Faisant suite au post de Mister Moods (sur la Caverne d'Ali Baba)
Nomadic Pursuits Yawning Man
Chanson fétiche ici : I'm A Man
J'ose ici l'improbable, même pour un blog Classic Rock, comme dirait Mister Moods. Je risque la réputation dont je n'ai que faire. Je m'en vais joliment et benoitement glorifier un album de Chicago, alors même que ce fut la curée ici même pour le dernier Cabrel, tellement vide mais moins indigeste que le quadruple live At Carnegie Hall des même Chicago. Alors, d'entrée, attention. On parle ici en fait de Chicago Transit Authority, hein. Ils s'appelleront certes Chicago dès le deuxième album, mais perdront bien plus que le Transit Authority. En fait, en terme de transit, ça constipera de plus en plus, ou - a contrario - ça fera chier tout le monde.
Qu'en est-il donc de ce machin : des jeunes diplômés du conservatoire s'éclatant comme des bêtes dans un mélange de pop-music, de rythm'n'blues et de jazz. L'équation impensable. Encore une fois, ça fonctionnera presque parfaitement le temps de cet album. Qui fera un carton, et laissera nos minous complètement désemparés. Oubliant le feeling, ils utiliseront leurs compétences en contrepoint pour continuer à fabriquer des double-albums aux pochettes toujours plus chiadées mais de plus en plus vides de sens. On peut, si l'on est courageux, tenter de les suivre jusqu'au Chicago V qui recèle encore ça et là quelques pépites. Au hasard, A Hit By Varèse. Mais dès Saturday Night In The Park, on sent que c'est fini. Leur album-pochette-en-chocolat avec l'immonde If You Leave Me Now sonnera la fin. Un truc comme ça est pire que la Centrale de Fukushima pour créer des mutants punkoïdes prêts à en découdre avec les dinosaures. Ce qui se passa, très exactement. Qui s'en plaindra ?
Voilà donc pour la biographie de ces gros nazes, qui avant d'avoir été gros et nazes ont un instant mis leur talent d'instrumentistes au service de ce premier double-album. Double, parce qu'ils en avaient des choses à jouer, et aussi parce que c'était la mode (Blonde On Blonde, Freak Out...). Ca jamme un peu de partout : des morceaux qui s'intitulent Introduction, autant dire que voilà, hein... Evidemment, il y a le tube inénarrable, Questions 67 & 68, pop à souhait, avec ses cuivres derrière et sa mélodie imparable. La patine du temps n'a fait que le magnifier, rendant même supportable le final très "La Croisière S'Amuse", qui préfigure l'horreur à venir.
Et surtout, dans l'intro (et beaucoup moins après, comme c'est prémonitoire), on entend un solo incroyable de Gibson SG, joué par le jeune Terry Kath que tout le monde a oublié mais qui, à l'époque, impressionnait même Jimi Hendrix. Le même Terry, hippie en diable, nous propose 7 minutes de Free Form Guitar, durant lesquelles il imite très bien une voiture, merci. Ah ben quoi, c'est le temps qui voulait ça. Rappelez-moi en quelle année Lou Reed a sorti Metal Machine Music ?
En revanche, le Terry, quand il envoie South California Purples ou Poem 58, plus personne ne bouge. Ni dans cette reprise immense du I'm A Man du Spencer Davis Group. Certes, rallongée à souhait, mais quand même, quel groove. Quelle putain de partie de guitare. Hendrix ne l'aurait pas mieux jouée. Et que dire de la longue impro de Liberation, par moments très Hendrixienne avant l'heure là aussi, morceau capté live et sans tricherie de surcroît ? Sans conteste, un guitar hero, comme on disait à l'époque, que ce Terry Kath. Bien bien meilleur que le petit Santana qui enflammera Woodstock.
Sauf que.
Sauf qu'on retiendra la section de cuivres, les arrangements un peu tarabiscotés, qu'on (= Columbia Recording Systems) leur intimera de reproduire jusqu'à plus soif (et plus faim non plus), parce qu'il y a une place à conquérir, et que Blood, Sweat & Tears (qui après un ou deux albums corrects sombrera dans la même mélasse) est sur le coup aussi.
L'avenir retiendra (?) de Terry Kath ses talents de mélodiste/compositeur, mais l'avenir surtout lui priera gentiment de baisser un peu le son de sa guitare, sauf pendant les rappels, sauf pendant I'm A Man. Qu'il jouera jusqu'à la lie, jusqu'à l'écoeurement. Tel le clown de service. S'est-il rappelé pendant ces moments que c'était lui qui avait fondé le groupe ? Que l'idée des cuivres, ça mettait du pep's à son rock cosmique ? Au début, oui, sans doute. Et puis après, les dollars, la coke et avec eux l'ennui se sont installés.
Et l'ennui, c'est terrible. Tellement ennuyeux que par un terrible soir de 1978, backstage, avec sans doute beaucoup trop de coke dans le nez (tenir deux heures à cocotter à la guitare en suivant, pas facile...), Terry perdit définitivement la partie à la roulette russe.
Ca a fait trois lignes dans les Télégrammes de Rock & Folk, Chicago a continué à sortir des merdes, ça n'a plus fait une ligne dans Rock & Folk, et c'est très bien comme ça.
Alors, listen without prejudice, comme disait l'autre. D'autant que c'est la (forcément) superbe réédition Rhino que je vous propose ici.
Pour Terry Kath, et pour lui seul s'il le faut. Il mérite bien ça.
Listen.
Update : il semblerait que 2 morceaux, et non des moindres (I'm A Man, Questions 67 & 68 soient en 128 k, chose intolérable ici (on est certifiés ISO 9001 ;o), merci iTunes !). Voilà donc l'update pour les clients exigeants, avec les excuses plates et confuses du taulier :
http://depositfiles.com/files/5e28kh41y
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
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vendredi 9 novembre 2012
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