J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -
lundi 5 janvier 2015
#178 : The Orb (featuring David Gilmour) "Metallic Spheres"
Il faut toujours se méfier des fausses bonnes idées. En voici un exemple frappant, l'histoire de jeunes vieux cons trop vieux pour être jeunes mais trop jeunes pour paraître cons, rencontrant un con trop vieux pour être jeune mais trop con pour se rencontre compte que ces jeunes étaient déjà vieux. Vous me suivez ? Non ?
Allez, je détaille. Au début des années 1990, va-t-en savoir pourquoi, le mouvement techno commence à gagner une certaine crédibilité dans le milieu rock. Chose logique, il fallait bien que ça arrive, et puisque le-dit rock s'était déjà fourvoyé dans le prof-rock et le jazz-rock, il n'y avait aucune raison pour que l'inévitable soit évité. Arrivèrent les Chemical Brothers, Leftfield, Propellerheads, Prodigy et les autres. Underworld, un très mauvais groupe de pop, réussit même à décrocher la timbale en virant carrément techno. Remember Born Slippy et Trainspotting ? Voilà.
Alors que les disques de Tangerine Dream repassèrent la barre des trois francs six sous chez les disquaires d'occase, que le has-been Steve Hillage redevenait hype et que les Happy Mondays arrivaient à vendre plus de disques que de pilules d'Ecstasy dans tout Manchester, un groupe, The Orb, sortit un double album au nom improbable mais très psychédélique, pas mal fichu, suffisamment pour tester les chaines stéréo aussi bien que Dark Side Of The Moon. La pochette reprenait même les célèbres usines de la pochette d'Animals. Sans le cochon, certes, mais quand même.
Carrément gonflés ! Alors que l'époque était aux Maxis, ces jeunes-là osèrent l'improbable : le double-CD (soit l'équivalent du quadruple album) forcément conceptuel. Pendant ce temps, Pink Floyd ramait dans des eaux troubles et peinait à rendre crédible son Division Bell.
Evidemment, dans le milieu techno plus encore que dans le rock, les héros d'hier sont les has-been du lendemain, ne serait-ce que pour un pour tchack de travers, un son de synthé pas assez vintage, ou peut-être tout simplement parce que voyez-vous le monde n'est plus ce qu'il était ma pauvre dame. The Orb est donc considéré aujourd'hui par les milieux concernés comme une vieille savate dont plus personne n'oserait se chausser : on est bien dedans, mais on ne sort pas avec.
Le même adage semblant coller au défunt Floyd, qui ma foi s'était fait à cette idée, puisque son public préférait désormais le 5.1 aux virées dans les clubs enfumés, la rencontre se fit, sous la houlette tout aussi improbable du fondateur de Killing Joke (je vous assure).
Ne me demandez pas comment je suis tombé sur cet objet, toujours est-il que la rencontre du vieux con recherchant la crédibilité auprès de jeunes cons déjà vieux recherchant un regain de popularité fonctionne. Même plutôt bien, dès lors qu'on ne s'attend pas à grand chose, et qu'une ambience à la Wish You Were Here (l'album) réactualisée a de quoi faire verser une larme au crocodile qu'il vous faudra camper pour apprécier cette rencontre.
Je ne m'aventurerai pas dans les qualificatifs extrêmes, je n'encenserai pas l'album, je ne le descendrai pas non plus. Dire qu'il s'agit du meilleur album du Floyd depuis Animals serait à peu près aussi crétin que de hurler à la trahison. Pourtant, les deux attitudes s'entendent. D'aucuns ont écrit que cela ressemblait aussi à Tangerine Dream (vous voilà prévenus), mais je ne me permettrais pas de confirmer ou d'infirmer cela : j'avoue que le rêve de la mandarine me laisse perplexe autant que le dubstep ou le drum'n'bass. Juste un truc, donc, qui si l'on s'amuse à peler (oups !) tout le poids de l'histoire et des passions qui l'entourent, me semble plutôt plaisant et cotonneux, pour les nostalgiques, les béotiens et les DJ en herbe. C'est déjà pas si mal.
Metallic Side or Spheres Side ?
jeudi 1 janvier 2015
#177: Beep "Too Physical"
Il y a des disques dont on ne se séparerait pas pour tout l'or du monde. Non pas qu'on les écoute tous les jours, peut-être même les a-t-on seulement écouté une ou deux fois dans sa vie, et encore, jamais d'un bout à l'autre. Et pourtant il s'y passe quelque chose d'incroyable. Une sorte d'aura subliminale qui s'en dégage, incompréhensible, on reste là le nez devant la pochette, à moitié perplexe, à moitié conquis, mais totalement fatigué par une écoute qui n'a laissé que des questions, de l'agacement peut-être, mais surtout une incompréhension avec un savant goût de reviens-y. Trouve donc l'énigme caché dans cet amas sonore. Tu sais qu'il est là, devant toi, cherche encore. Pour ce qui me concerne, je citerai volontiers A Wizard's A True Star de Todd Rundgren ou encore le Trout Mask Replica de Captain Beefheart. Trop raides pour mes écoutilles, mais je n'échangerai pas mon vinyle du Captain contre douze CD de Gorillaz...
Bien sûr, ces disques-là sont capables de briser des vies. Certains partent en jihad pour convertir leurs voisins, d'autres - voisins - en viendraient aux mains pour en finir avec ces trucs prétentieux et nuls à chier dont on n'a que foutre. Et, souvent, gagnent la partie avec une phrase terrible du type "tu vas pas me dire que tu l'écoute souvent ton truc ?!!!".
Euh... non... c'est vrai.
Car souvent, dans ces disques-là, on y décèle le sentiment le plus difficile à cautionner, et à supporter musicalement : l'humour, qu'il soit au premier ou au treizième degré. Et qui se moque souvent, défi suprême, de l'auditeur. Par exemple de ceux qui aiment bien les chansons de Zappa dans lesquelles il y a un riff plaisant de plus de deux mesures.
Voici qu'arrive Beep.
Et autant d'innombrables groupuscules dont la dénomination se termine par ...Blues Band vous garantissent une pure daube en lieu et place du blues annoncé, autant Beep tient ses promesses. Le joyeux trio nous gratifie de plein de beeps, dzong, wouuiitch, ceci pendant treize morceaux tous plus absurdes les uns que les autres. Aux titres délicieux (The Shit In The Sky Is Stars, au hasard). Non contents de ridiculiser l'intelligentsia vintage-électro pendant trois quart d'heures, les cruels auteurs de cette sottise s'en prennent également au jazz, un peu comme des cancres pugnaces vous jetteraient un accord de septème diminué accompagné d'un long pet humide, au rock lo-fi, ceci au hasard de courtes ritournelles pliées en 3 minutes maximum - et c'est tant mieux.
Et parfois c'est beau, comme ce To Us presque anachronique dans ce fatras de blagues potaches. Ou pas. On ne sait plus. Il suffit qu'un morceau se termine - de gré ou de force, le zapping n'est pas interdit - pour que le suivant vous tienne en haleine quelques secondes. Pour qu'on se souvienne avoir téléchargé ce truc de ouf, qu'on y revienne.
Tout ici bringuebale (Public Art), groove parfois penaudement (Shit Pony Rides Again), un peu comme si Soft Machine avait composé la musique de Chapi-Chapo.
Le machin n'est évidemment pas disponible chez Universal, mais sur un petit label, uniquement en téléchargement ou... sous forme d'une carte de téléchargement que l'on peut après usage planter dans son jardin pour voir pousser des fleurs (je ne rigole pas - enfin si - allez voir vous-même). Une sorte de manifestation de la continuité conceptuelle chère à l'oncle Frank Zappa.
Un disque génial à rendre dingue les puritains pour qui la vie s'est arrêté après le Kind Of Blue de Miles Davis, un coussin péteur à planquer sous la chaise de l'ingé-son des Daft Punk, un truc à passer aux enseignants qui vous parlent de musique sérielle et dodécaphonique pendant le repas de Noël, un disque à écouter faute de pouvoir raisonnablement mater un épisode de South Park en conduisant, bref, un truc essentiel finalement.
Classic Beep Melody
Bien sûr, ces disques-là sont capables de briser des vies. Certains partent en jihad pour convertir leurs voisins, d'autres - voisins - en viendraient aux mains pour en finir avec ces trucs prétentieux et nuls à chier dont on n'a que foutre. Et, souvent, gagnent la partie avec une phrase terrible du type "tu vas pas me dire que tu l'écoute souvent ton truc ?!!!".
Euh... non... c'est vrai.
Car souvent, dans ces disques-là, on y décèle le sentiment le plus difficile à cautionner, et à supporter musicalement : l'humour, qu'il soit au premier ou au treizième degré. Et qui se moque souvent, défi suprême, de l'auditeur. Par exemple de ceux qui aiment bien les chansons de Zappa dans lesquelles il y a un riff plaisant de plus de deux mesures.
Voici qu'arrive Beep.
Et autant d'innombrables groupuscules dont la dénomination se termine par ...Blues Band vous garantissent une pure daube en lieu et place du blues annoncé, autant Beep tient ses promesses. Le joyeux trio nous gratifie de plein de beeps, dzong, wouuiitch, ceci pendant treize morceaux tous plus absurdes les uns que les autres. Aux titres délicieux (The Shit In The Sky Is Stars, au hasard). Non contents de ridiculiser l'intelligentsia vintage-électro pendant trois quart d'heures, les cruels auteurs de cette sottise s'en prennent également au jazz, un peu comme des cancres pugnaces vous jetteraient un accord de septème diminué accompagné d'un long pet humide, au rock lo-fi, ceci au hasard de courtes ritournelles pliées en 3 minutes maximum - et c'est tant mieux.
Et parfois c'est beau, comme ce To Us presque anachronique dans ce fatras de blagues potaches. Ou pas. On ne sait plus. Il suffit qu'un morceau se termine - de gré ou de force, le zapping n'est pas interdit - pour que le suivant vous tienne en haleine quelques secondes. Pour qu'on se souvienne avoir téléchargé ce truc de ouf, qu'on y revienne.
Tout ici bringuebale (Public Art), groove parfois penaudement (Shit Pony Rides Again), un peu comme si Soft Machine avait composé la musique de Chapi-Chapo.
Le machin n'est évidemment pas disponible chez Universal, mais sur un petit label, uniquement en téléchargement ou... sous forme d'une carte de téléchargement que l'on peut après usage planter dans son jardin pour voir pousser des fleurs (je ne rigole pas - enfin si - allez voir vous-même). Une sorte de manifestation de la continuité conceptuelle chère à l'oncle Frank Zappa.
Un disque génial à rendre dingue les puritains pour qui la vie s'est arrêté après le Kind Of Blue de Miles Davis, un coussin péteur à planquer sous la chaise de l'ingé-son des Daft Punk, un truc à passer aux enseignants qui vous parlent de musique sérielle et dodécaphonique pendant le repas de Noël, un disque à écouter faute de pouvoir raisonnablement mater un épisode de South Park en conduisant, bref, un truc essentiel finalement.
Classic Beep Melody
mardi 30 décembre 2014
#176 : Prince Charles and the City Beat Band "Stone Killers" (vinyle rip)
En 1982, il n'y a plus rien. Led Zeppelin s'est désintégré ans le vomi de John Bonham. Le rock est devenu un phénomène de foire grâce (?) à Van Halen et autres. le Clash, qui avait tout compris à l'Angleterre de la fin des années 1970 n'y comprend plus rien non plus et ne va pas tarder à s'auto-saborder dans un Combat Rock perdu d'avance (Should I Stay Or Should I Go ? Ben go, les gars...). L'Angleterre blanc-bec lèche ses blessures dans une cold-wave dépressive, et Ian Curtis n'aura jamais eu ni le temps ni l'énergie de relever le défi. C'était pendu d'avance.
Le seul à avoir tiré son épingle (à nourrice du jeu) sera le comique-troupier Captain Sensible, qui cartonnera (et c'est bien fait) avec son Wot ?!! jouissif, drôle et bien envoyé. Et pourtant le coup était facile. Les Chic et autres Grandmaster Flash arrivaient, il lui avait suffi de trouver un truc dans le genre un peu moins médiatisé, bref, pomper allègrement le Don't Fake The Funk qui ouvre cet album de Prince Charles and the City Beat Band.
Les noirs allaient enfin gagner. Tout rafler. Cash Money.
Après s'être fait plumer le blues par des blanc-becs qui allaient décupler la mise tout au long des années 1970, ils n'allaient pas se faire avoir une deuxième fois. Il faudra attendre les années 2000 pour qu'un whitey ose rapper sans se faire dézinguer, et ce avec la bénédiction du Dr Dre. Eminem sera à peu près le seul toléré à lécher le fond de la gamelle. Pour l'heure, il s'agissait de reprendre la main et poser les règles de tout ce qui allait suivre. Définir le son du XXIème siècle, et surtout garder la monnaie. James Brown avait préparé le plan de bataille, il ne restait plus qu'à déclarer la guerre. Du côté de Detroit, on allait s'accaparer les boites à rythme Roland et jeter une bonne fois pour toutes les bases de la techno et de ses futurs ersatz (house, electro, que sais-je encore).
Du côté de NYC la festive, et non de Minnéapolis, un certain Prince Charles va dépoussiérer le funk et définir en un album (que dis-je ! une face d'album !) ce que sera l'electro-funk, le new beat à venir. Enfermez votre gonzesse et vos filles, prévient-il sur le dos de la pochette, ça va groover. Que ça vous plaise ou non, voici le son de demain.
Et de jeter un pont entre le passé (le funk "classique", guitares qui cocottent, basse moite) et le futur (les boites à rythme, les synthés qui grincent), sur deux faces bien distinctes. Que ça vous plaise ou non.
Et le gars à des trucs à dire, ou plutôt à envoyer. La face A dure rien moins que 28 minutes, un exploit pour un vinyle. Du coup, le son est compressé, sec et ramassé. Le machin a été mixé pour être joué fort, au risque d'en perdre des miettes si les watts ne compensent pas le mix. Un peu à l'image du Led Zep III, toutes les idées sont bonnes à prendre (l'homme n'hésite pas, par ailleurs, à balancer des soli de flûte traversière (Cash Money) à renvoyer Ian Anderson à la niche). Ce disque se veut comme un plaidoyer pour la musique afro-américaine, un disque rebelle, revanchard, osé et moderniste. Don't call me nigger, whitey !
Bien sûr, tout cela ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd ni d'un nabot de Minneapolis (l'autre Prince) qui battra sa carrière sur la face B de cet album. Plagiat ? Lèse-majesté ? Que nenni, il semblerait que la quête de Prince Charles se soit achevée telle qu'il l'avait souhaité. Car l'animal sortira un dernier album, en 1984, et disparaîtra du devant de la scène, non pas pour crever lentement dans la dope, la prostitution ou la pègre, mais pour, après avoir jeté les bases du renouveau de la musique black, et laisser les copains s'en inspirer goulument, tirer les ficelles depuis la console de mixage. Le point névralgique des années à venir. L'heure ne sera plus jamais aux exploits pyrotechniques d'un Jimi Hendrix, les machines joueront suffisament carré pour qu'un James Brown n'ait plus à infliger d'amendes à des musicos par trop approximatifs. On peut s'en réjouir, ou le regretter. Comme le dit Prince Charles lui-même dans la note de pochette, this is the new R&B wether you like it or not. Un coup d'oeil sur la page wikipedia du monsieur vous confirmera qu'il avait tout compris. Grammy Awards, Victoires de la Musique a gogo, l'homme aura tout raflé en tant que producteur (Puff Daddy, Mary J. Blige, et même cette vieille folle de Sting qui recherchera une crédibilité bien entamée auprès du Monsieur).
Mais tout ça, c'est pour la petite histoire. En pratique, et puisque demain soir c'est le réveillon, voici un putain d'album de funk torride (forcément torride, vous connaissez du funk mou du genou vous ?), un de ces disques maudits des DJ (tout est bon, pas besoin de changer de morceau) qui devrait vous sauver la mise. Pour les petits frenchies qui se touchent à Versailles, j'ai laissé le vinyle crachoter un peu, ça fera plus frime sur vos samples. Let's dance !
All the ladies go miaaw, all the men go woof-woof !
Don't Fake The Funk.
Le seul à avoir tiré son épingle (à nourrice du jeu) sera le comique-troupier Captain Sensible, qui cartonnera (et c'est bien fait) avec son Wot ?!! jouissif, drôle et bien envoyé. Et pourtant le coup était facile. Les Chic et autres Grandmaster Flash arrivaient, il lui avait suffi de trouver un truc dans le genre un peu moins médiatisé, bref, pomper allègrement le Don't Fake The Funk qui ouvre cet album de Prince Charles and the City Beat Band.
Les noirs allaient enfin gagner. Tout rafler. Cash Money.
Après s'être fait plumer le blues par des blanc-becs qui allaient décupler la mise tout au long des années 1970, ils n'allaient pas se faire avoir une deuxième fois. Il faudra attendre les années 2000 pour qu'un whitey ose rapper sans se faire dézinguer, et ce avec la bénédiction du Dr Dre. Eminem sera à peu près le seul toléré à lécher le fond de la gamelle. Pour l'heure, il s'agissait de reprendre la main et poser les règles de tout ce qui allait suivre. Définir le son du XXIème siècle, et surtout garder la monnaie. James Brown avait préparé le plan de bataille, il ne restait plus qu'à déclarer la guerre. Du côté de Detroit, on allait s'accaparer les boites à rythme Roland et jeter une bonne fois pour toutes les bases de la techno et de ses futurs ersatz (house, electro, que sais-je encore).
Du côté de NYC la festive, et non de Minnéapolis, un certain Prince Charles va dépoussiérer le funk et définir en un album (que dis-je ! une face d'album !) ce que sera l'electro-funk, le new beat à venir. Enfermez votre gonzesse et vos filles, prévient-il sur le dos de la pochette, ça va groover. Que ça vous plaise ou non, voici le son de demain.
Et de jeter un pont entre le passé (le funk "classique", guitares qui cocottent, basse moite) et le futur (les boites à rythme, les synthés qui grincent), sur deux faces bien distinctes. Que ça vous plaise ou non.
Et le gars à des trucs à dire, ou plutôt à envoyer. La face A dure rien moins que 28 minutes, un exploit pour un vinyle. Du coup, le son est compressé, sec et ramassé. Le machin a été mixé pour être joué fort, au risque d'en perdre des miettes si les watts ne compensent pas le mix. Un peu à l'image du Led Zep III, toutes les idées sont bonnes à prendre (l'homme n'hésite pas, par ailleurs, à balancer des soli de flûte traversière (Cash Money) à renvoyer Ian Anderson à la niche). Ce disque se veut comme un plaidoyer pour la musique afro-américaine, un disque rebelle, revanchard, osé et moderniste. Don't call me nigger, whitey !
Bien sûr, tout cela ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd ni d'un nabot de Minneapolis (l'autre Prince) qui battra sa carrière sur la face B de cet album. Plagiat ? Lèse-majesté ? Que nenni, il semblerait que la quête de Prince Charles se soit achevée telle qu'il l'avait souhaité. Car l'animal sortira un dernier album, en 1984, et disparaîtra du devant de la scène, non pas pour crever lentement dans la dope, la prostitution ou la pègre, mais pour, après avoir jeté les bases du renouveau de la musique black, et laisser les copains s'en inspirer goulument, tirer les ficelles depuis la console de mixage. Le point névralgique des années à venir. L'heure ne sera plus jamais aux exploits pyrotechniques d'un Jimi Hendrix, les machines joueront suffisament carré pour qu'un James Brown n'ait plus à infliger d'amendes à des musicos par trop approximatifs. On peut s'en réjouir, ou le regretter. Comme le dit Prince Charles lui-même dans la note de pochette, this is the new R&B wether you like it or not. Un coup d'oeil sur la page wikipedia du monsieur vous confirmera qu'il avait tout compris. Grammy Awards, Victoires de la Musique a gogo, l'homme aura tout raflé en tant que producteur (Puff Daddy, Mary J. Blige, et même cette vieille folle de Sting qui recherchera une crédibilité bien entamée auprès du Monsieur).
Mais tout ça, c'est pour la petite histoire. En pratique, et puisque demain soir c'est le réveillon, voici un putain d'album de funk torride (forcément torride, vous connaissez du funk mou du genou vous ?), un de ces disques maudits des DJ (tout est bon, pas besoin de changer de morceau) qui devrait vous sauver la mise. Pour les petits frenchies qui se touchent à Versailles, j'ai laissé le vinyle crachoter un peu, ça fera plus frime sur vos samples. Let's dance !
All the ladies go miaaw, all the men go woof-woof !
Don't Fake The Funk.
samedi 27 décembre 2014
#175 : Foxygen "We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace And Magic"
En ces périodes de fête, on bouffe n'importe quoi, n'importe comment, et c'est ça qui est bon. Trop de foie gras, trop de chocolat, beaucoup trop d'alcool, comme si le vieil adage - ce qui est pris n'est plus à prendre - semblait calmer nos angoisses à la veille d'une nouvelle année. Comme si, le fait de passer du 21/12 au 01/01 signifiait qu'on remettait les compteurs à zéro, qu'on tentait le super-banco au risque de tout perdre. Alors on se plait à entendre le coucou chanter avec de la monnaie dans sa poche, on accroche du gui au plafond, en attendant de faire sauter les crêpes avec un louis d'or dans la main, de fêter la résurrection du Christ avec des fayots (les apôtres ?) et du mouton (nous-même ?). On est presque content d'acheter des chrysantèmes plutôt que de se les faire offrir quand les frimas reviennent...
Bref, on ritualise nos angoisses comme on peut, jusqu'à laisser Facebook publier un petit récapitulatif de nos "j'aime" de l'année, comme s'ils avaient à eux seuls constitué et résumé les événements marquants du passé...
Du symbolisme en veux-tu en voilà, ça nous rassure, ça nous angoisse gentiment aussi (les Illuminati nous guettent, mais bon, on aura fini de payer la télé avant...).
Alors voilà un disque parfait pour cette époque de crise de foi(e). Impossible de passer à côté de la pochette, et encore moins du titre. Ambassadeurs de la paix et de la magie du 21ème siècle. Le pauvre Lou le chantait déjà sur son ténébreux Magic & Loss. I need magic, I don't wanna die... Un peu de magie dans ce monde de brute. Un peu d'irrationnel, je sais pas moi, rencontrer un vrai ami grâce à Facebook, télécharger une version pirate de Photoshop qui fonctionne, n'importe quoi, pour échapper au quotidien forcément banal (le mac qui pète 15 jours après la fin de l'Apple Care, des choses comme ça).
Pour être honnête, j'ai découvert ce disque dans les chiottes en lisant le hors-série de Rock & Folk. Dans un endroit donc ou tout un chacun est prêt à laisser ses espoirs, ses envies et ses rêves, avec un magazine sur les 500 meilleurs disques du monde, dont on possède les 399 premiers (en gros, tous ceux d'avant 1985, au hasard) et dont on se fiche du reste.
La suite est encore plus magique : par flemme de télécharger le boudin qui comme tant d'autres ne vaut même pas 80 Mo sur un disque dur, une écoute sur Spotify en passant le balai (une grande journée pour moi, vous l'avez deviné !), et... ben replay. Replay sur Spotify !!! Sans blague, je crois que ça ne m'est pas arrivé souvent.
Tout ça pour dire que ce n'est pas, contrairement à ce qu'en dit Rock & Folk, un album essentiel dont on se souviendra dans 10 ans. Mais qui donc pourrait, en 2014, écouter Sergent Pepper ou Fun House en boucle, comme ça ? Pas moi. Les Foxygen (ce nom !) font bien mieux que ça : ils sortent un album qu'on va consommer comme une boite de Pyrénéens, jusqu'à en avoir mal au ventre et à n'y plus toucher jusqu'aux Ferrero de l'an prochain. No Future pour les Foxygen, ne me parlez pas du groupe du siècle. Mais pour moi, pour aujourd'hui, et jusqu'à demain, c'est parfait. Je viderai sans doute la corbeille sans regret, mais bon, comme disait l'autre, carpe diem.
A quoi ressemblent-ils ces zazous ? A des petits rigolos qui ont tout compris. Ambassadeurs de la paix et de la magie ? Oui, un peu comme si là, au 31 décembre, nous allions basculer en 1967. Vous admettrez que la tâche n'est pas facile, sorte de Graal du groupuscule nostalgique, nourri de bon goût et pavé (voire planté par) de (trop) bonnes intentions. Sauf que là, au copier/coller bêta qui ne dure qu'un temps (remember Lenny Kravitz et Oasis ?) nos petits magiciens provisoires semblent adapter la méthode bien comprise de l'oulipo, la littérature sous contrainte d'où nait une nouvelle création à la fois complètement fêlée mais aussi globalement maîtrisée. Je m'explique : prenez une bonne chanson, un bon titre (San Francisco, au hasard, fallait oser !) collez-lui la contrainte d'appliquer à la lettre les arrangements de Hello Goodbye - au hasard (In The Darkness), mais ça marche aussi avec Under My Thumb (On Blue Mountain) ou... San Francisco (enfin, Be Sure To Wear Some Flowers In Your Hair pour les puristes non Johnnyphiles) avec San Francisco (petits crétins ! voyou !). Ben figurez-vous que si la matière de base est solide, la méthode fonctionne et le nostalgique comme le nouveau venu y trouvent leur compte. Si la chanson est bonne, comme disait l'autre. Sinon, bien entendu, c'est le fou-rire assuré. Ceci dit, nous sommes bien d'accord, cela ne fera pas de vous l'auteur d'un prochain Rock Bottom ou Egge Bamiyasi. Simplement, cela fait illusion, et dans notre monde si rationnel, de l'illusion à la magie, il n'y a qu'un pas. Tout ça ressemble malgré tout à - disons - des Flaming Lips jouant à "dessinez c'est gagné".
Ceci étant, la chose ne manque pas d'attrait, et pour les nostalgiques des jours de paix, d'amour et de musique, cela devrait leur permettre de calmer leur angoisse le soir du 31 : oui, il y aura encore et toujours des trucs qu'ils pourront adorer l'espace d'un instant en 2015. John Lennon Uber Alles.
Ceci dit, pas d'affolement, les Foxygen sont déjà morts. Ils viennent de sortir le même album (en y utilisant la méthode Beach Boys et Dylan façon Sad-Eyed Lady Of The Lowlands, notamment). Il s'appelle très justement ...And Star Power (nos Ambassadeurs sont semblerait-il sur la route du succès (plus de 3 millions d'écoute sur Spotify rien que pour San Francisco), les masses vont adorer pendant six mois et basta). Les curieux avides de télécharger deux fois la même chose trouveront leur nouvel opus au supermarché, mais je vous préviens, rien ne vaut la première gorgée de bière comme disait le père du phoque pleureur. La suite a déjà le goût du dernier marron glacé qu'on a oublié dans la boîte et qu'on mange par acquis de conscience parce qu'il ne faut pas gâcher.
No Destruction.
PS : je dédie ce post à l'ami Jimmy, reviens-nous vite, c'est pas mes deux posts tous les six mois qui vont consoler les copains !
Bref, on ritualise nos angoisses comme on peut, jusqu'à laisser Facebook publier un petit récapitulatif de nos "j'aime" de l'année, comme s'ils avaient à eux seuls constitué et résumé les événements marquants du passé...
Du symbolisme en veux-tu en voilà, ça nous rassure, ça nous angoisse gentiment aussi (les Illuminati nous guettent, mais bon, on aura fini de payer la télé avant...).
Alors voilà un disque parfait pour cette époque de crise de foi(e). Impossible de passer à côté de la pochette, et encore moins du titre. Ambassadeurs de la paix et de la magie du 21ème siècle. Le pauvre Lou le chantait déjà sur son ténébreux Magic & Loss. I need magic, I don't wanna die... Un peu de magie dans ce monde de brute. Un peu d'irrationnel, je sais pas moi, rencontrer un vrai ami grâce à Facebook, télécharger une version pirate de Photoshop qui fonctionne, n'importe quoi, pour échapper au quotidien forcément banal (le mac qui pète 15 jours après la fin de l'Apple Care, des choses comme ça).
Pour être honnête, j'ai découvert ce disque dans les chiottes en lisant le hors-série de Rock & Folk. Dans un endroit donc ou tout un chacun est prêt à laisser ses espoirs, ses envies et ses rêves, avec un magazine sur les 500 meilleurs disques du monde, dont on possède les 399 premiers (en gros, tous ceux d'avant 1985, au hasard) et dont on se fiche du reste.
La suite est encore plus magique : par flemme de télécharger le boudin qui comme tant d'autres ne vaut même pas 80 Mo sur un disque dur, une écoute sur Spotify en passant le balai (une grande journée pour moi, vous l'avez deviné !), et... ben replay. Replay sur Spotify !!! Sans blague, je crois que ça ne m'est pas arrivé souvent.
Tout ça pour dire que ce n'est pas, contrairement à ce qu'en dit Rock & Folk, un album essentiel dont on se souviendra dans 10 ans. Mais qui donc pourrait, en 2014, écouter Sergent Pepper ou Fun House en boucle, comme ça ? Pas moi. Les Foxygen (ce nom !) font bien mieux que ça : ils sortent un album qu'on va consommer comme une boite de Pyrénéens, jusqu'à en avoir mal au ventre et à n'y plus toucher jusqu'aux Ferrero de l'an prochain. No Future pour les Foxygen, ne me parlez pas du groupe du siècle. Mais pour moi, pour aujourd'hui, et jusqu'à demain, c'est parfait. Je viderai sans doute la corbeille sans regret, mais bon, comme disait l'autre, carpe diem.
A quoi ressemblent-ils ces zazous ? A des petits rigolos qui ont tout compris. Ambassadeurs de la paix et de la magie ? Oui, un peu comme si là, au 31 décembre, nous allions basculer en 1967. Vous admettrez que la tâche n'est pas facile, sorte de Graal du groupuscule nostalgique, nourri de bon goût et pavé (voire planté par) de (trop) bonnes intentions. Sauf que là, au copier/coller bêta qui ne dure qu'un temps (remember Lenny Kravitz et Oasis ?) nos petits magiciens provisoires semblent adapter la méthode bien comprise de l'oulipo, la littérature sous contrainte d'où nait une nouvelle création à la fois complètement fêlée mais aussi globalement maîtrisée. Je m'explique : prenez une bonne chanson, un bon titre (San Francisco, au hasard, fallait oser !) collez-lui la contrainte d'appliquer à la lettre les arrangements de Hello Goodbye - au hasard (In The Darkness), mais ça marche aussi avec Under My Thumb (On Blue Mountain) ou... San Francisco (enfin, Be Sure To Wear Some Flowers In Your Hair pour les puristes non Johnnyphiles) avec San Francisco (petits crétins ! voyou !). Ben figurez-vous que si la matière de base est solide, la méthode fonctionne et le nostalgique comme le nouveau venu y trouvent leur compte. Si la chanson est bonne, comme disait l'autre. Sinon, bien entendu, c'est le fou-rire assuré. Ceci dit, nous sommes bien d'accord, cela ne fera pas de vous l'auteur d'un prochain Rock Bottom ou Egge Bamiyasi. Simplement, cela fait illusion, et dans notre monde si rationnel, de l'illusion à la magie, il n'y a qu'un pas. Tout ça ressemble malgré tout à - disons - des Flaming Lips jouant à "dessinez c'est gagné".
Ceci étant, la chose ne manque pas d'attrait, et pour les nostalgiques des jours de paix, d'amour et de musique, cela devrait leur permettre de calmer leur angoisse le soir du 31 : oui, il y aura encore et toujours des trucs qu'ils pourront adorer l'espace d'un instant en 2015. John Lennon Uber Alles.
Ceci dit, pas d'affolement, les Foxygen sont déjà morts. Ils viennent de sortir le même album (en y utilisant la méthode Beach Boys et Dylan façon Sad-Eyed Lady Of The Lowlands, notamment). Il s'appelle très justement ...And Star Power (nos Ambassadeurs sont semblerait-il sur la route du succès (plus de 3 millions d'écoute sur Spotify rien que pour San Francisco), les masses vont adorer pendant six mois et basta). Les curieux avides de télécharger deux fois la même chose trouveront leur nouvel opus au supermarché, mais je vous préviens, rien ne vaut la première gorgée de bière comme disait le père du phoque pleureur. La suite a déjà le goût du dernier marron glacé qu'on a oublié dans la boîte et qu'on mange par acquis de conscience parce qu'il ne faut pas gâcher.
No Destruction.
PS : je dédie ce post à l'ami Jimmy, reviens-nous vite, c'est pas mes deux posts tous les six mois qui vont consoler les copains !
mercredi 29 octobre 2014
#174 : Gilles Servat "La Liberté Brille Dans La Nuit"
Je sais, je sais, on est loin de la compile de Zappa annoncée, qui tarde faute de temps. Allez, ça viendra un jour... En attendant...
En attendant, il est de ces disques qu'on cherche toute une vie. Forément, pour des mauvaises raisons. Qui n'a jamais ressenti un coït interrompu à l'écoute d'un bootleg pourtant indispensable sur le papier ? La Liberté Brille Dans La Nuit, pourtant, après écoute des années plus tard, reste un disque tout à fait honorable, que la patine du temps n'a fait que polir avec émotion.
Parfois, le destin est taquin. C'est au fond d'un carton, dans un vide-grenier, que ma quête s'est achevée contre deux petits euros presque indécents, voire méprisants face à l'objet. Juste histoire, sans doute, de rappeler la vanité d'une telle quête, le peu d'importance que cela a ou devrait avoir pour moi aujourd'hui, après toutes ces années. Et pourtant, ce disque, c'est mon petit Kouign-Aman de Proust, certes un peu lourdingue, on parle de Gilles Servat quand même...
Mais laissons-là les souvenirs, de quoi est-il question ? D'un faux breton né à Tarbes, vaguement Nantais ayant fait ses études à Angers, le Gillou se découvre un passion et des racines Bretonnes dans les années 68, begaye dans la langue de Nolwenn Leroy et décroche un tube à faire rager Hugues Aufray, la fameuse Blanche Hermine pour laquelle il me prend à chaque écoute une envie sournoise d'imiter Du Guesclin dans ses batailles les plus sanglantes vis-à-vis des Bretons qui n'avaient rien demandé à personne. Apportez-moi les têtes de veau des Tri Yann en même temps, et le monde s'en portera mieux.
Sauf que, comme Dave un instant, dans son Doux Tam-Tam, le gros Servat eut quelques mois de génie. Durant la douce année 1975, notamment. Abandonnant momentanément les biniouseries folkloriques, sur cet album, Servat se cherche comme un Nougaro breton. Disque très électrique (enfin c'est pas du trash metal quand même, hein), influencé par la scène progressive de l'époque, La Liberté Brille Dans La Nuit montre l'artiste en poète, certes toujours coincé dans son époque (Chili T.T. a forcément vieilli), mais avec une volonté de dépasser les canons du genre bigouden. Et sur les onze chansons que compte l'album, une fois soustrait l'idiot C'est La Faute Au Pétrole, digne d'un chansonnier de bas étage aussi fin que Franis Lalanne dans un magasin de porcelaine, le reste est fort goûtu, et parfois même tout simplement beau. Tiens, pour vous dire, il semblerait que le gros ours des Mont d'Arrée ait même repris la Chanson Pour François Quenechou sur sa dernière galette, que je n'écouterai pas. Serait foutu d'y avoir collé du biniou derrière alors que l'originale brille par ses arrangements osés. Par un texte toujours engagé, mais enfin mature.
Qu'est-il donc arrivé à Servat sur ce disque ? Il suffit d'écouter Canal St Martin, poème surréaliste scandé sur fond d'arrangement assez free, pour se poser la question, et surtout s'interroger sur les raisons qui ont poussé l'auteur à abandonner cette veine au profit d'un retour au folklore nauséabond. Le fric, sans doute. Etait-il déjà présent lors de cette aventure ? Servat n'avait-il fait que de rentrer dans le moule d'une future nouvelle chanson française, aux côtés de Catherine Ribeiro et des autres ? Après tout qu'importe aujourd'hui, ce disque tient la route et fleure bon le jazz-prog par instants (Chili T.T. là encore, hmm... Servat a quand même beaucoup écouté Ferré dans sa période Zoo...), décolle dans la gwerz Planedenn (qui ressemble un peu beaucoup au E Parrez Langonned de Stivell, sorti l'année d'avant, sur un texte de l'anarchiste breton (pléonasme ?) Yann-Ber Piriou également repris sur ce même album... ça fait beaucoup...) et se clôt sur le superbe Je Dors En Bretagne Ce Soir aux arrangements somptueux.
Diversité, donc, mais cohérence de l'ensemble, et riches trouvailles. M'étonnerait pas que les Têtes Raides aient écouté La Ballade Des Parasites, là encore, l'arrangement carrément osé pour l'époque n'a pas pris une ride. Et puis ce morceau qui ouvre l'album, An Eostig Toulbac'het, dans lequel Servat invente littéralement le chanté-breton loin des ornières des tralala leno, Moderne, carrément, soulignée par un piano céleste, seule une cromorne (et pas une bombarde, s'il vous plaît) vient, telle un cheveu sur un kig-ha-farz, rappeler le breton dans le texte. C'est sans parler de l'attangement des cordes, à pleurer. Et puis, tout au long de l'album, des trouvailles musicales, des instruments venus d'ailleurs (que de Quimper) : darbouka, hautbois, clarinette basse, j'en passe...
Alors oui, avec ce disque, Servat aurait pu devenir le Nougaro des Cornouailles, et même d'ailleurs. Distribué par Phonogramme, l'homme avait du avoir les moyens. Et n'aura pas raflé la mise, sans doute par manque de tube, ici. Phonogramme le laissera tenter sa chance jusqu'en 1979, avec l'album Je Ne Hurlerai Pas Avec Les Loups, pas mal non plus d'ailleurs, suite auquel on le remerciera. Il lui faudra alors revenir à sa blanche hermine pour rafler la mise et l'héritage des celtes au passage. Quitte à représenter gauchement la calvitie de la culture Bretonne dans des Zéniths qui n'ont de solaire que le nom. Bien sûr, on le laissera s'énerver un peu, histoire de calmer les bardes rockers (ouh la je l'aime bien celle-là), mais plus jamais de liberté dans la nuit.
Ca aurait pu marcher. Il aurait pu se passer plein de choses. Je me souviens, il y a plus de 25 ans, quand j'écoutais cet album en boucle. Il aurait pu se passer plein de choses. Il reste des souvenirs, heureux et malheureux, de la nostalgie, des regrets, la peur du temps qui passe. Rien qui, finalement, ne vaille plus de deux euros sur un vide-grenier. Impossible de s'en débarasser.
Dernière Chanson
En attendant, il est de ces disques qu'on cherche toute une vie. Forément, pour des mauvaises raisons. Qui n'a jamais ressenti un coït interrompu à l'écoute d'un bootleg pourtant indispensable sur le papier ? La Liberté Brille Dans La Nuit, pourtant, après écoute des années plus tard, reste un disque tout à fait honorable, que la patine du temps n'a fait que polir avec émotion.
Parfois, le destin est taquin. C'est au fond d'un carton, dans un vide-grenier, que ma quête s'est achevée contre deux petits euros presque indécents, voire méprisants face à l'objet. Juste histoire, sans doute, de rappeler la vanité d'une telle quête, le peu d'importance que cela a ou devrait avoir pour moi aujourd'hui, après toutes ces années. Et pourtant, ce disque, c'est mon petit Kouign-Aman de Proust, certes un peu lourdingue, on parle de Gilles Servat quand même...
Mais laissons-là les souvenirs, de quoi est-il question ? D'un faux breton né à Tarbes, vaguement Nantais ayant fait ses études à Angers, le Gillou se découvre un passion et des racines Bretonnes dans les années 68, begaye dans la langue de Nolwenn Leroy et décroche un tube à faire rager Hugues Aufray, la fameuse Blanche Hermine pour laquelle il me prend à chaque écoute une envie sournoise d'imiter Du Guesclin dans ses batailles les plus sanglantes vis-à-vis des Bretons qui n'avaient rien demandé à personne. Apportez-moi les têtes de veau des Tri Yann en même temps, et le monde s'en portera mieux.
Sauf que, comme Dave un instant, dans son Doux Tam-Tam, le gros Servat eut quelques mois de génie. Durant la douce année 1975, notamment. Abandonnant momentanément les biniouseries folkloriques, sur cet album, Servat se cherche comme un Nougaro breton. Disque très électrique (enfin c'est pas du trash metal quand même, hein), influencé par la scène progressive de l'époque, La Liberté Brille Dans La Nuit montre l'artiste en poète, certes toujours coincé dans son époque (Chili T.T. a forcément vieilli), mais avec une volonté de dépasser les canons du genre bigouden. Et sur les onze chansons que compte l'album, une fois soustrait l'idiot C'est La Faute Au Pétrole, digne d'un chansonnier de bas étage aussi fin que Franis Lalanne dans un magasin de porcelaine, le reste est fort goûtu, et parfois même tout simplement beau. Tiens, pour vous dire, il semblerait que le gros ours des Mont d'Arrée ait même repris la Chanson Pour François Quenechou sur sa dernière galette, que je n'écouterai pas. Serait foutu d'y avoir collé du biniou derrière alors que l'originale brille par ses arrangements osés. Par un texte toujours engagé, mais enfin mature.
Qu'est-il donc arrivé à Servat sur ce disque ? Il suffit d'écouter Canal St Martin, poème surréaliste scandé sur fond d'arrangement assez free, pour se poser la question, et surtout s'interroger sur les raisons qui ont poussé l'auteur à abandonner cette veine au profit d'un retour au folklore nauséabond. Le fric, sans doute. Etait-il déjà présent lors de cette aventure ? Servat n'avait-il fait que de rentrer dans le moule d'une future nouvelle chanson française, aux côtés de Catherine Ribeiro et des autres ? Après tout qu'importe aujourd'hui, ce disque tient la route et fleure bon le jazz-prog par instants (Chili T.T. là encore, hmm... Servat a quand même beaucoup écouté Ferré dans sa période Zoo...), décolle dans la gwerz Planedenn (qui ressemble un peu beaucoup au E Parrez Langonned de Stivell, sorti l'année d'avant, sur un texte de l'anarchiste breton (pléonasme ?) Yann-Ber Piriou également repris sur ce même album... ça fait beaucoup...) et se clôt sur le superbe Je Dors En Bretagne Ce Soir aux arrangements somptueux.
Diversité, donc, mais cohérence de l'ensemble, et riches trouvailles. M'étonnerait pas que les Têtes Raides aient écouté La Ballade Des Parasites, là encore, l'arrangement carrément osé pour l'époque n'a pas pris une ride. Et puis ce morceau qui ouvre l'album, An Eostig Toulbac'het, dans lequel Servat invente littéralement le chanté-breton loin des ornières des tralala leno, Moderne, carrément, soulignée par un piano céleste, seule une cromorne (et pas une bombarde, s'il vous plaît) vient, telle un cheveu sur un kig-ha-farz, rappeler le breton dans le texte. C'est sans parler de l'attangement des cordes, à pleurer. Et puis, tout au long de l'album, des trouvailles musicales, des instruments venus d'ailleurs (que de Quimper) : darbouka, hautbois, clarinette basse, j'en passe...
Alors oui, avec ce disque, Servat aurait pu devenir le Nougaro des Cornouailles, et même d'ailleurs. Distribué par Phonogramme, l'homme avait du avoir les moyens. Et n'aura pas raflé la mise, sans doute par manque de tube, ici. Phonogramme le laissera tenter sa chance jusqu'en 1979, avec l'album Je Ne Hurlerai Pas Avec Les Loups, pas mal non plus d'ailleurs, suite auquel on le remerciera. Il lui faudra alors revenir à sa blanche hermine pour rafler la mise et l'héritage des celtes au passage. Quitte à représenter gauchement la calvitie de la culture Bretonne dans des Zéniths qui n'ont de solaire que le nom. Bien sûr, on le laissera s'énerver un peu, histoire de calmer les bardes rockers (ouh la je l'aime bien celle-là), mais plus jamais de liberté dans la nuit.
Ca aurait pu marcher. Il aurait pu se passer plein de choses. Je me souviens, il y a plus de 25 ans, quand j'écoutais cet album en boucle. Il aurait pu se passer plein de choses. Il reste des souvenirs, heureux et malheureux, de la nostalgie, des regrets, la peur du temps qui passe. Rien qui, finalement, ne vaille plus de deux euros sur un vide-grenier. Impossible de s'en débarasser.
Dernière Chanson
samedi 6 septembre 2014
You Can't Post That On Blogs Anymore !
Salut les copains. J'ai passé d'excellentes vacances, merci. J'étais à Valencia, en Espagne, où j'ai eu la joie de tomber, à la FNAC, sur toute la série des You Can't Do That On Stage Anymore de Zappa, dans leur version remasterisée 2012, à 5,69 € chaque double CD. Tant pis pour le musée de la Corrida, j'ai cédé aux sirènes de la consommation et je m'en délecte depuis, dans ma voiture, sur ma super chaîne stéréo, sur Spotify quand vraiment je ne peux pas faire autrement, bref, vous l'avez compris, je suis redevenu complètement accroc de l'oncle Frank.
A l'heure même où je bazarde une grande partie de ma discothèque (Dionysos ?!! bon sang, pourquoi j'ai acheté ça ???!!!), je me refais tous les Zappa dans le désordre et je compte bien vous en faire profiter très prochainement et très prétentieusement dans une série de compilations couvrant l'ensemble de son oeuvre.
C'est un boulot colossal car étant donné les multiples albums sortis de son vivant, les projets avortés sortis post-mortem par sa famille, il s'agit d'y retrouver ses petits, de faire des choix essentiels relatifs à sa continuité conceptuelle, se mordre les doigts à savoir si Cosmik Debris fait double-emploi avec Stinkfoot, bref, proposer au béotien et au profane quelque chose d'à la fois complet, mais aussi jouissif (certains morceaux difficiles d'accès étant toutefois incontournables, mazette, comment y amener l'auditeur en douceur ?).
Je me permettrai d'ignorer les préceptes liés aux "This Is...", compilations chères à Keith Michards et au Zornophage, consistant à porter un autre regard sur l'artiste. Je me permettrai de bafouer l'idiome 1 album = 1 morceau. J'essaierai d'éviter les redites, ce qui signifie trancher dans le lard et passer outre certains morceaux connus (ou au contraire leur faire belle place, ou encore les proposer dans des versions alternatives).
Voilà donc, c'est un avant-goût de ce proposera ce blog très prochainement. Nul doute que les liens disparaîtront rapidement, mais je fournirai toutes les infos sur le track-listing de façon à ce que ceux qui souhaiteraient suivre cette fabuleuse aventure puissent malgré tout, Do It Yourself, retrouver leurs petits à droite à gauche.
J'attends d'emblée vos commentaires, admiratifs autant qu'énervés, désabusés par la présence/absence de tel morceau. Sans doute peu de bloggers/lecteurs suivront-ils cette aventure, mais ceux d'entre vous qui y participeront devraient aider le monde à honorer comme il se doit l'homme à la moustache.
Le premier volume (calibré pour être ripé en 2CD, comme tous ceux à suivre), balayera les Mothers Of Invention, disons, a priori, jusqu'à Uncle Meat. J'en fais mon objectif de la semaine à suivre - stay tuned !
A l'heure même où je bazarde une grande partie de ma discothèque (Dionysos ?!! bon sang, pourquoi j'ai acheté ça ???!!!), je me refais tous les Zappa dans le désordre et je compte bien vous en faire profiter très prochainement et très prétentieusement dans une série de compilations couvrant l'ensemble de son oeuvre.
C'est un boulot colossal car étant donné les multiples albums sortis de son vivant, les projets avortés sortis post-mortem par sa famille, il s'agit d'y retrouver ses petits, de faire des choix essentiels relatifs à sa continuité conceptuelle, se mordre les doigts à savoir si Cosmik Debris fait double-emploi avec Stinkfoot, bref, proposer au béotien et au profane quelque chose d'à la fois complet, mais aussi jouissif (certains morceaux difficiles d'accès étant toutefois incontournables, mazette, comment y amener l'auditeur en douceur ?).
Je me permettrai d'ignorer les préceptes liés aux "This Is...", compilations chères à Keith Michards et au Zornophage, consistant à porter un autre regard sur l'artiste. Je me permettrai de bafouer l'idiome 1 album = 1 morceau. J'essaierai d'éviter les redites, ce qui signifie trancher dans le lard et passer outre certains morceaux connus (ou au contraire leur faire belle place, ou encore les proposer dans des versions alternatives).
Voilà donc, c'est un avant-goût de ce proposera ce blog très prochainement. Nul doute que les liens disparaîtront rapidement, mais je fournirai toutes les infos sur le track-listing de façon à ce que ceux qui souhaiteraient suivre cette fabuleuse aventure puissent malgré tout, Do It Yourself, retrouver leurs petits à droite à gauche.
J'attends d'emblée vos commentaires, admiratifs autant qu'énervés, désabusés par la présence/absence de tel morceau. Sans doute peu de bloggers/lecteurs suivront-ils cette aventure, mais ceux d'entre vous qui y participeront devraient aider le monde à honorer comme il se doit l'homme à la moustache.
Le premier volume (calibré pour être ripé en 2CD, comme tous ceux à suivre), balayera les Mothers Of Invention, disons, a priori, jusqu'à Uncle Meat. J'en fais mon objectif de la semaine à suivre - stay tuned !
mardi 1 juillet 2014
#173 : Alice "Arrêtez Le Monde" (vinyle rip)
Allez, dans l'ordre, que retient-on ? Magma ? Ange? Téléphone et Trust ? Noir Désir ? etc. Je dis etc. parce que la suite m'intéresse moins que le début. Permettez-moi d'évacuer les Chaussettes Noires et le reste. Soyons sérieux. Pendant que la perfide Albion nous gratifiait de David Bowie, King Crimson, Yes et Genesis (malheureusement, aussi...), la Phrance aurait continué à danser le yé-yé, ou écouter Stone & Charden ?
Merdre, non.
Il s'y est passé plein de choses. Détestables, re-évaluables (Il Etait Une Fois, j'insiste), et oubliées. Qui faisaient pourtant la une de Pop 2, pour les plus vieux d'entre nous, cela veut dire quelque chose, pour les plus jeunes ça veut dire que si vous avez aujourd'hui des écrans plats c'est que même nous, les dinosaures, avons un jour trouvé 25 minutes d'intérêt à la télévision.
Ainsi, batifolant dans ma collection (un bien grand mot) de vinyles, acquis à une époque où on me riait au nez quand je passais à la caisse chez Emmaüs, je suis tombé sur ce disque d'Alice. Arrêtez le Monde. Rien que le titre, sans doute, avait dû suffisamment me faire rire pour que je lâche les 50 centimes demandés. Et puis, pris par l'argent comme nous tous, je n'y avais plus accordé le moindre semblant d'importance.
Jusqu'à tomber sur cette émission de Pop 2, sur ina.fr, durant laquelle les gars m'ont paru sympathiques. A l'écoute du disque, ils me l'ont paru aussi. Parfois insupportables (Byzance), parfois désuets (Arrêtez Le Monde), parfois carrément dans le truc. Le truc, vous savez. Cette impression de toucher un bref moment de volupté. Le Roseau, en l'occurrence, ou au moins son intro, beau riff de guitare aujourd'hui encore recevable par un Bertrand Cantat sur le retour. En Phrance, nousavons su, un instant, sans complexe car peut-être sans interdits mêler des influences progressives à d'autres très west-coast, façon Crosby, Still & Nash sans aucun complexe et avec de belles réussites (Il Etait Une Fois, là encore, et cet album-ci, par exemple Franky Le Roseau ou mieux, Quelqu'un Qui T'Aime, qui par ailleurs devrait calmer l'ardeur d'un Gérard Manset dans sa solitude créationniste exclusive).
Si je rajoute que cette galette se vend entre 75 et 150 euros sur Price Minister, ça me donne suffisamment d'énergie pour à la fois arrêter la type collectionniste et vous proposer la chose dans un rip digne et imparfait, mais confectionné avec amour un dimanche d'été. C'est loin d'être parfait, ça crougne par instants. Je suis pas Dominique Blanc Francard (dont cela a dû constituer un de ses premiers essais) et je présente toutes mes excuses au Château d'Hérouville où la chose a bien sûr été enregistrée... Rien que ça, ça me parle...
Allez, les vieux, revivez-moi ça, les jeunes, découvrez. Ca sent la Gibson à chaque coin de rue (même si sans parler de manche on peut admettre qu'elle sonne maladroitement, où du moins de façon euh.... datée), l'herbe folle tout le temps et la variétoche parfois voire souvent, mais on a essayé, et on a su être aussi peu ridicule que les autres. Mangez-moi l'intégrale de Genesis si vous n'êtes pas d'accord. C'est con d'être chauvin quand le FN nous y invite, alors je dirai sans hésiter que cette galette-là n'a rien de bretonne, et qu'elle est simplement un témoignage d'un temps passé fait de courage et d'audace, autant du point de vue de l'artiste que du label prêt à envoyer ça dans les supermarchés locaux, et c'était bien.
Il Est.
Merdre, non.
Il s'y est passé plein de choses. Détestables, re-évaluables (Il Etait Une Fois, j'insiste), et oubliées. Qui faisaient pourtant la une de Pop 2, pour les plus vieux d'entre nous, cela veut dire quelque chose, pour les plus jeunes ça veut dire que si vous avez aujourd'hui des écrans plats c'est que même nous, les dinosaures, avons un jour trouvé 25 minutes d'intérêt à la télévision.
Ainsi, batifolant dans ma collection (un bien grand mot) de vinyles, acquis à une époque où on me riait au nez quand je passais à la caisse chez Emmaüs, je suis tombé sur ce disque d'Alice. Arrêtez le Monde. Rien que le titre, sans doute, avait dû suffisamment me faire rire pour que je lâche les 50 centimes demandés. Et puis, pris par l'argent comme nous tous, je n'y avais plus accordé le moindre semblant d'importance.
Jusqu'à tomber sur cette émission de Pop 2, sur ina.fr, durant laquelle les gars m'ont paru sympathiques. A l'écoute du disque, ils me l'ont paru aussi. Parfois insupportables (Byzance), parfois désuets (Arrêtez Le Monde), parfois carrément dans le truc. Le truc, vous savez. Cette impression de toucher un bref moment de volupté. Le Roseau, en l'occurrence, ou au moins son intro, beau riff de guitare aujourd'hui encore recevable par un Bertrand Cantat sur le retour. En Phrance, nousavons su, un instant, sans complexe car peut-être sans interdits mêler des influences progressives à d'autres très west-coast, façon Crosby, Still & Nash sans aucun complexe et avec de belles réussites (Il Etait Une Fois, là encore, et cet album-ci, par exemple Franky Le Roseau ou mieux, Quelqu'un Qui T'Aime, qui par ailleurs devrait calmer l'ardeur d'un Gérard Manset dans sa solitude créationniste exclusive).
Si je rajoute que cette galette se vend entre 75 et 150 euros sur Price Minister, ça me donne suffisamment d'énergie pour à la fois arrêter la type collectionniste et vous proposer la chose dans un rip digne et imparfait, mais confectionné avec amour un dimanche d'été. C'est loin d'être parfait, ça crougne par instants. Je suis pas Dominique Blanc Francard (dont cela a dû constituer un de ses premiers essais) et je présente toutes mes excuses au Château d'Hérouville où la chose a bien sûr été enregistrée... Rien que ça, ça me parle...
Allez, les vieux, revivez-moi ça, les jeunes, découvrez. Ca sent la Gibson à chaque coin de rue (même si sans parler de manche on peut admettre qu'elle sonne maladroitement, où du moins de façon euh.... datée), l'herbe folle tout le temps et la variétoche parfois voire souvent, mais on a essayé, et on a su être aussi peu ridicule que les autres. Mangez-moi l'intégrale de Genesis si vous n'êtes pas d'accord. C'est con d'être chauvin quand le FN nous y invite, alors je dirai sans hésiter que cette galette-là n'a rien de bretonne, et qu'elle est simplement un témoignage d'un temps passé fait de courage et d'audace, autant du point de vue de l'artiste que du label prêt à envoyer ça dans les supermarchés locaux, et c'était bien.
Il Est.
vendredi 20 juin 2014
#172 : Lana Del Rey "Ultraviolence"
Je suis certes un vieux con. Qui piste les bootlegs de Patti Smith et se moque - ou semble se moquer de ce web 2.0 qu'on nous vend à tous les niveaux. J'ai des amis sur Facebook, des vrais. Essentiellement des amis d'avant qui ont semblé trouver funky de reconstituer une relation qui ne mange pas de pain via les réseaux sociaux. Nostalgie vs nouveaux médias, je laisse cette thématique à mon psy.
Donc, je passe pour un con, parce que parfois des choses m'émeuvent (le Blizzard de Fauve), et que, bêtement enthousiaste, j'en fais part à des ami(e)s qui se foutent de ma gueule parce que j'arrive après la bataille médiatique. Je ne suis pas tellement 2.0 finalement. Je m'emmerde, en fait, et donc je butine sur le web au lieu d'avoir une vraie vie sociale éclatante et tout et tout. Ca n'existe plus, de toute façon. Woodstock-sur-Mer (comprenne qui pourra).
Ma dernière connerie, mon dernier coup de coeur, c'est cet album de Lana Del Rey. Là encore, j'arrive largement après la bataille. Tel un Napoléon à Austerlitz qui aurait débarqué quinze jours après la bérézina et se serait étonné du bordel sans nom régnant sur les lieux.
D'abord écouté sur Spotify, je trouve le premier album à 7 euros dans ma grande surface préférée, je me dis qu'il est certainement mieux que le suivant, j'achète, j'écoute, je suis navré. OK, j'ai dû entendre Video Games quelque part sans même m'en rendre compte. C'est la seule façon que j'ai de tenter d'illuminer des jours tristes, acheter un album au pif en espérant que ça me fera rater un virage dans l'autoradio de ma bagnole.
Vert de rage, je persiste, j'achète le second, ce fameux Ultraviolence qui vient de sortir, parce que ça m'avait ému. Et ça m'émeut toujours, avec toutefois l'impression de passer pour un con. Après tout, elle est jolie Lana Del Rey, et cela peut paraître à peu près normal que je ne sois pas le premier à m'en rendre compte, même si j'avoue sur ce blog mes amours gériatriques et platoniques pour Patti Smith.
Encore elle.
Si vous vous amusez comme moi à lire ce que dit Wikipedia sur la belle (genre, vous êtes aussi bête que moi pour ne rien savoir d'elle en ce 20 juin 2014), ben je trouve que quelque part les parcours sont un peu similaires, et si j'étais Directeur des Ressources Humaines dans je-ne-sais quelle multinationale (Universal, au hasard ?), je trouverais ce tintouin presque sincère. Et puis, quelqu'un qui reprend Chelsea Hotel #2 ne peut pas être tout à fait mauvais, si ?
Je trouve tout cela presque sincère, même si elle est trop jolie pour croire que son seul talent lui ait permis de se retrouver en tête de gondole de mon supermarché (j'ai été largement épargné par la Beauté du Monde pour ce qui me concerne), et j'ai donc le culot de vous le proposer, cet album. Listen without prejudice, comme disait George Michael, tiens donc, ça n'est sans doute pas du niveau d'un To Bring You My Love de PJ Harvey, mais grâce à la production des Black Keys, je trouve que ça le fait suffisamment largement pour que je puisse dire à mon psy que j'ai réglé mon problème de fantasmes gériatriques avec Patti Smith. Elle aussi, je pense, aurait eu une démarche analogue si youtube avait existé du temps de son idylle avec Robert Mapplethorpe.
Je trouve, très honnêtement, qu'il s'agit d'un album courageux. Mais peut-être ce courage cache-t-il l'écueil du 2ème album - ou de celui qui suit un succès improbable, que commercialement et stratégiquement, il conviendrait de fait de maquiller d'un peu de poudre de sincérité ? Comme le Unforgettable Fire de U2, volontiers expérimental avant d'envoyer la bombe Joshua Tree ? Le passage tripes à l'air peut constituer un investissement rentable dans une carrière sur le long terme, voire revigorer un peu un semblant de crédibilité (Automatic For The People de REM, vous vous souvenez ?). A 27 ans, Lana Del Rey ne risque encore que peu d'avoir à cacher une éventuelle cellulite, donc je peux imaginer ça aussi. N'empêche.
Je l'écouterai sans doute tout l'été, et puis je l'oublierai. Mais en attendant, ça calme un mois de juin difficile et désabusé. Comme Napoléon arrivant après la bataille.
Cruel world
Donc, je passe pour un con, parce que parfois des choses m'émeuvent (le Blizzard de Fauve), et que, bêtement enthousiaste, j'en fais part à des ami(e)s qui se foutent de ma gueule parce que j'arrive après la bataille médiatique. Je ne suis pas tellement 2.0 finalement. Je m'emmerde, en fait, et donc je butine sur le web au lieu d'avoir une vraie vie sociale éclatante et tout et tout. Ca n'existe plus, de toute façon. Woodstock-sur-Mer (comprenne qui pourra).
Ma dernière connerie, mon dernier coup de coeur, c'est cet album de Lana Del Rey. Là encore, j'arrive largement après la bataille. Tel un Napoléon à Austerlitz qui aurait débarqué quinze jours après la bérézina et se serait étonné du bordel sans nom régnant sur les lieux.
D'abord écouté sur Spotify, je trouve le premier album à 7 euros dans ma grande surface préférée, je me dis qu'il est certainement mieux que le suivant, j'achète, j'écoute, je suis navré. OK, j'ai dû entendre Video Games quelque part sans même m'en rendre compte. C'est la seule façon que j'ai de tenter d'illuminer des jours tristes, acheter un album au pif en espérant que ça me fera rater un virage dans l'autoradio de ma bagnole.
Vert de rage, je persiste, j'achète le second, ce fameux Ultraviolence qui vient de sortir, parce que ça m'avait ému. Et ça m'émeut toujours, avec toutefois l'impression de passer pour un con. Après tout, elle est jolie Lana Del Rey, et cela peut paraître à peu près normal que je ne sois pas le premier à m'en rendre compte, même si j'avoue sur ce blog mes amours gériatriques et platoniques pour Patti Smith.
Encore elle.
Si vous vous amusez comme moi à lire ce que dit Wikipedia sur la belle (genre, vous êtes aussi bête que moi pour ne rien savoir d'elle en ce 20 juin 2014), ben je trouve que quelque part les parcours sont un peu similaires, et si j'étais Directeur des Ressources Humaines dans je-ne-sais quelle multinationale (Universal, au hasard ?), je trouverais ce tintouin presque sincère. Et puis, quelqu'un qui reprend Chelsea Hotel #2 ne peut pas être tout à fait mauvais, si ?
Je trouve tout cela presque sincère, même si elle est trop jolie pour croire que son seul talent lui ait permis de se retrouver en tête de gondole de mon supermarché (j'ai été largement épargné par la Beauté du Monde pour ce qui me concerne), et j'ai donc le culot de vous le proposer, cet album. Listen without prejudice, comme disait George Michael, tiens donc, ça n'est sans doute pas du niveau d'un To Bring You My Love de PJ Harvey, mais grâce à la production des Black Keys, je trouve que ça le fait suffisamment largement pour que je puisse dire à mon psy que j'ai réglé mon problème de fantasmes gériatriques avec Patti Smith. Elle aussi, je pense, aurait eu une démarche analogue si youtube avait existé du temps de son idylle avec Robert Mapplethorpe.
Je trouve, très honnêtement, qu'il s'agit d'un album courageux. Mais peut-être ce courage cache-t-il l'écueil du 2ème album - ou de celui qui suit un succès improbable, que commercialement et stratégiquement, il conviendrait de fait de maquiller d'un peu de poudre de sincérité ? Comme le Unforgettable Fire de U2, volontiers expérimental avant d'envoyer la bombe Joshua Tree ? Le passage tripes à l'air peut constituer un investissement rentable dans une carrière sur le long terme, voire revigorer un peu un semblant de crédibilité (Automatic For The People de REM, vous vous souvenez ?). A 27 ans, Lana Del Rey ne risque encore que peu d'avoir à cacher une éventuelle cellulite, donc je peux imaginer ça aussi. N'empêche.
Je l'écouterai sans doute tout l'été, et puis je l'oublierai. Mais en attendant, ça calme un mois de juin difficile et désabusé. Comme Napoléon arrivant après la bataille.
Cruel world
dimanche 1 juin 2014
Gérard Man(set)vu ça
Voilà, pour faire bref : Gérard Manset vient de sortir un double CD de reprises de ses propres oeuvres. Et pour les gens pressés, non, vous ne trouverez pas le lien ici. C'est une merde. A tous les niveaux. Pour les addicts, la question se pose d'emblée : à quoi cela sert-il ? qu'est-ce que ça veut dire ? Rien. Rien du tout. C'est peut-être joli, oui, sans doute, c'est bien fait. Mais le Rouge-Gorge ne chante plus comme avant, La Ballade des Echinodermes, on s'en fout depuis 1998. Alors bien sûr, le Gérard se rend compte - enfin - que les boites à rythme sur Matrice, ça le faisait pas trop, mais n'empêche que même si la Matrice ici présente est plutôt bien reprogrammée, sa chanson, à la base, s'est ancrée dans nos souvenirs et n'apporte pas grand chose de neuf en 2014. Si j'étais méchant, j'en rajouterais une couche sur ces guitares façon Dire Straits survitaminées qui continuent, en 2014, à polluer certaines chansons. L'a toujours pas compris, Gérard.
Alors si cet objet peut permettre aux fans de Fauve de découvrir l'univers du Gérard, qui à force de nous faire avaler des couleuvres, perd chaque jour un peu de poésie et de cohérence, je préfère vous proposer, ou plutôt re-proposer aux retardataires les rips des vinyles que j'avais amoureusement et peut-être maladroitement confectionnés. Ca s'arrête au Train Du Soir, le reste étant à peu près paru en CD. Les grands absents sont donc Lumières et Prisonnier de l'Inutile, mais la messe était déjà dite, donc c'est pas trop grave. Je compte sur vos commentaires pour compléter la partie numérique?
750 Mo, attention à l'overdose
Allez, out, Gérard, va boire une tisane avec Raphaël, et basta.
Alors si cet objet peut permettre aux fans de Fauve de découvrir l'univers du Gérard, qui à force de nous faire avaler des couleuvres, perd chaque jour un peu de poésie et de cohérence, je préfère vous proposer, ou plutôt re-proposer aux retardataires les rips des vinyles que j'avais amoureusement et peut-être maladroitement confectionnés. Ca s'arrête au Train Du Soir, le reste étant à peu près paru en CD. Les grands absents sont donc Lumières et Prisonnier de l'Inutile, mais la messe était déjà dite, donc c'est pas trop grave. Je compte sur vos commentaires pour compléter la partie numérique?
750 Mo, attention à l'overdose
Allez, out, Gérard, va boire une tisane avec Raphaël, et basta.
#171 : Led Zeppelin I, II, III (deluxe editions)
D'abord, voici le lien que j'ai trouvé. Il ne survivra sans doute pas plus que quelques heures, mais il est de fait conforme à ce pétard mouillé, les rééditions Deluxe des trois premiers albums de Led Zeppelin. Donc, tentez votre chance ici et ne venez pas me demander d'uploader le machin si ça fonctionne pas. C'est tout simplement que le buzz, l'événement, aura déjà un goût de pétard mouillé doublé d'un risque d'intoxication alimentaire lié à l'ingestion d'une omelette qui serait restée trop longtemps dans la poële sans que finalement, personne ne songe à la dévorer faute de cèpes ou de morceaux de truffe qui auraient pu la rendre appétissante.
De quoi parlons-nous ? Des trois premiers albums de Led Zeppelin, fraîchement remasterisés par Jimmy Page himself. Faute d'arriver à embarquer ses camarades de l'époque dans une tournée revival dont la fructuosité financière n'était pas à mettre en cause (mais ont-ils encore besoin de plus de fric à leur âge avancé ? Robert Plant se la pète grâcement dans des évoluments folk/new âge avec - entre autres - Allison Krauss dont la compagnie doit lui paraître plus agréable que celle du vieux renard et John Paul Jones, d'un claquement de doigt revient sur le devant de la scène quand il veut avec les Them Crooked Vultures, tardive mais jouissive revanche), il ne lui restait plus que cette carte, déjà froissée, ressortie deux fois : remasteriser le Zep. Pilonner l'idée par là-même, que seul lui pouvait, peut et pourra le faire. Car Jimmy détient toutes les bandes. Jimmy est le Maître du Jeu, même si plus personne ne semble s'intéresser à tout ça. Mais on imagine clairement que Jimmy détient des billes chez Atlantic Records et qu'on l'appelle Monsieur, et que, comme on sait qu'une n-ième réédition des albums de Led Zeppelin ne devrait a minima pas faire perdre d'argent à la boîte, on laisse faire. On n'oublie pas.
Alors quoi, qu'en est-il, au final ? Evidemment je tremble de crainte car vu l'âge avancé de Sir Jimmy Page, y'a bien des chances qu'on touche là les dernières rééditions gravées de son sceau. Qu'avait-il donc dans les larges poches du manteau qu'il arborait en 1971 ? A la demande générale, on l'a dépouillé des manuscrits d'Aleister Crowley. Ce chien noir venu, post-mortem lui rendre visite pour le quatrième album et le gratifier du morceau définitif.
C'est là que le bât blesse. Entre quelques miettes de speculos, souvenirs d'un cafe latte à Palerme en 1973, à bien chercher, il n'y a plus rien. Entendez par là, une remasterisation du disque, et un deuxième CD qui ne sert à rien. Si ce n'est à dire, voyez-vous, on était parfois pas bons. On n'y est pas toujours arrivé. Ou, à l'inverse, si vraiment on leur veut du bien, voyez-vous, même les premières versions, là, elles avaient déjà le truc.
Le problème étant qu'on te croit sur paroles, Jimmy. Sais-tu qu'on a tous déjà des dizaines de pirates, en vinyle, CD ou mp3 qui nous ont raconté ce que tu éventes à peine ?
Alors, non, bien sûr, il y a le concert à l'Olympia de 1969, qui sert de bonus disc au Led Zep I. Salaud de ta race, quand même. Après avoir hurlé à qui mieux-mieux durant ta grandiose carrière qu'il n'était pas question que Led Zep joue en France parce que le son des salles était trop pourri, tu en fais aujourd'hui un argument de vente ? Et qu'est-ce qu'on fait, nous, maintenant ? On hurle cocorico ? Désolé, t'es passé 15 jours après le FN et les cocoricos, ça va comme ça ! Et c'est pas ceux qui se sont tapé des voyages à Knebworth qui viendront aujourd'hui te pardonner de ton mépris légendaire (on parle bien de légende, là, non ?)
Alors quoi, le remastering ? A l'heure du mp3, franchement, on s'en bat l'oeil. Et pour le reste, un minable lecteur CD étant à même de reproduire les mêmes octets qu'une platine Pionneer, ne reste guère que la présence d'un éventuel ampli Harman-Kardon dans le salon pour se faire pipi dessus en écoutant la nouvelle dynamique du son... Super cool, on va se défoncer dans le salon au risque de péter l'écran plat en jouant de l'air guitar sur Whole Lotta Love ?!!
Oui, je sais, je suis méchant. Mais quand on ne pense même pas à rajouter Hey Hey What Can I Do sur la réédition du Led Zeppelin III, seule face B de 45 tours historique, je dis que voilà vraiment un travail mal fait, en plus que d'être inutile.
Tu vois, Jimmy, j'ai passé un excellent week-end avec des amis, on a branché la platine vinyle, on a enchaîné les versions 45 tours de Whole Lotta Love, Immigrant Song, Rock'n'Roll et Black Dog, et crois bien que tout cela n'avait rien de remasterisé, même que je me suis fait la réflexion que Black Dog, le disque est en sale état. Mais on s'est éclaté comme des vieux cons que l'on est.
Qui n'en ont rien eu à foutre de ces rééditions de tout le week-end. Et qui, de retour dans leur quotidien aussi minable sans doute, voire pire, que le tien, n'en auront encore moins à foutre à l'avenir.
Oh puis au risque de continuer à être méchant, et même si cela n'a jamais été l'objet de ce blog, faisons-la façon 50 millions de consommateurs : A part les disques originaux, qu'on écoute de toute façon le volume à fond, et dont on se fiche donc de la remasterisation, qu'y a-t-il en plus ?
Led Zep I : OK, le concert à l'Olympia, Led Zep dans ses vieux jours et sa belle énergie. Euh... vous nous aviez pas déjà fourgué un DVD et une compile des BBC sessions dans lesquelles on avait déjà compris tout ça ? Allez, peut-être bien le disque à racheter s'il en faut un pour se persuader que c'était pas la peine.
Led Zep II : Alors là, au niveau bonus disc, on touche le fond. Sauf à éjaculer sur place parce que Robert Plant ne place pas ses Baby baby baby comme sur l'original, je ne vois rien. Si ce n'est l'inédit La la (en version instrumentale, jamais finie), venant contredire le bel adage comme quoi Led Zep n'a jamais fait de la pop. En fait, ils n'y sont pas arrivés, et c'est très différent. Triste.
Led Zep III : Passons sur le fait que Hey Hey What Can I Do y aurait eu toute sa place, peut-être même en bonus en fin du CD1, on y découvre, outre les inutiles rough mixes, qu'il s'agit là d'un album non abouti. Visiblement, le Zep lorgnait du côté du country-rock (Jenning Farm's Blues) mais la flemme aidant, le concept face électrique/face acoustique s'est soldé par le Brown-Yr-Aur-Stomp qu'on connait, tant pis pour Johnny Cash. Tant pis pour tout le monde, car franchement, ça sent le laisser-aller et la prétention à tous les étages. Les rough mixes d'Immigrant Song et Celebration Day ne font que nous rappeler que ça ne tient pas la route face à un Whole Lotta Love. Seule vraie exclusivité, ce medley Key To The Highway/Trouble In Mind, avec Robert Plant coincé dans la machine à laver comme dans (Hats Off to) Roy Harper, qui sentait déjà le remplissage. Ce qu'on pouvait prendre pour une idée passable de finir le disque avait donc été développée mais heureusement ignorée. Ca fout les boules, franchement.
Par pitié, ne touche pas au quatrième album, Jimmy. Laisse-le comme il est. Ne viens pas nous y coller des bonus dans lesquels tu te rate sur le riff de Black Dog. Franchement, ça n'a aucun intérêt, ça nous fait même pas rire. OK, on aura reparlé en 2014 de Led Zeppelin. C'est fait, c'est bon, au lit.
Edit : oh mais j'en rajoute. Ces Backing Tracks en bonus, elles seraient pas là des fois pour faciliter le sampling des groupes de rap ? Remettre au goût du jour un Thank You ou un Friends , ou un Bathroom Track via Rihanna ou - qui sait - les Daft Punk branchés analogiques une fois venus à bout de leur logique numérique ? J'en vomis mes dernières couleuvres...
De quoi parlons-nous ? Des trois premiers albums de Led Zeppelin, fraîchement remasterisés par Jimmy Page himself. Faute d'arriver à embarquer ses camarades de l'époque dans une tournée revival dont la fructuosité financière n'était pas à mettre en cause (mais ont-ils encore besoin de plus de fric à leur âge avancé ? Robert Plant se la pète grâcement dans des évoluments folk/new âge avec - entre autres - Allison Krauss dont la compagnie doit lui paraître plus agréable que celle du vieux renard et John Paul Jones, d'un claquement de doigt revient sur le devant de la scène quand il veut avec les Them Crooked Vultures, tardive mais jouissive revanche), il ne lui restait plus que cette carte, déjà froissée, ressortie deux fois : remasteriser le Zep. Pilonner l'idée par là-même, que seul lui pouvait, peut et pourra le faire. Car Jimmy détient toutes les bandes. Jimmy est le Maître du Jeu, même si plus personne ne semble s'intéresser à tout ça. Mais on imagine clairement que Jimmy détient des billes chez Atlantic Records et qu'on l'appelle Monsieur, et que, comme on sait qu'une n-ième réédition des albums de Led Zeppelin ne devrait a minima pas faire perdre d'argent à la boîte, on laisse faire. On n'oublie pas.
Alors quoi, qu'en est-il, au final ? Evidemment je tremble de crainte car vu l'âge avancé de Sir Jimmy Page, y'a bien des chances qu'on touche là les dernières rééditions gravées de son sceau. Qu'avait-il donc dans les larges poches du manteau qu'il arborait en 1971 ? A la demande générale, on l'a dépouillé des manuscrits d'Aleister Crowley. Ce chien noir venu, post-mortem lui rendre visite pour le quatrième album et le gratifier du morceau définitif.
C'est là que le bât blesse. Entre quelques miettes de speculos, souvenirs d'un cafe latte à Palerme en 1973, à bien chercher, il n'y a plus rien. Entendez par là, une remasterisation du disque, et un deuxième CD qui ne sert à rien. Si ce n'est à dire, voyez-vous, on était parfois pas bons. On n'y est pas toujours arrivé. Ou, à l'inverse, si vraiment on leur veut du bien, voyez-vous, même les premières versions, là, elles avaient déjà le truc.
Le problème étant qu'on te croit sur paroles, Jimmy. Sais-tu qu'on a tous déjà des dizaines de pirates, en vinyle, CD ou mp3 qui nous ont raconté ce que tu éventes à peine ?
Alors, non, bien sûr, il y a le concert à l'Olympia de 1969, qui sert de bonus disc au Led Zep I. Salaud de ta race, quand même. Après avoir hurlé à qui mieux-mieux durant ta grandiose carrière qu'il n'était pas question que Led Zep joue en France parce que le son des salles était trop pourri, tu en fais aujourd'hui un argument de vente ? Et qu'est-ce qu'on fait, nous, maintenant ? On hurle cocorico ? Désolé, t'es passé 15 jours après le FN et les cocoricos, ça va comme ça ! Et c'est pas ceux qui se sont tapé des voyages à Knebworth qui viendront aujourd'hui te pardonner de ton mépris légendaire (on parle bien de légende, là, non ?)
Alors quoi, le remastering ? A l'heure du mp3, franchement, on s'en bat l'oeil. Et pour le reste, un minable lecteur CD étant à même de reproduire les mêmes octets qu'une platine Pionneer, ne reste guère que la présence d'un éventuel ampli Harman-Kardon dans le salon pour se faire pipi dessus en écoutant la nouvelle dynamique du son... Super cool, on va se défoncer dans le salon au risque de péter l'écran plat en jouant de l'air guitar sur Whole Lotta Love ?!!
Oui, je sais, je suis méchant. Mais quand on ne pense même pas à rajouter Hey Hey What Can I Do sur la réédition du Led Zeppelin III, seule face B de 45 tours historique, je dis que voilà vraiment un travail mal fait, en plus que d'être inutile.
Tu vois, Jimmy, j'ai passé un excellent week-end avec des amis, on a branché la platine vinyle, on a enchaîné les versions 45 tours de Whole Lotta Love, Immigrant Song, Rock'n'Roll et Black Dog, et crois bien que tout cela n'avait rien de remasterisé, même que je me suis fait la réflexion que Black Dog, le disque est en sale état. Mais on s'est éclaté comme des vieux cons que l'on est.
Qui n'en ont rien eu à foutre de ces rééditions de tout le week-end. Et qui, de retour dans leur quotidien aussi minable sans doute, voire pire, que le tien, n'en auront encore moins à foutre à l'avenir.
Oh puis au risque de continuer à être méchant, et même si cela n'a jamais été l'objet de ce blog, faisons-la façon 50 millions de consommateurs : A part les disques originaux, qu'on écoute de toute façon le volume à fond, et dont on se fiche donc de la remasterisation, qu'y a-t-il en plus ?
Led Zep I : OK, le concert à l'Olympia, Led Zep dans ses vieux jours et sa belle énergie. Euh... vous nous aviez pas déjà fourgué un DVD et une compile des BBC sessions dans lesquelles on avait déjà compris tout ça ? Allez, peut-être bien le disque à racheter s'il en faut un pour se persuader que c'était pas la peine.
Led Zep II : Alors là, au niveau bonus disc, on touche le fond. Sauf à éjaculer sur place parce que Robert Plant ne place pas ses Baby baby baby comme sur l'original, je ne vois rien. Si ce n'est l'inédit La la (en version instrumentale, jamais finie), venant contredire le bel adage comme quoi Led Zep n'a jamais fait de la pop. En fait, ils n'y sont pas arrivés, et c'est très différent. Triste.
Led Zep III : Passons sur le fait que Hey Hey What Can I Do y aurait eu toute sa place, peut-être même en bonus en fin du CD1, on y découvre, outre les inutiles rough mixes, qu'il s'agit là d'un album non abouti. Visiblement, le Zep lorgnait du côté du country-rock (Jenning Farm's Blues) mais la flemme aidant, le concept face électrique/face acoustique s'est soldé par le Brown-Yr-Aur-Stomp qu'on connait, tant pis pour Johnny Cash. Tant pis pour tout le monde, car franchement, ça sent le laisser-aller et la prétention à tous les étages. Les rough mixes d'Immigrant Song et Celebration Day ne font que nous rappeler que ça ne tient pas la route face à un Whole Lotta Love. Seule vraie exclusivité, ce medley Key To The Highway/Trouble In Mind, avec Robert Plant coincé dans la machine à laver comme dans (Hats Off to) Roy Harper, qui sentait déjà le remplissage. Ce qu'on pouvait prendre pour une idée passable de finir le disque avait donc été développée mais heureusement ignorée. Ca fout les boules, franchement.
Par pitié, ne touche pas au quatrième album, Jimmy. Laisse-le comme il est. Ne viens pas nous y coller des bonus dans lesquels tu te rate sur le riff de Black Dog. Franchement, ça n'a aucun intérêt, ça nous fait même pas rire. OK, on aura reparlé en 2014 de Led Zeppelin. C'est fait, c'est bon, au lit.
Edit : oh mais j'en rajoute. Ces Backing Tracks en bonus, elles seraient pas là des fois pour faciliter le sampling des groupes de rap ? Remettre au goût du jour un Thank You ou un Friends , ou un Bathroom Track via Rihanna ou - qui sait - les Daft Punk branchés analogiques une fois venus à bout de leur logique numérique ? J'en vomis mes dernières couleuvres...
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