Live 1975 - The Rolling Thunder Revue - Bob DylanPosté par Everett W. Giles
Morceau fétiche ici : tous, mais bon, allez... Never Let You Go
Voilà un groupe que j'aime. Et pour cause. Malgré mon grand âge, j'ai participé au festival Garorock à Marmande l'an passé. C'était cher, la bière n'était pas bonne, je me suis senti vieux à devoir supporter Ben l'Oncle Soul(e) sous le hurlement des midinettes, et j'ai pleuré secrètement quand The Sreets, dont c'était le dernier concert et ma raison même d'être là a joué dans l'indifférence générale, tout le monde attendant Tiken Jah Fakoly pour fumer un joint en cachette après avoir téléphoné et rassuré papa et maman.
Heureusement, la Jim Jones Revue a joué ce soir-là sur une petite scène, et bien évidemment a mis le feu. La bière a perdu son mauvais goût, j'ai retrouvé ma belle jeunesse, celle du soir où j'avais vu, dans des conditions similaires, les déjà-vieux Fleshtones allumer la campagne Gersoise avec une foi sans pareil.
La foi, c'est tout ce qu'on attend d'un concert. Le bonheur de voir et d'entendre des gens jouer comme si leur vie en dépendait. J'en ai rêvé, Jim Jones l'a fait. J'ai pris une claque magistrale, mon oreille gauche en a bourdonné pendant deux jours et c'est très bien comme ça.
Alors quand voilà un nouvel album de la Jim Jones Revue, plus rien d'autre ne compte. Je repeins la pièce de noir, j'égorge un poulet, j'allume les chandelles, et j'écoute.
It's Gotta Be About Me déboule, sale et méchant, ternaire et glauque, et bon dieu que c'est bon. D'emblée, on sait que ça va pas se calmer, on est dans le lourd, on va y rester pendant la petite demi-heure que va durer le disque. Le piano vrille la tête, les guitares sont poisseuses et Jim Jones éructe comme au bon vieux temps des Cramps ou du Jon Spencer Blues Explosion, avant que ce dernier vende son talent contre un sampler.
Never Let You Go, c'est du Bo Diddley à 200 à l'heure, avec un Jerry Lee Lewis derrière qui regarde les petites filles de l'assemblée, et la guitare qui rappelle que Led Zep, entretemps, est passé par là. Bref, un régal. Remettez-moi un coup de booze, et tant pis si le taulier y a versé de la mort-aux-rats, ça lui ôtera son goût de patate.
7 Times Around The Sun commence comme un Gospel vicelard. It may be the Devil or it might be the Lord, but you gotta have to serve somebody, chantait le Zim. Jim Jones a choisi. Et le Diable de danser le twist, fou de joie : il vient de trouver son prochain Robert Johnson, assurément.
Where Da Money Go reprend le boogie hirsute là où It's Gotta Be About Me l'avait laissé, pour lui tordre encore un peu plus le cou, avec ces guitares qui riffent derrière le piano épileptique. Blaaam !!!
Chain Gang fait peur, tout simplement. Pachydermique, englué dans un blues emplâtré qui ne décolle pas. C'est le morceau calme du disque, et il y a de quoi s'inquiéter si Jim Jones vous propose de danser le slow.
In And Out Of Harm's Way est sépulcral à souhait. Une armée de zombies dansant le mambo sur la tombe à Jim Morrison n'aurait pas moins d'éclats. Là encore, psychobilly à souhait, mazette, on n'avait pas entendu ça depuis... off... qu'importe.
Catastrophe porte bien son nom. Rythmique vicieuse comme le tout meilleur de Led Zep, hé oui, étonnament, le fantôme d'Aleister Crowley rôde sur ce disque comme au bon vieux temps des séances de spiritisme au manoir de Boleskine.
Quand la guitare se fait tronçonneuse comme dans Eagle Eye Ball, blues méchant qui vous scie la moëlle épinière bien délicatement, on ne peut que se laisser faire. Fais-moi mal, Jimmy. Encoore !
Mais c'est déjà la fin. Midnight Oceans & The Savage Heart, avec ses violons, n'arrivera pas à faire pardonner le déluge sonique qui l'a précédé. Nick Cave reprenant les Ronettes, genre. La guitare continue à larsener, tentant de se faire câline mais personne n'y croit.
Vous l'aurez remarqué, je viens de vous proposer une chronique "titre-à-titre". Comme on en lisait dans Best et Rock & Folk à l'époque où l'on attendait le nouveau Lou Reed pour essayer de rêver entre les lignes à ce que cela pourrait donner, et décider de l'acheter plutôt que le nouveau Dylan. Ces choses-là avaient grande importance à l'époque. Ah ma pauv' dame, on scrutait les moindres recoins de la pochette, on regardait le sillon du disque, et même, on en rêvait avant avec le magazine, avant que d'avoir recueilli les 38 francs 60 (code U, le plus fréquent) et que d'aller chez le disquaire avec des frissons partout en imaginant la déflagration à venir sur l'électrophone.
Voilà, c'était cette importance que je voulais accorder à ce Jim Jones Revue. Dans un monde parfait, au lieu que de simplement en profiter, vous vous le seriez rêvé, vous l'auriez attendu comme le Messie.
Et le Diable vous serait apparu.
Catastrophe