En guise d'introduction, mon ami Keith, j'ai franchement hésité à poster un Marcel Amont, suite à ta remarque sur le Snoop Dogg précédent (as-tu déjà consulté ? as-tu déjà parlé à quelqu'un de tes associations d'idées étonnantes ?) car voilà un chanteur français dont on parle trop peu. Un de ceux qui avait la rime au coeur, l'amitié de Brassens en cadeau (eh oui, Le Chapeau de Mireille, c'était lui !). Une chanson comme Bleu Blanc Rouge Et Des Frites, comme slogan, ça vous dézingue tout le côté so rebel d'un Sex and Drugs and Rock'n'Roll, non ? J'ai même lu dans le numéro spécial des Inrockuptibles consacré à Marcel que c'est en écoutant L'Amour Ca Fait Passer Le Temps que Stevie Wonder aurait eu l'idée de son Part-Time Lover.
Mais bon, je me suis ravisé au dernier moment. J'ai encore un arrière-goût amer de panse de brebis farcie en repensant à ma rigolade sur les anglais qui n'avait fait rire personne, voire même avait froissé certains, alors que, bien évidemment, si Marcel Amont a un talent certain, on trouve outre-manche des artistes qui peuvent aisément rivaliser avec sa prose.
Eh oui, toujours cette vieille querelle franco-britannique, haine viscérale de longue date qui pourrit le tunnel sous la manche et contribue à la sauvegarde des grenouilles outre-Rhin. Car, au fait, savez-vous ce qui me fait dire que cette querelle est ancienne ? Non pas les livres d'histoire, dont on peut douter du contenu, leur propre étant de manquer de témoins pour corroborer les faits. Non, en fait, ce qui me fait dire que cette querelle dure depuis de nombreuses générations, c'est que, pour en découdre avec le Briton, le Franc use de l'arme blanche. Faut-il évoquer le brouillard londonien ? Il est considéré chez nous comme à couper au couteau. Et non à trancher à la mitrailleuse lourde. CQFD.
Pas convaincu ?
Parlons alors de l'accent britannique. Je vous le donne en mille, à couper au couteau également. Même lorsque l'anglais parle anglais, la vache espagnole n'a aucune hésitation quant à l'origine de l'ennemi. L'américain parle anglais, tout simplement. Comme le chinois ou le belge. L'anglais, lui, parle anglais avec un accent à couper au couteau.
Et savez-vous quoi ? Coupez-le au couteau et servez-vous une tranche, c'est savoureux. Un peu dur à couper, comme la vache folle, mais savoureux malgré tout. Vous voulez essayer ? Commencez par écouter Born To Be Wild par Steppenwolf. Vous n'en tirerez rien d'autre que la vague sensation d'écouter un groupe de rock plutôt dru chantant en anglais, sans même vous apercevoir qu'ils étaient à moitié canadiens. Maintenant, posez vos oreilles délicatement sur la présente galette de Slade, et passez directement au septième ciel et morceau : voilà notre Born To Be Wild aussi ralongé qu'une sauce à la menthe, avec un accent so terrific qu'il n'est pas impossible que vous doutiez un instant de la suprématie britannique sur son ancienne colonie des Nouvelles-Indes.
Et finalement, nous voilà assez proche de ce qu'aurait pu être un Marcel Amont d'outre-manche. Troquez l'assent méridional-euh pour la déglutition britannique, adaptez le physique peu olympien de notre poète Sétois aux gros nez vilains des anglais (ce qui n'a pas empêché Pete Townshend d'avoir du talent, ceci dit) et vous avez là une idée de ce que Marcel Amont fut à Brassens : Slade le fut à Steppenwolf, voire à plein d'autres loustics des seventies. Ce n'est pas peu dire : face à eux, les Status Quo passaient pour des intellectuels inspirés.
Slade avait absolument tout pour ne pas réussir : je parlais l'autre jour de pets de mammouths, je vous conseille là encore Born To Be Wild, qui dure, dure... sur 8 minutes. Vous en entendrez plein, à moins qu'il ne s'agisse de cornes de brume ou encore d'une tentative New Age avant l'heure d'imitation de chant des baleines. Oui, really, l'écoute de cette reprise est un moment étonnant à vivre, Slade donc, en gros, ils étaient moches, ils chantaient mal et jouaient fort des fausses notes qu'on aurait bien du mal à théoriser par une approche modale du folklore gallois. Même maquillés comme Kiss on les aurait reconnus à leurs oreilles décollées.
Et pourtant, quand j'étais petit, Slade, on ne parlait que d'eux. Un peu de Suzie Quatro aussi (non, ce n'était pas une marque de voiture). Ils disparurent pourtant dans les limbes plus rapidement encore que les Osmonds (ah ! les Osmonds, leur concept-album mormon, The Plan, faudra que je vous le sorte, un jour).
J'avoue manquer un peu d'arguments pour tenter de vous charmer. Disons que, le plus objectivement possible, j'ai passé un bon quart d'heure à uploader (comme on dit chez eux) la galette (ce qu'on ne fait pas en Bretagne), une bonne heure à écrire cette chronique alors que j'aurais pu écouter les trois John Zorn sortis hier à la place.
Mais je me serais moins marré. Et rire, c'est important.
Quand j'entends malgré mes efforts à changer de pièce les grumeaux progressifs de Yes, Uriah Heep et autres nauséux de l'époque, car la chose dont je vous parle est sortie en 1972, quand de nombreux vaillants guerriers hirsutes chevauchaient des Moog et autres VCS3 à la quête d'un nouveau Graal dans la forêt mythique de Brocéliande où des soucoupes volantes en forme de triple-albums les encourageaient à manger des champignons bizarres, je me dis que le succès de Slade n'était pas tout à fait un hasard. Merdre, ces joyeux ladres beaux comme des poux débroussaillaient à grand coups de hard-rock des plus basiques, non pas une highway to hell squattée par Iron Maiden et bien prévisible à venir (Deep Purple et Led Zep s'y faisaient déjà des rails), mais carrément le punk le plus brutal. No way ! On est moches, on est cons, mais on a une bonne sono et on va cracher les watts !!! A côté d'eux, l'autobiographie de Dee Dee Ramone c'est du Shakespeare !
Non, sans déconner, voilà des gens bien sympathiques qui jouaient et chantaient comme vous et moi. Un peu comme Marcel Amont, finalement, vous voyez, on y revient. Terriblement simple et efficace, comme une bière de chez Leader Price qu'on est bien content de trouver en fin de soirée après avoir vomi les Heineken de l'apéro. Soyons plus clairs : imaginons un monde ou la Heineken (remplacez par Leffe, 1664, Guinness ou tout ce que vous voudrez) n'existerait pas encore, et ou le seul choix qui vous serait offert consisterait à ingurgiter du Bailey's ou ce breuvage. Votre bon goût et/ou votre estomac vous pousserait naturellement vers le mauvais houblon, faute de grive. Mais vous auriez comme cette... hmm... intuition qu'un monde meilleur, loin de celui de Rick Wakeman, naitrait un jour. C'est tout ça, Slade. C'est toute la bêtise du glam sans le glamour, avec des fuck partout, for every kind of people.
Avec en plus, même si c'est involontaire, tout l'humour britannique d'un album live-waah-délire enregistré devant 50 personnes (ces idiots ont même mixé le public peu nombreux trop fort), qui pourtant leur offrira quelques brefs instants l'accès à Top Of The Pop. Et puis cette pochette rouge-sang, bloody hell, pas un truc de gonzesses !
Alors évidemment, même si l'on prend conscience de toute l'importance historique de ce disque, de tous les enjeux qu'il contient, se pose à un moment ou à un autre la question de savoir s'il est - sinon conseillé du moins - possible de l'écouter aujourd'hui, là, en mai 2016. Ben oui. Pour plein de raisons.
D'abord, il est court. Un Live même pas double, juste sept morceaux. Un exploit pour l'époque. A peine plus long qu'un solo de Steve Howe. Certainement moins chiant qu'un morceau de Genesis. Tenez, je suis tombé par hasard sur les Peel Sessions des White Stripes. Mon dieu comme ce groupe si adulé a mal vieilli ! Toute cette brutalité pour si peu ?!!! Comment avons-nous pu, Christ ! (oulala je commence à prendre des tics british, moi, je sens qu'il va falloir conclure).
Ensuite, on ne peut pas écouter Live At Leeds toute la journée, tous les jours. Ca n'est pas raisonnable. De même qu'il n'y a que la Citrate de Bétaïne qui puisse suivre la bière de chez Leader Price, il n'y a que Slade Alive ! qui puisse soigner cette rage de vivre. On se sent même capable d'écouter Marcel Amont après. Une excellente introduction à l'oeuvre de Coltrane donc, si j'en crois mon ami Keith Michards, donc.
Et puis je finirai par un coup de gueule. J'ai fait le ménage dans mon disque dur hier, et j'ai viré pas moins de 8 Go de soi-disant nouveautés aussi chiantes les unes que les autres, même pas retenu le nom des groupes. Vas-y que je te la joue psychédélique, vas-y que je te la tente Americana, et que ceci et que cela. Très bien fait, la plupart du temps. Aussi joli qu'une tapisserie de chez Saint-Maclou. Mais, putain de bordel de merde, les tripes, le fun, tout ça, c'est où ? Qui pensez-vous berner ? Vendre votre pseudo-came sous pseudo-influence de je-sais-trop-qui (le Velvet, Hawkwind, tout ça, mais en version light voir zero comme le Coca d'aujourd'hui). Décidément Slade me plaît encore. Me rappelle un peu ce que les Faces étaient aux Stones, une copie mal fichue mais tellement sincère et touchante.
Know Where You Are And Know Where You're Going To
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -
jeudi 5 mai 2016
mardi 3 mai 2016
#182 : Snoop Doggy Dogg "Doggystyle"
Yo' Man.
Carrément.
Doggystyle, en plus. Rien à foutre de chercher ailleurs, faire comme si il existait un autre album moins connu et tout aussi bon que celui-là, parce que tu comprends dans la démarche de...
Shut your fucking mouth, motherfucker.
This is da pure gangsta shit, point barre (de shit).
Parfait après Coltrane, d'ailleurs. Car directement jouissif, avec un effet uppercut tout aussi saisissant pour la machoire qui viendrait tenter de la ramener alentour.
Car, voyez-vous, je n'ai pas grand chose à dire de cet album, même pas que je l'ai usé jusqu'à la corde, puisque possédant la version CD. Dire quoi ? Il parle déjà beaucoup le Snoop, non ? Que je l'ai depuis sa sortie et que, contrairement à tant d'autres disques, je n'ai jamais pensé à un seul instant le revendre ou même l'oublier. Je sais toujours où il est. Il fait partie des few ones qui a eu l'honneur de me suivre en Martinique. Peux pas m'en passer. Groove imparable.
Bien sûr, on a ici le syndrome du disque tue-mouche dans toute sa splendeur. L'arbre qui cache la forêt (ou plutôt la forêt vierge et dense qui cache l'arbre malingre dont tout le monde se fiche). Le genre de disques à figurer dans n'importe quel Top 10 de l'île déserte (la Martinique pour moi, je l'ai testé en vrai le jeu !). Combien de marins, combien de capitaines sont restés scotchés sur Pet Sounds sans jamais avoir rien à faire de Sunflower ? Combien de constipés et autres craintifs du pet se flagellent-ils chaque jour en se jurant que Sergent Pepper y'a pas mieux, ni ici ni ailleurs ?
Comme dirait un copain d'un collègue à moi, le rap ? Ah ouais, j'aime bien cette chanson... (ça marche très bien pour le reggae aussi d'ailleurs, avec leur Jah Rastatruc à tous les étages). Ben oui, au fond, regrouper tous les niggaz, bitches et motherfuckers sur un seul skeud, c'est pas trop con, ça t'a un petit air de Guide Michelin de la Racaille, et pour les vierges effarouchées, on trempe un pied et on a une idée du truc.
Sauf que plutôt que de tremper un pied, on peut carrément se le prendre aussi, son pied. Délicieusement, tout en culpabilisant (?) en imaginant le Zornophage lutter contre le 23ème album de Zorn sorti ce mois-ci, croulant sous la fatigue, se jurant pourtant qu'il tiendrait jusqu'au bout, car lui c'est un élitiste, un vrai, Pendant ce temps, vous êtes tranquille à siroter un ti punch sous le soleil, riant aux étoiles en vous disant que - franchement, ces rigolos, ils ont enfin réussi à faire sonner un Moog correctement sans faire fuir la moitié de la galaxie - et, shit man - que cette désinvolture et cette facilité sont délicieuses. Ya understand, man ? Listen to me !
Alors bien sûr que Snoop Doggy Dogg est un gros con, que Suge Knight est une ordure et Dr Dre un crazy nigger. Tout ça pue le fric à plein nez. Comme la coke, sans doute, c'est à plein nez pourtant que c'est le meilleur plan. On est là très loin de l'oeuvre magistrale et méconnue publiée à compte d'auteur et vénérée par une minorité de fidèles ébahis par tant de génie. Il s'en est fourgué des centaines de milliers, de cette galette, le Snoop ayant sans doute récolté en royalties l'équivalent du PIB dégagé par la vente de cannabis en Colombie la même année. Alors évidemment, ça peut interloquer, repousser.
Sauf que. Le Snoop leur met grave à tous, là. De feu Prince à feu Marvin Gaye ou qui vous voudrez qui ait pu mettre le feu. Im-pa-rable. Ca vous réveillerait un mort, ce truc.
Et bien sûr, comme toute explosion de bonheur musical, on a tous les droits : de taper du pied, de faire son Joeystarr devant sa glace, de pleurer de rire devant tant de clichés, de rire tout court comme après ou pendant un douze feuilles, dont on ne serait d'ailleurs pas étonné d'un point de vue situationniste que l'image ici proposée ait pu un jour exister, quelque part. Il se passe tellement de choses qu'on imagine même pas, ma petite dame.
Du groove ? Essayez juste Gz And Hustlas, tiens. Je vous parle même pas de Gin And Juice. Et tout ça, sans à aucun instant la moindre revendication politique façon Public Ennemy. Non, du peu que je puisse saisir de ce flow, juste des histoires de cul, d'ego, de niggas et de bitches. Non pas que ça soit une bonne chose, cette absence de conscience politique. Mais disons que le jour où elle sera présente ailleurs que chez les opprimés (on aime bien quand les Noirs se plaignent, ça fait plus authentique) et chez Graeme Allwright, ça me fatiguera moins, O Lord release me !
Je ne vous ferai pas l'affront de poster une photo du temps qu'il fait ici, je sais que vous me croirez sur parole quand je vous dirai que cette musique y est juste parfaite et bien plus adaptée aux 27° de la mer des Caraïbes que les borborygmes de vieux boeuf asmathique d'un Leonard Cohen qui ferait mieux de la fermer à son âge plutôt que de faire de la retape pour se payer sa pute de luxe.
Vulgaire ?
Oui mais c'est tellement doux. Se vautrer ainsi dans la luxure. On est vendredi, 17h. La nuit tombe tôt ici, plutôt pratique, le jus de goyave et de mangue commencent à s'ennuyer au frigo. Mmmh... ce week-end je vais faire la teuf à la plage avec des potes. In a gangsta style.
Et vous ? Non ? Bon, ben, consolez-vous, vous avez la B.O.
Pump Pump
Carrément.
Doggystyle, en plus. Rien à foutre de chercher ailleurs, faire comme si il existait un autre album moins connu et tout aussi bon que celui-là, parce que tu comprends dans la démarche de...
Shut your fucking mouth, motherfucker.
This is da pure gangsta shit, point barre (de shit).
Parfait après Coltrane, d'ailleurs. Car directement jouissif, avec un effet uppercut tout aussi saisissant pour la machoire qui viendrait tenter de la ramener alentour.
Car, voyez-vous, je n'ai pas grand chose à dire de cet album, même pas que je l'ai usé jusqu'à la corde, puisque possédant la version CD. Dire quoi ? Il parle déjà beaucoup le Snoop, non ? Que je l'ai depuis sa sortie et que, contrairement à tant d'autres disques, je n'ai jamais pensé à un seul instant le revendre ou même l'oublier. Je sais toujours où il est. Il fait partie des few ones qui a eu l'honneur de me suivre en Martinique. Peux pas m'en passer. Groove imparable.
Bien sûr, on a ici le syndrome du disque tue-mouche dans toute sa splendeur. L'arbre qui cache la forêt (ou plutôt la forêt vierge et dense qui cache l'arbre malingre dont tout le monde se fiche). Le genre de disques à figurer dans n'importe quel Top 10 de l'île déserte (la Martinique pour moi, je l'ai testé en vrai le jeu !). Combien de marins, combien de capitaines sont restés scotchés sur Pet Sounds sans jamais avoir rien à faire de Sunflower ? Combien de constipés et autres craintifs du pet se flagellent-ils chaque jour en se jurant que Sergent Pepper y'a pas mieux, ni ici ni ailleurs ?
Comme dirait un copain d'un collègue à moi, le rap ? Ah ouais, j'aime bien cette chanson... (ça marche très bien pour le reggae aussi d'ailleurs, avec leur Jah Rastatruc à tous les étages). Ben oui, au fond, regrouper tous les niggaz, bitches et motherfuckers sur un seul skeud, c'est pas trop con, ça t'a un petit air de Guide Michelin de la Racaille, et pour les vierges effarouchées, on trempe un pied et on a une idée du truc.
Sauf que plutôt que de tremper un pied, on peut carrément se le prendre aussi, son pied. Délicieusement, tout en culpabilisant (?) en imaginant le Zornophage lutter contre le 23ème album de Zorn sorti ce mois-ci, croulant sous la fatigue, se jurant pourtant qu'il tiendrait jusqu'au bout, car lui c'est un élitiste, un vrai, Pendant ce temps, vous êtes tranquille à siroter un ti punch sous le soleil, riant aux étoiles en vous disant que - franchement, ces rigolos, ils ont enfin réussi à faire sonner un Moog correctement sans faire fuir la moitié de la galaxie - et, shit man - que cette désinvolture et cette facilité sont délicieuses. Ya understand, man ? Listen to me !
Alors bien sûr que Snoop Doggy Dogg est un gros con, que Suge Knight est une ordure et Dr Dre un crazy nigger. Tout ça pue le fric à plein nez. Comme la coke, sans doute, c'est à plein nez pourtant que c'est le meilleur plan. On est là très loin de l'oeuvre magistrale et méconnue publiée à compte d'auteur et vénérée par une minorité de fidèles ébahis par tant de génie. Il s'en est fourgué des centaines de milliers, de cette galette, le Snoop ayant sans doute récolté en royalties l'équivalent du PIB dégagé par la vente de cannabis en Colombie la même année. Alors évidemment, ça peut interloquer, repousser.
Sauf que. Le Snoop leur met grave à tous, là. De feu Prince à feu Marvin Gaye ou qui vous voudrez qui ait pu mettre le feu. Im-pa-rable. Ca vous réveillerait un mort, ce truc.
Et bien sûr, comme toute explosion de bonheur musical, on a tous les droits : de taper du pied, de faire son Joeystarr devant sa glace, de pleurer de rire devant tant de clichés, de rire tout court comme après ou pendant un douze feuilles, dont on ne serait d'ailleurs pas étonné d'un point de vue situationniste que l'image ici proposée ait pu un jour exister, quelque part. Il se passe tellement de choses qu'on imagine même pas, ma petite dame.
Du groove ? Essayez juste Gz And Hustlas, tiens. Je vous parle même pas de Gin And Juice. Et tout ça, sans à aucun instant la moindre revendication politique façon Public Ennemy. Non, du peu que je puisse saisir de ce flow, juste des histoires de cul, d'ego, de niggas et de bitches. Non pas que ça soit une bonne chose, cette absence de conscience politique. Mais disons que le jour où elle sera présente ailleurs que chez les opprimés (on aime bien quand les Noirs se plaignent, ça fait plus authentique) et chez Graeme Allwright, ça me fatiguera moins, O Lord release me !
Je ne vous ferai pas l'affront de poster une photo du temps qu'il fait ici, je sais que vous me croirez sur parole quand je vous dirai que cette musique y est juste parfaite et bien plus adaptée aux 27° de la mer des Caraïbes que les borborygmes de vieux boeuf asmathique d'un Leonard Cohen qui ferait mieux de la fermer à son âge plutôt que de faire de la retape pour se payer sa pute de luxe.
Vulgaire ?
Oui mais c'est tellement doux. Se vautrer ainsi dans la luxure. On est vendredi, 17h. La nuit tombe tôt ici, plutôt pratique, le jus de goyave et de mangue commencent à s'ennuyer au frigo. Mmmh... ce week-end je vais faire la teuf à la plage avec des potes. In a gangsta style.
Et vous ? Non ? Bon, ben, consolez-vous, vous avez la B.O.
Pump Pump
mercredi 27 avril 2016
#181 John Coltrane "Ascension"
Il n'est pas toujours mal venu de hurler avec les loups. J'ai fêté mon cinquantième anniversaire il y a peu et l'on m'a offert le numéro spécial des Inrockuptibles consacré à l'année 1966. Quelle bonne idée, quelle originalité, quelle douce attention. Voyez, je sais apprécier les cadeaux à leur juste valeur. Sans surprise, j'ai pu lire énormément de choses prétentieuses sur des disques qui n'en avaient pas besoin pour exister par eux-mêmes. Je ne vous ferai pas l'affront de les citer tous, on nage dans le convenu et le déjà-vu allègrement, avec des palmes de taille 46 et dans une mer(de) d'huile : Blonde On Blonde, Freak Out, le Velvet (évidemment), Revolver et autres sont ainsi intellectualisés sur de longues plages de détritus verbaux et verbeux. Je faillis me noyer dans un ennui profond lorsque ce qui me restait d'attention fut capté par la photo de Coltrane, si calme, pour un album si... euh... foisonnant ?
Il est parfois doux de hurler avec les loups, parce que c'est vrai que ce disque, mazette, c'est quelque chose. Outre ses compagnons - qui d'ailleurs ne tarderont pas à aller voir ailleurs tant les efforts de leur employeur à produire des sons étranges venus d'ailleurs dans un saxophone qui n'avait rien demandé à personne vont les lasser, on trouvera ici Freddie Hubbard, Pharoah Sanders, et d'autres dont le nom ne me dit trop rien, tous prompts à faire cracher à leur instrument tout ce qu'il peut donner. Ce joli petit monde, 10 musiciens en tout, free-jazzent en choeur entre deux soli des uns et des autres, et ma foi quand ils ne jouent pas tous ensemble, dans l'ensemble, c'est mieux. Rajouterai-je que l'oeuvre tape ses 38 à 40 minutes non-stop, vous me direz, ça n'est pas le Paris-Dakar, mais quand même.
Car Ascension a été enregistré deux fois. Les deux versions ayant fait l'objet d'une publication sous le même titre, même pochette, Coltrane préférant finalement la première à la seconde initialement publiée. Il serait sans doute passionnant de comparer les deux, voire les jouer en même temps, façon Free Jazz d'Ornette Coleman. Vous voyez, c'est ma foi un disque fort ludique, on peut faire plein d'expériences avec.
Bon, normalement, à ce stade, les adeptes de Coltrane ont déjà quitté la page, voir préparé des commentaires fielleux, couroucés et pleins de dépit à mon attention. Comment puis-je parler ainsi d'un tel Chef d'Oeuvre ? N'ai-je pas honte ?
Non, absolument pas.
Je vous avoue que, si j'ai du mal à me transporter vers le Nirvana, si j'ai du mal à communiquer avec l'Univers (avec un grand H) à l'écoute de ce joyeux bordel, je trouve tout cela totalement réjouissant, tout autant que sidérant et étrange.
Sidérant, au sens propre du terme, il ne vous faudra guère plus de trente secondes pour en faire l'exprience. Bon dieu ce beau monde est bien énervé, et le fait entendre, pour sûr.
Etrange, car dans ce qui paraît être un brouhaha informe, du boucan, donc, quand on baisse le son de la chaîne, contrairement à un disque de heavy metal, par exemple, la joyeuse troupe se fait encore plus sournoise et rien ne calme votre agacement si, comme mon épouse, l'agacement constitue l'impression première à l'écoute de cette oeuvre.
Réjouissant, enfin, et c'est de là que vient mon étonnement, car je me dis qu'il faut quand même du génie pour arriver à retenir l'attention de l'auditeur avec tel chaos de cuivres mêlés sans apparente vélléité d'obéir à des règles aussi convenues que la tonalité ou le contrepoint chers à Michel Legrand et François Valéry.
Car voilà, passé le premier barrage des cacophonies primales, on se sent initié, ou - comme dans un jeu de rôle d'Heroic Fantasy - passé au niveau 2. On procède ici par paliers, véritable Ascension donc s'il en est. Sans pour autant trop comprendre par quel trait de génie tout cela fonctionne.
Il est parfois doux de hurler avec les loups. Mais quand les loups sont partis dormir. En l'occurence, les inconditionnels de Coltrane, ce pour qui le moindre pet dans son saxophone constitue un élément majeur de la musique des Sphères. Et je me permets d'admettre et même d'oser le dire, oui, Coltrane, sur la fin notamment, on a parfois l'impression qu'il imite le pet du Tyranosaure avec son instrument. Je me suis senti rassuré l'autre jour, je suis tombé sur une critique d'un live post-mortem récemment publié, qualifiant l'album de Coltrane Catastrophe. Quelqu'un ose donc quelque part dire qu'il n'aime pas. Que les jazzmen ont beau se lancer dans des chorus stériles sur la puissance du free jazz, le magnétisme effrené d'un artiste hors du commun, moi je n'aime pas quand Coltrane imite les prouts de mammouth pendant une demi-heure. Mais allez dire ça à un jazzman, c'est comme oser avouer qu'on n'a jamais tenu les 17 minutes de Sister Ray du Velvet sans aller faire caca ou acheter des clopes en bas de chez soi en attendant que ça se termine.
- Mais de quoi parles-tu donc pauvre imbécile ? Ce sont alors ici un régiment de mammouths gavés de haricots que tu encenses ! (merde, me dis-je, il restait un jazzman à lire ma prose jusqu'ici - caramba !)
- En fait, cher camarade, je trouve très inconvenant que l'on flatule en présence d'une dame. Or, à partir du moment ou sa chère et tendre Alice a remplacé McCoy Tyner au piano (enfin, remplacé... façon de parler), je n'entends plus que des pets dans sa musique. Et de ceux qui torturent et qui vous remuent les intestins dans d'interminables crampes stériles. Alors qu'ici encore, bien que toute notion harmonique voire même modale disparaisse déjà, le Real McCoy (facile, mais obligé) est toujours là, rattrapant le saxophoniste d'un accord certes interrogateur, telle la main d'un partenaire au trapèze volant, ouf, on a eu peur, mais tout finit bien. Et puis ici, c'est la flatulence enflammée d'une équipe en goguette, jubilatoire comme dans la Soupe Aux Choux, la Denrée Coltrane jetant un pont entre une galaxie mystérieuse et inexplorée et notre pauvre quotidien de mortels.
Et puis cette explosion, dire que cela s'est réellement passé pour de vrai, dans un studio, avec de pauvres instruments en tôle et des tambours en bois. Aussi ringard que la soucoupe volante du film pré-cité, mais qui s'envole tellement plus loin que ce qu'on serait en droit d'espérer avec la technologie actuelle, qui ne sert qu'à recréer de la musique de danse stupide comme le rock'n'roll en tant que mode passagère avant qu'il ne se teinte d'Afrique et de toutes ces belles choses qui en feront un Enfant Terrible et beau. Un soir que je participais à un Festival de Jazz, ignorant à la buvette la Master Class Jazz et Musique Traditionnelle (je n'invente rien, bombardes et binious tentaient l'improbable fusion be-bop, mes aïeux !), je me permis de défendre pendant une bonne dizaine de bières l'idée qu'on aurait pu arrêter de faire des disques après le Love Supreme de Coltrane. J'ai depuis arrêté de boire, mais je serais encore capable d'argumenter cette proposition. Si A Love Supreme est une prière fervente, c'est ici des bons dieux gueulés la tête dans les étoiles qu'on entend. Et quand tout semble déconstruit, il ne reste que la ferveur ici, et putain de bois quelle ferveur.
Il est parfois honnête de hurler avec les loups. Même si l'on ne chante pas la même chanson. Vous aurez compris peut-être que mes allusions gastriques, mon humour à trois balle et mes taquineries n'auront eu d'autre but que d'essayer de rendre à César ce qui lui appartient, de laisser de côté les convenances et les contrepoints littéraires qui collent aux basques du Trane depuis la nuit des temps. Bon dieu, laissez-le jouer, le garçon ! Comment peut-on seulement radoter ces niaiseries de salon en écoutant un disque pareil ? Alors oui, messieurs des Inrocks, ce Coltrane-là a toute sa place dans le panthéon que vous érigez sans grande surprise d'ailleurs à l'année de Ma naissance (ça a dû vous trouer le cul de dire du bien de Blonde On Blonde, admettre comme dans Rock & Folk qu'il s'agit du meilleur Dylan, même si c'est discutable, et vous poser un problème de fond que justement, ce ne soit pas A Love Supreme qui soit sorti cette année-là).
Il est parfois jouissif de hurler avec les loups. C'est d'ailleurs toute une bande de loups qui hurle ici, La note de pochette suggère que même les sourds ne devraient pas manquer ce disque. C'est d'ailleurs difficile, même sourd, de ne pas se le prendre dans le thorax. Il n'y a pas que les Stooges qu'il faut écouter fort. Testez-moi celui-ci à plein volume. Revenez me voir une demi-heure après. Le buzz ne sera pas dans les Inrocks, mais dans vos oreilles. Et les acouphènes qui suivent ce disque de Coltrane sont encore du Coltrane.
Ascenceur pour l'échappe-haut
Il est parfois doux de hurler avec les loups, parce que c'est vrai que ce disque, mazette, c'est quelque chose. Outre ses compagnons - qui d'ailleurs ne tarderont pas à aller voir ailleurs tant les efforts de leur employeur à produire des sons étranges venus d'ailleurs dans un saxophone qui n'avait rien demandé à personne vont les lasser, on trouvera ici Freddie Hubbard, Pharoah Sanders, et d'autres dont le nom ne me dit trop rien, tous prompts à faire cracher à leur instrument tout ce qu'il peut donner. Ce joli petit monde, 10 musiciens en tout, free-jazzent en choeur entre deux soli des uns et des autres, et ma foi quand ils ne jouent pas tous ensemble, dans l'ensemble, c'est mieux. Rajouterai-je que l'oeuvre tape ses 38 à 40 minutes non-stop, vous me direz, ça n'est pas le Paris-Dakar, mais quand même.
Car Ascension a été enregistré deux fois. Les deux versions ayant fait l'objet d'une publication sous le même titre, même pochette, Coltrane préférant finalement la première à la seconde initialement publiée. Il serait sans doute passionnant de comparer les deux, voire les jouer en même temps, façon Free Jazz d'Ornette Coleman. Vous voyez, c'est ma foi un disque fort ludique, on peut faire plein d'expériences avec.
Bon, normalement, à ce stade, les adeptes de Coltrane ont déjà quitté la page, voir préparé des commentaires fielleux, couroucés et pleins de dépit à mon attention. Comment puis-je parler ainsi d'un tel Chef d'Oeuvre ? N'ai-je pas honte ?
Non, absolument pas.
Je vous avoue que, si j'ai du mal à me transporter vers le Nirvana, si j'ai du mal à communiquer avec l'Univers (avec un grand H) à l'écoute de ce joyeux bordel, je trouve tout cela totalement réjouissant, tout autant que sidérant et étrange.
Sidérant, au sens propre du terme, il ne vous faudra guère plus de trente secondes pour en faire l'exprience. Bon dieu ce beau monde est bien énervé, et le fait entendre, pour sûr.
Etrange, car dans ce qui paraît être un brouhaha informe, du boucan, donc, quand on baisse le son de la chaîne, contrairement à un disque de heavy metal, par exemple, la joyeuse troupe se fait encore plus sournoise et rien ne calme votre agacement si, comme mon épouse, l'agacement constitue l'impression première à l'écoute de cette oeuvre.
Réjouissant, enfin, et c'est de là que vient mon étonnement, car je me dis qu'il faut quand même du génie pour arriver à retenir l'attention de l'auditeur avec tel chaos de cuivres mêlés sans apparente vélléité d'obéir à des règles aussi convenues que la tonalité ou le contrepoint chers à Michel Legrand et François Valéry.
Car voilà, passé le premier barrage des cacophonies primales, on se sent initié, ou - comme dans un jeu de rôle d'Heroic Fantasy - passé au niveau 2. On procède ici par paliers, véritable Ascension donc s'il en est. Sans pour autant trop comprendre par quel trait de génie tout cela fonctionne.
Il est parfois doux de hurler avec les loups. Mais quand les loups sont partis dormir. En l'occurence, les inconditionnels de Coltrane, ce pour qui le moindre pet dans son saxophone constitue un élément majeur de la musique des Sphères. Et je me permets d'admettre et même d'oser le dire, oui, Coltrane, sur la fin notamment, on a parfois l'impression qu'il imite le pet du Tyranosaure avec son instrument. Je me suis senti rassuré l'autre jour, je suis tombé sur une critique d'un live post-mortem récemment publié, qualifiant l'album de Coltrane Catastrophe. Quelqu'un ose donc quelque part dire qu'il n'aime pas. Que les jazzmen ont beau se lancer dans des chorus stériles sur la puissance du free jazz, le magnétisme effrené d'un artiste hors du commun, moi je n'aime pas quand Coltrane imite les prouts de mammouth pendant une demi-heure. Mais allez dire ça à un jazzman, c'est comme oser avouer qu'on n'a jamais tenu les 17 minutes de Sister Ray du Velvet sans aller faire caca ou acheter des clopes en bas de chez soi en attendant que ça se termine.
- Mais de quoi parles-tu donc pauvre imbécile ? Ce sont alors ici un régiment de mammouths gavés de haricots que tu encenses ! (merde, me dis-je, il restait un jazzman à lire ma prose jusqu'ici - caramba !)
- En fait, cher camarade, je trouve très inconvenant que l'on flatule en présence d'une dame. Or, à partir du moment ou sa chère et tendre Alice a remplacé McCoy Tyner au piano (enfin, remplacé... façon de parler), je n'entends plus que des pets dans sa musique. Et de ceux qui torturent et qui vous remuent les intestins dans d'interminables crampes stériles. Alors qu'ici encore, bien que toute notion harmonique voire même modale disparaisse déjà, le Real McCoy (facile, mais obligé) est toujours là, rattrapant le saxophoniste d'un accord certes interrogateur, telle la main d'un partenaire au trapèze volant, ouf, on a eu peur, mais tout finit bien. Et puis ici, c'est la flatulence enflammée d'une équipe en goguette, jubilatoire comme dans la Soupe Aux Choux, la Denrée Coltrane jetant un pont entre une galaxie mystérieuse et inexplorée et notre pauvre quotidien de mortels.
Et puis cette explosion, dire que cela s'est réellement passé pour de vrai, dans un studio, avec de pauvres instruments en tôle et des tambours en bois. Aussi ringard que la soucoupe volante du film pré-cité, mais qui s'envole tellement plus loin que ce qu'on serait en droit d'espérer avec la technologie actuelle, qui ne sert qu'à recréer de la musique de danse stupide comme le rock'n'roll en tant que mode passagère avant qu'il ne se teinte d'Afrique et de toutes ces belles choses qui en feront un Enfant Terrible et beau. Un soir que je participais à un Festival de Jazz, ignorant à la buvette la Master Class Jazz et Musique Traditionnelle (je n'invente rien, bombardes et binious tentaient l'improbable fusion be-bop, mes aïeux !), je me permis de défendre pendant une bonne dizaine de bières l'idée qu'on aurait pu arrêter de faire des disques après le Love Supreme de Coltrane. J'ai depuis arrêté de boire, mais je serais encore capable d'argumenter cette proposition. Si A Love Supreme est une prière fervente, c'est ici des bons dieux gueulés la tête dans les étoiles qu'on entend. Et quand tout semble déconstruit, il ne reste que la ferveur ici, et putain de bois quelle ferveur.
Il est parfois honnête de hurler avec les loups. Même si l'on ne chante pas la même chanson. Vous aurez compris peut-être que mes allusions gastriques, mon humour à trois balle et mes taquineries n'auront eu d'autre but que d'essayer de rendre à César ce qui lui appartient, de laisser de côté les convenances et les contrepoints littéraires qui collent aux basques du Trane depuis la nuit des temps. Bon dieu, laissez-le jouer, le garçon ! Comment peut-on seulement radoter ces niaiseries de salon en écoutant un disque pareil ? Alors oui, messieurs des Inrocks, ce Coltrane-là a toute sa place dans le panthéon que vous érigez sans grande surprise d'ailleurs à l'année de Ma naissance (ça a dû vous trouer le cul de dire du bien de Blonde On Blonde, admettre comme dans Rock & Folk qu'il s'agit du meilleur Dylan, même si c'est discutable, et vous poser un problème de fond que justement, ce ne soit pas A Love Supreme qui soit sorti cette année-là).
Il est parfois jouissif de hurler avec les loups. C'est d'ailleurs toute une bande de loups qui hurle ici, La note de pochette suggère que même les sourds ne devraient pas manquer ce disque. C'est d'ailleurs difficile, même sourd, de ne pas se le prendre dans le thorax. Il n'y a pas que les Stooges qu'il faut écouter fort. Testez-moi celui-ci à plein volume. Revenez me voir une demi-heure après. Le buzz ne sera pas dans les Inrocks, mais dans vos oreilles. Et les acouphènes qui suivent ce disque de Coltrane sont encore du Coltrane.
Ascenceur pour l'échappe-haut
vendredi 22 avril 2016
#180 : Prince "Small Club"
Prince est mort.Ben oui, en 1993 je crois.
Après, il s'est fait appeler Love Symbol ou encore TAFKAP (The Artist Formerly Known As Prince), ce qui est à peine plus funky que QWERTY (pour faire US), quand on y réfléchit bien.
Et puis plus personne ne l'a plus appelé du tout. Son manager peut-être, et encore, rarement. Machin (on peut l'appeler comme ça aussi) sortait des triple-CD bidouillés tout au sampler qui n'intéressaient personne, et à chaque entrevue, sa maison de disque suait de peur à l'idée qu'il n'ait un nouveau projet novateur du même style.
Car Prince (là, on peut l'appeler Prince) à ses débuts était quand même sorti de l'electro-funk putassier la tête haute, et de 1999 à Sign O' The Times en a quand même mis plein la vue à à peu près tout le monde. Avec un culot et un talent formidables. Inventant le funk sans la basse dans un When Doves Cry mémorable, jouant la retenue lascive sur Sign O'The Times (la chanson), arrivant même à rattraper un Around The World In A Day casse-gueule et mal foutu, sauvé de justesse par un Raspberry Beret psyché à souhait.
Et puis un jour, la muse le quitta, emportant jusqu'à son nom dans sa besace, pour nous laisser avec une parodie informe de lui-même, laissant le hasard tenter de bien faire les choses, ratant la cible systématiquement ou presque.
Le terrible destin de Prince, c'est aussi que sa musique, si novatrice fut-elle (et encore, j'en entends qui glapissent dans le fond - et George Clinton ? Et Sly Stone ?), a vieilli peut-être bien plus vite que lui encore.
Alors que, s'il avait laissé un instant son ego au placard, s'il s'était contenté de jouer du funk, fut-il teinté de jazz, voire de jazz-rock, coulé de blues ou halluciné de guitares vrillantes, comme le firent bien avant lui tant de bons noirs, ne cherchant pas à damer le pion aux petits blancs dans les charts pop, peut-être aujourd'hui garderions-nous de lui un souvenir plus vivace.
Puissent ces deux galettes, enregistrées le 18 novembre 1988 en Hollande devant 400 personnes, pour un aftershow durant lequel - comme d'habitude - il se lâchait - y aider. Les plus pressés pourront même aller directement au Rave On To The Joy Fantastic final, quelques deux minutes d'un dernier solo de guitare renvoyant qui vous voudrez cueillir des fraises. Thank You - God is Love - good night.
Bonne nuit, petit Prince.
CD1
CD2
vendredi 15 avril 2016
#179 : Fauve "150.900"
Je les ai aimés, Fauve. Pour autant de mauvaises raisons, sans doute, qu'il y en a de bonnes pour les détester ou - mieux encore - les ignorer.
Tout ça a commencé par un trajet Niort -> Nantes via blablacar. Le chauffeur, un djeun de 27-28 ans dans une belle Mégane tunée vitesse et accélération a passé le CD de Vieux Frère # 1 pendant tout le trajet, c'est-à-dire 3x d'affilée, quand même. Cette musique m'a d'abord fait doucement rigoler dans ma barbe, ce vieux sourire de vieux con que vous connaissez tous, puis elle m'a agacée, et arrivé à Nantes, à un arrêt de tram en banlieue en novembre, j'ai cherché Fauve sur Deezer. Et là, dans l'atmosphère si chère à Barbara, dans un tram glauque, leur musique a pris tout son sens.
Huit mois plus tard j'étais aux Francofolies. Carrément. Fauve a joué après IAM. Les vieux lions se retiraient, avec un putaing de sacré panache, soit dit en passant, et les jeunes loups prenaient la suite. Avec, semblait-il, la même intégrité, la même foi et la même rage que les tchatcheurs de Marseille. Et là encore, malgré l'écran géant flouté et son message à trois balles (nos gueules n'ont pas d'importance, c'est le message qui bla bla bla), malgré la guitare euh... bon, malgré les hormones adolescentes qui bruinaient sur Saint-Jean d'Acre, au lieu de me finir à la bière (c'est pas moi qui conduisait), je suis resté bouche bée - bêêh direz-vous, oui, peut-être - et j'ai écouté le maxi Blizzard en rentrant.
L'année suivante, j'ai attendu fiévreusement la sortie de l'album, Vieux Frère #2, et je l'ai trouvé chouette. Non, ils ne se renouvelaient pas trop les petits gars, non, pas de progrès sidérants à la guitare, mais après tout c'était bien la suite de Vieux Frère #1 et les textes étaient toujours aussi percutants.
Percutants ? Le vieux Jeepee délire ! Retombe en enfance !
Ben oui, peut-être. Avouons-le nous, entre vieux cons qui bloguons à grand coup de Nick Drake, à qui moque l'autre qui écoute Ange pendant que l'un se pame sur cette vieille loutre ménopausée avant l'âge de Lou Reed ! On se rêve encore jeune, avec de la musique de vieux.... On voudrait... revivre. Ca veut dire, on voudrait vivre encore la même chose. Ben ouais, Gérard, t'as peut-être raison, reprends un coup de blanc et lâche cette guitare, tu nous chanteras Phèdre demain, t'as plus de voix !
Je me suis imaginé revivre, avoir à nouveau 27 ans, en écoutant Fauve au lieu de Nick Cave, (ou même... Manset ?) c'est plausible, non ? IAM me gonflait à l'époque, trop rigolo, trop politique, mon drame était intérieur. Le même que celui du p'tit gars qui braille dans Fauve, en fait. Et comme Fauve, de manière à peine voilée (de façon aussi maladroite que les Louise Attaque singeant les Violent Femmes en français dans le texte), évoque les années SIDA des Nuits... Fauves (vache, les jeunes, faites un effort quand même !) tout cela est complètement raccord. Comme, à l'époque, rêver du grand amour quand ça commençait à tomber comme des mouches autour de moi, là-bas chez les corbeaux rennais, tout cela est bien désuet. Peut-être, mais ça colle. Je me rêve jeune avec de la musique de jeunes.
Des jeunes qui voulaient avancer, rien lâcher, tout ça tout ça. Résultat, au bout de 3 ans, dépôt de bilan (soit disant provisoire, mon cul, restez donc six mois à profiter de votre blé et vous allez avoir du mal à nous chanter le blues du mangeur de nouilles, les p'tits gars). L'histoire se répète, mon Gégé, c'est la même pour tout le monde.
N'empêche que même dans leur cadeau de départ - dernière fournée d'oseille avant l'autoroute - je les trouve classes et fidèles à eux-mêmes. Entre-couper les extraits de concert par de petits témoignages, comme ça, là, ça me rappelle un peu le Nitty Gritty Dirt Band à l'époque de leur live qui... Oh ta gueule vieux con.
Euh... ouais, vous avez raison. A choisir, je me verrais plutôt dans le rôle du vieux frère...
150
900
Tout ça a commencé par un trajet Niort -> Nantes via blablacar. Le chauffeur, un djeun de 27-28 ans dans une belle Mégane tunée vitesse et accélération a passé le CD de Vieux Frère # 1 pendant tout le trajet, c'est-à-dire 3x d'affilée, quand même. Cette musique m'a d'abord fait doucement rigoler dans ma barbe, ce vieux sourire de vieux con que vous connaissez tous, puis elle m'a agacée, et arrivé à Nantes, à un arrêt de tram en banlieue en novembre, j'ai cherché Fauve sur Deezer. Et là, dans l'atmosphère si chère à Barbara, dans un tram glauque, leur musique a pris tout son sens.
Huit mois plus tard j'étais aux Francofolies. Carrément. Fauve a joué après IAM. Les vieux lions se retiraient, avec un putaing de sacré panache, soit dit en passant, et les jeunes loups prenaient la suite. Avec, semblait-il, la même intégrité, la même foi et la même rage que les tchatcheurs de Marseille. Et là encore, malgré l'écran géant flouté et son message à trois balles (nos gueules n'ont pas d'importance, c'est le message qui bla bla bla), malgré la guitare euh... bon, malgré les hormones adolescentes qui bruinaient sur Saint-Jean d'Acre, au lieu de me finir à la bière (c'est pas moi qui conduisait), je suis resté bouche bée - bêêh direz-vous, oui, peut-être - et j'ai écouté le maxi Blizzard en rentrant.
L'année suivante, j'ai attendu fiévreusement la sortie de l'album, Vieux Frère #2, et je l'ai trouvé chouette. Non, ils ne se renouvelaient pas trop les petits gars, non, pas de progrès sidérants à la guitare, mais après tout c'était bien la suite de Vieux Frère #1 et les textes étaient toujours aussi percutants.
Percutants ? Le vieux Jeepee délire ! Retombe en enfance !
Ben oui, peut-être. Avouons-le nous, entre vieux cons qui bloguons à grand coup de Nick Drake, à qui moque l'autre qui écoute Ange pendant que l'un se pame sur cette vieille loutre ménopausée avant l'âge de Lou Reed ! On se rêve encore jeune, avec de la musique de vieux.... On voudrait... revivre. Ca veut dire, on voudrait vivre encore la même chose. Ben ouais, Gérard, t'as peut-être raison, reprends un coup de blanc et lâche cette guitare, tu nous chanteras Phèdre demain, t'as plus de voix !
Je me suis imaginé revivre, avoir à nouveau 27 ans, en écoutant Fauve au lieu de Nick Cave, (ou même... Manset ?) c'est plausible, non ? IAM me gonflait à l'époque, trop rigolo, trop politique, mon drame était intérieur. Le même que celui du p'tit gars qui braille dans Fauve, en fait. Et comme Fauve, de manière à peine voilée (de façon aussi maladroite que les Louise Attaque singeant les Violent Femmes en français dans le texte), évoque les années SIDA des Nuits... Fauves (vache, les jeunes, faites un effort quand même !) tout cela est complètement raccord. Comme, à l'époque, rêver du grand amour quand ça commençait à tomber comme des mouches autour de moi, là-bas chez les corbeaux rennais, tout cela est bien désuet. Peut-être, mais ça colle. Je me rêve jeune avec de la musique de jeunes.
Des jeunes qui voulaient avancer, rien lâcher, tout ça tout ça. Résultat, au bout de 3 ans, dépôt de bilan (soit disant provisoire, mon cul, restez donc six mois à profiter de votre blé et vous allez avoir du mal à nous chanter le blues du mangeur de nouilles, les p'tits gars). L'histoire se répète, mon Gégé, c'est la même pour tout le monde.
N'empêche que même dans leur cadeau de départ - dernière fournée d'oseille avant l'autoroute - je les trouve classes et fidèles à eux-mêmes. Entre-couper les extraits de concert par de petits témoignages, comme ça, là, ça me rappelle un peu le Nitty Gritty Dirt Band à l'époque de leur live qui... Oh ta gueule vieux con.
Euh... ouais, vous avez raison. A choisir, je me verrais plutôt dans le rôle du vieux frère...
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jeudi 31 mars 2016
Grand Jeu des Belles Gueules chez Keith Michards
J'ai comme l'impression que ça fait un bail qu'on n'a pas joué ensemble sur la toile!
Sous le haut patronage de la taulière du Cabinet des Rugosités, laissez-moi alors réparer cette anomalie en vous proposant un petit jeu tout bête et qui ne nécessite aucune compétence particulière… si ce n'est la furieuse envie d'y participer !
Les règles sont simplissimes : envoyez-moi une photo (ou plusieurs) de vous avec un "élément" ayant un rapport avec la musique (maquillage, badge, livre, disque, poster, tee shirt…). Si l'inspiration vous manque, rendez-vous sur le Cabinet des Rugosités où sont présentés quelques beaux exemples. Et si vous ne voulez pas dévoiler votre joli minois, pas de souci, vous pouvez le dissimuler de toutes les façons qu'il vous plaira.
Je ne veux pas vous mettre la pression, donc on va dire que je vous laisse jusqu'à la fin du mois d'avril pour m'envoyer vos belles images. Publication sur le Cabinet des Rugosités, début mai… ça vous semble jouable ?
J'attends donc vos réalisations à l'adresse suivante : keith.michards@orange.fr
Si vous avez besoin d'un quelconque renseignement, n'hésitez pas à me contacter au même endroit. Faites aussi passer l'information à votre entourage, ça peut éventuellement intéresser quelques farfelus!
Par ailleurs, j'invite tous les blogs amis à reproduire ce message afin qu'il bénéficie de la plus large diffusion. Merci d'avance et tous à vos Polaroïd !
Keith MICHARDS
#178: Rubin Steiner "Weird Hits, Two Covers & A Love Song"
Ouf. Les tracas du nouveau Gégé digérés, la bile vomie une bonne fois pour toute, il est temps de parler d'un bon disque. Non pas d'une oeuvre conceptuelle à portée indélébile et définitive, non, juste d'un bon disque.
Aussi étrange que cela puisse paraître, ça n'est audiblement pas chose facile que de se lancer dans une telle aventure. L'Artiste, sitôt médiatisé, a tendance à vouloir, après un premier effort, ou une fois sa réputation acquise, transmettre le Grand Oeuvre à l'humanité toute entière. Gégé a essayé, mais force est d'avouer qu'il n'a produit qu'un pet secondaire sans portée inter-galactique. Je ne peux pas lui en vouloir, au final, c'est une démarche qui, quand elle est menée avec honnêteté est casse-gueule, et il faut du courage pour refuser de se répéter.
Lorsque l'Artiste a par contre les chevilles aussi enflées que l'index gauche de Raphael après avoir tenté de jouer un barré sur sa guitare, on sombre dans le trou noir du ridicule, et souvent on en ressort amer et fâché. Gégé once again.
Alors, dans de rares cas, on applaudit des deux mains. Je pense, au hasard, au Low de Bowie. Rien que la tête des ados épris de glam-rock en entendant la chose. Savoir que cela va être la curée pendant quelques années, avant que quelqu'un avant tout le monde ne s'aperçoive de la portée de l'oeuvre, faut en avoir dans le pantalon. Brian Wilson s'en est cramé les neurones. Certains ont réussi. Je n'aurai pas assez d'une vie pour applaudir The Magnificent Seven des Clash, ayant osé ce qu'on appelait encore maladroitement le disco à l'époque, un an à peine après London Calling et leur accès au Trône du Rock'n'roll. Mais le périple n'aura pas été une promenade des anglais sur une route pavée de bonnes intentions. Sandinista témoigne des errements, des erreurs, des tentatives avortées - courageusement toutes rapportées en vrac dans ce véritable carnet de voyage que constitue le triple album - qu'il leur aura fallu braver pour que le dancefloor succombe au flow de Strummer sur ladite chanson.
Dans de rares cas, l'immobilisme est une grande qualité et une preuve de courage. Prenez Mötörhead, le vieux Lemmy avait bien compris qu'on ne lui demandait que d'envoyer la purée, et le gars avait des sacs de patate d'avance.
Alors oui, le bon disque, sans prétentions, et sans qu'on lui reproche l'absence de prétention, est plutôt rare. Car l'auditeur, dès lors que 3-4 mesures viennent à l'ennuyer, sera prompt à reprocher à l'Artiste ce qu'il n'a pas tenté de faire : trop aventureux ? pas assez ? en avance sur son temps ? en retard d'un train ? en pilotage automatique ? trop commercial ? trop underground ?
Déjà, là, rien que le titre de l'album annonce la couleur, détaillant la galette par le menu. La chronique pourrait se résumer à cela : des machins bizarres qui envoient la purée, deux reprises et une chanson d'amour. Qui connait Rubin Steiner ? Sous ce pseudo se cache un Tourangeau peinard, branché electro mais trop excité par trop de choses pour se planquer derrière un premier succès - Drum Major en 2006 - et jouer au Daft Punk local. Le gars, à l'époque, a refusé d'aller aux Victoires de la Musique, faire allégeance au business et rentrer dans la case bon chien-chien à Universal.
Alors, dans l'album suivant, Rubin se lâche. Le petit monde de l'eletro french touch l'a déjà oublié, et lui semble s'en tamponner le moog. Et se fait plaisir. Et nous (enfin, au moins me, mais j'en connais d'autres) fait plaisir. Un bon disque. Avec toujours une prise USB dans le nez, mais aussi de la vraie guitare, de la basse, ce genre de choses. Et des chansons, simples, apétissantes, osant des jeux de mot à la limite de la niaiserie (I wanna kiss Richard and ride Charlie, ce genre de choses), mais on s'en fiche, on est pas là pour se rejouer La Mort d'Orion.
Ca fait maintenant sept ans déjà que la chose ne me lâche plus, m'a suivi sous les tropiques et revien régulièrement tournicoter dans la platine quand le temps se fait gris (une métaphore, ici) et que - tiens, par exemple - Gégé vient m'emm... avec ses élans de vanité. Et pourtant, tout ici a déjà été entendu 100 fois sinon plus. Les références sont évidentes, rien ne fera date dans le temple de l'originalité. Un peu comme le gratin dauphinois, que personne n'a jamais plus égalé depuis Ginette Mathiot, mais que tout le monde s'accordera à préférer - même mal assaisonné - à de la cuisine New Age après huit heures d'usine. Un disque pour le repos du guerrier, pour taper du pied et chanter avec le monsieur, se vider la tête, les nerfs et tout le reste. En poussant des aaah, des oooh, des waaah comme pendant le feu d'artifice du 14 juillet : ni plus, ni moins.
Dans le désordre, on pensera évidemment à la clique Chemical Brothers/Fat Boy Slim pour le côté électro, avec une touche de LCD Soundsystem qui va bien, mais aussi - en vrac et en même temps, et c'est ça qui est bien - à Can, Cure, Joy Division,.. voire même à Taxi Girl, si, si ! Les autres, je vous laisse les nommer, je ne suis ni Robert ni Larousse. It's not gonna be a hit, c'est lui qui le chante - maladroitement, avec un accent soo frenchie à couper au couteau comme un Brie de Melun - mais qui s'en soucie ? Pas lui en tout cas.
Bon, je me dois (?) d'être honnête autant qu'enthousiaste, parfois c'est vrai Rubin rame tellement vite dans la marmite des pré-cités qu'il attaque les falaises d'Etretat, ce qui fait une trotte depuis sa Touraine natale. On pourra donc doucement glousser, trouver ça maladroit. Voire pas terrible. Mais c'est ça le destin des bons disques. Ils ne le sont souvent que pour vous. Telle la fleur sauvage dans laquelle William Blake et Nick Drake voyaient un paradis, on ne peut y voir qu'un pissenlit, avec raison peut-être. On peut aussi ne pas en faire un fromage, si le ferment ne prend pas. Mais moi, personnellement, les arpèges au synthé vulgaires et trop trop trop (le garçon serait-il moqueur ? oui sans doute) de Kiss Richard, je craque. Et je me la repasse très fort, celle-là. Tout comme Another Record Story.
Un bon disque, ça vous dit ?
Hope to see you at Total heaven...
Aussi étrange que cela puisse paraître, ça n'est audiblement pas chose facile que de se lancer dans une telle aventure. L'Artiste, sitôt médiatisé, a tendance à vouloir, après un premier effort, ou une fois sa réputation acquise, transmettre le Grand Oeuvre à l'humanité toute entière. Gégé a essayé, mais force est d'avouer qu'il n'a produit qu'un pet secondaire sans portée inter-galactique. Je ne peux pas lui en vouloir, au final, c'est une démarche qui, quand elle est menée avec honnêteté est casse-gueule, et il faut du courage pour refuser de se répéter.
Lorsque l'Artiste a par contre les chevilles aussi enflées que l'index gauche de Raphael après avoir tenté de jouer un barré sur sa guitare, on sombre dans le trou noir du ridicule, et souvent on en ressort amer et fâché. Gégé once again.
Alors, dans de rares cas, on applaudit des deux mains. Je pense, au hasard, au Low de Bowie. Rien que la tête des ados épris de glam-rock en entendant la chose. Savoir que cela va être la curée pendant quelques années, avant que quelqu'un avant tout le monde ne s'aperçoive de la portée de l'oeuvre, faut en avoir dans le pantalon. Brian Wilson s'en est cramé les neurones. Certains ont réussi. Je n'aurai pas assez d'une vie pour applaudir The Magnificent Seven des Clash, ayant osé ce qu'on appelait encore maladroitement le disco à l'époque, un an à peine après London Calling et leur accès au Trône du Rock'n'roll. Mais le périple n'aura pas été une promenade des anglais sur une route pavée de bonnes intentions. Sandinista témoigne des errements, des erreurs, des tentatives avortées - courageusement toutes rapportées en vrac dans ce véritable carnet de voyage que constitue le triple album - qu'il leur aura fallu braver pour que le dancefloor succombe au flow de Strummer sur ladite chanson.
Dans de rares cas, l'immobilisme est une grande qualité et une preuve de courage. Prenez Mötörhead, le vieux Lemmy avait bien compris qu'on ne lui demandait que d'envoyer la purée, et le gars avait des sacs de patate d'avance.
Alors oui, le bon disque, sans prétentions, et sans qu'on lui reproche l'absence de prétention, est plutôt rare. Car l'auditeur, dès lors que 3-4 mesures viennent à l'ennuyer, sera prompt à reprocher à l'Artiste ce qu'il n'a pas tenté de faire : trop aventureux ? pas assez ? en avance sur son temps ? en retard d'un train ? en pilotage automatique ? trop commercial ? trop underground ?
Déjà, là, rien que le titre de l'album annonce la couleur, détaillant la galette par le menu. La chronique pourrait se résumer à cela : des machins bizarres qui envoient la purée, deux reprises et une chanson d'amour. Qui connait Rubin Steiner ? Sous ce pseudo se cache un Tourangeau peinard, branché electro mais trop excité par trop de choses pour se planquer derrière un premier succès - Drum Major en 2006 - et jouer au Daft Punk local. Le gars, à l'époque, a refusé d'aller aux Victoires de la Musique, faire allégeance au business et rentrer dans la case bon chien-chien à Universal.
Alors, dans l'album suivant, Rubin se lâche. Le petit monde de l'eletro french touch l'a déjà oublié, et lui semble s'en tamponner le moog. Et se fait plaisir. Et nous (enfin, au moins me, mais j'en connais d'autres) fait plaisir. Un bon disque. Avec toujours une prise USB dans le nez, mais aussi de la vraie guitare, de la basse, ce genre de choses. Et des chansons, simples, apétissantes, osant des jeux de mot à la limite de la niaiserie (I wanna kiss Richard and ride Charlie, ce genre de choses), mais on s'en fiche, on est pas là pour se rejouer La Mort d'Orion.
Ca fait maintenant sept ans déjà que la chose ne me lâche plus, m'a suivi sous les tropiques et revien régulièrement tournicoter dans la platine quand le temps se fait gris (une métaphore, ici) et que - tiens, par exemple - Gégé vient m'emm... avec ses élans de vanité. Et pourtant, tout ici a déjà été entendu 100 fois sinon plus. Les références sont évidentes, rien ne fera date dans le temple de l'originalité. Un peu comme le gratin dauphinois, que personne n'a jamais plus égalé depuis Ginette Mathiot, mais que tout le monde s'accordera à préférer - même mal assaisonné - à de la cuisine New Age après huit heures d'usine. Un disque pour le repos du guerrier, pour taper du pied et chanter avec le monsieur, se vider la tête, les nerfs et tout le reste. En poussant des aaah, des oooh, des waaah comme pendant le feu d'artifice du 14 juillet : ni plus, ni moins.
Dans le désordre, on pensera évidemment à la clique Chemical Brothers/Fat Boy Slim pour le côté électro, avec une touche de LCD Soundsystem qui va bien, mais aussi - en vrac et en même temps, et c'est ça qui est bien - à Can, Cure, Joy Division,.. voire même à Taxi Girl, si, si ! Les autres, je vous laisse les nommer, je ne suis ni Robert ni Larousse. It's not gonna be a hit, c'est lui qui le chante - maladroitement, avec un accent soo frenchie à couper au couteau comme un Brie de Melun - mais qui s'en soucie ? Pas lui en tout cas.
Bon, je me dois (?) d'être honnête autant qu'enthousiaste, parfois c'est vrai Rubin rame tellement vite dans la marmite des pré-cités qu'il attaque les falaises d'Etretat, ce qui fait une trotte depuis sa Touraine natale. On pourra donc doucement glousser, trouver ça maladroit. Voire pas terrible. Mais c'est ça le destin des bons disques. Ils ne le sont souvent que pour vous. Telle la fleur sauvage dans laquelle William Blake et Nick Drake voyaient un paradis, on ne peut y voir qu'un pissenlit, avec raison peut-être. On peut aussi ne pas en faire un fromage, si le ferment ne prend pas. Mais moi, personnellement, les arpèges au synthé vulgaires et trop trop trop (le garçon serait-il moqueur ? oui sans doute) de Kiss Richard, je craque. Et je me la repasse très fort, celle-là. Tout comme Another Record Story.
Un bon disque, ça vous dit ?
Hope to see you at Total heaven...
samedi 26 mars 2016
#177 : Gérard 2000 "La Mythologie A La Portée De La Plèbe (livre audio)"
Vendredi Saint est férié en Martinique. Ca ferait une bonne chanson, tiens, si j'étais voyageur déprimé. Je prendrais une photo floue d'une poubelle à Fort-de-France, je prendrais un pseudo, du type Marcel Ganson (passe-partout, quoi) et je chialerais sur le monde. Comme je ne sais pas très bien jouer de la guitare, je la noierai sous des effets ringards (genre les potards à fond sur le flanger, tu vois).
Vendredi Saint
Desseins des ventres ici
Toussaint d'Haiti
La liberté a tout pris...
Un truc du style quoi. Je ferais même semblant de rendre l'auditeur intelligent en nommant l'album d'après un titre de bouquin pas trop connu mais un peu quand même. Rue Case-Nègres ? Pas mal. Je pourrais peut-être avoir le prix Zobel ?
Oui, je sais, elle est facile, mais bon, j'essaie d'être drôle alors que j'en ai pas envie. J'ai le lumbago de la démago, que voulez-vous. Des sociétés secrètes et des poisons qu'elles secrètent. Non, non, ne m'applaudissez pas, ces rimes riches ne sont pas de moi, mais de celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom et que, en grand bâtisseur de pont, comme le mouton qu'on tond, j'appellerai Gérard 2000 car je suis tout ébahi par tant de modernité.
Je suis de mauvaise humeur car, effectivement, Vendredi Saint est férié en Martinique et figurez-vous que je comptais passer cette journée tranquillement, dans ma Nissan Terrano, à visiter le nord de l'île, sans penser à rien, juste au poisson grillé de midi.
Et là, au moment de partir, voilà : http://www86.zippyshare.com/v/ FNeBFi6f/file.html
Et pourtant, j'avais tout préparé. Ne pas y penser. De toute façon, vendredi saint est un jour férié en Martinique. Et puis quand bien même, jamais tu ne le trouveras ici. Ni sur iTunes. Alors calme-toi. Profite du paysage.
Ben non. Tristes tropiques, hein mon Gégé ! Forcément je l'ai écouté ton livre-disque, je n'ai pensé qu'à ça. Et forcément, fallait que j'en parle. Que faut-il en penser ? La question n'est pas là, c'est forcément un chef-d'oeuvre, la pensée unique en a ainsi décidé. Je vais donc simplement essayer de détailler aussi objectivement que possible ce que je pense du disque de ce sale con.
La pouf de Télérama avait raison, Gérard 2000 récite. Un peu comme Luchini, mais en moins drôle. On a parfois l'impression que ça l'agace lui-même, de lire ces phrases trop longues qu'il a daigné écrire. De la vraie transmission de pensée, je vous jure. On l'entend se dire "mais pourquoi je me fais chier à écrire des choses aussi belles pour des cons". Et on est tout triste, franchement. On essaie de comprendre ces sophismes sans grande portée dont il nous parle. On est bêtes, c'est mal (animal, on est con quoi). Des fois ça l'énerve tellement de devoir maintenant tout nous expliquer entre les chansons qu'il laisse même une fille parler.
Sacré Gérard 2000, il a carrément inventé le podcast payant (normalement il faut acheter le disque pour l'écouter).
Oui bon, je vous entends pleurer, les vrais les purs. Tu es un salaud, après tout avec La Mort d'Orion déjà il y avait des gens qui parlaient dans le disque et c'était un chef d'oeuvre presque aussi bon que le 1er album des Small Faces (commentaire anonyme de J.).
Laisse-moi t'expliquer un truc mon Gégé. C'est de la politique contemporaine, tu peux pas comprendre, ça n'a rien à voir avec les grecs, mais fais un petit effort. A l'époque où tu t'amusais à mettre des cris d'animaux sur une chanson en pleine France de mai 1968, tu est devenu le chantre (j'ai failli mettre un c par pure méchanceté) de la désillusion, autrement dit le porte-parole de la Valeur que la gauche à venir allait transformer en crédo. De Mitterand à François 1er, les Amis de la Rose se sont acharnés à nous expliquer que cette société est vraiment pourrie, qu'on aurait pu essayer mais que bon c'est même plus la peine, même les fonctionnaires et la retraite c'est fini. Tu étais donc, avant même Pompidou et Giscard, totalement d'avant-garde. Mais comme le chante si bien Gérard Lenorman (encore un Gérard qui a réussi dans le genre cocker triste, même si tu ressemble quand même davantage à un teckel, niveau caractère j'entends), "Catherine, le monde a changé" (dans Chanson d'Innocence, une superbe reprise de Sounds Of Silence qui dit que les chasseurs sont sympas, comme les routiers, parce que eux ils flinguent les oiseaux mais pas au nucléaire). Inconsciemment, tu t'en rends compte, tu racontes tellement d'âneries qu'on a l'impression que tu as toujours été de droite. Positive un peu, mon garçon. Tu peux y arriver. Tente un duo avec Carla Bruni plutôt que de parrainer la carrière de Raphael, je suis certain que Sarkozy pourrait te donner quelques idées. Sois punk, un peu ! Genre casse-toi pauv' con, tu vois ! Je suis sûr que Carla elle aurait mieux récité tes poésies que la speakerine du disque, mais bon, passons, c'est toi qui vois.
Donc, disais-je, Gérard 2000 invente le podcast sur CD. Peut-être, mais là, moi ce que ça me rappelle c'est quand la prof de musique nous passait "la vie de Mozart" racontée par un inspecteur de l'Education Nationale et parsemé d'extraits choisis. Tout le monde s'en foutait, à commencer par elle, ça faisait passer l'heure de musique et en échange on foutait pas le bordel.
Et oui, ça me gonfle, les allusions à trois balles et les rimes riches à la con, genre les punaises qui dévorent mon ouvrage sur la parthénogénèse (croyez bien que celle-là, je pouvais pas l'inventer). On a peut-être mauvais goût, globalement, parce qu'on a pas été des millions à tomber raides de Lumières ou de Royaume de Siam, et pourtant oui, il y avait de quoi. Mais l'Enfer, c'est les Autres, c'est pas Nous. Alors bon, quand Gérard 2000 se prend pour Orphée, vous savez, celui qui voulait plus chanter sauf pour celle - la lionne - qui voulait même pas l'entendre et qu'après il a vécu en attendant la mort, oui bon OK. Sauf qu'on attend quand même depuis cinq bonnes minutes une première chanson, mon Gégé.
Heureusement, même si la gonzesse continue à papoter régulièrement pendant tout le disque (ça doit être la soeur de la critique de Télérama, c'est pas possible autrement), de temps en temps il y a des chansons dans le disque. Comme l'eau dans le Banga, y'en a mais pas trop. Et là, c'est un florilège, une encyclopédie des Recettes de Studio du Gérard. Ils ont dû être contents chez Woodbrass, le guitariste a dû leur racheter toutes les pédales invendables. Ca glougloute, ça fait vlaaaam des fois, bref, comme le guitariste de la Fête de la Musique de Guérêt quand il reprend Wild Thing en fin d'apéro, quand tout le monde est bourré au kir. On y retrouve aussi parfois (ou pas, comme dirait l'autre grognasse), les super boites à rythme qui avaient pourri Matrice et Revivre, à l'époque. Gérard 2000, faut pas croire, il est jaloux des Daft Punk, et lui aussi il sait faire dans le vintage. Que T'Ont-Ils Fait ? Ben c'est moi qui te pose la question, mon Gégé, parce que mélanger le poum tchak de ta Roland 808 avec des riffs hardos FM comme tu aimes, en plus rajouter du saxophone (un peu comme quand le cousin du guitariste à Guérêt vient jouer Breakfast In America le jour du marché aux bestiaux). Et puis juste après, re-la gonzesse, avec ses coquillages et ses fleurs partout, et Gérard 2000 d'embrayer...
Franchement, j'aurais adoré me tromper. Tomber des nues. Je dis pas qu'il n'y a pas 15-20 secondes par-ci par-là durant lesquelles on ressent un rien de frisson, entre un vieil Atelier du Crabe et un lointain Train du Soir. Mais j'aurais bien aimé rien qu'une chanson en entier, rien qu'une, qui soit pas gâché par la speakerine, galvaudée par des choeurs qui n'ont rien à faire là. On était pas loin, avec Ma Collection Particulière, par exemple. Gérard 2000 est presque fun, sur celle-là, avec plein de références (à sa propre oeuvre, faut pas déconner non plus). Et ça fait pas de mal, on oublie un peu la Tragédie Grecque, mais ça repart de plus belle. Tu Es Condamnée, je vous laisse Gérard avec Démétrios, je vais faire caca pendant ce temps. Tiens, du fond des latrines j'entends la speakerine (ça fait un peu Elmer Food Beat, comme rime, vous trouvez pas ?), ça radote sur fond d'accords déjà entendus (Gérard 2000 recycle les déchets, c'est un rusé). Ca me rappelle quand ma fille regardait les Télétubbies. Bon, je zappe. La première fois de ma putain de vie que je zappe un morceau de Manset (oups, zut, j'ai dit son nom ! Que le grand cric me croque !). Bien fait, Gérard chante sur la suivante, Galaxie. Arrangements période Vallée De La Paix, toujours l'impression d'être au stand Fender du Salon de la Musique mais bon, ne renie pas ce que tu as aimé, hein. Sauf que c'est déjà la dernière plage...
Superbe, d'ailleurs, les plages du nord de la Martinique, l'océan s'y déchaîne, c'est assez grisant. Je me suis baladé aujourd'hui. Je sais pas si je vous ai dit, mais Vendredi Saint est férié en Martinique. Ca ferait une bonne chanson, tiens, si j'étais voyageur déprimé. Je prendrais une photo floue d'une poubelle à Fort-de-France, je prendrais un pseudo, du type Marcel Ganson (passe-partout, quoi) et je chialerais sur le monde.
...je l'ai pas déjà dit ça ? Il me semblait bien aussi. Je devais pas vous parler d'un autre truc ? Bof, rien d'essentiel sans doute, peut-être que ça me reviendra ?
Tiens, le téléchargement des derniers Iron Maiden et Motorhead (merci Zorny) viennent de se terminer. Ca tombe bien, j'avais envie d'écouter un chouette disque, aujourd'hui, un truc qu'on sait déjà comment ça commence et comment ça finit, mais qu'on est sûr de pas être déçu et de pas avoir à réfléchir. Pas comme... comment y s'appelle déjà ?
Un immense merci en passant à Capitao.
Vendredi Saint
Desseins des ventres ici
Toussaint d'Haiti
La liberté a tout pris...
Un truc du style quoi. Je ferais même semblant de rendre l'auditeur intelligent en nommant l'album d'après un titre de bouquin pas trop connu mais un peu quand même. Rue Case-Nègres ? Pas mal. Je pourrais peut-être avoir le prix Zobel ?
Oui, je sais, elle est facile, mais bon, j'essaie d'être drôle alors que j'en ai pas envie. J'ai le lumbago de la démago, que voulez-vous. Des sociétés secrètes et des poisons qu'elles secrètent. Non, non, ne m'applaudissez pas, ces rimes riches ne sont pas de moi, mais de celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom et que, en grand bâtisseur de pont, comme le mouton qu'on tond, j'appellerai Gérard 2000 car je suis tout ébahi par tant de modernité.
Je suis de mauvaise humeur car, effectivement, Vendredi Saint est férié en Martinique et figurez-vous que je comptais passer cette journée tranquillement, dans ma Nissan Terrano, à visiter le nord de l'île, sans penser à rien, juste au poisson grillé de midi.
Et là, au moment de partir, voilà : http://www86.zippyshare.com/v/
Et pourtant, j'avais tout préparé. Ne pas y penser. De toute façon, vendredi saint est un jour férié en Martinique. Et puis quand bien même, jamais tu ne le trouveras ici. Ni sur iTunes. Alors calme-toi. Profite du paysage.
Ben non. Tristes tropiques, hein mon Gégé ! Forcément je l'ai écouté ton livre-disque, je n'ai pensé qu'à ça. Et forcément, fallait que j'en parle. Que faut-il en penser ? La question n'est pas là, c'est forcément un chef-d'oeuvre, la pensée unique en a ainsi décidé. Je vais donc simplement essayer de détailler aussi objectivement que possible ce que je pense du disque de ce sale con.
La pouf de Télérama avait raison, Gérard 2000 récite. Un peu comme Luchini, mais en moins drôle. On a parfois l'impression que ça l'agace lui-même, de lire ces phrases trop longues qu'il a daigné écrire. De la vraie transmission de pensée, je vous jure. On l'entend se dire "mais pourquoi je me fais chier à écrire des choses aussi belles pour des cons". Et on est tout triste, franchement. On essaie de comprendre ces sophismes sans grande portée dont il nous parle. On est bêtes, c'est mal (animal, on est con quoi). Des fois ça l'énerve tellement de devoir maintenant tout nous expliquer entre les chansons qu'il laisse même une fille parler.
Sacré Gérard 2000, il a carrément inventé le podcast payant (normalement il faut acheter le disque pour l'écouter).
Oui bon, je vous entends pleurer, les vrais les purs. Tu es un salaud, après tout avec La Mort d'Orion déjà il y avait des gens qui parlaient dans le disque et c'était un chef d'oeuvre presque aussi bon que le 1er album des Small Faces (commentaire anonyme de J.).
Laisse-moi t'expliquer un truc mon Gégé. C'est de la politique contemporaine, tu peux pas comprendre, ça n'a rien à voir avec les grecs, mais fais un petit effort. A l'époque où tu t'amusais à mettre des cris d'animaux sur une chanson en pleine France de mai 1968, tu est devenu le chantre (j'ai failli mettre un c par pure méchanceté) de la désillusion, autrement dit le porte-parole de la Valeur que la gauche à venir allait transformer en crédo. De Mitterand à François 1er, les Amis de la Rose se sont acharnés à nous expliquer que cette société est vraiment pourrie, qu'on aurait pu essayer mais que bon c'est même plus la peine, même les fonctionnaires et la retraite c'est fini. Tu étais donc, avant même Pompidou et Giscard, totalement d'avant-garde. Mais comme le chante si bien Gérard Lenorman (encore un Gérard qui a réussi dans le genre cocker triste, même si tu ressemble quand même davantage à un teckel, niveau caractère j'entends), "Catherine, le monde a changé" (dans Chanson d'Innocence, une superbe reprise de Sounds Of Silence qui dit que les chasseurs sont sympas, comme les routiers, parce que eux ils flinguent les oiseaux mais pas au nucléaire). Inconsciemment, tu t'en rends compte, tu racontes tellement d'âneries qu'on a l'impression que tu as toujours été de droite. Positive un peu, mon garçon. Tu peux y arriver. Tente un duo avec Carla Bruni plutôt que de parrainer la carrière de Raphael, je suis certain que Sarkozy pourrait te donner quelques idées. Sois punk, un peu ! Genre casse-toi pauv' con, tu vois ! Je suis sûr que Carla elle aurait mieux récité tes poésies que la speakerine du disque, mais bon, passons, c'est toi qui vois.
Donc, disais-je, Gérard 2000 invente le podcast sur CD. Peut-être, mais là, moi ce que ça me rappelle c'est quand la prof de musique nous passait "la vie de Mozart" racontée par un inspecteur de l'Education Nationale et parsemé d'extraits choisis. Tout le monde s'en foutait, à commencer par elle, ça faisait passer l'heure de musique et en échange on foutait pas le bordel.
Et oui, ça me gonfle, les allusions à trois balles et les rimes riches à la con, genre les punaises qui dévorent mon ouvrage sur la parthénogénèse (croyez bien que celle-là, je pouvais pas l'inventer). On a peut-être mauvais goût, globalement, parce qu'on a pas été des millions à tomber raides de Lumières ou de Royaume de Siam, et pourtant oui, il y avait de quoi. Mais l'Enfer, c'est les Autres, c'est pas Nous. Alors bon, quand Gérard 2000 se prend pour Orphée, vous savez, celui qui voulait plus chanter sauf pour celle - la lionne - qui voulait même pas l'entendre et qu'après il a vécu en attendant la mort, oui bon OK. Sauf qu'on attend quand même depuis cinq bonnes minutes une première chanson, mon Gégé.
Heureusement, même si la gonzesse continue à papoter régulièrement pendant tout le disque (ça doit être la soeur de la critique de Télérama, c'est pas possible autrement), de temps en temps il y a des chansons dans le disque. Comme l'eau dans le Banga, y'en a mais pas trop. Et là, c'est un florilège, une encyclopédie des Recettes de Studio du Gérard. Ils ont dû être contents chez Woodbrass, le guitariste a dû leur racheter toutes les pédales invendables. Ca glougloute, ça fait vlaaaam des fois, bref, comme le guitariste de la Fête de la Musique de Guérêt quand il reprend Wild Thing en fin d'apéro, quand tout le monde est bourré au kir. On y retrouve aussi parfois (ou pas, comme dirait l'autre grognasse), les super boites à rythme qui avaient pourri Matrice et Revivre, à l'époque. Gérard 2000, faut pas croire, il est jaloux des Daft Punk, et lui aussi il sait faire dans le vintage. Que T'Ont-Ils Fait ? Ben c'est moi qui te pose la question, mon Gégé, parce que mélanger le poum tchak de ta Roland 808 avec des riffs hardos FM comme tu aimes, en plus rajouter du saxophone (un peu comme quand le cousin du guitariste à Guérêt vient jouer Breakfast In America le jour du marché aux bestiaux). Et puis juste après, re-la gonzesse, avec ses coquillages et ses fleurs partout, et Gérard 2000 d'embrayer...
Franchement, j'aurais adoré me tromper. Tomber des nues. Je dis pas qu'il n'y a pas 15-20 secondes par-ci par-là durant lesquelles on ressent un rien de frisson, entre un vieil Atelier du Crabe et un lointain Train du Soir. Mais j'aurais bien aimé rien qu'une chanson en entier, rien qu'une, qui soit pas gâché par la speakerine, galvaudée par des choeurs qui n'ont rien à faire là. On était pas loin, avec Ma Collection Particulière, par exemple. Gérard 2000 est presque fun, sur celle-là, avec plein de références (à sa propre oeuvre, faut pas déconner non plus). Et ça fait pas de mal, on oublie un peu la Tragédie Grecque, mais ça repart de plus belle. Tu Es Condamnée, je vous laisse Gérard avec Démétrios, je vais faire caca pendant ce temps. Tiens, du fond des latrines j'entends la speakerine (ça fait un peu Elmer Food Beat, comme rime, vous trouvez pas ?), ça radote sur fond d'accords déjà entendus (Gérard 2000 recycle les déchets, c'est un rusé). Ca me rappelle quand ma fille regardait les Télétubbies. Bon, je zappe. La première fois de ma putain de vie que je zappe un morceau de Manset (oups, zut, j'ai dit son nom ! Que le grand cric me croque !). Bien fait, Gérard chante sur la suivante, Galaxie. Arrangements période Vallée De La Paix, toujours l'impression d'être au stand Fender du Salon de la Musique mais bon, ne renie pas ce que tu as aimé, hein. Sauf que c'est déjà la dernière plage...
Superbe, d'ailleurs, les plages du nord de la Martinique, l'océan s'y déchaîne, c'est assez grisant. Je me suis baladé aujourd'hui. Je sais pas si je vous ai dit, mais Vendredi Saint est férié en Martinique. Ca ferait une bonne chanson, tiens, si j'étais voyageur déprimé. Je prendrais une photo floue d'une poubelle à Fort-de-France, je prendrais un pseudo, du type Marcel Ganson (passe-partout, quoi) et je chialerais sur le monde.
...je l'ai pas déjà dit ça ? Il me semblait bien aussi. Je devais pas vous parler d'un autre truc ? Bof, rien d'essentiel sans doute, peut-être que ça me reviendra ?
Tiens, le téléchargement des derniers Iron Maiden et Motorhead (merci Zorny) viennent de se terminer. Ca tombe bien, j'avais envie d'écouter un chouette disque, aujourd'hui, un truc qu'on sait déjà comment ça commence et comment ça finit, mais qu'on est sûr de pas être déçu et de pas avoir à réfléchir. Pas comme... comment y s'appelle déjà ?
Un immense merci en passant à Capitao.
vendredi 18 mars 2016
Le Beau Gérard Nouveau va arriver !!!
Ouh la la ! Là, on arrête tous de déconner, la nouvelle est de taille : Gérard nous sort un truc grandiose de derrière les fagots le 25 mars prochain, et il y a de quoi saliver sur son site web (manset.fr, voyons). Après un Manitoba Ne Répond Plus qui lorgnait vers Blake & Mortimer, Opération Aphrodite c'est carrément World Of Warcraft version Manset. J'ai d'abord cru me tromper de site en arrivant sur la page d'accueil, mais non, c'est même pas une blague. Et puis il y a de quoi lire, messieurs-dames. Télérama a dû s'éclater, ils n'ont même pas eu à écouter de la musique.
Nous sommes en 2016, et à ma connaissance, à part le Zornophage tout le monde a à peu près abandonné le rock progressif, même Phil Collins semble rassasié par l'affaire et Chris Squire a finalement eu la bonne idée de rejoindre Rick Wright au paradis des Moog Modular avant que de tomber là-dessus. Gégé, non. Il nous sort l'opéra-rock (d'après Télézamioulesclés, ce sont là "des rêveries sensuelles aux mélodies monochromes tendues par des guitares électriques ou pas"), avec l'intro et tout, inspiré des écrits de Pierre Louÿs, s'il vous plait. Après La Mort d'Orion, Gégé nous raconte le mythe d'Aphrodite. Avec des passages récités et tout et tout. Rien de plus, rien de moins. Pardon, vous ne connaissiez pas Pierre Louÿs et ne saviez pas qu'en 1896 le succès de son oeuvre Aphrodite permit la création des célèbres éditions du Mercure de France ? Je suis déçu. Quand vous entendrez le son de la cloche, c'est Gérard qui chante alors tournez la page.
J'ai donc passé dix minutes à lire le biopic sur le site de Gégé la Khâgne, c'est plein d'allégorie, de symbolisme, de dessins moches que même dans la chambre à coucher du président du fan club luxembourgeois de Genesis y'en a plus des comme ça. J'ai ensuite suivi le lien - telle Ariane dans son labyrinthe qui mène droit vers l'article de Télétoublie (car oui, Gérard a beaucoup apprécié cet article, il aime la presse catho, Gérard, et il leur fait de la pub pour la pub qu'ils lui font - c'est pas fort comme symbole, ça, le serpent absurde d'une société pourrie qui se mord la queue...), et là, ben l'article est à mourir de rire. Valérie Lehoux, qui a eu l'honneur de lécher les parties arrières du plus grand poète français de tous les temps (Manset, pas Louÿs, essayez de suivre, bordel) a dû faire son stage de fin d'études de gratte-papier comme responsable communication chez Bonne Maman, parce que la confiture, ça y va. Un extrait ? Allez, pour la route : "[...]Des chansons qui nous plongent dans un âge d'or fantasmé, peuplé de fières courtisanes, où l'amour et la nudité ne sont jamais entachés de rien ; où l'homme et la nature se fondent dans une harmonie perdue, souillée par des siècles d'irrespect délétère. [...]". Mais je vous conseille l'article en entier. A se lire entre amis le samedi soir, on se fend la gueule t'imagine même pas pire qu'au Trivial Pursuit.
Franchement, j'ai jamais eu autant envie de pas écouter un disque...
Quand bien même il s'agit d'un album dans lequel l'artiste prête à son doute existentiel les cordes de sa vibrance musicale pour mieux sublimer l'absurde consistence d'une mythologie qui rend aux hommes la fatuité de leur existence supportable grâce à la beauté engendrée par les accords célestes d'harmonies et désespoirs des textes mêlés (Ca, c'est de moi : si jamais vous connaissez le rédac' chef de Télétoumou, je vous envoie mon CV).
Non mais sans rire ? Allez, encore une image, vous avez été sages :
Nous sommes en 2016, et à ma connaissance, à part le Zornophage tout le monde a à peu près abandonné le rock progressif, même Phil Collins semble rassasié par l'affaire et Chris Squire a finalement eu la bonne idée de rejoindre Rick Wright au paradis des Moog Modular avant que de tomber là-dessus. Gégé, non. Il nous sort l'opéra-rock (d'après Télézamioulesclés, ce sont là "des rêveries sensuelles aux mélodies monochromes tendues par des guitares électriques ou pas"), avec l'intro et tout, inspiré des écrits de Pierre Louÿs, s'il vous plait. Après La Mort d'Orion, Gégé nous raconte le mythe d'Aphrodite. Avec des passages récités et tout et tout. Rien de plus, rien de moins. Pardon, vous ne connaissiez pas Pierre Louÿs et ne saviez pas qu'en 1896 le succès de son oeuvre Aphrodite permit la création des célèbres éditions du Mercure de France ? Je suis déçu. Quand vous entendrez le son de la cloche, c'est Gérard qui chante alors tournez la page.
J'ai donc passé dix minutes à lire le biopic sur le site de Gégé la Khâgne, c'est plein d'allégorie, de symbolisme, de dessins moches que même dans la chambre à coucher du président du fan club luxembourgeois de Genesis y'en a plus des comme ça. J'ai ensuite suivi le lien - telle Ariane dans son labyrinthe qui mène droit vers l'article de Télétoublie (car oui, Gérard a beaucoup apprécié cet article, il aime la presse catho, Gérard, et il leur fait de la pub pour la pub qu'ils lui font - c'est pas fort comme symbole, ça, le serpent absurde d'une société pourrie qui se mord la queue...), et là, ben l'article est à mourir de rire. Valérie Lehoux, qui a eu l'honneur de lécher les parties arrières du plus grand poète français de tous les temps (Manset, pas Louÿs, essayez de suivre, bordel) a dû faire son stage de fin d'études de gratte-papier comme responsable communication chez Bonne Maman, parce que la confiture, ça y va. Un extrait ? Allez, pour la route : "[...]Des chansons qui nous plongent dans un âge d'or fantasmé, peuplé de fières courtisanes, où l'amour et la nudité ne sont jamais entachés de rien ; où l'homme et la nature se fondent dans une harmonie perdue, souillée par des siècles d'irrespect délétère. [...]". Mais je vous conseille l'article en entier. A se lire entre amis le samedi soir, on se fend la gueule t'imagine même pas pire qu'au Trivial Pursuit.
Franchement, j'ai jamais eu autant envie de pas écouter un disque...
Quand bien même il s'agit d'un album dans lequel l'artiste prête à son doute existentiel les cordes de sa vibrance musicale pour mieux sublimer l'absurde consistence d'une mythologie qui rend aux hommes la fatuité de leur existence supportable grâce à la beauté engendrée par les accords célestes d'harmonies et désespoirs des textes mêlés (Ca, c'est de moi : si jamais vous connaissez le rédac' chef de Télétoumou, je vous envoie mon CV).
Non mais sans rire ? Allez, encore une image, vous avez été sages :
Non mais avouez quand même qu'à côté de ça les pochettes de Yes on dirait des pubs pour des yaourts, non ?
Finalement, je crois que je vais m'écouter Eddy Mitchell en regardant un Lucky Luke, ça va me reposer la tête et les oreilles. Car rien qu'à lire et voir ces flots de prétention, j'en ai mal aux oreilles. Et dire que Dylan va nous sortir un deuxième album de reprises de Sinatra.
Je crois que je vais m'inscrire au fan-club de Goldman, il sort plus de disques lui, si ?
- Mais où sont passées les lumières qui nous guidaient ?
- L'interrupteur est à gauche de la porte, dans la cuisine mon Gégé, mais je crois que tu as pété les plombs...
#176 : Iggy Pop "Post Pop Depression"
Merde alors... je ne sais pas quoi dire. David Bowie nous revient d'entre les morts en vampirisant (à nouveau) l'enveloppe charnelle d'Iggy Pop.
Si si je vous jure
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