25 juillet 1981, dans la Cité des Papes. Le Nouveau Prophète clôt sa tentative d'évangélisation de l'Europe par un dernier prêche. Mais le Malin ne l'entend pas de cette oreille. Deux personnes, dans l'assistance, mourront ce jour-là...
On dirait le début d'un polar façon Da Vinci Code, et pourtant, c'est à peu près ça qui s'est passé ce jour-là, à Avignon, lors du dernier concert de la tournée européenne de 1981 de Dylan. D'abord un gars meurt en s'électrocutant - d'où la fin abrupte de Slow Train - c'est donc bien un soundboard recording (Note du Bon Dieu : ah c'est Malin comme remarque !) - puis une fille se casse la nuque en tombant d'un mur.
Pour les jeunots, en 1981, Bob Dylan n'était pas en odeur de sainteté auprès de son public. Après deux albums gospel voire carrément catho (Slow Train Coming et Saved), une tournée désastreuse (financièrement) dans de petites salles des Etats-Unis à ne chanter que son nouveau répertoire devant un auditoire médusé et frustré, le Zim a décidé de mettre un peu d'eau dans le sang du Christ avant d'entamer un repentir international, précédant la sortie de Shot Of Love dans lequel le juif errant converti reborn christian daignera chanter quelques chansons laïques mais que les fans hard-core canoniseront par la suite (Lenny Bruce, In The Summertime, l'immense Every Grain Of Sand). Retournement de veste ? Nouveau Judas ? Que nenni : le message ici, est clair : Je ne vous ai jamais dit, chanté autre chose, saurez-vous l'entendre ?
Pour preuve, la lecture ésotérique de la set-list : Ca démarre par un Saved envoyé sur les chapeaux de roues, suivi d'un I Believe In You bien plus martelé que l'originel (oups, pardon, l'original), avec son orgue d'église qui sera proéminent durant tout le set, suivi de Like A Rolling Stone, dans une version à mon goût jamais égalée. Tout ça sans temps mort, ce qui est rare chez Dylan, qui ne s'est jamais gêné de faire semblant d'accorder sa guitare pendant un temps infini entre deux morceaux, le temps de retrouver l'inspiration, la pêche ou je-ne-sais-quoi. I Believe In You raconte l'histoire d'un gars rejeté de tous parce que croyant en... Dieu ? Quelque chose ? Like A Rolling Stone raconte l'histoire d'une fille paumée après avoir goûté au luxe et à la gloire éphémère. Effectivement, le message est clair. Intermède gospel chanté par une de ses choristes ('Till I Get It Right) histoire qu'on pige bien le message, et on repart du début : la Genèse, Adam et Eve chassés du paradis à cause du serpent (Man Gave Names To All The Animals). Condamnés à travailler et à souffrir pour trouver leur nourriture. A travailler ou ? Dans la ferme à...Maggie, bien sûr ! I ain't gonna work on Maggie's farm no more, nous lance-t-il sans transition sur le même ton. S'en suivent quelques exemples de l'errement des hommes face à la futilité d'un amour perdu (Girl From The North Country), d'une société sans espoir (Oh my God am I here all alone ? chante-t-il dans Ballad Of A Thin Man qui commence tel un prêche gospel dans une église noire du Bronx, impressionnant). Plus loin, The Times They Are A-Changin' (do you speak juste un peu english, frenchies ?) est directement suivi d'un Let's Begin sans équivoque. It's time to realise, well I'll try hard again, my new found friend...
J'arrête là, je pense avoir été assez convaincant pour prouver qu'en 1981, Dylan continuait sa route, sans se renier, complexifiant juste un peu plus son oeuvre avec ses nouveaux cantiques. Dylan a toujours cherché à intégrer l'inconscient (musical) collectif dans son travail, depuis ses débuts folkeux directement inspirés de l'Anthology of American Folk Music, en passant par les Basement Tapes largement décrits par Greil Marcus comme une tentative de re-création d'un univers populaire (une République Invisible, chansons destinées à être interprétées par les autres, pas par lui - je est un autre, disait Rimbaud - I And I chantera Dylan), la country (Nashville Skyline), etc. jusqu'aux chants de Noël récemment. Opportuniste ? Génial ? Sans doute les deux et plus encore.
Arrivons à la conclusion : un Blowin' In The Wind littéralement martelé avec rage, It Ain't Me Babe (genre "t'as toujours pas compris ??!!!") et un Knockin' On Heaven's Door (ben tiens ! Elle est facile celle-là) guilleret comme jamais, comme une Bernadette Soubirou en extase.
Toujours est-il que le voilà obligé d'expliquer, presque de marteler qu'il y a toujours deux façons de voir les choses - c'est la Table d'Emeraude d'Hermès Trismegiste, ce qui est en haut est en bas - et quand Bob Dylan s'énerve, ça le fait. Je dis ça pour le païen moyen que mes commentaires ésotériques et pompeusement dylanologues emmerdent à juste titre. A celui-ci je dis aussi que voilà un des sets les plus explosifs et passionnés du Zim, et de loin. Les choristes ne gâtent pas l'affaire, loin de là, un Fred Tackett à la guitare, un Tim Drummond à la basse (énorme) et un Jim Keltner à la batterie non plus.
Dieu soit loué (oups, pardon, encore une fois), quelqu'un était là pour capter le concert dans une qualité mirifique pour l'époque, et c'est à peine si nos oreilles chastes (je l'ai fait exprès, celle-là) et éventuellement pucelles du péché bootlegien, habituées au remastering d'aujourd'hui pourraient être gênées par le côté artisanal de la chose. Sinon, la version de Girl From The North Country est à tomber raide, Lenny Bruce est encore plus magnifique que sur l'album à suivre, ce qui n'est pas peu dire, et le reste varie entre l'excellent et le sublime. J'avoue donc mon péché (hi hi...) mignon : c'est le Dylan de 1979-81 que je préfère, en live. Et j'en ai d'autres à vous refiler, si jamais vous adhérez à mon Eglise...
Pour les détails techniques (set-list, pochette...), faites donc un tour chez bobsboots, évidemment. Ceci constituait le 2ème volet de la série Jeepeedee's Bootleg Series. Comme me voilà libéré d'Yves Simon, j'entame un nouveau feuilleton. Qui risque de durer plus longtemps que Dallas... Et j'en profite pour balancer un nouveau sondage moins couillon que le premier (voir à droite).
I'm hanging on to a solid rock !
PS : Encore une fois, si vous cherchez un pirate particulier, il est très probable que je l'aie. Demandez, et vous recevrez...
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
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mercredi 2 novembre 2011
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