J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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jeudi 13 janvier 2022

Joe Dassin : la totale (pas l'intégrale)

Inutile de tourner autour du pot. J'ai par le passé déjà posté un peu de Joe, et finalement, quitte à réactiver un peu ce blog, autant me lancer dans une oeuvre de salubrité publique : réhabiliter Joe Dassin, ou du moins essayer. Un projet en plusieurs épisodes, chronologiques essentiellement, des débuts à la fin (voire plus). Me pencher avec amour et respect sur son oeuvre, comme j'ai pu le faire en numérisant les vinyles de Gégé l'Andouille - également connu sous le nom de Manset par le passé. Tout semble les séparer : variétoche verdâtre d'un côté, branchouille casse-couille déprimé de l'autre, et pourtant, en cherchant bien, ce ne sont pas les points communs qui manquent : têtes de con tous les deux, exigents au niveau du son (hats off to Bernard Estardy), icônes des sixties (en mai 68, c'était un peu Animal On Est Mal vs Siffler Sur La Colline, et en 1975, on pouvait dans un même slow se mouvoir sur l'Eté Indien et Il Voyage En Solitaire). Fin de la délicate et dangereuse comparaison.

Joe Dassin, c'est la triste histoire du talent broyé par le show-business, pression à peine supportée par les excès du protagoniste qui le mèneront à un arrêt du coeur en milieu paradisiaque. C'est l'histoire du mauvais goût des programmateurs de RTL qui anéantissent un interprète hors-pair de choses délicieuses issues autant du folk que du rythm'n'blues sans jamais passer par le rock et le yéyé (une sorte de Van Morrison meets Guy Lux, quelque part). Vous avez dit country soul ? C'est ça. Merci JD Beauvallet et Nicolas Ungemuth de me passer l'expression.

C'est l'histoire d'une France trop nombriliste pour regarder ailleurs et qui prenait, à la grande joie des producteurs, pour argent comptant des reprises de standards anglais et américains comme s'ils sortaient de la cuisse d'Eddy Barclay. Mais aussi, à l'inverse, de belles trouvailles mélodiques sitôt phagocytées par des auteurs bien plus musicalement corrects (re-écoutez A Toi, pour entendre comment Gainsbourg va repiquer l'intro au Rhodes pour son Ex-Fan Des Sixties de muse). Johnny piochait dans le vivier rock'n'roll - de Chuck Berry à Bob Seger, Claude François ne jurait que par la Motown. Il fallait quelqu'un pour l'americana. Enters Joe Dassin. Jim Croce, Tony Joe White, Elizabeth Cotten, Lee Hazelwood, Pete Seeger, Tom Paxton, la liste est longue, j'abrège.

C'est l'histoire aussi, fichtrement bien troussée, d'un chef d'orchestre des plus doués, Johnny Arthey, qui mettra tout ça en musique de manière étonnante, même quand le matériel, lorgnant vers la discoîde Italie, sera des plus discutables. On se prélasse dans la finesse de la pop anglaise, un jour peut-être il sera temps de se regarder le nombril et de constater que dans la Phrance pompidolienne et giscardienne, on savait aussi être inventifs. C'était une époque où l'on réinventait la roue à chaque 45 tours. Joe n'était pas seul dans ce cas (un jour, il faudra songer à introniser Eric Charden au Panthéon), mais revisiter sa discographie sous cet angle (et oublier les textes un peu gnan-gnan - mais pas pires qu'un she loves you yeah yeah yeah) me paraît un bon début pour re-goûter à ces sucreries un peu indigestes mais dont on finit le sachet une fois ouvert.

Enfin, contrairement à d'autres chanteurs de variété (Alain Chamfort par exemple), on constate très peu d'efforts de réhabilitation en ce qui concerne Joe Dassin. Et ses deux fistons, malheureusement, détenteurs de l'héritage, le confinent dans des projets écoeurants : duos virtuels avec Hélène Seguara, remix avec les choeurs de l'Armée Rouge, c'est à vomir. Citons l'intégrale de 1995, les tables de la loi joliment emballées, et cette compilation que je vous propose en hors d'oeuvre : intitulée maladroitement Folk and Jazzy (pour être jazzy, on aurait aimé voir inclus Sunday Times ou La Violette Africaine, mais c'est déjà ça), elle a sans doute été confiée à un stagiaire de chez CBS et malheureusement destinée à une de ces collections "économiques" destinées à achalander le Super U de Brie-Comte-Robert plutôt qu'à faire la une des Inrocks. Qui ont, eux, en ces temps déjà loins (1993 par là ?), sortis un hommage à Joe. Depuis, silence radio, Joe est enfermé définitivement dans la case "ménagère de plus de 70 ans". Il est temps de faire bouger les lignes, à mon modeste, très modeste niveau.

Oh, tout cela sera bien sûr plus une histoire rêvée que bien ancrée dans la chronologie, modestement un peu à l'image des biographies d'un François Bon sur les Stones, Dylan ou Led Zep. Faute, notamment, de sources fiables. Mais si la légende est plus belle que la vérité...

...bref, j'imprime. Vous me suivez ?

The guitar don't lie

Edit : j'ouvre le livret de la compilation et... je me rends compte que c'est Jacques Plait lui-même, le producteur (on disait Directeur Artistique à l'époque) de Joe Dassin qui en est l'auteur et non un sbire inconnu. Ca me rend encore plus triste parce que visiblement même lui n'était plus en odeur de sainteté chez CBS et n'a pas pu donner à ce projet -un peu mal fichu - toute son ampleur. Il signe ici quelques notes, que je re-transcris et qui me semblent bien camper la situation :

Souvent on me demande "si Joe Dassin vivait encore, pensez-vous qu'il serait toujours une vedette ?" Et je réponds "Oui, sans aucun doute, car ce que Joe aimait par dessus tout, et où il était particulièrement impressionnant, c'était le Folk et le Jazz. A l'époque, peu de gens y étaient sensibles. Mais, aujourd'hui, le sens musical a évolué, et une grande foule de jeunes adorent ces deux styles. J'ai donc réuni dans ce CD les titres que Joe aimait, et que nous faisions (comme nous le disions) "pour le plaisir". Ce qui ne veut pas dire que nous n'aimions pas les autres... Ecoutez "Les Joies De La Cuisine" (au 2ème degré bien sûr !) et admirez le swing torride et l'humour qui s'en dégagent; l'émotion de "Mon Village Au Bout Du Monde" et le dépouillement de "Katy Cruel". "Folk And Jazzy", c'est le Grand Joe, avec sa voix unique, son swing, son intelligence, son phrasé, sa musicalité et sa diction parfaite.

lundi 3 avril 2017

Joe Dassin (four down, six to go)

Un peu pour me faire pardonner de mon poisson d'avril qu'Audrey a gobé alertement (attention aux arrêtes, Audrey), voici la suite de ma série des 10 artistes ayant le plus compté pour moi. Comme à chaque fois, y'a de quoi terroriser sa bande passante et gaver son disque dur. Ce post est pour toi, Audrey, voici donc non pas l'album de Joe Dassin que j'avais posté il y a des lustres, mais une presque intégrale. Je dis presque, parce que manquent ici ses nombreuses reprises en italien, japonais, espagnol... qui n'ont pas grand intérêt. J'y ai juste inclus celles de L'Eté Indien (dans la langue de Bismarck, c'est à mourir de rire), ainsi que quelques chansons originales éditées uniquement pour le marché teuton. Les reprises en anglais y sont, de même que, normalement tous les titres parus uniquement en 45 tours.

C'est donc une véritable caverne d'Ali Baba de 1,5 Go que je vous propose, à tous ceux que l'évocation du grand Joe n'effraie pas, et que la curiosité poussera à re-évaluer. Il y a évidemment à boire et à manger, du sublime au ridicule (le duo avec Carlos), et entre deux des choses qui vous tourneront la tête et le coeur - ou l'estomac - en fonction de votre état.

Le brave Konrad Lorenz démontra dans les années 60 ou 70, je ne sais plus, qu'un oisillon qui sort de l'oeuf prend le premier animal qui bouge pour sa maman. Entre Joe et moi, c'est exactement ça. Mes premiers babillements ont été zaï zaï zaï, quand Siffler Sur La Colline passait sur la radio paternelle, et jusqu'à l'âge de 10-11 ans je crois n'avoir rien considéré de plus essentiel que mes 45 tours du bigleux américain. De là, transition brutale vers Dylan et Zappa puis tout le reste, mais même lorsque les adolescentes hormones pustulaient sur ma face, je n'ai jamais vraiment tué le père, docteur, et à ce jour encore mon Oedipe penche vers l'auteur de l'Amérique.

J'ai déjà tout dit ce qu'il y avait à dire sur Joe Dassin : un passeur immense, malheureusement récupéré par la variété verdâtre. A partir de l'Eté Indien (1975), les perles se font rares, trop occupé qu'était son staff à dénicher le prochain tube qui tue, en raclant les bas-fonds de la variété italienne de l'époque. N'empêche, avant cela, dans la France de Pompidou, je ne vois guère que lui à avoir proposé du Johnny Cash (A Boy Named Sue), du Johnny Nash (Hold Me Tight), Joni Mitchell (Big Yellow Taxi), Stevie Wonder (Sir Duke), Gordon Lightfoot (plein), Ian & Sylvia (You Were On My Mind), Neil Diamoond (Crackling Rosie), et je passe sur les ratages (Bob Marley version slow de l'été, euh...)

On pourra bien sûr lui reprocher de n'avoir pas été un chanteur à texte. Lui même s'en défendait, arguant qu'il était bien plus difficile et valorisant de trouver la chansonnette qui mettrait du baume au coeur de milliers de personnes plutôt que d'ânoner des revendications politiques pour une minorité en pull en chèvre. Plutôt d'accord, en fait. Et Brassens même s'amusait de ses Dalton. Et Dassin avait sauvé la mise de Bobby Lapointe. Et juste avant de claquer, le Joe s'était juré de laisser tomber tout ce cirque pour ne plus chanter que ce qu'il aimait, du country-blues à la Tony Joe White.

Alors au-delà des tubes, qu'on pourra compiler pour sa prochaine fête entre collègues de boulot à la Tranche-Sur-Mer, je vous invite ici à piocher dans le bizarre : les chansons inconnues des compilations, les faces B. Les pépites sont légion. Textes un peu con-con, mais arrangements à tomber. Un Peu De Paradis, La Chanson Des Cigales, Le Roi Du Blues, Ton Côté Du Lit, ces choses-là...

Alors encore désolé pour la blague, Audrey, ceci - promis - n'est pas un poisson d'avril.

Attention, le lien wetransfer ne fonctionnera qu'une quinzaine de jours, récupérez tout ça très vite, même si cela se trouve facilement chez nos amis russes...

mardi 15 janvier 2013

#155 : Joe Dassin "Joe Dassin"

Avis aux amateurs d'Adamo(u) !... Ca devrait vous changer du tricot à mémé ! Le Grand Joe à son apothéose, matant le félin sur la voie ferrée d'un air crâneur vous envoyait tout les Salvatore voir ailleurs s'il y était. Et pour cause, l'Artiste ne balançait pas moins, en ce début des années 1970, que des reprises de Neil Diamond (Au Bout Des Rails, C'est Bon L'Amour), Johnny Cash (Un Garçon Nommé Suzy), Joni Mitchell (Le Grand Parking), et avec tout ça, ma bonne dame, des tubes imparables comme La Fleur Aux Dents, L'Equipe A Jojo ou encore L'Amérique, dans laquelle son génial chef d'orchestre, Johnny Arthey (chantera-t-on jamais assez le talent de cet homme-là ?), aura la géniale idée de booster la chanson de Christie avec des cuivres pas piqués des vers.

Et, s'il vous plaît, placé tout à la fin. Alors même que presque tout le monde ne savait pas comment finir un disque qui se traînait royalement sur deux longues faces, Joe assommait tout le monde.

Ce disque est le disque d'une génération prête à bondir. Le fruit d'une connaissance parfaite et d'un amour immodéré pour ce qui se passait là-bas - certes côté mainstream - en Amériiiqueuuh ! A destination du juke-box du coin, pas du chroniqueur de chez France Inter. La France, elle, découvrait médusée un artiste de variété de grand talent. Quelques initiés découvriront encore aujourd'hui, je l'espère, un gars assez intelligent pour traduire ce qui venait de là-bas avec un amour immense de la chanson bien troussée.

Et pour les chanson originales (La Fleur Aux Dents, L'Equipe A Jojo), je connais des centaines de Jean-Louis Murat et autres Dominique A qui en rêvent la nuit. Tout dire en 2'30, passer à la radio et laisser tout cela dans le coeur des gens pendant des décennies, même Clo-clo n'y arrive pas. Estampillé disco un coup, revival Podium une autre fois, on ne peut s'empêcher de dater ses chansons.

Joe, lui, arrivait même à faire rire Brassens.

Joe, lui, a produit Bobby Lapointe.

Et puis combien de groupes ai-je vus, tenter de se trouver amusants à reprendre Siffler Sur La Colline - pas présente ici, mais bon, version punk, version cabaret façon Têtes Raides, ou même façon raggamuffin-unplugged (rappelez-vous ce bon vieux Manu Chao, son Clandestino directement piqué là-dessus), et puis peu importe.

Ce fut un temps ou, entre Brassens et Ferré, il n'y avait pas besoin d'être Adamo pour se la péter. Adamo couinait au fond de sa niche, Joe Dassin brillait de mille feux.

Bref, bref...

Je ne peux que vous inviter à écouter entre les tubes (mis à part La Luzerne, qui craint vraiment beaucoup, heureusement pour Adamou (ça rime)), pour comprendre qu'il y avait matière, largement, facilement, à mettre en valeur quelque chose d'indomptable, entre Tony Joe White et Marcel Zanini, entre Brassens et Eddy Mitchell.  Avec cette superbe, avec cette classe désuète aujourd'hui. Avec ce putain de talent, qui laisse rêveur. Sans voix.

Un Cadeau De Papa.


samedi 4 février 2012

#114: Joe Dassin "Elle Etait Oh..."

J'ai reçu un message aujourd'hui à propos de mon post sur Joe Dassin. Un amoureux transi a créé un véritable blog (site), digne de ce nom, pour les extrémistes de l'homme au costume blanc. Rempli de pub inutile, mais quand même, saluons l'effort. C'est ici :

http://discographiejoedassin.blogspot.com/

 Alors évidemment, évidemment, je n'ai pu que repiquer au truc. Constater des petites erreurs manifestes, titiller, savourer, rêver de ce 33 tours canadien reprenant tous les premiers singles, véritable serpent de mer enfin identifié. Et reécouter Joe. Tant de trucs qui reviennent. Ca gratte jusqu'au fond de l'enfance, de Siffler Sur La Colline, en 45 tours, que mon papa m'avait acheté et dont il m'avait fait la surprise. De ces petits riens tellement essentiels que 40 ans plus tard ils vous marquent d'avantage que toute la tristesse du monde et les petits bonheurs à suivre.

Alors évidemment,  évidemment, compulsif que je suis, je poste un deuxième Joe. Un album véritablement superbe, un flop à l'époque (un seul tube : Elle Etait Oh !). Un album plus que courageux après les premières scies (Les Champs Elysées, L'Amérique, etc.) qui l'ont menées à la gloire. Rythm'n'country blues en diable, un Rhodes dégoulinant pratiquement tout du long, des arrangements audacieux pour l'époque et pour toujours.

Où que le train t'emmène
D'aussi loin que tu reviennes
Tu me reviendras il le faudra bien

...Ca attaque grave par cette Ligne De Vie, avec ses choeurs gospel et sa mélodie imparable, un texte un peu simplet mais tellement bien chanté qu'on y croit. Le meilleur titre de Joe, pas moins. Et la suite est tout aussi délicieuse.

Un Miossec ou un Daniel Darc ou encore un Patrick Eudeline nous balanceraient aujourd'hui La Mal Aimée Du Courrier Du Coeur qu'on crierait (à juste titre) au génie. Et ici, très peu de reprises. Un Gordon Lightfoot merveilleux (If You Can Read My Mind - ici Si Tu Peux Lire En Moi, avec ici des cordes qui pleuvent des larmes), repris par Johnny Cash dans son avant-dernier disque sépulcral et oublié par les Papillons Noirs dans leur gigantesque compilation des Originaux de Joe - on ne lui en voudra donc pas.

C'est franchement délicieux. J'entends, ce mélange de cuivres, de guitares sèches, de sitar électrique (oui !). Et le gars chante comme un dieu. Les overdubs de voix sur Bye Bye Louis sont un délice. A peine Le Chanteur Des Rues est-il franchouillard, quoique hippie dans l'âme... Et les chansons légères sont drôles sans être comiques, flirtant avec bon goût (Allez Roulez, let it roll, quoi ! Tudieu ce solo de piano électrique là-dessus !) entre cynisme et second degré (Les Joies De La Cuisine)... Et il y a même une chanson engagée, critiquant vertement - en 1970 - les régimes sud-américains (Le Général A Dit). C'est dire... Bon, il y a bien un peu de daube (Sylvie, Pauvre Pierrot... et encore) mais il se fend quand même, avec l'aide du sinistre Pierre Delanoë d'un vrai/faux morceau country/folk (A La Santé d'Hier) qui aurait mérité d'être repris par Johnny Cash avec bien plus de succès que la daube à Clo-Clo milliardisée en dollars par Sinatra.

Et puis ce tube... Elle Etait Oh !... Je ne m'en suis jamais remis. Enfant, j'adorais, adolescent je respectais, quarantenaire je reste sans voix devant un tel arrangement. Riff imparable et éternel, orgue qui dégouline, basse électrique, voix de basse du bigleux mêlées dans le break, une histoire d'amour dans un train (les plus belles), et la section rythmique qui te fait le RER comme si tu y étais... Et les cuivres qui pètent fièrement, presque (presque, faut pas pousser quand même) comme à Muscle Shoals. Da da di da da da doo dam deh ! Gimmick qui tue. Et la stéréo, grossière, de l'époque, qui enfonce le clou : Cuivres d'un côté, guitare de l'autre. Blaam !!!

Evidemment, l'album fera un four. Le succès du précédent était tel qu'on a dû oser faire confiance au bon goût de Joe, ça ne sera plus le cas par la suite. Obligé de faire le clown ou le crooner en fonction de l'orientation décidée par la maison mère, il en crèvera. Aura juste le temps de se faire un album avec Tony Joe White avant la crise, cardiaque en ce qui le concerne.

Joe Dassin, c'est l'histoire d'un talent gâché, d'un gars plutôt doué, comme il y en a cent mille en Amérique et mille fois moins dans une France cent fois plus petite, qui a cédé aux sirènes de la gloriole du samedi soir avec Maritie et Gilbert Carpentier. La coke en coulisses, le sourire éclatant face à la France de Pompidou. Il y en a plein d'autres. Lui a joué la carte de la démission artistique. Ca n'est ni moins ni plus plus glorieux que celle de l'intégrité. C'est juste le produit, dans l'overdose, qui n'est pas le même.

Bye Bye Louis...

dimanche 2 octobre 2011

#44: Joe Dassin "Blue Country"

Encore un peu de ping-pong avec l'ami devant, qui a accédé à mon rêve le plus fou : me fournir la compilation des originaux interprétés par Joe Dassin, compilation qui rend un hommage singulier à l'homme au strabisme ravageur et au costume blanc de nos franchouillardes années télé. C'est une merveille, qui s'écoute sans embrouilles (à part quelques spaghettis ritals peu digestes) même si l'on ne vénère pas Joe avec dévouement, ce qui me laisse sans voix et triste comme une soupe sans moustaches, mais que je peux malheureusement comprendre.

OK, avec Il Etait Une Fois, ça fait deux écarts presque d'affilée, mais l'émotion m'étreint, j'ai pas pu faire autrement que de poster un Joe. Me suis retrouvé devant l'intégrale avec cette grave question : Lequel ? Sache que tu ne peux raisonnablement pas gonfler les quelques personnes qui suivent ton blog avec une quinzaine de posts, choisis bien...

Alors j'ai choisi son dernier album. Pas le meilleur, mais le plus émouvant. Un copain martiniquais m'avait raconté, il y a longtemps, avoir vu Joe Dassin affalé au bord de la piscine d'un hôtel, là-bas aux Antilles, complètement cramé, qui lui aurait raconté qu'il en avait marre de faire de la merde, que tout ce business le gonflait. Anecdote véridique ? il me plaît de le croire. Fan de folk, country blues et variétoche US de qualité, Joe a définitivement dévié vers les sirènes du Hit-Parade glauque après l'Eté Indien, tube improbable alors qu'il était au creux de la vague malgré un album riche en références bien senties . D'une sorte de Lee Hazlewood francophone, il est passé au statut d'interprète de slow libidineux italiens pour ménagère de plus de 30 ans, parce qu'il était là, le pognon, en 1975.

Jusqu'à cet album, Blue Country, son dernier. Joe avait décidé de claquer la porte et de (re) faire ce qu'il aimait. S'est payé Tony Joe White en session man de luxe (quand même !), a enregistré une bonne huitaine de ses titres, une reprise de Clapton, une de Jim Croce, et une compo à lui, Le Marché Aux Puces. Et avait décidé que c'en était fini de la bouse et des ritals, qu'il poursuivrait sur ce chemin. Suicidaire commercialement, mais salvateur. Il fut donc assassiné par le FBI, la CIA et le KGB qui ne l'entendaient pas de cette oreille, comme Jim Morrison, comme Amy Whinehouse, comme John Lennon et tant d'autres : l'étude de marché était sans appel. L'artiste qui pète un câble  et qui ne sortira plus rien de rentable rapportera plus mort que de son vivant. Une soi-disant crise cardiaque aura donc raison du bonhomme, et de ses velléités à revenir à ce qui avait fait le charme de ses débuts.

Sauf que... c'est Tony Joe White lui-même qui reprendra Le Marché Aux Puces à son compte pour transformer la triste ballade en l'immense The Guitar Don't Lie (que notre Johnny Sanshyday national reprendra sous le titre de La Guitare Fait Mal - c'est sûr, Jean-Philippe, si tu t'y prends comme un manche...). C'est l'ultime hommage que le pauvre Joe aura connu de son vivant : repris par son idole, mais qui ne se ferait pas pipi dessus à l'idée d'entendre sa chansonnette magnifiée ainsi ? Et même, la version française ici présente me tord les boyaux avec son texte doux-amer sur les effets que le temps affecte à toute histoire d'amour. C'est moins brutal que Manset, mais c'est pas tout à fait faux, malheureusement.

Alors, comme disait George Michael, listen without prejudice... La voix de Dassin est certes un peu plus veloutée, ma louloute, que celle de Tony Joe, mais ça le fait. Tout n'est pas inoubliable, mais, au hasard, La Saison Du Blues (The Change) vaut son pesant d'alligators façon Chalet Brandt, et le Joe ne s'en sort pas si mal, voir pas mal du tout, avec sa version de Polk Salad Annie.

Désolé pour ceux qui attendaient l'Yves Simon du dimanche soir, et méditez dans votre déception bien compréhensible que la frontière entre la variété et la chanson française de qualité validée comme telle par je-ne-sais-quelle instance est parfois ténue, et que, comme pour Victor Hugo, parfois se cache un diamant dans un sac de cailloux. Merci mille fois à devant, once again, c'est trop beau ce cadeau, et faites péter les watts. Joe Rules !!!

Faut pas faire de la peine à John...