Oui je sais.
Le Grateful Dead, encore.
Pour plusieurs raisons.
La première, c'est la remarque de Devant, à qui je dédie ce post, et qui semble avoir (eu) du mal à rentrer dans Dark Star. Mais de quelle version parles-tu, l'ami ? C'est comme si tu me disais avoir du mal à trouver une entrée d'autoroute. Laquelle ? J'imagine, avec mon esprit étroit, que tu parles de celle présente sur le Live 69, effectivement lysergique plus que de raison et ponctuée d'autosuffisances discographiques (entendons par là que sur le moment c'est génial mais que reproduit sur un équipement domestique et joué entre la poire et le dessert ça peut manquer de saveur) que l'époque acceptait. Il y en a cent, il y en a mille. Celle présente ici s'enchevêtre avec Playing In The Band et tant d'autres choses encore qu'elle te paraîtra, je l'espère, plus facilement comestible (même si le côté comestible des ingrédients tendant à naviguer vers d'autres espaces est très généralement secondaire - on ne recherche pas ici l'effet d'un boeuf bourguignon gentiment arrosé d'un Côtes du Rhône).
La suivante, c'est que je n'écoute plus que ça. Je chasse le FLAC à tous les niveaux, pour remplir mon Grateful Drive (oui, je crois que je suis accro). Et je tenais, après l'hommage rendu aux concerts de cet été, qui prouvent que le temps et l'espace ne peuvent rien contre cette musique, proposer quelque chose de plus raisonnablement appréciable, au-delà de toute éventuelle nostalgie que d'aucuns pourraient sinon mépriser, du moins ignorer, et c'est là leur droit le plus strict.
Nightfall Of Diamonds présente le Dead en concert (évidemment) le 16 octobre 1989 au Meadowsland Arena, dans le New Jersey. C'est un instantané, tous les concerts du Dead sont des instantanés, dépendant de l'humeur des membres, de l'atmosphère du lieu, de l'âge du capitaine... mais très souvent - pour ne pas dire toujours - passionnants par leur construction, leur évolution. J'irais même jusqu'à dire que peu importe les chansons jouées, on n'est pas ici à la recherche d'un Greatest Hits. L'avantage ici, ou la frustration, c'est selon, c'est que cette prestation tient sur deux galettes, limitant ainsi pour le profane l'expérience à 2h30 de musique. L'avantage pour moi, vu ma faible connexion, étant de pouvoir balancer la sauce en un temps raisonnable, compte-tenu des coupures internet, de la médiocrité du réseau, etc.
Bien sûr, c'est un de mes concerts préférés, principalement du fait de toute cette énergie positive qui se dégage du set. Rappelons que nous sommes en 1989, une époque à laquelle il était facile de se gausser de ce vieux dinosaure juste bon à remuer la cellulite des groupies des années 70. Euh... rappelez-moi les jeunes pousses de cette époque que l'on vénérerait encore aujourd'hui ? L'évidence est là, le Dead a toujours poursuivi sa route, recherché avant tout la cohésion entre ses membres et l'année du concert ne fait que refléter l'expérience du groupe dans ce domaine, même si, oui, le son des claviers peuvent faire sourire voire agacer. Passez outre. Le solo de batterie ne dure que 6 minutes. Continuez la route.
On a évidemment beaucoup vanté les mérites de Jerry Garcia, soyons clairs, je serai le premier à hurler avec les Dead Heads à ce sujet. Pour faire simple, un des rares à avoir intégré à la fois la tradition et John Coltrane dans ses émoluments. Mais c'est sans compter la soi-disant rythmique, terme galvaudé et souvent sous-estimé de Bob Weir, et surtout, surtout, le jeu de basse de Phil Lesh. Rien que cela vaut le détour.
Et puis, au final, puisse ce disque constituer une porte d'entrée vers un univers qui, en ce moment, m'aide à tenir debout. Merci à Deezer de proposer des centaines d'heures de Grateful Dead, j'en ai besoin.
Je passe une coloscopie la semaine prochaine, c'est peut-être rien, peut-être pas. Merci à vous les amis de me faire un peu tenir debout grâce à ce blog.
Built To Last (j'espère)
We Bid You Goodnight (j'espère pas !...)
PS : en écrivant tout ça, je me remets le coffret 5CD The Grateful Dead Movie Soundtrack, peut-être bien que c'est celui-là que j'aurais dû poster. Tant pis. Si quelqu'un peut mettre un lien dans les commentaires, ça serait sympa...
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
- - - Disapproved by the Central Scrutinizer - - -
samedi 30 janvier 2016
lundi 11 janvier 2016
R.I.P. David Bowie
David Bowie est mort tranquillement,
entouré de sa famille et de ses proches, le 10 janvier 2016 après
un combat de 18 mois contre le cancer.
Ou à peu près, voilà la nouvelle.
On ne pourrait, aujourd'hui, mourir
plus bêtement. On meurt par milliers, entouré de ses proches, après
un combat long ou bref contre une longue maladie. Mais quand même.
Le Major Tom est mort, lui, perdu dans
l'espace, flottant dans une canette spatiale loin de la terre. A
peine la capsule David Bowie lancée qu'elle disparaît déjà. Mais
on le sait tous aujourd'hui, la Guerre des Etoiles se joue en
plusieurs épisodes. Et le monde a déjà été vendu. Des Araignées
de Mars entoureront bientôt Ziggy Stardust de riffs glam imparables
et irrésistibles. Avant que, dans un rock'n'roll suicide des plus
lacrymal - quand les jeunes tuèrent l'homme - il dut arrêter le
groupe.
Qu'importe, le Chien Diamant aura a
peine le temps de remuer sa queue que le Thin White Duke re-battra
les cartes dans les vestiges d'un Berlin en pleine guerre froide. Ou
nous pouvions tous être un héro, même pour un seul jour. Ce qui ne
manquerait pas d'arriver, un jour de 1989.
Semant autant de cadavres derrière
lui, celui-dont-on-ne-sait-plus-dire-son-nom en ressuscitera presque
autant, de Lou Reed à Iggy Pop qui malgré tous leurs talents ne
sauront jamais que rester eux-mêmes.
Il aura donc fallu 18 mois à David
Bowie pour préparer sa sortie, choper le crabe, enregistrer son
nouvel album et tirer sa révérence. Un timing parfait, comme
d'habitude.
Au fait, quelqu'un a-t-il des nouvelles
de David Jones ? J'espère qu'il va bien.
dimanche 3 janvier 2016
#169: The Grateful Dead "The Best Of Fare Thee Well - Celebrating 50 Years of the Grateful Dead"
On ne pourra pas dire que cette année (saloperie d'année, à vrai dire) 2015 nous aura gâté. Le terrorisme aura atteint des niveaux jamais égalés d'horreur, Lemmy est parti, Manset nous aura sorti un anti-bestof (The Classic Alternatif Best Of que ça s'appelle, yes sir), bref, pour un peu seul le reset du disque dur s'imposerait.
S'il n'y avait eu, en plein cagnard du mois de juillet, ces ultimes concerts du Grateful Dead.
Car oui, c'est le bon vieux Dead qui aura fait l'actualité, en 2015. Celle qui fait du bien, aux oreilles, dans le coeur, partout...
Et pourtant, avec un Jerry Garcia forcément empêché, ses cendres flottant dans le Gange depuis bientôt vingt ans, on aurait pu se demander si tout ce barouf tenait du sérieux ou de l'opportunisme à la Johnny Hallyday/Eddy Mitchell de toujours revenir.
Les premières notes du Box Of Rain enregistré le 3 juillet à Chicago laissent flotter l'angoisse et l'amertume, le temps de s'habituer à la voix de Trey Anastasio, mort intériméraire issu de la galaxie Phish, et puis tout ça roule doucement, cahotiquement, bringueballe jusqu'à ce que la guitare s'enflamme et nous voilà déjà partis sur un Shakedown Street d'anthologie...
Et puis, ça a toujours été comme ça. Intros foireuses, temps de prise de la mayonnaise. Jadis on les pensait très hauts, aujourd'hui on est en droit de les penser très vieux, mais la réunion cosmique n'est jamais reportée, Toujours ce groove peinard, cet orgue hammond qui embrasse les guitares, et, mazette, purée, ça fait du bien !
Je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, bien sûr.
Regarder les photos de la note de pochette rend heureux. Voir ces vieilles bourriques encore et toujours enflammer le Chicago's Soldier Field (ça ne s'invente pas), ce fut la pause estivale d'une année, encore une fois pitoyable et insupportable.
Mais surtout, surtout, ce qu'on retiendra de toute cette musique, c'est que finalement, si le rêve hippy s'est écroulé à Altamont ou à Woodstock, au choix, le Grateful Dead a réussi. A traverser les âges en tant qu'entité, sortant parfois des albums en studio dont tout le monde se fiche, mais communiant à chaque concert avec les Dead Heads.
Et puis, surtout, et c'est là l'hommage le plus beau fait à Jerry Garcia, le Grateful Dead a su se muer d'une enttité physique de 5-6 personnes à un concept cosmique, telle les fourmis formant la fourmillière, dépassant ensemble la somme des individus qui la composent. Le Grateful Dead existe encore sans son mentor, et pourra continuer à exister après même la mort de ses individus. La relève est là, de Warren Haynes et son Gov't Mule à Bruce Hornsby ici présent, en passant - ici encore - par Trey Anastasio qui semble poser les doigts sur son manche pile-poil comme le veut la tradition.
C'est pour ça, et c'est immense, que voilà mon cadeau pour cette nouvelle année : la preuve de l'éternité d'une idée, d'une communion. Le Grateful Dead, mes amis, est définitivement entré dans l'inconscient collectif, et si Dieu existe, c'est son backing-band. Dans le cas contraire, Dieu ferait bien de se dépêcher d'entrer en scène, le Grateful Dead nous prouve qu'il peut exister.
En pratique, c'est ici la version condensée, le Best-Of des trois soirées que je vous propose, histoire de ne pas intimider les sceptiques. Mais l'objet se décline jusqu'en un formidable coffret incluant les trois soirs à Chicago en audio et vidéo, et il ne vous sera sans doute pas difficile de le trouver sur la toile, voire de l'acheter, car finalement, donner à des bonnes oeuvres c'est toujours une bonne chose. D'autant que l'on n'est pas ici dans l'indécence financière du dernier Bootleg Series de Dylan, dont les 18 CD sont vendus (volés, devrais-je dire) à 900 dollars américains. De qui se moque-t-on ?
The Music Never Stopped in the Attics Of My Life
S'il n'y avait eu, en plein cagnard du mois de juillet, ces ultimes concerts du Grateful Dead.
Car oui, c'est le bon vieux Dead qui aura fait l'actualité, en 2015. Celle qui fait du bien, aux oreilles, dans le coeur, partout...
Et pourtant, avec un Jerry Garcia forcément empêché, ses cendres flottant dans le Gange depuis bientôt vingt ans, on aurait pu se demander si tout ce barouf tenait du sérieux ou de l'opportunisme à la Johnny Hallyday/Eddy Mitchell de toujours revenir.
Les premières notes du Box Of Rain enregistré le 3 juillet à Chicago laissent flotter l'angoisse et l'amertume, le temps de s'habituer à la voix de Trey Anastasio, mort intériméraire issu de la galaxie Phish, et puis tout ça roule doucement, cahotiquement, bringueballe jusqu'à ce que la guitare s'enflamme et nous voilà déjà partis sur un Shakedown Street d'anthologie...
Et puis, ça a toujours été comme ça. Intros foireuses, temps de prise de la mayonnaise. Jadis on les pensait très hauts, aujourd'hui on est en droit de les penser très vieux, mais la réunion cosmique n'est jamais reportée, Toujours ce groove peinard, cet orgue hammond qui embrasse les guitares, et, mazette, purée, ça fait du bien !
Je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître, bien sûr.
Regarder les photos de la note de pochette rend heureux. Voir ces vieilles bourriques encore et toujours enflammer le Chicago's Soldier Field (ça ne s'invente pas), ce fut la pause estivale d'une année, encore une fois pitoyable et insupportable.
Mais surtout, surtout, ce qu'on retiendra de toute cette musique, c'est que finalement, si le rêve hippy s'est écroulé à Altamont ou à Woodstock, au choix, le Grateful Dead a réussi. A traverser les âges en tant qu'entité, sortant parfois des albums en studio dont tout le monde se fiche, mais communiant à chaque concert avec les Dead Heads.
Et puis, surtout, et c'est là l'hommage le plus beau fait à Jerry Garcia, le Grateful Dead a su se muer d'une enttité physique de 5-6 personnes à un concept cosmique, telle les fourmis formant la fourmillière, dépassant ensemble la somme des individus qui la composent. Le Grateful Dead existe encore sans son mentor, et pourra continuer à exister après même la mort de ses individus. La relève est là, de Warren Haynes et son Gov't Mule à Bruce Hornsby ici présent, en passant - ici encore - par Trey Anastasio qui semble poser les doigts sur son manche pile-poil comme le veut la tradition.
C'est pour ça, et c'est immense, que voilà mon cadeau pour cette nouvelle année : la preuve de l'éternité d'une idée, d'une communion. Le Grateful Dead, mes amis, est définitivement entré dans l'inconscient collectif, et si Dieu existe, c'est son backing-band. Dans le cas contraire, Dieu ferait bien de se dépêcher d'entrer en scène, le Grateful Dead nous prouve qu'il peut exister.
En pratique, c'est ici la version condensée, le Best-Of des trois soirées que je vous propose, histoire de ne pas intimider les sceptiques. Mais l'objet se décline jusqu'en un formidable coffret incluant les trois soirs à Chicago en audio et vidéo, et il ne vous sera sans doute pas difficile de le trouver sur la toile, voire de l'acheter, car finalement, donner à des bonnes oeuvres c'est toujours une bonne chose. D'autant que l'on n'est pas ici dans l'indécence financière du dernier Bootleg Series de Dylan, dont les 18 CD sont vendus (volés, devrais-je dire) à 900 dollars américains. De qui se moque-t-on ?
The Music Never Stopped in the Attics Of My Life
dimanche 29 novembre 2015
#168: Underworld "Second Toughest In The Infants"
Je dis ça parce qu' "on" regardait ça de loin, quand même. Nos amis Brittanniques semblaient n'en plus pouvoir de s'enfiler des pilules de toutes les couleurs et de s'aimer dans tous les sens à l'Hacienda. La Perfide Albion, qui plus est, se trémoussait au son d'un frenchie, Laurent Garnier, faisant pouet pouet avec ses boites à rythme...
Remarquez, on avait déjà pris Jean-Michel Jarre en pleine face, alors celui-là, s'ils voulaient bien se le garder c'était très bien comme ça. Pendant ce temps, on re-découvrait le punk-rock avec les Pixies et Nirvana, enfin un peu de guitare ! C'était pas maintenant qu'on allait se mettre à la techno ! Nous avaient déjà fait le coup des synthés, les British, merci.
Ceci dit, quand même, Joy Division, puis New Order, ça n'avait pas laissé tout le monde indifférent... Alors on écoutait timidement les Happy Mondays, parce qu'un peu pop quand même, mais sans franchir le pas. Avec le sentiment étrange de passer à côté d'un truc, quand même. Finalement, Brian Eno avait réussi la transition entre la musique planante du grand frère et la branchouille arty, via les Talking Heads, par exemple. Mais bon, voilà.
Et parfois, il suffit d'un truc. Le coup de la pédale fuzz sur Satisfaction, encore et toujours elle. Des Pixies qui, quoiqu'on en dise, ne décollent pas, et un Kurt Cobain qui rafle la mise derrière parce que, je sais pas, un meilleur batteur ? Une belle gueule ? Un truc sur lequel rêver. Et franchement, des boites à rythme ça te fait pas rêver. Pouet Pouet.
Et puis sort ce film de fou, Trainspotting, immense, drôle et macabre à la fois, sentant autant la pisse que la bière (ce qui est proche du pléonasme, non ?), dans lequel la musique déglinguée de l'Iguane en période Berlinoise, Lust For Life, quel programme, cotoie ces improbables, Underworld, avec leur Born Slippy. La belle évidence ! Ô le beau cas ! Pas la même soupe, mais le même poison.
Et puis après, l'album. Le deuxième album, Second Toughest In The Infants, Le premier, on l'a tous oublié, Paraît même qu'avant, Underworld était un groupe pop de seconde zone, le cul entre deux chaises, mais là, ils enlèvent carrément les chaises. Bouge, asshole !
Tout ça commence sur les chapeaux de roue, et ces gens-là savaient te faire groover une boite à rythme sans ressembler à des VRP informatiques façn Daft Punk. Quelques voix monochordes là-dessus, c'est pas que ça t'en fait une chanson, mais il se passe quelque chose, on est pas chez les Derrick de la french touch. Ca sent bon le bricolage, ça bouge, c'est neuf, et ça n'est pas du rock'n'roll.
Et la suite à l'avenant, ma bonne dame. On sent dans tout ça l'influence du Floyd, la douce mélancolie des faubourgs chatoyants de Manchester, c'est l'Angleterre de Dickens, celle des petites gens du peuple qui en chient toute la journée, Enfin, après, Joy Division, encore eux, en voilà qui passent le pas, ont le courage de définitivement larguer le schéma rock complètement éculé, et qui laissait trop souvent le goût amer de rester au milieu du gué. Non, ici on danse, mais on a l'ecstasy triste, on sait que le chômage, le SIDA et l'alcoolisme rythment la piste. On achève même les chevaux, comme disait l'autre.
Malheureusement, dès l'album suivant, la messe sera dite, la soupe froide et le réveil brutal. Le boum-boum n'aura plus la même saveur. Et ils seront légion, à tout donner le temps d'un disque, de Leftfield à Propellerheads, ces derniers ayant l'intelligence de jeter l'éponge avant de se planter dans le virage. Un peu comme si, ces nouveaux joujous, moins on savait s'en servir, mieux c'était.
Voilà, des albums techno, j'en poste tous les cinq ans, vous êtes tranquilles pour la suite. Mais celui-ci vaut largement le détour. Les Prodigy et autres Chemical Brothers en feront leurs choux gras, trouvant ici une raison de survivre à la fin morose du vingtième siècle. Pour une fois, ce sont les anglais qui ont entendu des voix...
Confusing The Waitress...
lundi 16 novembre 2015
#167: Dexy's Midnight Runners "Searching For The Young Soul Rebels"
Il est des nuits, quand je ne dors pas, durant lesquelles je m'interroge. Comment se fait-il que depuis le fier Guillaume, nous, français, n'ayons jamais réussi à mettre à mal l'Angleterre. De Jeanne d'Arc à Napoléon, notre fière nation s'est montrée pleutre et incapable de destituer ce royaume de mécrants.
Pourtant, les anglais mangent salement, des choses grasses et nauséabondes, et font preuve de peu de goût dès qu'on en vient à parler d'architecture, de peinture ou même de littérature. A part Shakespeare, dont certains viennent à douter de l'existence (et je pencherais à en être), ce n'est que misère et désolation. Tout juste parviennent-ils à innonder le monde de mauvais romans de gare, et pourtant, ce peuple résiste.
Ne parlons même pas de leur langue, dont la syntaxe est d'une pauvreté sans nom, comparée au français ou même à l'allemand. Et pourtant, les Américains, une fois dégagés du joug de leurs piteux ancêtres, conservèrent ces borborygmes comme moyen de communication, alors même que nous leur tendions une main amicale.
Je sais qu'actuellement, nous avons d'autres chats à fouetter que de régler ce détail historique, mais il ne prendrait pourtant que quelques mois, et remettrait du baume au coeur de notre belle nation.
Car depuis que nous avons perdu cette légitime habitude que de guerroyer avec la Perfide Albion, les choses ont changé. Les anglais son toujours aussi stupides, davantage même oserais-je dire. Tout le monde ou presque a compris l'enjeu des Big Datas, ces données que l'on distille au travers des réseaux sociaux et autres applications en ligne, et qui font aujourd'hui d'un Google ou d'un Facebook les maîtres du monde : comment donc savaient-ils que je manquais de shampooing à l'Aloe Vera ?
Face à cet enjeu géopolitique majeur, la bêtise des anglais, qui, fiers de leur tradition, semblent l'entretenir avec force et dévouement, demeure à la hauteur de leur basse réputation. Nous pouvons lire aujourd'hui dans l'étroit esprit des anglais comme dans un livre ouvert. Et reconstituer, maillon par maillon, pièce par pièce, leur modèle sociologique. Partant de là, nous pourrions être prompts, en nous attaquant à leur talon d'Achille, malgré son odeur nécessairement repoussante, pour les asservir une bonne fois pour toute. Je pense qu'un embargo sur l'huile de friture les mettrait déjà bienà plat, mais personne ne semble vouloir m'écouter.
Prenons un exemple simple, la musique rythmée. Avec laquelle, au passage, en pleine guerre froide, ils réussirent à pervertir le bon goût de notre jeunesse avec des groupuscules aux sobriquets aussi puérils que grotesques comme Yes, Genesis ou encore Emerson, Lake & Palmer (ce dernier détenant la palme de l'outrecuidance : à trois soldats, ils nous mirent à genou ! ô les vils !). Et bien grâce à l'ouverture des frontières couplée à leur piètre ouverture d'esprit, nous pouvons aujourd'hui, comme hier déjà, mais allons de l'avant, nous faire une belle idée de ce dont ils sont le plus fiers.
Tenez, ce premier album de Dexy's Midnight Runners. Un bijou de Northern Soul, qu'ils semblent avoir voulu garder pour eux, pendant qu'ils nous bombardaient de Duran Duran, Visage et autres Orchestral Manoeuvres In The Dark (dont le nom des plus belliqueux aurait dû nous alerter). Nous fîmes à l'époque pouet pouet avec leurs synthétiseurs, pendant que dans leurs tavernes les Dexy's envoyaient - comme on dit - une purée des plus efficaces. Bien sûr largement orientés vers leur glorieux passé, le disque n'en demeure pas moins d'une beauté terrifiante, et d'une efficacité extrême. Rien de poisseux ici, uniquement des cuivres d'une rutilance sans pareil, une guitare qui sait se tenir rythmique, une rythmique qui sait ce que rigueur et souplesse peuvent apporter à l'artillerie, et la voix de Kevin Rowland, pour couronner le tout. On n'avait pas entendu cela depuis Traffalgar,, une telle mise en pièce de la concurrence en quelques trnte_huit minutes et des secondes qui appartiennent aujourd'hui à l'Histoire.
Alors que nous allions tous nous vautrer dans une décennie des plus déprimantes, les anglais, eux, eurent la bonne idée de partir en guerre avec de belles munitions, De quoi vivre en autarcie pendant que le monde musical s'engouffrait dans une débacle infecte dont certains esprits chagrins aiment à penser qu'il n'en est jamais vraiment sorti. Ce fichu premier album des Dexy's, aujourd'hui encore, brille de mille feux, s'écoute comme s'il était apparu la semaine dernière ou il y a mille ans. Et pourtant, rien de bien audacieux dans tout cela si ce n'est l'évidence des mélodies, l'urgence d'en découdre et la simplicité même de la recette : Do it yourself, chantera Ian Dury, c'est bien cela dont il s'agit ici.
Trois ans après l'éclat d'obus punk, jailli miraculeusement de cette île hostile, les anglais comprirent aussitôt le message le plus important : inutile de se cramponner aux crêtes iroquoises des ladres des premiers jours, une fois la claque balancée, ce qui est important, c'est de se réveiller et d'avancer. Ici, sans honte et sans vergogne on osera témoigner de son amour pour la soul, ailleurs Dire Straits osera vénérer JJ Cale, Nous resterons sur le quai, continuant à essayer d'apprendre à mal jouer de la guitare comme si c'était là la principale chose à retenir des Sex Pistols.
Bien évidemment, fière et jalose de ce trésor, l'Angleterre pressera Kevin Rowland de donner dans le youkaïdi celto-discoïde pour la deuxième salve, celle destinée au monde. Nous n'en pourrons plus de cette Eileen dans sa jolie robe, toora-loora-laye ! La faisande mixture s'abattra sur le monde comme la vérole sur le bas-clergé breton.
Pendant que, dans quelque hameau des faubourgs de Londres, on continuera d'écouter en boucle ce chef-d'oeuvre inespéré.
Je vous le dis, face à tant d'égoïsme, et dans l'espoir de découvrir d'autres de ces pépites, il est urgent d'asservir l'Angleterre. Sans quoi M et Pascal Obispo s'imagineront pouvoir rivaliser avec le Général De Gaulle.. Aux armes !
Keep it.
Pourtant, les anglais mangent salement, des choses grasses et nauséabondes, et font preuve de peu de goût dès qu'on en vient à parler d'architecture, de peinture ou même de littérature. A part Shakespeare, dont certains viennent à douter de l'existence (et je pencherais à en être), ce n'est que misère et désolation. Tout juste parviennent-ils à innonder le monde de mauvais romans de gare, et pourtant, ce peuple résiste.
Ne parlons même pas de leur langue, dont la syntaxe est d'une pauvreté sans nom, comparée au français ou même à l'allemand. Et pourtant, les Américains, une fois dégagés du joug de leurs piteux ancêtres, conservèrent ces borborygmes comme moyen de communication, alors même que nous leur tendions une main amicale.
Je sais qu'actuellement, nous avons d'autres chats à fouetter que de régler ce détail historique, mais il ne prendrait pourtant que quelques mois, et remettrait du baume au coeur de notre belle nation.
Car depuis que nous avons perdu cette légitime habitude que de guerroyer avec la Perfide Albion, les choses ont changé. Les anglais son toujours aussi stupides, davantage même oserais-je dire. Tout le monde ou presque a compris l'enjeu des Big Datas, ces données que l'on distille au travers des réseaux sociaux et autres applications en ligne, et qui font aujourd'hui d'un Google ou d'un Facebook les maîtres du monde : comment donc savaient-ils que je manquais de shampooing à l'Aloe Vera ?
Face à cet enjeu géopolitique majeur, la bêtise des anglais, qui, fiers de leur tradition, semblent l'entretenir avec force et dévouement, demeure à la hauteur de leur basse réputation. Nous pouvons lire aujourd'hui dans l'étroit esprit des anglais comme dans un livre ouvert. Et reconstituer, maillon par maillon, pièce par pièce, leur modèle sociologique. Partant de là, nous pourrions être prompts, en nous attaquant à leur talon d'Achille, malgré son odeur nécessairement repoussante, pour les asservir une bonne fois pour toute. Je pense qu'un embargo sur l'huile de friture les mettrait déjà bienà plat, mais personne ne semble vouloir m'écouter.
Prenons un exemple simple, la musique rythmée. Avec laquelle, au passage, en pleine guerre froide, ils réussirent à pervertir le bon goût de notre jeunesse avec des groupuscules aux sobriquets aussi puérils que grotesques comme Yes, Genesis ou encore Emerson, Lake & Palmer (ce dernier détenant la palme de l'outrecuidance : à trois soldats, ils nous mirent à genou ! ô les vils !). Et bien grâce à l'ouverture des frontières couplée à leur piètre ouverture d'esprit, nous pouvons aujourd'hui, comme hier déjà, mais allons de l'avant, nous faire une belle idée de ce dont ils sont le plus fiers.
Tenez, ce premier album de Dexy's Midnight Runners. Un bijou de Northern Soul, qu'ils semblent avoir voulu garder pour eux, pendant qu'ils nous bombardaient de Duran Duran, Visage et autres Orchestral Manoeuvres In The Dark (dont le nom des plus belliqueux aurait dû nous alerter). Nous fîmes à l'époque pouet pouet avec leurs synthétiseurs, pendant que dans leurs tavernes les Dexy's envoyaient - comme on dit - une purée des plus efficaces. Bien sûr largement orientés vers leur glorieux passé, le disque n'en demeure pas moins d'une beauté terrifiante, et d'une efficacité extrême. Rien de poisseux ici, uniquement des cuivres d'une rutilance sans pareil, une guitare qui sait se tenir rythmique, une rythmique qui sait ce que rigueur et souplesse peuvent apporter à l'artillerie, et la voix de Kevin Rowland, pour couronner le tout. On n'avait pas entendu cela depuis Traffalgar,, une telle mise en pièce de la concurrence en quelques trnte_huit minutes et des secondes qui appartiennent aujourd'hui à l'Histoire.
Alors que nous allions tous nous vautrer dans une décennie des plus déprimantes, les anglais, eux, eurent la bonne idée de partir en guerre avec de belles munitions, De quoi vivre en autarcie pendant que le monde musical s'engouffrait dans une débacle infecte dont certains esprits chagrins aiment à penser qu'il n'en est jamais vraiment sorti. Ce fichu premier album des Dexy's, aujourd'hui encore, brille de mille feux, s'écoute comme s'il était apparu la semaine dernière ou il y a mille ans. Et pourtant, rien de bien audacieux dans tout cela si ce n'est l'évidence des mélodies, l'urgence d'en découdre et la simplicité même de la recette : Do it yourself, chantera Ian Dury, c'est bien cela dont il s'agit ici.
Trois ans après l'éclat d'obus punk, jailli miraculeusement de cette île hostile, les anglais comprirent aussitôt le message le plus important : inutile de se cramponner aux crêtes iroquoises des ladres des premiers jours, une fois la claque balancée, ce qui est important, c'est de se réveiller et d'avancer. Ici, sans honte et sans vergogne on osera témoigner de son amour pour la soul, ailleurs Dire Straits osera vénérer JJ Cale, Nous resterons sur le quai, continuant à essayer d'apprendre à mal jouer de la guitare comme si c'était là la principale chose à retenir des Sex Pistols.
Bien évidemment, fière et jalose de ce trésor, l'Angleterre pressera Kevin Rowland de donner dans le youkaïdi celto-discoïde pour la deuxième salve, celle destinée au monde. Nous n'en pourrons plus de cette Eileen dans sa jolie robe, toora-loora-laye ! La faisande mixture s'abattra sur le monde comme la vérole sur le bas-clergé breton.
Pendant que, dans quelque hameau des faubourgs de Londres, on continuera d'écouter en boucle ce chef-d'oeuvre inespéré.
Je vous le dis, face à tant d'égoïsme, et dans l'espoir de découvrir d'autres de ces pépites, il est urgent d'asservir l'Angleterre. Sans quoi M et Pascal Obispo s'imagineront pouvoir rivaliser avec le Général De Gaulle.. Aux armes !
Keep it.
samedi 7 novembre 2015
#166 : La Souris Déglinguée "Banzaï"
Le rock français.
Atchoum !
Quand j'y pense, je ne peux pas m'empêcher de revoir cette image de José Bové brandissant ses Roquefort AOC frondement pour dénoncer l'impérialisme américain. Se vouloir défenseur d'un rock français, c'est quelque part, avec la même fougue, faire semblant d'affirmer crânement que les "ze" à la place des "the" pour nos fringants gladiateurs anglophiles fôte d'être anglophones, ça t'a autant de panache que la moutarde à la place du ketchup dans les hot-dog. Il en faut, de la témérité et de la bravoure, je vous le dis.
Non, ce qui nous manque, c'est le drame shakespearien, c'est la noirceur de Faulkner. Quand un Jim Morrison nous refait le mythe d'Oedipe, chez nous un Christian Descamps nous refait le coup du "vite chéri, cache-toi dans l'armoire" de Feydeau ou Labiche (j'en perds mes références) et, désolé, ça n'a pas le même panache.
Quand un Kurt Cobain plie les gaules en s'enfournant une bastos dans la cervelle, qui plus est à l'âge mythique de 27 ans, ou quand un Jeff Buckley finit englouti dans le Mississippi, chez nous un Kent, ex-sale méchant petit trou-du-cul punk, finit par vanter les mérites de la campaaaaagne chez Drucker.
J'ai vu l'autre jour un docu sur Renaud (j'adore les documentaires animaliers, ça me repose après une semaine de boulot), dans lequel Jean-Louis Aubert, la grenouille à grande bouche, la larme à l'oeil, chantait Mistral Gagnant avec Coeur de Pirate. Et malgré ça, la vente de couches pour adultes à triplé cet été d'après l'INSEE suite à l'annonce d'une reformation de Téléphone. A l'heure de l'internet, avouez que c'est troublant. Comme quoi l'incontenance de nos vieilles biques semble forcer l'incontinence de leur public.
Vous me rétorquerez qu'un Sting, après avoir presque réussi le temps de deux albums à fusionner magistralement l'insolence du punk avec les infra_basses du dub de Lee Perry finit par nous chanter des niaiseries moyen-âgeuses sur Deutsche Gramophon, le constat n'est guère plus reluisant outre-manche.
Je vous répondrai sournoisement que c'est bien là le problème. A pert Dave et Jeane Manson, que je n'ai retrouvé dans aucune compile estampillée rock français parue chez Jimmy, personne ici n'a tenté le grand saut vers la musique lyrique. Et que, de fait, on ne comprendra jamais les anglais. Ni les américains d'ailleurs, parce que lorsqu'on brandit un roquefort pour alerter la planète sur les enjeux du lait cru face à un peuple qui, au même moment, s'amuse à torturer des bougnoules à Guantanamo ou à faire griller des nègres à coup de 380 volts au Texas, il me semble y percevoir un petit décalage, oh certes léger, mais quand même.
Et pourtant, face à un tel constat qui me pousserait aisément à demander l'asile politique au Groënland, il y a quelques exceptions - qui bien sûr, pour nos esprits cartésiens - ne font que confirmer la règle (dictée par Pascal Nègre ?). Tenez, en attendant que Kent et Jean-Louis Aubert nous sortent un album Tribute To Ringo, après quoi je resterai muet jusqu'à la fin des temps, je regarde avec nostalgie la pochette de cet album de La Souris Déglinguée : Taï-Luc nouant son bandeau de kamikaze pour illustrer ce Banzaï qui mérite largement son nom. Nous sommes en 1991, et les carottes du punk français sont en train de cuire à la mode de Vichy (une vieille habitude de chez nous). Dix ans très exactement sont passés depuis que Clash s'est atomisé dans un Combat Rock perdu d'avance, cédant aux sirènes du rock FM (choudaille steillore choudaille gaux, comme on chante chez nous). La France a peur, pour reprendre Roger Guicquel. La nouvelle garde reniflant les fesses putrides d'un Rage Against The Machine naissant (No One Is Innocent, Mass Hysteria) n'a pas encore réussi à pomper toute la merde nécessaire à carburer dans les charts, et Pigalle prend le relais des Garçons Bouchers, gardant précieusement le côté chiant de ces derniers et se débarassant du côté fun. Le rap français (autre sujet de dissertation) fait son entrée timide, mais côté comique (Je danse le Mia), un peu comme Fernandel à l'époque (qui ne reprendra d'ailleurs jamais Les Chaussettes Noires).
Et là, banzaï.
Un flot ininterrompu de groove, de guitares saignantes, de flow (comme on dit maintenant) sort des amplis de la Souris, qui accouche ici d'un éléphant de décibels, qui a tout compris et qui ne s'en remettra pas.
Le peuple de France a, un instant, failli tenir l'équivalent du Clash à sa grande époque, disons entre London Calling et Sandinista. De passer les titres en revue ne servirait à rien. On assiste tout simplement à l'explosion sublime d'un kamikaze sur le vieux paquebot du rock français. Ne m'appelez plus jamais France, comme disait l'autre. On tenait là un mètre-étalon pour la décennie à venir, mais le vieux navire déjà moribond ne fit qu'un flop en coulant, un prout à peine audible et inodore face à la sulfureuse concurrence qui l'ésgourdit au gaz moutarde.
Incroyable mais vrai, comme disait Jacques Martin, en 2015, ce disque est encore écoutable, la tête haute, les couilles en avant et les watts de la chaîne poussés au maximum. Qu'il sonne éventuellement comme un canard diabétique sur votre iTruc n'étonnera personne, à commencer par moi. Ce n'est pas la musique qu'il faut changer, c'est l'appareil bon dieu ! Enfin passons. A peine distingue-t-on quelques notes d'un sampler préhistorique un peu dépassées par les événements, mais sinon... Quelle riche idée, cette vraie batterie ! Qui a dit que les batteurs ne sauraient pas jouer du funk ou du hip-hop ? Qui a dit qu'il serait malveillant de balancer un riff bien senti quand un groove chaloupe vers les sirènes de Jamaïque ? Personne à ma connaissance, ni à celle de La Souris Déglinguée qui ici, au-delà de toute prouesse technique et de tout ambition commerciale commet la plus belle des choses qu'un groupe de rock, qu'il vienne de Millau ou de Detroit, USA, ait pu nous apporter : OSER.
Oui, oser.
Et là, les frontières disparaissent, et l'on se met à se rappeler de ceux qui ont osé : Keith Richards avec sa pédale fuzz sur Satisfaction, le MC5 ou Steppenwolf dans leurs élans militants submergés par le bruit, un Bowie flinguant son pantin glam pour mieux revenir, le nez dans la poudre berlinoise des années art-déco murales, un Dylan électrique devant des péquenots rétrogrades, les versets sataniques d'un Rimbaud face à l'académisme sclérosé d'un Victor Hugo, j'en passe, pas tant de meilleures parce qu'elles sont finalement assez rares, les meilleures, de nos jours évidemment comme déjà, en 1991, qui plus est en France.
Bien sûr, pour reprendre les termes de Marcel Proust, ce fut tout.
Dites-moi, est-ce que ça a vraiment existé, comme dirait Johnny ?
Cliquez sur lr lien, vous entendrez.
lundi 26 octobre 2015
#165 : The Carter Family "From 1936 Radio Transcripts" & "The Carter Family On Border Radio JEMF 01"
D'aucuns disent que la vie serait apparue par le plus pur fortuit des hasard il y a quelques milliards d'année. Dans un gloubiboulga originel (une sorte de soupe aux vermicelles sans pâtes), suite à un orage, se seraient synthétisé comme ça, spash ! des acides aminés qui n'auraient rien trouvé de mieux à faire (sur ce point, je suis assez d'accord sur la monotonie de l'époque) que de combiner en protéines et hop, comme ça, le jour de Carnaval, se transformer en double hélice d'ADN. Tout ça . pendant que la tectonique des plaques fabriquait les futures stations de ski.
Quand j'entends ça et que j'écoute la Carter Family, notamment ces show radio fraichement dénichés sur la toile je saisis ma bible et mon fusil et je dis NON ! Le Bon Dieu a bien pu être capable de créer l'univers en six jours ! La preuve, petits cons, c'est qu'en une seule journée de l'an de grâce 1926, alors qu'il n'inventerait le mp3 que quatre-vingt ans plus tard, Dieu a mis dans les mains de Ralph Peers, modeste employé de chez Victor, un rouleau de cire avec lequel il a enregistré A LA FOIS la Carter Family et Jimmy Rogers.
Et vous vous étonnez que les ricains soient cul-bénis ?
En plus, Dieu, toujours prêt à jouer à la kabale, a créé le mythe rock'n'roll avec ce fameux trio. Fondé par A.P. Carter (dont on taira le prénom tellement on a honte de lui), qui chantait à peu près aussi bien que Valéry Giscard d'Estaing jouait de l'accordéon et sa femme Sara, ils dévergonderont Maybelle, la cousine, qui elle chantait comme un Dieu et jouait de la guitare bien mieux qu'Eric Clapton qui n'était alors qu'un fatras d'acides aminés improbable.
A.P. se contentait de driver les gonzesses, et avait bien compris les enjeux du copyright, se gardant sous le coude le privilège d'avoir écrit ces chansons de folies vieilles comme Hérode. Le ver était dans le fruit comme le ying dans le yang, ce qui est en haut est en bas et tout le toutim ésotérique. On revivrait l'histoire avec Kim Fowley et les Runaways, Ike & Tina Turner, bref, moi je dis les gonzesses faut les mater, de toute façon elles ont aucun sens de la vraie valeur des choses. Et là-bas, en 1926, dans les Appalaches, ça serait quand même con de laisser dans le domaine public des diamants comme Wildwood Flower, Keep On The Sunnyside, Will The Circle Be Unbroken et tout le reste. On a vu ce que donnait la révolution russe de 1917. Aucun sens de la mélodie, les cocos. Même mort, Raspoutine nous gonflerait encore soixante ans plus tard avec Boney M, c'est vous dire la capacité de nuisance !
Non, je frime, je blague, je déconne. Parce que pour dire vrai, je sais pas quoi dire de la Carter Family. Quand j'entends Mother Maybelle Carter me chantonner Keep On The Sunny Side dans l'oreille (maman ! c'est toi !), je suis capable de même pas avoir peur d'une porte d'armoire restée ouverte, de Lénine ou de la crise de 1929.
Et Bon Dieu le premier qui me parle de musique de plouc ou qui traite Mother de vieille chèvre, je lui fais bouffer l'intégrale de Fernandel.
Parce que c'est pas la peine d'aller chercher le pourquoi de la Création dans les séphirots, tout est là. Disons le côté blanc de l'affaire. Vous me rajoutez bien évidemment une dose de Son House si vous n'avez plus de Robert Johnson en rayon et je vous fabrique un Keith Richard en cadeau Bonux. Ou un Gram Parsons. Quoique, à l'époque on était moins couillon et le blues n"était pas encore une marque déposée chez Chess, comme la country n'appartenait pas qu'à Nashville. Prenez les Mississippi Sheiks, ou Clarence Ashley, c'était pas la même couleur mais la même chanson. Tiens, Sittin' On Top Of The World ils la chantaient tous. Ca veut pas dire qu'on aimait forcément les négros dans les montagnes, mais je suis sûr qu'il y a des gens qui votent FN et qui écoutent Michel Sardou (quoi ? c'est pas un bon exemple ? Désolé mais j'en connais pas personnellement des gens qui votent FN !).
Non, je m'emballe encore. Vous allez peut-être rire, mais vous n'allez que rire. Vous allez passer votre chemin chercher ailleurs désespérément le dernier Dead Weathers, et j'aurai perdu ma soirée pour rien.
Et pourtant, je reste muet. L'angoisse de la page HTML blanche. Sais pas pourquoi c'est tellement difficile de dire tout le bien que je pense de ces trois lascars. Maman. Ca doit être ça. Maman. Ce drôle de sentiment, que de se sentir bien, dans un cocon d'amour, avec maman qui me chante de si jolies chansons. Des choses affreuses aussi, ces murder ballads qui font bien plus peur que le vilain Père Fouétard caché dans l'armoire. Mais tout ça, c'est la vie said the old folks, whch means that you never can tell, comme disait Chuck. Et qui viendrait me dire qu'on a pas besoin d'être un peu soudés, surtout ces derniers temps ? La folie Daech, Charlie, merde. T'es où mon pote ? Toi qui crache pas sur Led Zeppelin parce que c'est ringard et banane et tout ça ? Merde, j'en deviendrais rétrograde. Maman. Encore une chanson. S'il te plaît.
Alors oui, amateurs de grand frissons, adeptes de la drum'n'bass parce que ça fait style, des expérimentations de Brian Eno qui est allé vachement loin dans le concept minimaliste tu vois, et toi, oui toi qui a réussi à écouter Kurzweilen de Stockhausen jusqu'au bout ! Je te lance le grand défi : aller au fond des choses, en prendre plein la tronche, tout ça en écoutant ce vieux machin avec la chèvre qui bêle en grattant une guitare en bois. Ah c'est sûr c'est pas funky comme expérience, ça parle du Bon Dieu, c'est pas de la poésie façon Dylan sous amphétamines, c'est américain on-ne-peut-mieux-ni-plus, et c'est limite dangereux. Tu risques de pleurer ta mère. Et deux fois : y'a même pas Wildwood Flower ni Will The Circle Be Unbroken, sur la galette. Ta mère !
Maman.
Mother Maybelle.
C'est pas de l'acide à minets, ce truc. Merci mon Dieu.
Et merci Keith poir ta compile country qui m'a fait replonger...
Just Another Broken Heart
There'll Be Joy Joy Joy
Quand j'entends ça et que j'écoute la Carter Family, notamment ces show radio fraichement dénichés sur la toile je saisis ma bible et mon fusil et je dis NON ! Le Bon Dieu a bien pu être capable de créer l'univers en six jours ! La preuve, petits cons, c'est qu'en une seule journée de l'an de grâce 1926, alors qu'il n'inventerait le mp3 que quatre-vingt ans plus tard, Dieu a mis dans les mains de Ralph Peers, modeste employé de chez Victor, un rouleau de cire avec lequel il a enregistré A LA FOIS la Carter Family et Jimmy Rogers.
Et vous vous étonnez que les ricains soient cul-bénis ?
En plus, Dieu, toujours prêt à jouer à la kabale, a créé le mythe rock'n'roll avec ce fameux trio. Fondé par A.P. Carter (dont on taira le prénom tellement on a honte de lui), qui chantait à peu près aussi bien que Valéry Giscard d'Estaing jouait de l'accordéon et sa femme Sara, ils dévergonderont Maybelle, la cousine, qui elle chantait comme un Dieu et jouait de la guitare bien mieux qu'Eric Clapton qui n'était alors qu'un fatras d'acides aminés improbable.
A.P. se contentait de driver les gonzesses, et avait bien compris les enjeux du copyright, se gardant sous le coude le privilège d'avoir écrit ces chansons de folies vieilles comme Hérode. Le ver était dans le fruit comme le ying dans le yang, ce qui est en haut est en bas et tout le toutim ésotérique. On revivrait l'histoire avec Kim Fowley et les Runaways, Ike & Tina Turner, bref, moi je dis les gonzesses faut les mater, de toute façon elles ont aucun sens de la vraie valeur des choses. Et là-bas, en 1926, dans les Appalaches, ça serait quand même con de laisser dans le domaine public des diamants comme Wildwood Flower, Keep On The Sunnyside, Will The Circle Be Unbroken et tout le reste. On a vu ce que donnait la révolution russe de 1917. Aucun sens de la mélodie, les cocos. Même mort, Raspoutine nous gonflerait encore soixante ans plus tard avec Boney M, c'est vous dire la capacité de nuisance !
Non, je frime, je blague, je déconne. Parce que pour dire vrai, je sais pas quoi dire de la Carter Family. Quand j'entends Mother Maybelle Carter me chantonner Keep On The Sunny Side dans l'oreille (maman ! c'est toi !), je suis capable de même pas avoir peur d'une porte d'armoire restée ouverte, de Lénine ou de la crise de 1929.
Et Bon Dieu le premier qui me parle de musique de plouc ou qui traite Mother de vieille chèvre, je lui fais bouffer l'intégrale de Fernandel.
Parce que c'est pas la peine d'aller chercher le pourquoi de la Création dans les séphirots, tout est là. Disons le côté blanc de l'affaire. Vous me rajoutez bien évidemment une dose de Son House si vous n'avez plus de Robert Johnson en rayon et je vous fabrique un Keith Richard en cadeau Bonux. Ou un Gram Parsons. Quoique, à l'époque on était moins couillon et le blues n"était pas encore une marque déposée chez Chess, comme la country n'appartenait pas qu'à Nashville. Prenez les Mississippi Sheiks, ou Clarence Ashley, c'était pas la même couleur mais la même chanson. Tiens, Sittin' On Top Of The World ils la chantaient tous. Ca veut pas dire qu'on aimait forcément les négros dans les montagnes, mais je suis sûr qu'il y a des gens qui votent FN et qui écoutent Michel Sardou (quoi ? c'est pas un bon exemple ? Désolé mais j'en connais pas personnellement des gens qui votent FN !).
Non, je m'emballe encore. Vous allez peut-être rire, mais vous n'allez que rire. Vous allez passer votre chemin chercher ailleurs désespérément le dernier Dead Weathers, et j'aurai perdu ma soirée pour rien.
Et pourtant, je reste muet. L'angoisse de la page HTML blanche. Sais pas pourquoi c'est tellement difficile de dire tout le bien que je pense de ces trois lascars. Maman. Ca doit être ça. Maman. Ce drôle de sentiment, que de se sentir bien, dans un cocon d'amour, avec maman qui me chante de si jolies chansons. Des choses affreuses aussi, ces murder ballads qui font bien plus peur que le vilain Père Fouétard caché dans l'armoire. Mais tout ça, c'est la vie said the old folks, whch means that you never can tell, comme disait Chuck. Et qui viendrait me dire qu'on a pas besoin d'être un peu soudés, surtout ces derniers temps ? La folie Daech, Charlie, merde. T'es où mon pote ? Toi qui crache pas sur Led Zeppelin parce que c'est ringard et banane et tout ça ? Merde, j'en deviendrais rétrograde. Maman. Encore une chanson. S'il te plaît.
Alors oui, amateurs de grand frissons, adeptes de la drum'n'bass parce que ça fait style, des expérimentations de Brian Eno qui est allé vachement loin dans le concept minimaliste tu vois, et toi, oui toi qui a réussi à écouter Kurzweilen de Stockhausen jusqu'au bout ! Je te lance le grand défi : aller au fond des choses, en prendre plein la tronche, tout ça en écoutant ce vieux machin avec la chèvre qui bêle en grattant une guitare en bois. Ah c'est sûr c'est pas funky comme expérience, ça parle du Bon Dieu, c'est pas de la poésie façon Dylan sous amphétamines, c'est américain on-ne-peut-mieux-ni-plus, et c'est limite dangereux. Tu risques de pleurer ta mère. Et deux fois : y'a même pas Wildwood Flower ni Will The Circle Be Unbroken, sur la galette. Ta mère !
Maman.
Mother Maybelle.
C'est pas de l'acide à minets, ce truc. Merci mon Dieu.
Et merci Keith poir ta compile country qui m'a fait replonger...
Just Another Broken Heart
There'll Be Joy Joy Joy
samedi 24 octobre 2015
#164 : Dr John "Locked Down"
Ce bon vieux Docteur. Personne ici, ni ailleurs, pour le descendre en flèche. Il impose le respect, le vieux roublard. Il sent le gumbo par tous les pores, et vas-t-en pas lui chercher des noises, les pattes de poulet devant ta porte c'est jamais bon. Et puis on sait jamais.
Pour autant; je n'ai jamais rencontré personne se vantant de posséder sa discographie intégrale. Même pas sûr que le toubib ait été piraté. Non pas qu'il ait commis de mauvais album mais... comment dire... si j'étais mauvais, le Mac Rebennac je l'appellerait bien le Mac Rabachenac. Oui oui c'est sûr, je me crois sur parole, y'a rien de mauvais, jamais, toujours ce groove caractéristique de Bourbon Street, ces cuivres qui balancent, et puis qui oserait se plaindre d'une reprise de Jelly Roll Morton par ici, de Professor Longhair par là ? Oh personne, encore une fois, on sait jamais. Mais bon...
Identifiable au moindre coup de glotte, le Docteur fait partie des meubles. Seriez-vous du style à passer dans votre salon et rester scotché ? Waaah ! la putain de belle chaise que j'ai ! Top classe, je vais la prendre en photo ! Euh...
Bon, c'est sûr, le premier album était visqueux comme un okra trop cuit et redoutable car dangereux. Grooves salaces marécageux, cantiques vaudous qu'on ose pas écouter trop fort, parce que le Baron Samedi, à ce qu'il paraît, y'a pas intérêt à l'inviter à manger le jambalaya... Et puis In The Right Place, comme son titre l'indique... Et j'ai un faible aussi pour Duke Elegant, ses reprises funky de Duke Ellington (originaire d'où vous savez, il allait quand même pas reprendre Charlie Parker, hein !). Et puis un truc par ci-par là (j'ai même oublié le titre, mince...).
Alors vous pensez, ce Locked Down butiné au hasard, fallait vraiment que j'aie déjà téléchargé l'album en espagnol d'Abba pour que, lassé par le sommeil qui tarde, je clique sur le lien. Etant par ailleurs pas très au fait du truc, ce n'est que plus tard que j'ai appris que le skeud était produit par le gars des Black Keys, Dan Auerbach, c'est ça non ? Hype, donc.Et là je me suis senti doublement berné : et d'une, le disque était excellent, et de deux, j'avais cédé aux sirènes commerciales, les pires, celles que je déteste. Quand un jeune on à la mode fasse l'aumône à un Ancient pour le remettre sur le devant de la scène. Prenez l'autre perdreau du jour, Jack White, OK il avait fait un miracle avec Loretta Lynn, mais il n'a pas empêché la vieille Wanda Jackson de sonner comme un potiron plasmolysé au milieu d'un champ de blettes. Et puis, par chez nous en Phrance, la bernique hurlante, M, qui s'est cru, non mais oh, capable (et pire, a pensé qu'il lui était indispensable) de redorer l'image de notre Johnny national ! Et rappelez-vous de Lenny Kravitz, le Canada Dry recycleur de clichés Lennoniens, il a tenu combien, deux albums avant qu'on découvre la filouterie ?
Mais là, niqué le Jeepee. Tout cela est évidemment vintage à souhait, mais bon sang que c'est bon. On a presque l'impression parfois que le vieux Docteur aurait poussé jusqu'à Memphis faire chauffer la marmitte chez Stax. Je sais, vous allez me dire que tout cela n'est qu'un feu de paille. Mais non, ça fait plus d'un an que ça dure. J'ai même acheté l'album ! Si j'étais parano, enfin, si j'étais à la place du Docteur et parano, je me dirais que c'est peut-être volontairement que personne ne lui a dit, pendant toutes ces années, que ça serait peut-être bien qu'il change un peu de style, pour éviter de fâcher la concurrence, voyez-vous.
Et puis je me souviens maintenant que le Dan avait même réussi à me bluffer avec Lana Del Rey (et je revendique toujours, malgré les rires caustiques d'une bonne moitié de la blogosphère). Non, ce mec a du talent. Et j'aimais bien les Black Keys, même si le dernier album... bof bof. Il a eu du bol, le Docteur. Le Dan a dû choper le melon depuis, comme le Jack Stripe - pardon - White, qui produit tellement bien ses disques qu'il oublie d'en écrire de bonnes chansons.
Bien sûr, le livret du CD est pompeux (mais vous vous en fichez, je l'ai pas scanné) et raconte cette merveilleuse renaissance grâce à Dan Auerbach, qu'ils ont jammé à l'arrière d'un honky-tonk à cinq heures du mat' et que non non vraiment ça n'a rien d'un revival. C'est la magie les mecs, le mojo, tout ça. Ca fait un peu pub de la Mère Denis pour Ariel, et ça gâche un peu le truc, mais fallait bien expliquer un peu aux djeuns pourquoi un mec branché trainait avec un grabataire, sans doute.
Bref, un truc de fou. On sent l'arnaque à plein nez, un peu comme chez Fernand Raynaud, allo Tonton ? Pourquoi tu tousses ? C'est pas de la farine, c'est du sucre en poudre !!!
Peut-être, mais ça ressemble drôlement à du Brown Sugar, cette affaire. Alors, si pour vous Dr John ça fait un bail, prenez un rail ! Big Shot !
You Lie ?
Pour autant; je n'ai jamais rencontré personne se vantant de posséder sa discographie intégrale. Même pas sûr que le toubib ait été piraté. Non pas qu'il ait commis de mauvais album mais... comment dire... si j'étais mauvais, le Mac Rebennac je l'appellerait bien le Mac Rabachenac. Oui oui c'est sûr, je me crois sur parole, y'a rien de mauvais, jamais, toujours ce groove caractéristique de Bourbon Street, ces cuivres qui balancent, et puis qui oserait se plaindre d'une reprise de Jelly Roll Morton par ici, de Professor Longhair par là ? Oh personne, encore une fois, on sait jamais. Mais bon...
Identifiable au moindre coup de glotte, le Docteur fait partie des meubles. Seriez-vous du style à passer dans votre salon et rester scotché ? Waaah ! la putain de belle chaise que j'ai ! Top classe, je vais la prendre en photo ! Euh...
Bon, c'est sûr, le premier album était visqueux comme un okra trop cuit et redoutable car dangereux. Grooves salaces marécageux, cantiques vaudous qu'on ose pas écouter trop fort, parce que le Baron Samedi, à ce qu'il paraît, y'a pas intérêt à l'inviter à manger le jambalaya... Et puis In The Right Place, comme son titre l'indique... Et j'ai un faible aussi pour Duke Elegant, ses reprises funky de Duke Ellington (originaire d'où vous savez, il allait quand même pas reprendre Charlie Parker, hein !). Et puis un truc par ci-par là (j'ai même oublié le titre, mince...).
Alors vous pensez, ce Locked Down butiné au hasard, fallait vraiment que j'aie déjà téléchargé l'album en espagnol d'Abba pour que, lassé par le sommeil qui tarde, je clique sur le lien. Etant par ailleurs pas très au fait du truc, ce n'est que plus tard que j'ai appris que le skeud était produit par le gars des Black Keys, Dan Auerbach, c'est ça non ? Hype, donc.Et là je me suis senti doublement berné : et d'une, le disque était excellent, et de deux, j'avais cédé aux sirènes commerciales, les pires, celles que je déteste. Quand un jeune on à la mode fasse l'aumône à un Ancient pour le remettre sur le devant de la scène. Prenez l'autre perdreau du jour, Jack White, OK il avait fait un miracle avec Loretta Lynn, mais il n'a pas empêché la vieille Wanda Jackson de sonner comme un potiron plasmolysé au milieu d'un champ de blettes. Et puis, par chez nous en Phrance, la bernique hurlante, M, qui s'est cru, non mais oh, capable (et pire, a pensé qu'il lui était indispensable) de redorer l'image de notre Johnny national ! Et rappelez-vous de Lenny Kravitz, le Canada Dry recycleur de clichés Lennoniens, il a tenu combien, deux albums avant qu'on découvre la filouterie ?
Mais là, niqué le Jeepee. Tout cela est évidemment vintage à souhait, mais bon sang que c'est bon. On a presque l'impression parfois que le vieux Docteur aurait poussé jusqu'à Memphis faire chauffer la marmitte chez Stax. Je sais, vous allez me dire que tout cela n'est qu'un feu de paille. Mais non, ça fait plus d'un an que ça dure. J'ai même acheté l'album ! Si j'étais parano, enfin, si j'étais à la place du Docteur et parano, je me dirais que c'est peut-être volontairement que personne ne lui a dit, pendant toutes ces années, que ça serait peut-être bien qu'il change un peu de style, pour éviter de fâcher la concurrence, voyez-vous.
Et puis je me souviens maintenant que le Dan avait même réussi à me bluffer avec Lana Del Rey (et je revendique toujours, malgré les rires caustiques d'une bonne moitié de la blogosphère). Non, ce mec a du talent. Et j'aimais bien les Black Keys, même si le dernier album... bof bof. Il a eu du bol, le Docteur. Le Dan a dû choper le melon depuis, comme le Jack Stripe - pardon - White, qui produit tellement bien ses disques qu'il oublie d'en écrire de bonnes chansons.
Bien sûr, le livret du CD est pompeux (mais vous vous en fichez, je l'ai pas scanné) et raconte cette merveilleuse renaissance grâce à Dan Auerbach, qu'ils ont jammé à l'arrière d'un honky-tonk à cinq heures du mat' et que non non vraiment ça n'a rien d'un revival. C'est la magie les mecs, le mojo, tout ça. Ca fait un peu pub de la Mère Denis pour Ariel, et ça gâche un peu le truc, mais fallait bien expliquer un peu aux djeuns pourquoi un mec branché trainait avec un grabataire, sans doute.
Bref, un truc de fou. On sent l'arnaque à plein nez, un peu comme chez Fernand Raynaud, allo Tonton ? Pourquoi tu tousses ? C'est pas de la farine, c'est du sucre en poudre !!!
Peut-être, mais ça ressemble drôlement à du Brown Sugar, cette affaire. Alors, si pour vous Dr John ça fait un bail, prenez un rail ! Big Shot !
You Lie ?
mardi 13 octobre 2015
#163 : Léo Ferré "Alors, Léo... (enregistrement public 1990)"
Je garde cet accord à la fin...
Alors, faites-moi plaisir, comme ça vous serez tout à fait avec moi...
Je m'en vais, je vous souhaite bonne nuit.
N'applaudissez pas à cette chanson mais... merci d'avance...
Ce sont là les derniers mots, concluant la dernière version d'Avec Le Temps du dernier concert enregistré par Léo Ferré au TLP Dejazet en 1990. Juste avant le silence définitif de l'Amer, le silence radio ayant été largement anticipé par des médias qui n'avaient que foutre des derniers balbutiements d'un anarchiste emmerdeur à l'aube de ces années 1990 dominées par les Boys Band.
Je m'en vais, je vous souhaite bonne nuit.
Et quelle nuit, puisque jamais le soleil ne s'en est remis, sans doute par respect pour l'artiste. Il n'y a plus rien. Ces choses n'ont plus cours. Un Pascal Nègre fanfaronnait déjà en ces années putrides, affirmant haut et fort, sans complexe, que Universal ne signerait pas un Jacques Brel de nos jours. Alors, Léo... pensez donc.
Un jusqu'au boutiste qui reviendra de tout, qui n'hésitera pas à s'accompagner sur scène de ses propres arrangements pour orchestre, sur bande magnétique sans doute faute de fric pour se payer le-dit orchestre, et qui sans concession sortira sa musique telle qu'il l'entendait, alors que, ma pauvre dame, on ne fait plus dans le symphonique, ça ne se vend pas. Sauf bien sûr, s'il s'agit de Jeane Manson reprenant les plus beaux arias avec l'orchestre de Moscou, mais c'est autre chose.
Que dire sur cet album ? Rien. Certains savent. Les autres, qu'ils passent leur chemin.
Ou plutôt si, et c'est là le but de ce billet : cet album est aujourd'hui introuvable, jamais réédité. Sans doute pour des raisons bassement vénales, liées à la joute judiciaire que se livrent Barclay et le fils de Léo ? Un manque flagrant d'intérêt commercial et de retour sur investissement ? alors en attendant des jours meilleurs, le voici. Et j'en ai d'autres dans ma besace qui ont vécu le même sort : les concerts de 1988 au Dejazet, le live aux Francofolies, l'Opéra du Pauvre... Une honte.
Comme deux heure et demi de bonheur vous attendent, je ferai court. Je n'applaudirai pas, à sa demande. Je me tais. Je vous laisse la musique...
CD1
CD2
Alors, faites-moi plaisir, comme ça vous serez tout à fait avec moi...
Je m'en vais, je vous souhaite bonne nuit.
N'applaudissez pas à cette chanson mais... merci d'avance...
Ce sont là les derniers mots, concluant la dernière version d'Avec Le Temps du dernier concert enregistré par Léo Ferré au TLP Dejazet en 1990. Juste avant le silence définitif de l'Amer, le silence radio ayant été largement anticipé par des médias qui n'avaient que foutre des derniers balbutiements d'un anarchiste emmerdeur à l'aube de ces années 1990 dominées par les Boys Band.
Je m'en vais, je vous souhaite bonne nuit.
Et quelle nuit, puisque jamais le soleil ne s'en est remis, sans doute par respect pour l'artiste. Il n'y a plus rien. Ces choses n'ont plus cours. Un Pascal Nègre fanfaronnait déjà en ces années putrides, affirmant haut et fort, sans complexe, que Universal ne signerait pas un Jacques Brel de nos jours. Alors, Léo... pensez donc.
Un jusqu'au boutiste qui reviendra de tout, qui n'hésitera pas à s'accompagner sur scène de ses propres arrangements pour orchestre, sur bande magnétique sans doute faute de fric pour se payer le-dit orchestre, et qui sans concession sortira sa musique telle qu'il l'entendait, alors que, ma pauvre dame, on ne fait plus dans le symphonique, ça ne se vend pas. Sauf bien sûr, s'il s'agit de Jeane Manson reprenant les plus beaux arias avec l'orchestre de Moscou, mais c'est autre chose.
Que dire sur cet album ? Rien. Certains savent. Les autres, qu'ils passent leur chemin.
Ou plutôt si, et c'est là le but de ce billet : cet album est aujourd'hui introuvable, jamais réédité. Sans doute pour des raisons bassement vénales, liées à la joute judiciaire que se livrent Barclay et le fils de Léo ? Un manque flagrant d'intérêt commercial et de retour sur investissement ? alors en attendant des jours meilleurs, le voici. Et j'en ai d'autres dans ma besace qui ont vécu le même sort : les concerts de 1988 au Dejazet, le live aux Francofolies, l'Opéra du Pauvre... Une honte.
Comme deux heure et demi de bonheur vous attendent, je ferai court. Je n'applaudirai pas, à sa demande. Je me tais. Je vous laisse la musique...
CD1
CD2
dimanche 11 octobre 2015
#162 : The Rolling Stones "I Gave You Diamonds You Gave Me Disease (The Exile Outtakes)"
Aujourd'hui tout est là. Comme si Big Brother avait changé de stratégie, face à ces petits humains qui tentaient de briser le barrage à grand coups de cuiller à pot. Le flot s'est déversé d'un seul coup sur une humanité aussi surprise que désorientée. Des grimoires alchimiques aux révélations de wikileaks, en passant par Candy Crush Saga, le deep web, Facebook, les réseaux terroristes et ce-dit blog, et tant d'autres bien sûr. Rechercher la clé du monde est possible, elle se trouve sans doute sur internet, telle une aiguille dans une botte de foin numérique.
Et il faut avouer que la stratégie de Big Brother est diablement efficace. Le rocker moyen en avait déjà largement fait les frais à grands coups de bonus tracks à l'heure du CD, puis des remasterisations quand tout fut édité, j'en passe et des meilleures. Pourtant, sommes-nous nombreux à les réécouter, ces bonus tracks ? Nettoyées à grands coups de Pro-Tools, ma pauv' dame, c'est fou ce qu'on peut faire avec l'informatique. Voyez (évitez d'écouter) l'album Love des Beatles, sur lequel le fils de George Martin s'est amusé à tout mélanger, ha ha, hi hi, que c'est drôle. Prout, répondit le coussin péteur, faut arrêter les conneries. Rééditer Sticky Fingers en double CD et ne même pas inclure la version live de Let It Rock réservée aux espagnols qui sous Franco ne devaient pas entendre parler de morphine, c'est quand même un comble, une idiotie, une gaffe, une honte, un gros doigt, quoi. Le problème n'étant pas de pouvoir se procurer le-dit morceau, mais le fait d'effacer d'un revers de manche un pan de l'histoire, alors même que c'est ce qu'on cherche à nous vendre.
L'histoire avait salement débuté avec la réédition d'Exile On Main Street fourguée avec un CD entier de morceaux inédits, craché/juré d'époque. Universal semblait donc pouvoir réécrire l'histoire, et, pourquoi pas, nous sortir un jour l'album inédit enregistré par les Stones au Maroc en 1969. Au hasard. Sauf que, dans les crédits de la pochette, en tout petit, on peut lire que Liza Fischer fait des choeurs sur plusieurs morceaux. Liza Fischer ! Elle n'avait jamais dû tailler une pipe en 1972, peut-être n'était-elle même pas née ? Elle a commencé à se faire mettre la main au cul par Jagger en 1995, à ma connaissance, et le lippu n'aime pas la chair flasque. Alors aux chiottes, le CD.
Car Exile On Main Street, bordel, c'est un disque capital. Un fourre-tout démentiel de se qui se passa sur la Côte d'Azur, à Nellcote, en 1972. Je le sais j'y étais. Enfin, pas loin, au camping Miramar à la Londe-les-Maures, mais quand même, je sais de quoi je parle. Deux disques bricolés à la va comme je te pousse, des bandes retravaillées à LA après l'épisode frenchy, desquelles on a tenté de récupérer des choses par ci par là. Mais il reste ces images mythiques de ce groupe de dingues sur la riviera, les défilés des dealers, les jams de minuit à six heures du matin, les histoires de cul, orchestrées par un Keith Richards maître des lieux mais pas du tout maître de soi. Et tout au long des deux galettes, ce bordel, ce paradis artificiel que devait être la Cave de la villa, transparaît à grosses gouttes, malgré les efforts désespérés de Glyn Johns et l'angoisse de Jagger d'en sortir quelque chose de présentable.
J'ai passé un été entier à maîtriser mes premières décharges hormonales, tenter de juguler les pustules adolescentes qui me voilaient la face, et surtout à écouter, allongé sur mon lit, Exile. Disque 1, Face A puis B puis Disque 2 dans le même ordre. Interdit de zapper pour arriver plus vite à tel ou tel morceau. C'était un excellent exercice pour tromper l'ennui profond d'un mois d'août en Alsace. Et de lire les crédits, là encore : se rendre compte qu'il y avait peut-être, à tout casser, trois ou quatre morceaux sur lesquels les Stones jouaient tous ensemble. Que Richards tenait la basse sur Happy, mais bordel, qu'est-ce qu'il foutait Bill Wyman ? En plus, le petit ami de ma soeur, qui habitait Nice, m'avait montré la fameuse villa. Vue de mes yeux vue, de loin, certes, mais avec mes sens exacerbés d'adolescent turgescent, il n'en fallait pas moins pour tout imaginer. Se retrouver avec les Stones dans la cave. Je peux vous dire que Let It Loose a été enregistré un dimanche en fin d'après-midi, par exemple. J'en suis sûr, je m'étais fabriqué l'histoire de A à Z.
Et je peux aussi vous dire que Jagger a flippé grave. Môssieur trainant dans les hauts lieux a vite redressé la barre avec un Goat's Head Soup bien léché. Exile On Main Street est l'adieu des Stones bordéliques et sincères, welcome to the Rolling Stones (c) Company, toutes ces histoires d'Altamont, de Brian Jones, de Gram Parsons, de coke party sur la Côte d'Azur, ça allait bien comme ça. Goat's Head Soup sortirait en 1973, l'année du choc pétrolier et du début de la crise. Celle qui nous amène aujourd'hui même là où nous sommes, Daech et compagnie, le fascisme prêt à mordre et j'en passe et des meilleures. En 1972, à Nellcote, les Stones sont partis en vrille dans une cave qui sentait le salpêtre, comme certains morceaux de l'album, d'ailleurs (Rip This Joint, Ventilator Blues...).
Est-ce que tout ça a vraiment existé, comme le bramerait Johnny sur la 7ème de Beethoven ? Ce putain de CD Bonus sur la réédition d'Exile m'a fait douter. Liberty Valence semblait me rire au nez du haut de son pur-sang.
Et bien oui. Et ce jour est le plus beau jour depuis bien longtemps, à vrai dire. Grâce à ce pauvre bootleg déniché en 30 secondes sur le net, disponible un quart d'heure plus tard sur la bécane, gravé sur un CD cinq minutes après et crachant son son pourri sur ma chaîne dans la minute qui suivit. Tout ça depuis le fond de la Martinique, messieurs dames. Sans même fouiner chez des disquaires obscurs de la capitale.
Avec le fier sentiment d'avoir niqué Big Brother, son aiguille, sa meule de foin et le FBI en passant.
Et de l'écouter, allongé dans la torpeur tropicale, de vibrer à chaque morceau, inédits, versions alternatives, instrumentales, parce que ce putain de jus de bonheur et de passion, il en reste encore. Une note folle de Bobby Keys sur un Sweet Virginia plus péchu que l'original, quelques notes d'un futur Tumbling Dice, sur un Good Time Women qui de facto passera à la trappe, un Let It Loose instrumental, dont on sent que Keith vient de trouver le riff et que les copains rajoutent le piment (aah cette section de cuivres, putaaaaain !), une version d'All Down The Line qu'on jurerait avoir été écrite dans les cinq minutes précédentes, jouée en pilotage automatique façon Brown Sugar, genre, ça on sait faire, alors on voit ce que donne la chanson et quoi, plein d'autres choses encore.
Et surtout ce son : correct, mais sans plus. sentant malgré iTunes la bande magnétique à plein nez, mixage déplorable au casque, bref, le genre de chose que Pro-Tools ne saura jamais faire, et qui m'assure que tout cela n'est pas un hoax. Tout cela a vraiment existé.
Le CD vient de se terminer sur un I'm Going Down d'anthologie. Je me lève, j'éteins l'ordi, je remets le disque.
Putain d'époque de merde.
Je retourne à Nellcote.
Let It Loose.
Et il faut avouer que la stratégie de Big Brother est diablement efficace. Le rocker moyen en avait déjà largement fait les frais à grands coups de bonus tracks à l'heure du CD, puis des remasterisations quand tout fut édité, j'en passe et des meilleures. Pourtant, sommes-nous nombreux à les réécouter, ces bonus tracks ? Nettoyées à grands coups de Pro-Tools, ma pauv' dame, c'est fou ce qu'on peut faire avec l'informatique. Voyez (évitez d'écouter) l'album Love des Beatles, sur lequel le fils de George Martin s'est amusé à tout mélanger, ha ha, hi hi, que c'est drôle. Prout, répondit le coussin péteur, faut arrêter les conneries. Rééditer Sticky Fingers en double CD et ne même pas inclure la version live de Let It Rock réservée aux espagnols qui sous Franco ne devaient pas entendre parler de morphine, c'est quand même un comble, une idiotie, une gaffe, une honte, un gros doigt, quoi. Le problème n'étant pas de pouvoir se procurer le-dit morceau, mais le fait d'effacer d'un revers de manche un pan de l'histoire, alors même que c'est ce qu'on cherche à nous vendre.
L'histoire avait salement débuté avec la réédition d'Exile On Main Street fourguée avec un CD entier de morceaux inédits, craché/juré d'époque. Universal semblait donc pouvoir réécrire l'histoire, et, pourquoi pas, nous sortir un jour l'album inédit enregistré par les Stones au Maroc en 1969. Au hasard. Sauf que, dans les crédits de la pochette, en tout petit, on peut lire que Liza Fischer fait des choeurs sur plusieurs morceaux. Liza Fischer ! Elle n'avait jamais dû tailler une pipe en 1972, peut-être n'était-elle même pas née ? Elle a commencé à se faire mettre la main au cul par Jagger en 1995, à ma connaissance, et le lippu n'aime pas la chair flasque. Alors aux chiottes, le CD.
Car Exile On Main Street, bordel, c'est un disque capital. Un fourre-tout démentiel de se qui se passa sur la Côte d'Azur, à Nellcote, en 1972. Je le sais j'y étais. Enfin, pas loin, au camping Miramar à la Londe-les-Maures, mais quand même, je sais de quoi je parle. Deux disques bricolés à la va comme je te pousse, des bandes retravaillées à LA après l'épisode frenchy, desquelles on a tenté de récupérer des choses par ci par là. Mais il reste ces images mythiques de ce groupe de dingues sur la riviera, les défilés des dealers, les jams de minuit à six heures du matin, les histoires de cul, orchestrées par un Keith Richards maître des lieux mais pas du tout maître de soi. Et tout au long des deux galettes, ce bordel, ce paradis artificiel que devait être la Cave de la villa, transparaît à grosses gouttes, malgré les efforts désespérés de Glyn Johns et l'angoisse de Jagger d'en sortir quelque chose de présentable.
J'ai passé un été entier à maîtriser mes premières décharges hormonales, tenter de juguler les pustules adolescentes qui me voilaient la face, et surtout à écouter, allongé sur mon lit, Exile. Disque 1, Face A puis B puis Disque 2 dans le même ordre. Interdit de zapper pour arriver plus vite à tel ou tel morceau. C'était un excellent exercice pour tromper l'ennui profond d'un mois d'août en Alsace. Et de lire les crédits, là encore : se rendre compte qu'il y avait peut-être, à tout casser, trois ou quatre morceaux sur lesquels les Stones jouaient tous ensemble. Que Richards tenait la basse sur Happy, mais bordel, qu'est-ce qu'il foutait Bill Wyman ? En plus, le petit ami de ma soeur, qui habitait Nice, m'avait montré la fameuse villa. Vue de mes yeux vue, de loin, certes, mais avec mes sens exacerbés d'adolescent turgescent, il n'en fallait pas moins pour tout imaginer. Se retrouver avec les Stones dans la cave. Je peux vous dire que Let It Loose a été enregistré un dimanche en fin d'après-midi, par exemple. J'en suis sûr, je m'étais fabriqué l'histoire de A à Z.
Et je peux aussi vous dire que Jagger a flippé grave. Môssieur trainant dans les hauts lieux a vite redressé la barre avec un Goat's Head Soup bien léché. Exile On Main Street est l'adieu des Stones bordéliques et sincères, welcome to the Rolling Stones (c) Company, toutes ces histoires d'Altamont, de Brian Jones, de Gram Parsons, de coke party sur la Côte d'Azur, ça allait bien comme ça. Goat's Head Soup sortirait en 1973, l'année du choc pétrolier et du début de la crise. Celle qui nous amène aujourd'hui même là où nous sommes, Daech et compagnie, le fascisme prêt à mordre et j'en passe et des meilleures. En 1972, à Nellcote, les Stones sont partis en vrille dans une cave qui sentait le salpêtre, comme certains morceaux de l'album, d'ailleurs (Rip This Joint, Ventilator Blues...).
Est-ce que tout ça a vraiment existé, comme le bramerait Johnny sur la 7ème de Beethoven ? Ce putain de CD Bonus sur la réédition d'Exile m'a fait douter. Liberty Valence semblait me rire au nez du haut de son pur-sang.
Et bien oui. Et ce jour est le plus beau jour depuis bien longtemps, à vrai dire. Grâce à ce pauvre bootleg déniché en 30 secondes sur le net, disponible un quart d'heure plus tard sur la bécane, gravé sur un CD cinq minutes après et crachant son son pourri sur ma chaîne dans la minute qui suivit. Tout ça depuis le fond de la Martinique, messieurs dames. Sans même fouiner chez des disquaires obscurs de la capitale.
Avec le fier sentiment d'avoir niqué Big Brother, son aiguille, sa meule de foin et le FBI en passant.
Et de l'écouter, allongé dans la torpeur tropicale, de vibrer à chaque morceau, inédits, versions alternatives, instrumentales, parce que ce putain de jus de bonheur et de passion, il en reste encore. Une note folle de Bobby Keys sur un Sweet Virginia plus péchu que l'original, quelques notes d'un futur Tumbling Dice, sur un Good Time Women qui de facto passera à la trappe, un Let It Loose instrumental, dont on sent que Keith vient de trouver le riff et que les copains rajoutent le piment (aah cette section de cuivres, putaaaaain !), une version d'All Down The Line qu'on jurerait avoir été écrite dans les cinq minutes précédentes, jouée en pilotage automatique façon Brown Sugar, genre, ça on sait faire, alors on voit ce que donne la chanson et quoi, plein d'autres choses encore.
Et surtout ce son : correct, mais sans plus. sentant malgré iTunes la bande magnétique à plein nez, mixage déplorable au casque, bref, le genre de chose que Pro-Tools ne saura jamais faire, et qui m'assure que tout cela n'est pas un hoax. Tout cela a vraiment existé.
Le CD vient de se terminer sur un I'm Going Down d'anthologie. Je me lève, j'éteins l'ordi, je remets le disque.
Putain d'époque de merde.
Je retourne à Nellcote.
Let It Loose.
Inscription à :
Articles (Atom)








