Rennes ville Rock, c'était diablement vrai, au début des années 1980. Et Marquis de Sade régnait en maître, ce qui peut paraître normal, vu comment le groupe avait su capter son époque, vu le lyrisme tortueux de ses compositions, bien au-dessus de la mêlée d'un Trust caricatural ou d'un Téléphone bien trop classic rock pour plaire à cette belle jeunesse hype et branchée.
N'empêche, ça ne devait pas être drôle, tous les jours, les répètes de Marquis de Sade. Tellement d'émotion, un trip pas franchement fun, une maîtrise absolue des morceaux nécessaire, bref. Sans doute un calvaire pour les musiciens. Et quand on est saxophoniste, c'est forcément qu'on n'est pas complètement indifférent au funk et au fun, même si on adule Coltrane. On a tous besoin de taper du pied, de rigoler de temps en temps. Dont acte.
En 1981, le funk New Yorkais des Talking Heads commençait sérieusement à mettre à mal le rock de l'époque, et la Tina Weymouth prenait même l'air avec son Tom Tom Club et le génial Wordy Rappinghood. Bref, et heureusement, le fun reprit sa place dans la cité Bretonne, et les corbeaux furent un temps priés d'aller croasser ailleurs. Et re-naquit Sax Pustuls. Et toute la rue de Saint-Malo se mit à danser la Danse du Marsupilami. Houba-houba ! Ouf.
Vite récupéré par CBS, le groupe se fendit d'un seul album, l'Avis Des Animaux, mené par le génial Daniel Paboeuf, saxophoniste hors-pair du divin Marquis. Capables de mêler le jazz à la pop synthétique et rigolote de l'époque, de ne pas confondre gaudriole et ambition musicale (on navigue ici entre purs moments free (Emmène-Moi) et déconnade à tous les étages(Sweet Moustique 81, funky en diable)), les Sax Pustuls laisseront un héritage discret mais essentiel. Des années plus tard, la Billy Ze Kick s'en souviendront avec bonheur et tiroir-caisse.
Vite lassé de l'aventure, le business prenant le pas sur la blague de potache, le groupe se désintégra rapidement. Et on pourrait dire, heureusement. Il n'y a rien de plus triste que l'humour de répétition. Les albums successifs et sans intérêt de Billy Ze Kick en témoignent, comme la dilution d'une Lio dans l'indifférence forcément générale.
Mais bon, vu que ça fait bien longtemps qu'on ne l'avait pas raconté, la blague, je vous la propose ici en version Deluxe. Ne riez pas, j'ai mené un travail de rat de discothèque pour trouver l'album, le morceau de la compile Rock'n'Rennes, pour ripper le 45 tours auto-produit original en ma possession, remasteriser légèrement tout cela pour éliminer les fréquences de Nyquist liées aux pauvres mp3 128 kbps que j'ai trouvés (malheureusement sur-compressés par un béotien du vinyl rip).
Voilà donc le produit, unique sur la blogosphère, digitally remastered and expanded by DJeepee. En plus de l'album, donc, la version originale du Marsupilami, sa face B instrumentale (Bas Les Armes), et le très collector Sidérant de la compile sus-mentionnée.
Houba-houba ! (non ?)
PS : Et je lance un appel, pas moyen de retrouver les Anches Doo Too Cool... avis aux archivistes paléographes...
J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.
Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?
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samedi 19 novembre 2011
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