J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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dimanche 13 novembre 2011

#81: Britten Quartet "Leos Janacek String Quartets"

Ma deuxième incursion en territoire inconnu, la musique dite "classique". Perfusé au rock'n'roll depuis 1978, j'ai toujours eu du mal à sortir des sentiers battus (à la caisse claire et à la grosse caisse de préférence) du rock, du blues et du folk.

Evidemment, j'ai toujours accroché sur des trucs assez barrés, que ce soit dans le jazz (Coltrane et le Miles Davis de Bitches Brew) ou dans la musique classique (Bartok, Messian...), merci Zappa, MC5 et tant d'autres. A quelques exceptions près (Bach, Ellington...) bien sûr. Et je m'ennuie toujours  comme une carpe devant un manuel de physique quantique quand on me parle de Beethoven. J'y peux rien. J'ai pas envie d'ouvrir le bouquin et je reste muet d'indifférence devant la chose. Et je déteste les gens qui parlent de Beethoven. Ils ont souvent des lunettes, ils vous toisent de haut parce que vous écoutez toujours Led Zeppelin II et ils disent "ha c'est quoi ce truc !" quand ils voient mon banjo et ils sont abonnés au Courrier International de l'UNESCO qu'ils lisent, en plus, pendant que vous mettez le couvert. D'ailleurs, il paraît qu'ils sont tous pédophiles et qu'ils votent FN et fantasment sur Chantal Goya. Ca ne m'étonnerait pas.

Heureusement, je trouve des passerelles, parfois. Tenez, La Mort d'Orion de Gérard Manset, par exemple. Je l'ai découvert sur le tard, lors de la sortie CD, alors que je m'étais interdit Manset depuis déjà des années, pour cause de dépression aggravée systématique à l'écoute de Vies Monotones, par exemple. Et là, je suis resté scotché sur mon canapé, halluciné par les arrangements de cordes. Et j'ai lu l'interview des Inrocks, il parlait d'une Sonate à Kreutzer qui l'avait transformé. C'était les balbutiements d'internet, alors j'ai cherché des infos. Et je suis tombé sur un certain Leos Janacek. Et j'ai acheté le disque. Claque. Immense claque. La Mort d'Orion a pris la poussière sur l'étagère, du coup.

Alors je me dis qu'après un week-end de Wall Of Sound, un petit peu de quatuor à cordes vous ferait du bien. Surtout que sur cet album, outre la terrifiante sonate, figure également, merveille des merveilles, Pohadka, dont le premier mouvement renvoie Keith Jarrett et son concert à Cologne à Brie-Comte-Robert direct. Plus des sonates pour violon et le deuxième quatuor à cordes, mais bon, quand on touche au divin, on apprécie moins le génial.

A chaque fois que je l'écoute, cette sonate, je suis surpris par la modernité du truc, la richesse des harmonies, qui savent vous gratter la moelle épinière par leurs dissonances et aussitôt après vous caresser dans le sens du poil par l'accord majeur retrouvé. Ca me fait à peu près le même effet que Blind Willie Johnson, au hasard.

Bon, voilà, après, j'ai pas fait le conservatoire et je me dis que c'est bien prétientieux pour un néophyte comme moi de commenter ce genre de choses. J'écoute humblement, je m'éclate, et puis voilà.

Alors, si le post d'un béotien complet peut tenter quelques rockers irréductibles d'essayer ce genre de came, c'est tant mieux. Et si des étudiants binoclards du Conservatoire de Chaipasou cherchent désespérément du Janacek sur les blogs et tombent ici, et repartent avec le Phil Spector, c'est très bien aussi.

Et si tout le monde s'en fiche, ça ne changera pas grand chose à l'affaire et c'est pas grave.