité.

Voilà, c'est tout, je n'ai rien d'autre à dire. Le vinyle, je l'ai toujours, et à jamais. Ces photos bizarres, la liste incomplète des musiciens, tout ça me fait toujours et de plus en plus rêver quand on connait l'histoire.

Pour moi, l'histoire a commencé à Colmar. Un trou à rats comme Mobile, sans doute. Je voulais en sortir, ne pas être...

Stuck Inside of Mobile

...même si j'ai toujours le blues de Memphis, mais c'est une autre histoire.

PS : Discoboîte a évidemment fermé depuis longtemps. C'est devenu un lavomatic, je crois. C'est la seule histoire de disquaire qui ferme qui ne me fasse pas trop venir la larme à l'oeil, même si c'est cruel...

mercredi 2 novembre 2011

#70: Bob Dylan "Avignon"

25 juillet 1981, dans la Cité des Papes. Le Nouveau Prophète clôt sa tentative d'évangélisation de l'Europe par un dernier prêche. Mais le Malin ne l'entend pas de cette oreille. Deux personnes, dans l'assistance, mourront ce jour-là...

On dirait le début d'un polar façon Da Vinci Code, et pourtant, c'est à peu près ça qui s'est passé ce jour-là, à Avignon, lors du dernier concert de la tournée européenne de 1981 de Dylan. D'abord un gars meurt en s'électrocutant - d'où la fin abrupte de Slow Train - c'est donc bien un soundboard recording (Note du Bon Dieu : ah c'est Malin comme remarque !) - puis une fille se casse la nuque en tombant d'un mur.

Pour les jeunots, en 1981, Bob Dylan n'était pas en odeur de sainteté auprès de son public. Après deux albums gospel voire carrément catho (Slow Train Coming et Saved), une tournée désastreuse (financièrement) dans de petites salles des Etats-Unis à ne chanter que son nouveau répertoire devant un auditoire médusé et frustré, le Zim a décidé de mettre un peu d'eau dans le sang du Christ avant d'entamer un repentir international, précédant la sortie de Shot Of Love dans lequel le juif errant converti reborn christian daignera chanter quelques chansons laïques mais que les fans hard-core canoniseront par la suite (Lenny Bruce, In The Summertime, l'immense Every Grain Of Sand). Retournement de veste ? Nouveau Judas ? Que nenni : le message ici, est clair : Je ne vous ai jamais dit, chanté autre chose, saurez-vous l'entendre ?

Pour preuve, la lecture ésotérique de la set-list : Ca démarre par un Saved envoyé sur les chapeaux de roues, suivi d'un I Believe In You bien plus martelé que l'originel (oups, pardon, l'original), avec son orgue d'église qui sera proéminent durant tout le set, suivi de Like A Rolling Stone, dans une version à mon goût jamais égalée. Tout ça sans temps mort, ce qui est rare chez Dylan, qui ne s'est jamais gêné de faire semblant d'accorder sa guitare pendant un temps infini entre deux morceaux, le temps de retrouver l'inspiration, la pêche ou je-ne-sais-quoi. I Believe In You raconte l'histoire d'un gars rejeté de tous parce que croyant en... Dieu ? Quelque chose ? Like A Rolling Stone raconte l'histoire d'une fille paumée après avoir goûté au luxe et à la gloire éphémère. Effectivement, le message est clair. Intermède gospel chanté par une de ses choristes ('Till I Get It Right) histoire qu'on pige bien le message, et on repart du début : la Genèse, Adam et Eve chassés du paradis à cause du serpent (Man Gave Names To All The Animals). Condamnés à travailler et à souffrir pour trouver leur nourriture. A travailler ou ? Dans la ferme à...Maggie, bien sûr ! I ain't gonna work on Maggie's farm no more, nous lance-t-il sans transition sur le même ton. S'en suivent quelques exemples de l'errement des hommes face à la futilité d'un amour perdu (Girl From The North Country), d'une société sans espoir (Oh my God am I here all alone ? chante-t-il dans Ballad Of A Thin Man qui commence tel un prêche gospel dans une église noire du Bronx, impressionnant). Plus loin, The Times They Are A-Changin' (do you speak juste un peu english, frenchies ?) est directement suivi d'un Let's Begin sans équivoque. It's time to realise, well I'll try hard again, my new found friend...

J'arrête là, je pense avoir été assez convaincant pour prouver qu'en 1981, Dylan continuait sa route, sans se renier, complexifiant juste un peu plus son oeuvre avec ses nouveaux cantiques. Dylan a toujours cherché à intégrer l'inconscient (musical) collectif dans son travail, depuis ses débuts folkeux directement inspirés de l'Anthology of American Folk Music, en passant par les Basement Tapes largement décrits par Greil Marcus comme une tentative de re-création d'un univers populaire (une République Invisible, chansons destinées à être interprétées par les autres, pas par lui - je est un autre, disait RimbaudI And I chantera Dylan), la country (Nashville Skyline), etc. jusqu'aux chants de Noël récemment. Opportuniste ? Génial ? Sans doute les deux et plus encore.

Arrivons à la conclusion : un Blowin' In The Wind littéralement martelé avec rage, It Ain't Me Babe (genre "t'as toujours pas compris ??!!!") et un Knockin' On Heaven's Door (ben tiens ! Elle est facile celle-là) guilleret comme jamais, comme une Bernadette Soubirou en extase.

Toujours est-il que le voilà obligé d'expliquer, presque de marteler qu'il y a toujours deux façons de voir les choses - c'est la Table d'Emeraude d'Hermès Trismegiste, ce qui est en haut est en bas - et quand Bob Dylan s'énerve, ça le fait. Je dis ça pour le païen moyen que mes commentaires ésotériques et  pompeusement dylanologues emmerdent à juste titre. A celui-ci je dis aussi que voilà un des sets les plus explosifs et passionnés du Zim, et de loin. Les choristes ne gâtent pas l'affaire, loin de là, un Fred Tackett à la guitare, un Tim Drummond à la basse (énorme) et un Jim Keltner à la batterie non plus.

Dieu soit loué (oups, pardon, encore une fois), quelqu'un était là pour capter le concert dans une qualité mirifique pour l'époque, et c'est à peine si nos oreilles chastes (je l'ai fait exprès, celle-là) et éventuellement pucelles du péché bootlegien, habituées au remastering d'aujourd'hui pourraient être gênées par le côté artisanal de la chose. Sinon, la version de Girl From The North Country est à tomber raide, Lenny Bruce est encore plus magnifique que sur l'album à suivre, ce qui n'est pas peu dire, et le reste varie entre l'excellent et le sublime. J'avoue donc mon péché (hi hi...) mignon : c'est le Dylan de 1979-81 que je préfère, en live. Et j'en ai d'autres à vous refiler, si jamais vous adhérez à mon Eglise...

Pour les détails techniques (set-list, pochette...), faites donc un tour chez bobsboots, évidemment. Ceci constituait le 2ème volet de la série Jeepeedee's Bootleg Series. Comme me voilà libéré d'Yves Simon, j'entame un nouveau feuilleton. Qui risque de durer plus longtemps que Dallas... Et j'en profite pour balancer un nouveau sondage moins couillon que le premier (voir à droite).

I'm hanging on to a solid rock !

PS : Encore une fois, si vous cherchez un pirate particulier, il est très probable que je l'aie. Demandez, et vous recevrez...

jeudi 27 octobre 2011

#65: Bob Dylan "Stuck Inside Of New York"

Ce post fait suite à celui de Lyc, concernant la nouvelle (baillements...) compile (rire nerveux) de Dylan, sensée émoustiller encore plus que les autres, grâce à des titres moins courus que d'habitude et, évidemment, à une maigre cerise sur le gâteau pour le fan hard-core : la première réédition CD de Trouble In Mind, face B de Man Gave Names To All The Animals, ce qui est crétin, car nous autres les fous furieux du Zim l'avons depuis bien longtemps déjà sur un bootleg... et nous nous en fichons des remasterisations. Nous achetons bien sûr les compiles, mais c'est le denier pour le culte, pour qu'on nous laisse tranquillement piller le reste, l'underground, les bootlegs, donc. Quoi, et alors ? On fait ce qu'on veut, non ?

Et Jimmy de me proposer d'en poster un ou deux, des bootlegs de Dylan. Naaan... Mince ! J'avais arrêté la dope ! L'armoire était fermée à clé, je ne passais plus mon temps à les pister, j'étais redevenu presque normal ! Ca va donc recommencer, tout ça ? Et ma vie de famille, mon travail, ma raison ? En plus, je me l'étais promis : bon, ok, tu crée ton blog, mais tu ne commence pas à poster du Dylan à tout va ! Et tout ça recommence. Turn, turn, turn, turn again...

Tout ça, c'était au début des années 2000, nous étions une société secrète qui s'échangeait sa bootlist en fichier Excel par e-mail. Et que si tu m'envoie celui-là je te donne celui-ci. Ca ne s'achetait déjà plus, mais il fallait gagner sa réputation, graver les disques sur des CD corrects, pas les merdes à 10 euros les 20 chez Carrefour, et expédier le lot partout dans le monde. A mon apogée dans cette secte, j'en recevais des dizaines par la poste tous les jours, et j'en envoyais autant. Ma postière me regardait d'un air louche, le facteur a sans doute dû appeler les RG... Une de mes fiertés était d'avoir TOUS les concerts de 2003. (Presque) TOUS les concerts de la tournée de 1984. TOUS les bootlegs de la tournée de 1966, même ses gratouillements dans les chambres d'hôtel. Et tant d'autres vanités...

Et puis les forums sont apparus, l'ADSL, les clients bitttorent et tout ça et tout a perdu de sa poésie. Pas question de leeching, avant. Un mauvais deal et le voleur était marqué au fer rouge dans toute la communauté. Donnant donnant. To live outside the law, you must be honest, comme disait le Maître.

Mais bon, tel un Keith Richard sur son cocotier craquant pour un rail de coke, tel un Miossec s'autorisant malgré tout une 27ème bière, me voilà replongé dans l'enfer de la dylanomanie. Un ou deux bootlegs ? L'horreur. Genre, tu préfère ton père ou ta mère ? Je n'ai pas pu, su choisir. Il y a autant de facettes de Dylan que de bootlegs existants. Alors laquelle, de facette ? Le jeune folkeux arrogant ? Les années mercuriales de 1965-66 ? Des raretés en studio ? Des répètes avec le Grateful Dead ? Sa période cul-béni (fantastique en concert, si, si) ? Seul le hasard pouvait à la fois satisfaire la commande et garantir une petite nuit de sommeil. Voici donc celui qui est sorti du placard, que j'ai contemplé avec nostalgie, passion et fierté.

Stuck Inside Of New York, c'est un live de 1988, dantesque. Immense. Le début du "Never Ending Tour", en formation serrée basse/guitare/batterie/Bob. Avec rien moins que G.E. Smith qui mène la danse. Envoie un solo furieux et définitif dès le Subterranean Homesick Blues qui ouvre les hostilités. Un Bob qui n'a pas encore définitivement cultivé sa voix de canard surréaliste qu'il exploitera par la suite, mais qui use d'un organe éraillé et passionné, malgré la débâcle discographique dans laquelle il errait à l'époque.. Des titres improbables et dispensables re-ciselés (I'll Remember You), de longues séquences acoustiques d'une pure merveille (Barbara Allen, Wagoner's Lad, tout droit sortis de l'Anthology de Harry Smith sans aucune arrière pensée commerciale (genre "non les gars, celles-là je les chante pour le plaisir, elles sont pas sur mes disques")... et plein d'autres), de vieilles bêtes électrifiées (John Brown, incroyable), des trucs rarement jouées en live (Bob Dylan's 115th Dream) et toujours une pêche incroyable (le très sous-estimé Silvio, Like A Rolling Stone... bien sûr) et un humour grinçant : Dylan introduit une de ses bigoteries (In The Garden), diabolisée et magnifiée au passage, en se demandant si, dans le cas ou Amnesty International reprendrait à nouveau un de ses titres pour la prochaine tournée (ils avaient choisi Chimes Of Freedom puis I Shall Be Released avec Sting et les autres andouilles bien pensantes), il ne proposerait pas celle-là, de peur qu'ils ne choisissent Jokerman. Offensif, sarcastique et teigneux comme en 1966... Même les plus rabâchées sont incroyables (Knockin' On Heaven's Door, Maggie's Farm, au hasard). Bref, de quoi, j'espère, rassasier tout le monde, des néophytes aux nostalgiques en passant par les addicts.

Que dire de plus ? Un mix chaleureux, bonne qualité et... raah, je retombe dans les travers de mes commentaires sur mon fichier Excel : soundboard donc, pas audience. Sounds great, man. Ah, puis, désolé pour les allergiques, y'a même des bonus tracks : deux morceaux enregistrés à Bristol, la même année. Les bootleggers étaient facétieux, ils vous collaient ce genre de trucs à vous faire baver en fin d'album, juste histoire de dire "j'en ai d'autres, si tu veux..." Saloperie de dealers ! Parce que bien sûr les bonus tracks en question envoyaient une purée démoniaque vous poussant irresistiblement à en trouver plus, toujours plus...

Ah, et puis, pour la pochette et le track-listing, allez faire un tour ici, sur... bobsboots.com. Snif, ça faisait bien longtemps que je n'y étais pas allé. C'est comme ce retour à la Baule, vingt ans après... Ou comme Gabin se pétant la ruche dans Un Singe En Hiver... Et remarquez que je vous offre un "Bob's Best". Ha ! quoi ! Ca ne vous parle pas ??? Si vous ne croyez pas à mon argumentaire, eux, vous pouvez largement leur faire confiance. Le label n'est accordé qu'avec parcimonie. Et je n'ai jamais été déçu. Au grand jamais. Des commentaires avisés et toujours justes, une belle enseigne, je vous le dis. Ah... tiens, je verse une larme émue en voyant que le look ringard du site n'a pas changé malgré toutes ces années... Comme ce petit vin de table qu'on vous sert toujours sans chichi dans tel petit bistrot perdu de Bergerac, et qui dépasse de loin certains prétentieux Bordeaux vides de saveur de la Gironde si proche.

Et puis tant qu'à faire, flânez dans leur catalogue. J'y suis toujours listé comme trader, enfin je crois que c'est moi, même si l'adresse mail est morte depuis longtemps... Quelle négligence ! Alors qu'il fallait montrer sacrément patte blanche pour être initié dans cette secte et listé sur le site : envoyer un CD à une adresse inconnue en 48 h chrono, et les gars écoutaient, vérifiaient si le boulot était bien fait... Ah mon pauvre monsieur, le bon vieux temps de l'artisanat. J'ai la triste impression de les trahir en postant du mp3. Mais le monde et les temps changent...

Bref, s'il y en a un de répertorié chez eux qui vous tente, il est fort probable que je l'aie. J'ai des choses que même Columbia ne doit pas avoir, et dont ils ne soupçonnent peut-être même pas l'existence. Ceci dit, sans prétention aucune. Mais faut que je les retrouve... et la caverne est bien remplie... et c'est pas gagné... et j'ai pas le temps...

Mais bon y'a qu'à demander gentiment. Je fouillerai. Je pourrais même vous retrouver le pirate du concert (minable) à Paris en 1992 ou 1993, sur lequel on m'entend (je beuglais de bonheur les paroles de Tangled Up In Blue) au grand dam du bootlegger avec son magnéto et son micro-perche juste à côté de moi qui me regardait d'un air noir... Si, si, c'est vrai, j'ai chanté avec Dylan, moi, Môssieur ! Comme Hugues Aufray ! Et le petit Monde Entier des dingos de mon genre m'en est témoin.

En attendant, c'est ici.

Ah et puis, bon week-end. La maison sera fermée jusqu'à lundi au plus tôt... ;o)