J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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jeudi 3 novembre 2011

#71: Bob Dylan "Blonde On Blonde (mono)"

J'avais 12 ans à l'époque, mon pote Franck en avait 14. A l'époque, quand on prenait la micheline pour aller à Colmar, avec 50 francs, on se payait un disque, un Américain-steack-hâché-frites et le billet de train. Y'avait trois disquaires, à Colmar : Schildnecht, mais il vendait aussi des abats-jours et des machines à laver, alors bôf, Music Box - le spot - plein de grands, chevelus, qui écoutaient le dernier  Yes au casque en fumant des clopes, et Discoboîte, le plus sympa. Il tentait de fidéliser sa clientèle, et nous proposait plein de trucs à découvrir. On faisait systématiquement les trois, on écoutait un David Bowie ici, on découvrait les Doors là (Morrison Hotel, je me rappellerai toujours, c'était chez Schildnecht, j'avais confondu avec les Byrds et je trouvais de fait l'album un peu... hmm... bizarre et violent, non ?).

Après, on faisait un point, discutant du pour et du contre de ce qu'on avait entendu et on faisait notre choix. Et on dévorait les pochettes dans la micheline, au retour.

Franck avait un grand frère de 16 ans qui avait une discothèque dingue. A me souvenir des pochettes, il y avait La Mort d'Orion de Manset, Tonight's The Night de Neil Young, et plein d'autres albums de cette trempe qu'on était - d'après lui - trop jeunes pour aimer. Mais bon, il écoutait aussi Barclay James Harvest, alors faut relativiser.

Moi, j'avais une grande soeur, scotchée à Harvest de Neil Young, forcément. Et j'avais Dylan, qu'on m'avait décrit comme un gars qui chante avec une guitare et un harmonica. Ma maman m'avait appris à jouer de l'harmonica, mon rêve c'était d'apprendre à jouer de la guitare. Il n'en fallut pas plus pour qu'il représente une sorte d'idéal. Il chantait des chansons contestataires, et moi j'étais pour la réintroduction du lynx en Alsace, donc c'était un mec géant, forcément. Alors j'ai acheté Street Legal quand il est sorti, en 1978, et j'ai passé tout l'été à n'écouter que ça.

Dès l'automne, j'en avais déjà trois ou quatre de plus, des albums de Dylan. Blood On The Tracks, Before The Flood, Desire et Hard Rain. Ceux qu'on trouvait à Carrefour. Qu'on m'achetait quand j'avais de bonnes notes à l'école. Mais c'était pas toutes les semaines qu'on se faisait notre trip à Colmar, avec Franck. J'en avais ramené le premier David Johansen, aussi, je me rappelle. J'adorais Funky But Chic, Donna et Frenchette. Et puis un jour, j'ai manqué d'inspiration. J'ai demandé au disquaire de chez Discoboîte un truc un peu country. Il m'a fourgué Rumours, de Fleetwood Mac. Le salaud. J'y cherche toujours la moindre note de pedal-steel... mais bon. Je suis rentré, j'ai écouté, et j'ai pleuré.

Aujourd'hui, on ne pleure plus quand on entend un truc vraiment naze sur Deezer, mais à l'époque, c'était trente huit francs soixante de foutus en l'air. Une montagne ! Un désastre !

Ma maman, face à mon émoi, m'a proposé de retourner voir le monsieur qui m'avait fait ça, et de tenter un échange. J'ai raclé ma tirelire, de rage, j'ai trouvé les vingt deux francs qui manquaient pour ce double album de Dylan, Blonde On Blonde, qui me faisait tant rêver. Et je suis revenu avec, laissant soin au disquaire (chez qui je n'ai jamais remis les pieds) le soin de fourguer son Fleetwood Mac au coiffeur d'à côté.

Et puis...

33 ans plus tard, je vous poste la version mono, ici, sur un blog. Je vis avec cet album, comme tant d'autres, bien sûr, mais toujours avec la même émotion qu'à l'instant (ou plutôt les quinze jours que j'ai passés cloîtrés avec mon electrophone) où j'ai découvert ce disque.

Je n'ai rien à raconter sur cet album, je poste le disque de ma vie, c'est tout. Visions Of Johanna, I Want You, 4th Time Around, Absolutely Sweet Mary, Sad-Eyed Lady Of The Lowlands. Ecriture automatique, de ce qui me restera à jamais gravé au fond du coeur.

Et voilà comment je suis devenu à jamais dylano-dépendant, comme tant d'autres, sans doutes pour d'autres raisons. Voilà pourquoi je voue toujours un haine féroce à Fleetwood Mac, et à tout ce qui pourrait se rapporter à ce genre d'ersatz insupportables. On ne fait pas ça à des gosses, c'est dégoûtant, non ?

Ici donc, la version mono, x-ième rachetée (le remaster en SACD est superbe... oui, je fais partie des andouilles à l'avoir acheté, avec la platine qui va avec, et pour l'occasion), mais prudemment, ici, sur iTunes, parce qu'à 45 ans on essaie parfois de ne pas systématiquement se faire plumer, et je n'avais pas les sous pour le coffret des six premiers albums à l'époque. Et parce que j'étais un peu dubitatif quant à l'intérêt de la chose... Et en réécoutant l'album, là, je me dis que je vais choper le coffret dès demain, plutôt que d'économiser pour le Beach Boys. Mais, non, c'est pas sérieux, il faut que je me raisonne, et je n'y arrive pas en écoutant ça. Emotionnellement, je ne me l'accorde toujours qu'à doses homéopathiques.

La seule version mono que j'ai rachetée (en digital donc, en plus), mais parce que voilà le fameux Thin Wild Mercury Sound voulu par Dylan dans son mixage d'origine, la stéréo n'étant que balbutiante et accessoire à l'époque. Autant donc s'approcher de l'artiste le plus près possible. Et quitte à être en mono, le m4a de chez Apple (re-encodé en mp3 pour vous dans les meilleures conditions possibles) devrait suffire : ça s'écoute fort, pas sous un casque, et n'importe où de préférence. L'objet n'était/n'est pas la haute fidélité.

Voilà, c'est tout, je n'ai rien d'autre à dire. Le vinyle, je l'ai toujours, et à jamais. Ces photos bizarres, la liste incomplète des musiciens, tout ça me fait toujours et de plus en plus rêver quand on connait l'histoire.

Pour moi, l'histoire a commencé à Colmar. Un trou à rats comme Mobile, sans doute. Je voulais en sortir, ne pas être...

Stuck Inside of Mobile

...même si j'ai toujours le blues de Memphis, mais c'est une autre histoire.

PS : Discoboîte a évidemment fermé depuis longtemps. C'est devenu un lavomatic, je crois. C'est la seule histoire de disquaire qui ferme qui ne me fasse pas trop venir la larme à l'oeil, même si c'est cruel...

12 commentaires:

  1. Ah si ce disquaire de Colmar vous avait conseille "then play on" le dernier album de Fleetwood Mac avec Peter Green(1970).Tout le reste ensuite des enregistrements de FM de la grosse variete.
    Oui Colmar et ses sympathiques marches de Noel,sa foire aux vins ,ses patisseries et charcuteries.
    Charmante ville pour tout cela mais pour la musique je crois que c'etait un peu partout pareil sauf bien entendu pour la capitale.

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  2. J'ai quand même vu Rory Gallagher, Ange, Wishbone Ash, Robert Plant et Neil Young à la Foire aux Vins de Colmar, en 30 ans c'est pas si mal, non ? Un concert qui tue tous les six ans... Vive le tourisme !

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  4. Paco's brother4 novembre 2011 à 07:20

    Colmar-Texas ! Chouette !
    Blonde on Blonde, une gravure médiocre, pas de textes pour m'aider à comprendre, mais scotché à l'écoute et ce crétin qui, dans la présentation m'assimile à la majorité des américains qui n'y comprennent rien mais que ça n'a pas d'importance!
    Quelle mouche l'a piqué, le Zimmerman de faire des tableaux sur des clichés ? Jeune,il voulait être Elvis et Woody Guthrie, il n'y arrive pas à se retrouver? pourtant, on le sait, il est bon lorsqu'il fait du Dylan.

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  5. Hello Jeepeedee,
    J'ai pu voir ton message avant que tu ne l'effaces. Evidemment que je vais la prendre ta version "mono" (d'ailleurs, c'est déjà fait) je ne te l'ai pas demandé pour le seul plaisir de te faire perdre ton temps! Merci d'avoir pensé à moi et de nous avoir livré tous ses souvenirs, j'adore ce genre de présentation. Dès que j'aurai un peu de temps, je te livrerai, à mon tour, la petite histoire de ma rencontre avec notre Zim. Merci encore,
    Jimmy

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  6. @Jimmy : je l'ai effacé parce que, tombé dans Blonde On Blonde à nouveau en écrivant le post, j'ai bu quelques bières par nostalgie, et ma foi j'ai dû abuser parce que j'ai cru que le message de JeanBernardFrance était le tien... blurps... Question de déontologie, donc. Je ne comprenais plus rien, et notamment pas que tu me parle du marché de Noël en Alsace à cette occasion.. demain j'arrête. J'espère que ça fera ton affaire, bien du plaisir à toi (et n'abuse pas de la keken avant de poster des commentaires, l'air idiot du lendemain matin fait mal à la tête...)

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  7. Plusieurs petites choses : j'évite de parler de l'Alsace (tu vois, là, rien que d'écrire le mot, ça me fait du mal), parce que j'y ai effectué mon service militaire et que je n'en garde pas un savoureux souvenir! Ensuite, j'aime beaucoup la bière, mais je trouve la Heineken vraiment dégueu!
    Aujourd'hui, j'ai repensé à nos petits échanges d'hier et si je devais poster un Dylan, finalement, ce serait peut-être le "Greatest Hits", parce que c'est par là que j'ai commencé et que j'ai quelques petites bricoles à raconter à ce sujet. Sinon, pour te rendre ton anecdote sur les boutiques de disques, il faut que je te raconte ceci : en 5ème, une copine à découvert une boutique d'occases à 100 mètres du collège, elle s'appelait : "L'Evasion" (avant eux, il y avait déjà une boutique de disques que fréquentait Vian). Les bouquins étaient à 5 francs et les disques à 20! J'y ai mis quasiment tout mon petit pognon de 12 à 30 ans! C'est bien simple, je vivais comme lorsqu'on est à l'étranger et qu'on fait la transcription en francs (maintenant en euros). Quand je devais acheter une paire de jeans ou des boots, je calculais combien ça faisait en disques de L'Evasion! Belle époque!
    Jimmy

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  8. D'accord avec JeanBernardFrance sur le fait que Fleetwood Mac sans Peter Green ne valait plus grand chose et que "Then Play on" restera un des albums les plus importants de la scène british des sixties.
    Ton anecdote me rappelle celle qu'un jeune collègue m'a raconté il y a quelques temps. Il avait découvert Lou Reed à la fin des années 80 et entendu dire énormément de bien de "Berlin". Il se pointe chez un disquaire de la rue des Pyrénées (L'ode à la joie) et demande "Berlin". Il n'a pas fait gaffe et s'est retrouvé avec la musique du film "Top gun". Heureusement, le disquaire, bon prince, a accepté de lui échanger la galette...
    Je crois que j'ai eu plus de chance que toi dans ma jeunesse. Dans ma petite ville de Haute-Marne, il y avait deux disquaires bien fournis en musique de 'djeunes' (de l'époque), et d'ailleurs eux-mêmes jeunes, consommateurs et passionnés. Et j'avais la chance de pouvoir aller toutes les semaines à Dijon, à La clé de sol, boutique elle-même très bien dotée.
    Mais c'est vrai aussi qu'il m'a fallu attendre près de deux mois que ma commande de "Live Dead" n'arrive, au printemps 71. Heureusement, en août suivant, j'ai pu voir les Grateful Dead à l'Hollywood Palladium.
    L’Alsace avait aussi l'avantage d'être assez proche de Montreux et il y passait souvent du beau monde.

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  9. @Jimmy & psegpp : Oui, on m'a raconté que Pink Floyd avait joué à Colmar, et je voudrais faire un peu de pub pour le seul disquaire encore debout, là-bas, en haut à droite. L'Ecumoire, rue de Turenne, à Colmar. C'est là que j'ai acheté d'occase Exile On Main Street avec les cartes postales, un Genesis (Nursery Cryme, à 14 francs - ce qui m'a permis de n'en jamais chercher d'autres ;o)), alors si des lecteurs de ce blog passent par là, c'est vers la Petite Venise. Bien sûr, il y a maintenant plus de DVD et de jeux vidéos que de musique, mais le gars survit. Je me rappellerai toujours de la fois ou, gamin, à 13-14 ans, je lui ai pris un Zappa en lui demandant s'il n'avait pas des Yardbirds... "Hopla, mais komment tu konnais ça, hein !". Faites tourner la pub, l'Ecumoire, rue de Turenne, à Colmar. Chaque fois que j'y retourne, j'ai vieilli d'un an, lui aussi, et on se regarde d'un air complice. Ce magasin a sauvé ma vie.

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  10. @Jimmy : j'ai compté comme toi, aussi... La première fois où j'ai touché un salaire, je l'ai converti en nombre de CD... j'avais pas intégré les impôts !!! fuck, c'est pas rock'n'roll...

    Le "Greatest Hits" de Dylan, c'est mon papa qui me l'avait acheté, j'étais triste, ma maman était partie en vacances dans le sud, alors c'était fête, il passait tout à son fiston... j'arrête, trop les boules. Diagnostiqué Alzheimer depuis 15 jours, mon papa...

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  11. Quand même chouette ce blog, ne serait ce que la qualité des commentaires, un véritable plaisir.
    Bon, je n'ai pas de "mon Dylan" le Greatest Hits je l'avais pris et peu écouté, l'oreille bouchée à l’électricité je n'entendais pas la grande qualité de ces chansons. Mais du Dylan j'en avais de manière subliminale, par des reprises. C'est maintenant que je tente modestement d'entrer dans cet univer.
    Les "Greatest Hits" marrant, qu'à cette époque ce n'étaient pas QUE considérés comme une façon de boucher les trous mais comme une véritable étape dans la disco de l'artiste, j'ai découvert Chicago avec ce genre de compil, une très bonne compil.
    Bon, maintenant Tornado, au Galop, faut aller défendre le Fleetwood, il y a comme un quiproquo et je ne félicite pas le disquaire qui n'a qu'une excuse: C'est le tournant que ce groupe a pris en conservant son nom, pour les amoureux de Peter Green, je vous dis pas la claque. Mais pour moi, pas d’ambiguïté, c'était bien un disque de Pop que j'avais acheté et de chouette pop. Et au bout du compte un poil mieux vieilli que les Eagles, car c'était quand même des chansons de groupe qui se rejouaient sur scène, en mieux, le riff de "Rhiannon" en Live + quand sur la fin tu titre la McVie se prend pour une Joplin ... Bon, comparaison n'est pas raison, mais elle était tellement sexy et ce titre tellement bien foutu ici
    http://www.youtube.com/watch?v=eHlly3bCmQY&feature=related
    Que cela méritait d'enfourcher Tornado ... Allez, Tornado, viens il y a d'autres post à visiter....

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  12. @devant : T'as pas tord. Rumours, j'ai toujours du mal, mais c'est psychanalytique, je pense, par contre, le suivant, Tusk, était assez osé, et je reconnais à Lindsey Buckingham un certain talent (ou opportunisme, ayant traîné dans les milieux indés avant de préparer l'album). Après, par contre, c'est le vide sidéral...

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