J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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vendredi 23 novembre 2012

(Hats Off To) Robert Plant !

Tiens, tenez, vous tous, pendant que je râle sur le live de Led Zeppelin, que je le considère comme un non-événement, parce que bon, tout bon-bon qu'il est, ça s'est passé il y a déjà cinq ans, et que je me prends une salve de commentaires sur la qualité de la chose, la légende et tout ça, un pote à moi, Robert Plant, semble corroborer mes dires. Comme l'ami Lyc l'a déjà posté, je vous renvoie vers lui.

Quoi que c'est ?

Ben, tout simplement un joli coup dans les mollets de ce passéisme ambiant, de ce pétard mouillé (chacun ses goûts, j'ai personnellement horreur des pétards mouillés). A l'heure où le dirigeable tente de briller de mille feux sans plus personne au contrôle, Robert, mon pote, balance un live enregistré en 2012, pile-poil au même moment. Je me permets ici de paraphraser notre Grenouille à Grande Bouche, Jean-Louis Aubert : Live = Vivant. Ca va pas tournebouler l'oeuvre de Kant, Lacan et Spinoza réunis, on est d'accord, mais n'empêche que l'ami Robert montre de quel bois il se chauffe et surtout du fait qu'aucun feu ne brûle plus pour justifier l'Affaire du Dirigeable.

OK, Black Dog ne s'enflamme pas, s'embourbe dans les branches vertes d'un bayou dont on n'a jamais fait de grands navires ni a fortiori de grands machins volants. Tout cela finit même World Music à un point tel que même Peter Gabriel serait capable de louer un Falcon pour tapoter sur un tam-tam pendant le final. Heureusement que Jean-François Copé a repris les rennes de l'UMP et que le petit Nicolas n'est plus au pouvoir, on évitera au moins ça.

C'est pas innocent, l'ami Robert reprend ici également le Ramble On dont personne (à ma  connaissance) n'a jamais eu rien à carrer. Avec autant ou aussi peu d'intérêt que sur l'objet sensé briller sous l'arbre païen de Noël. D'un point de vue symboliste, c'est quand même un joli coup de pied au cul à cette pièce montée que constitue le Celebration Day de qui-vous-savez.

D'autant que le vieux Robert ose s'aventurer du côté de Cream (enfin, de Willie Dixon, on est d'accord, mais pas le morceau racheté à grand prix par le Zep), osant un Spoonfull barré trip-hop, sur lequel on pourra glauser mais qui a au moins le mérite d'exister. Aujourd'hui. Et ça finit quand même joyeusement dans un gumbo que n'ont pas osé qui-vous-savez il y a cinq ans. Witchdoctor enfonce le clou. Gris-gris Gumbo Ya-ya. La sauce est bonne.

Et puis on appréciera le medley : Whole Lotta Love balancé dans un même parmentier que Who Do You Love. Genre, c'est l'heure des vieilleries. Je serais méchant, je dirais c'est ton heure, Robert. Mais j'applaudis, et je dis que tu as bien raison d'aller de l'avant, même si tout cela ne révolutionnera plus rien du tout. Même si je doute sur le fait que cette coloration world à la noix soit pertinente, tu as su être plus mesuré et moins caricatural qu'ici. C'est aussi une triste façon aussi d'admettre que tu ne sais plus monter dans les aigus comme avant, vu les arrangements. Mais qui s'en plaindrait en 2012 ? Le changement, je sais pas si c'est maintenant mais maintenant, il en reste un, toi.

Culot suprême, tu finis par Rock & Roll, comme sur l'Objet. Et là, je t'aime, mon pote Robert. Rendu obsédant par ses raffales de violons, tu rappelles que le petit ballon avait vocation à innover. Pas à draguer la caissière du supermarché.

Hatts Off, donc, Robert. Is it amazing, 44 years later ? Oh yeah !

L'album est chez Lyc, ça doit encore être ouvert à cette heure-là.


mercredi 26 octobre 2011

#64: Jimmy Page & Robert Plant "Walking Into Clarksdale"

Voilà un album largement sous-estimé. Mais comment, à l'inverse, estimer à sa juste valeur le come-back osé (que des compos !) de Page & Plant après les magnificences originelles de Led Zeppelin, et surtout après l'album de retrouvailles semi-unplugged (No Quarter, présent chez Jimmy), défrichant des airs connus dans des arrangements royaux (l'immense version de Kashmir, rien que ça...).


Face au succès largement mérité de leurs premières vraies retrouvailles en 1995, faisant suite à des errements dont la décence nous interdira le rappel ici, Zozo et la Plume décident donc de remettre le couvert en 1998, pour un album ambitieux et aventureux (reprenant, certes un peu moins énergiquement, les choses là ou Physical Graffiti et Presence les avaient laissées). Four garanti, évidemment. Pas de remix de Stairway To Heaven, rien à quoi se raccrocher si ce n'est, pour les plus férus, cette envie de suivre les deux génies hors des sentiers battus, une fois encore, sait-on jamais ? Mais pour les autres... Avant l'ignoble In Through The Outdoor, Led Zeppelin s'était envolé vers des contrées difficiles, rigides et sans compromis. Et c'est là qu'on les retrouve.

Malgré une brève intro acoustique, Shining In My Light ne laisse aucun doute quant à ce qui va suivre. Rythmique tarabiscotée à la... on n'insistera pas, pauvre Bonzo... sertie de cordes arabisantes, et la gibson qui envoie le riff... Et le reste suit gentiment (When The World Is Young et son refrain doré aurait pu fonctionner en 1975...). Problème, Plant manque un peu de voix et Page, lassé de planter ses soli, se concentre sur des accordages tarabiscotés pour envoyer ses nappes venues d'ailleurs. Et ce ne sont pas les quelques loops (Most High, House Of Love) qui suffiront à assurer une quelconque modernité à l'album. Même si, encore, Most High... waouh... mais bon tant pis.

Face donc à un monde inconnu que les moins de 20 ans à l'époque n'avaient pas envie de connaître, et en retard sur leur temps, Page & Plant ratèrent le coche.

Et pourtant, encore une fois... Ecouté juste après Presence, l'imaginant sorti juste après, on tenait là un truc qui aurait pu les faire vivre un bout de temps encore... Sons Of Freedom, avec son petit côté Immigrant Song, aurait fait une excellente intro pour la tournée Led Zeppelin 1984. Qui aurait pu, à juste titre, toiser les autres stars du moment de haut et jouer à guichets fermés, comme d'hab'.

Ironie du sort, Plant reprendra Please Read The Letter avec Alison Krauss, sur son merveilleux Raising Sand qui connaitra le succès dix ans plus tard... Ten Years Gone... Tellement de succès que Plant refusera catégoriquement de partir en tournée après le concert de reformation de Led Zep à l'O2, parce que pris par des engagements avec la belle Alison... et on le comprend.

Que bref, voilà un bien bel album à redécouvrir, même si Robert Plant (déjà) baisse d'un ton et que Jimmy Page n'est génial que dans les parties rythmiques, encore une fois ses envolées en open-tuning ésotériques sont à re-estimer sur cet album. De même qu'une ambiance moite comme celle de Heart In Your Hand. Eux qui ont tenu les années 70 dans le creux de leurs mains, dictant la prochaine mode et imposant la marche à suivre jusqu'en 1977, les voilà ici complètement submergés par la vague electro qu'ils ne tentent que trop timidement de séduire par instants, via quelques bribes un peu world music (beurk, ce terme, quelle horreur). Leur éventuel avenir, proposé dans cet album courageux, ne saura pas intéresser grand monde. Dorian Gray rattrapé par l'image de son portrait, on connaît...

Oh, je ne prétends pas vous faire redécouvrir l'album du siècle, mais quand même. L'os, ici balancé, méritait d'être d'avantage rongé qu'il ne le fut à l'époque par les adeptes. Il y restait de la chair. Du sang, de la sueur, et beaucoup de larmes aussi, malheureusement ("Walking into Clarksdale, trying to keep my friends alive"... no comment).

Please Read The Letter...