J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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mardi 9 octobre 2012

# 139 : Téléphone "Crache Ton Venin"

Merci à Jimmy d'avoir balancé presque coup sur coup, Marie & les Garçons et Ici Paris. De bons souvenirs. Des souvenirs tellement vieux qu'au mieux on oublierait presque, et qu'au pire on détesterait, Téléphone à ses débuts. C'est sûr que c'est pas hype, Téléphone. Trop de Cendrillon sur la bande FM, auto-sabordés le temps d'un slow minable (Le Jour S'est Levé), Aubert couinant par la suite à qui veut l'entendre des chansons propres sur elles, Bertignac traficotant avec la future-première dame de France avant que de se redécouvrir un vilain penchant rock'n'roll préfigurant le retour du PS, bref, c'est pas bien beau tout ça, on est d'accord.

N'empêche.

Crache Ton Venin.

Quelle putain de claque à l'époque. Disque dangereux. La caissière de chez Carrefour s'amusait toujours à sortir la pochette intérieure et vérifier à la fois l'état du disque et l'absence de single coincé dedans, sait-on jamais. Et quelle pochette intérieure... gros risque, donc, d'acheter ça avec papa/maman à 12 ans. Connaissait-elle ce disque ? Va savoir... le passage à la caisse s'est bien passé.

Et quelle putain de claque !

Faits Divers, Crache Ton Venin, Un Peu De Ton Amour... en plein dans la figure ! Sans parler de La Bombe Humaine, seul moment de répit en fin de la face A, finissant avec la même violence qu'un Stairway To Heaven, le reste étant dévolu a un putain de rock'n'roll sans fioritures. Pas la moindre trace de guitare acoustique, pas de faiblesse. Au pire, un relent de Chuck Berry survitaminé un peu facile, au mieux, une belle décharge d'adrénaline.Out, Genesis, Supertramp et consorts. Une putain d'envie d'avoir une guitare, électrique, bien sûr. Des power chords comme s'il en pleuvait. Un superbe album pour adolescent boutonneux introverti, un super groupe pour ceux qui, déjà, larguaient les amarres en 6ème pour choisir l'herbe et la bière. Le punk en Meurthe-et-Moselle disponible au Prisunic.  Avec la voix de fluet de l'Aubert de service rendant tout ça merveilleusement androgyne, bizarre, décalé, fragile... dangereux, quoi ! Pas trop, pas suffisamment peut-être, mais bordel ! Je pense à eux à chaque fois que je plaque un mi majeur sur ma telecaster.

Evidemment, les andouilles à la voix bizarre fleuriront par la suite. Du Saez d'aujourd'hui au Murat d'hier, le décalage sournois et malsain des Téléphone portera ses fruits pourris dans les business plans d'Universal. Alors que les Ici Paris, Kas Produkt et autres resteront branches plus ou moins mortes. Oui, c'est sûr, c'est bien triste ma pauvre dame. Mais de là à renier ce putain d'album, non, non, non.

Production brute de coffre, sèche, tranchante, Martin Rushent, c'était pas lui qui s'était occupé des Stranglers et des Buzzcocks ? Oh et puis qu'importe. Un album qui ne sonnait pas frenchy dans ces années-là, guitares méchantes et sans concession, que demanderait de plus la jeunesse giscardienne ? Dans ta gueule, dans tes oreilles, dans tes yeux, ça promettait grave. Oh et puis cette version live d'Un Peu De Ton Amour sur le double 45 tours à paraître...

Bien sûr, les promesses n'engagent que ceux et celles qui y croient. On y croira encore un peu, le temps d'une ou deux chansons, Au coeur de la Nuit, Fleur De Ma Ville, et puis, vaguement contents d'avoir choisi le bon bourrin quand Argent Trop Cher passera en boucle sur Platine 45 et puis...

Tu vas me manquer...