J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -

lundi 17 octobre 2011

#58: R.L. Burnside "Wish I Was In Heaven Sitting Down"

...Un disque qui fasse voyager. Salaud, Jimmy, j'aime pas les commandes. J'ai hésité entre un Manset, un Messiaen, j'ai pas trouvé. Voulais pas poster un truc prog' rock façon canapé. Alors voilà, voilà un album qui me fait voyager. Qui me rend heureux, parce que témoignant du fait que le blues, au début des années 2000, pouvait encore s'acoquiner avec la mode de l'époque - les boucles, le trip-hop, tout ça.

Rien que le Hard Times Killing Floor Blues d'ouverture. J'en ai jamais entendu de version aussi triste, aussi juste. Malgré la prod' qui a dû plaire au neveu de JD Beauvallet, en stage sur un chalutier à la Nouvelle Orléans à l'époque. Scratches, samples à tous les étages.

Et alors ? Pas plus choquant que ces blancs qui jouaient derrière John Lee Hooker dans les 70's. Et qui ont boosté le vieillard vers des contrées boogie qu'il n'aurait pas osé, pu (au choix) emprunter tout seul. Qui ne lui auraient pas assuré la carrière que l'on sait.

Le vieux R.L. Burnside, on l'aura récupéré trop tard pour les Grammy Awards. Mais suffisamment tôt pour qu'il se prête à ce petit jeu. Blues roots vs Scratch'n'loops. Et les gars de chez Fat 'Possum s'en sont diablement bien sortis, même si parfois ça a un peu mal vieilli (déjà). On vit une époque moderne, c'est ce qu'on a dû raconter à John Lee Hooker, c'est sans doute un argument que R.L. Burnside a accepté sans broncher. Combien, le chèque ?

Douze milliards de dollars, si je pouvais. Si j'avais pu (R.I.P., R.L Burnside...). Le côté branchouille ne l'empêche nullement de balancer toute sa vie en 40 minutes chrono. Comme cela ne l'avait pas empêché de jouer avec le Jon Spencer Blues Explosion quelques années avant. Du putain d'enfoiré de blues moderne, genre la bête bouge encore. Il y a encore de l'alligator dans le bayou. Du Gris-gris devant ta porte si tu respecte pas le deal.

Bien sûr, des trucs comme Miss Maybelle sont complètement ratés. Mais quand juste après déboule Wish I Was In Heaven Sitting Down, c'est fou comme on a une capacité à oublier. A voyager.

Alors, flûte, on avait un Leadbelly au début de ce nouveau siècle, et le voilà déjà mort avant qu'on ait pu l'applaudir, fêter ça, profiter de ce trop bref instant de bonheur. Too many upside downs...

Oh, si je me pose en vieux cynique, je me dis qu'on avait trouvé là un bluesman has-been (Pléonasme ? Peut-être, mais écoutez donc R.L.'s Story... c'est beau et triste comme du Wim Wenders façon Paris, Texas...) comme il doit en traîner tant à chaque crossroad du sud des Etats-Unis, et qu'on en a fait un produit (Bad Luck City, au hasard), jouissif, certes, mais un produit quand même. Mais là, ça voudrait dire qu'il faut vraiment tout renier. Parce que même bien longtemps avant Steve Jobs, Columbia was good for you. Moi j'y entends quand même de la passion, dans tout ça. De l'envie.

J'ai pas envie de rentrer dans ce jeu-là. Ca nous mènerait trop loin. Au moment où j'écris ça, c'est See What My Buddy Done qui tourne. Bêtement scotché. Tu sais quoi, lecteur, là, je voyage. Putain, un album de blues moderne au sens du credo des années 2000, ça se refuse pas. Même si, je sais, il en a fait des plus roots, le garçon. Moi je dis, c'est un défi pour les années 2010 : c'est qui le suivant ? Chain Of Fools...

Et puis, dans quelques jours sort le nouveau Justice. Venez pas me gonfler avec les samples, ce soir. Re-écoutez plutôt cette version de Killing Floor, là, au début du disque... S'il vous plaît. Quelle putain de claque.

My Eyes Keep Me In Trouble...

Oh, by the way, y'a deux hidden tracks. Genre bruts de coffre. Rien que pour ceux-là...

5 commentaires:

  1. Paco's brother17 octobre 2011 à 06:26

    Du Nanan, vrai de vrai.
    Si tu as une petite heure devant toi, regarde le documentaire d'Alan Lomax "the land where the blues began", à l'adresse suivante :http://www.youtube.com/watch?v=EPjM6E6q-Wo&feature=player_embedded
    Sacrément bien fichu qui montre que cette musique ne peut se jouer qu'avec l'alliance de l'âme et du corps et ,ma foi, comme toute musique qui nous atteint en notre vibration originelle, celle d'où nous venons, elle est éloignée de toute technique, même virtuose, car s'échappe de nous sans que nous en soyons maître, elle seule s'approche de la vérité de notre être éternel, celui qui nous fait vivre.
    Vers la quatrième minute tu verras la technique du Diddley bow par Lonnie Pitchford (eh oui, Bo Diddley, son nom vient de là, sacré farceur et sacré guitariste!).
    Et ces têtes, ça ne s'invente pas..... ces voix, il faut toujours s'en souvenir avec beaucoup d'humilité, sont dans la mouvance du cante jondo, des conteurs bretons, des bergers qui scandaient des phrases en phase avec leur propre écho dans les montagnes du Maroc.
    Bon, tout ça pour dire que je me retrouve souvent dans ton blog et que ça fait du bien.

    RépondreSupprimer
  2. Zut et rezut, la société qui m'emploie (c'est plus vrai que de dire ma boite) bloque RS... Dommage je vais prendre l'album chez moi, le ramener au bureau, te relire et ensuite écouter...
    Tu était déjà convaincant, mais à l'évocation du PARIS (Texas)... Et belle réponse de Paco à ta chronique. Parfois un commentaire vaut tout les "amis" de Facebook!! A+

    RépondreSupprimer
  3. J'aurais aimé qu'il pousse un tout petit peu plus loin dans sa démarche "électro", mais l'ensemble, même si on s'assoupit un peu sur certains titres, et de bien belle facture. Je sais que c'est un album vers lequel je vais retourner avec plaisir. (En plus, il y a une jolie reprise pour ma collection!)Merci pour le voyage, j'ai bien profité!
    Jimmy
    P.S. : est-ce qu'il te serait possible d'indiquer les dates des albums sur tes posts et, si ce n'est pas trop abuser, de glisser le vrai nom de l'album dans un sous-dossier. Il m'arrive de ne pas les ouvrir au jour le jour et, parfois, je galère un peu pour m'y retrouver?
    Merci d'avance.

    RépondreSupprimer
  4. Hello Jeepeedee

    Thanks pour ce R.L. Burnside que je ne connaissais pas (l'album, pas R.L. of course).
    Perso, j'aime mieux quand il est lui-même (roots blues powaaaaaaahhhhhhhh!), mais bon, on ne va pas chipoter.
    A noter que le fiston a repris le flambeau en s'emparant du "relooking fin de vie" de son respecté père tel qu'il apparaît dans cet album.

    Un exemple ici:

    http://laspikedelycmusic.bloguez.com/laspikedelycmusic/1822181/Cedric-Burnside-Project-The-Way-I-Am-2011-320

    Je vais essayer de retrouver les albums du papa dans mon fourbi meupeu3esque.

    @plusss

    RépondreSupprimer
  5. @Paco : Merci. Tout simplement.
    @devant : Je comprends, moi non plus je ne peux pas profiter de mon temps de travail pour récupérer toutes ces merveilles. Une honte. Un jour, je ferai de la politique : travailler plus pour graver plus.
    @Jimmy : Mi figue mi raisin, effectivement. En même temps, sur des morceaux ça fonctionne. Et quand ça fonctionne...
    @Lyc : Je connais mal RL Burnside, loin d'être exhaustif sur le sujet, j'ai eu une époque ras le bol du blues qui a fait que je me suis peu fourni. Mais la famille Burnside toute entière est pas mal. Si je retrouve cette fichue réunion de famille à Boonaroo je la poste...

    RépondreSupprimer