Allez, je l'avoue. Les éventuels lecteurs assidus de ces billets hautement subjectifs car passionnés ont pu constater que j'ai pu avoir la langue lourde et pataude vis-à-vis de
Led Zeppelin, dirigeable que j'ai souvent eu l'occasion de présenter comme une baudruche dégonflée, laissant croire que je n'avais guère d'atomes crochus pour l'autre bande à l'autre
Jimmy, ce qui est ma fois faux. Alors pourquoi tancer vertement des êtres aussi chéris ? Pour ne pas hurler avec les loups ? Certes, face à
Plant, j'aurais plutôt l'air d'un teckel diabétique... Mais va savoir, au fond je crois qu'il s'agit tout simplement de jalousie. Dieu sait si j'ai pu rêver en les écoutant alors que j'étais encore bourgeonnant, et peut-être le fait que me voilà sur la pente douce du flétrissement programmé, façon
Lucy Jordan, je me rends compte que je ne remplirai jamais ni le Madison Square Garden ni la salle des fêtes de Brie-Comte-Robert armé d'une Gibson Lespaul saignante que je ferais hurler dans la nuit en attendant que les groupies se précipitent dans ma loge.
Tenez, c'est à 47 ans que j'ai daigné essayé d'apprendre à jouer le riff de
Black Dog sur mon Epiphone made in Korea branchée sur Marshall à transistor. Peut-être que je me réconcilie avec ces dinosaures sacrés autant qu'avec moi-même, allez savoir.
Alors je me rattrape et malgré l'heure tardive, en parallèle de mon apologie des
Queens Of The Stone Age, je sors mon joyau de ma discothèque et m'apprête à vous le livrer en tranches. Et puisque la symbolique me porte, il doit s'agir du dernier bootleg pour lequel j'ai dégaîné le porte-monnaie - un coffret 12 CD assorti d'un anecdotique DVD - mais quel objet !
The Ultimate Studio Sessions ! Quand je vois les prix atteints par la Chose sur ebay, je me dis que finalement, moi aussi j'ai peut-être investi un jour (je suis l'heureux possesseur du coffret N°4/500). Voici donc
Led Zeppelin dans l'intimité des studios, tâtonnant, déconnant parfois, aux limites de l'autosatisfaction aussi, bref, des êtres humains, non plus des monstres sacrés. Eh oui,
Led Zeppelin IV n'est pas sorti de la cuisse perfide d'
Aleister Crowley, c'est un disque qui a été enregistré comme le dernier
Gérard Lenorman, tout pareil, mais sans Pro Tools. Incroyable, non ?
Vous me direz que j'aurais pu faire façon
Keith Michards, un
This Is... compilant tout cela en un modeste CD, laissant de côté les redites, les anecdotes, pour ne sortir du sac de sable que les quelques diamants qu'il recelle (car diamants il y a, que oui !). Eh ben non. Car voyez-vous, j'ai toujours eu horreur des compilations en bootleg. Ah oui ! Un pirate, savez-vous, ça se déguste, on lui lèche les os comme à un poulet, on nettoie la carcasse, on mange salement mais c'est bien comme cela qu'on l'apprécie. Bref, c'est pas du cordon bleu de chez le Père Dodu, et faut pas avoir peur des vilains morceaux, ils s'en dégage parfois un suc irrésistible qu'on ne saurait deviner autrement. Alors qu'à l'inverse, le merveilleux
Keith nous met l'eau à la bouche pour des plats bien plus copieux, mais on ne parle pas de la même chose.
Bien sûr, ça peut lasser un tant soi peu, aussi distillerai-je la chose avec parcimonie. Car si vous y trouverez de l'ivresse, le coffret contient aussi son lot d'ivraie. Et je sais bien que le week-end va être pourri, mais je vous connais : 12 CD d'un coup, vous zapperiez, malotrus. Et point de pigs before swines ici, siouplait. Vous aurez droit à tout, mais petit à petit. Les
Untitled Instrumental de la take 1 à la take 27, car, imaginez-vous, puisque vous ne pouviez pas vous en douter, la take 24 est justement fabuleuse. Au risque des coïts interrompus : voilà que ça balance et hop ça s'arrête. Le vieux con qui ne sommeille que trop peu en moi vous dirait que ces quelques secondes vaudraient pourtant de l'or chez certains revivalistes boutonneux que je ne nommerai pas. Ceux qui trépideraient d'impatience peuvent compulser
l'excellent article ici présent, ça m'évitera de faire l'historien tout au long de cette aventure.
Alors, comme dirait mon co-locataire, enjoie !
On commence par le volume 1, donc, avec la mémorable take 1 de
You Shook Me, et l'on comprend mieux en l'écoutant, que le premier album du dirigeable fut (eut pu être) enregistré en 48 heures chrono vu l'inspiration des jeunots. Même si cela relève d'avantage de la légende puisqu'ici les sessions datent de septembre et octobre 1968. Sans compter
Babe Come On Home, avec ses choeurs soul à souhait, pas trop dans l'esprit
corones avanti de l'album, mais qui vaut son pesant de sueur et de larmes. Et puis, justement, l'Untitled Instrumental, dont le petit jeu consiste à se demander ce qu'il aurait pu devenir, voire ce qu'il est devenu au final. Je n'en dirai pas plus, je ne déflorerai pas votre curiosité.
Allez, je vous autorise à zapper
Moby Dick, on n'a plus l'âge de se fader des soli de batterie, hein. Consolez-vous plutôt sur le
Sugar Mama de juin 1969, les aficionados y découvriront une rythmique du feu de Dieu qui deviendra du feu de Thor dans
Immigrant Song quelques mois plus tard.
Car malheureusement, autant le dire de suite, il ne reste guère que pouic des sessions du 2ème album, puisqu'on glissera très vite, dès le prochain épisode, vers la fameuse Headley Grange et les sessions du 3ème album, qui réserveront leur lot de surprises, mais pour aujourd'hui, je vous laisse le soin d'embobiner Madame avec
Babe Come On Home.
Allez, il est bien tard
baby, I'm Gonna Leave You.
Tracklisting :
Olympic Studios, London, UK sept. 20 - Oct. 10, 1968
Baby I'm Gonna Leave You (take 8)
Babe I'm Gonna Leave You (take 9)
You Shook Me (take 1)
Babe Come On Home (take 1)
Babe Come On Home (take 2)
Babe Come On Home (take 3)
Olympic Studios, London, Oct. 1968
Untitled Instrumental (take 1)
Untitled Instrumental (take 2)
Untitled Instrumental (take 3)
Untitled Instrumental
Untitled Instrumental (take 4)
Untitled Instrumental
Untitled Instrumental (take 7)
Mirror Sound Studios, Los Angeles, May 1969
Moby Dick
Moby Dick
Morgan Studios, London, June 1969
Sugar Mama