J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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samedi 13 mai 2017

# 204 : The Knack "GetThe Knack"

Vous connaissez tous sans doute l'allégorie de La Lettre Volée d'Edgar Poe : il n'y a meilleur endroit, pour cacher quelque chose, que de le laisser bien en évidence, à la portée de tout un chacun. Enter The Knack. Mais oui ! M-m-m my sharoooona ! J'en imagine déjà s'étrangler avec leur sandwich aux rillettes, d'autres se laisser aller à d'autres souvenirs de air-guitar : Eye Of The Tiger, par exemple. Et puis ce nom, des plus ridicules, surtout pour les plus lorrains d'entre nous. Et puis leurs tronches en biais sur la pochette de l'album. L'album ? Oui, dans lequel la-dite sharona n'apparaît qu'en face B. Avec 11 autres chansons autour.

Eh bien là, en 2017, j'ai écouté l'album. Vous devez vous dire que je n'ai sans doute rien de mieux à faire ? Ben disons que le live des Flaming Lips m'a gonflé autant que le dernier Radiohead, en plus - pour le coup - de me rendre triste. Gâchis. Que je venais de m'écouter la 6ème symphonie de Mahler dirigée par Boulez et que donc, hein, un peu de futilité, parfois...

Et paf. Là, sans la pochette, sans se salir les doigts à toucher ce moche objet (mon dieu, leurs têtes !), et bien j'ai passé un bien agréable moment. Souvenez-vous, 1979. Les punks avaient un peu constipé Yes, Emerson, Truc et Bidule, et tout le monde s'en portait mieux. Qui plus est, de charmantes mélodies venaient peupler la vigueur des Elvis Costello, Jam et autres britons clairvoyants. Et là-bas, en Californie (d'où peuvent-ils venir, ailleurs que de Californie), on n'avait rien oublié des symphonies de poche de Brian Wilson, on croulait évidemment sous les millions de disques de Fleetwood Mac et des Eagles, mais bon, on écoutait la radio FM.

Alors en 2017, que dire d'un groupe concentré sur la guitare, la basse et la batterie, sans aucun clavier de m..., qui balancerait des petites chansons qu'on retient vite, avec une nervosité que ne renierait pas - encore une fois - l'Elvis Costello de This Year's Model ou Armed Forces. Teriblement bien produit (on leur fait confiance, aux californiens, pour ce qui est de défoncer la bande FM), pas trop de soli de guitare, du riff, bon dieu, du riff ! Une basse élastique comme un marsupilami ! J'aime, comme on dit sur les réseaux sociaux.

Il faut dire qu'en 2017, après avoir élu un jeune banquier qui bouffe à tous les rateliers de manière totalement décomplexée, l'époque est parfaite pour tout oser : Les Inrocks parlent avec dévotion du Rumours de Fleetwood Mac, comme Ungemuth dans Rock & Folk. C'est cool, tendance, d'écouter le songwriting de Lindsey Buckingham, en 2017. C'est hype, ces mecs défoncés à la coke, se nettoyant les glandes dans des baignoires de champagne. Ca t'as le goût de la nostalgie, quand être rock'n'roll ça pouvait signifier gagner plein de fric à rien foutre, se tamponner la couche d'ozone dans le réchauffement climatique et se foutre de la disparition prochaine du triton crêté comme de sa première groupie.

Serais-je dans le même état d'esprit ? Car en effet je ne pousse pas (toujours) la nostalgie à adorer ce que j'avais méprisé à cette jeune époque où mes 13 ans ne se préoccupaient pas du prochain rendez-vous chez le gastro-entérologue. Bien sûr qu'il y a de bonnes chansons chez Fleetwood Mac ! Le problème a toujours été qu'on oubliait un peu qu'il n'y avait pas que Fleetwood Mac. De même, il n'y avait pas que My Sharona. Sur les douze titres de l'album, y'en a bien huit de bons, et le reste de largement supportable. Et, ma pauv' dame, c'est quand même bien triste d'aller déterrer un cadavre peu fréquentable qui pourrit depuis 1979 pour se mettre un peu de pop légère sous les écoutilles.

Alors à défaut (et ô combien j'aurais aimé) de me pâmer sur le dernier Flaming Lips, je monte un peu le volume et j'écoute les andouilles sponsorisées par Herta (et tout autre calembour vaseux leur conviendra parfaitement) par ce beau samedi ensoleillé. Le ridicule ne tue pas, il fait par contre parfois sacrément taper du pied. Essayez vous-même.

Get The Knack !

12 commentaires:

  1. Pour ça je peux te faire confiance, un véritable filtre à bonnes chansons, connues ou pas, tu t'en fous. Imagine que j'adore quand la conversation légère tombe sur la nostalgie et le ska. "Tu te souviens de Madness" entends-je? Et moi de dire "ha mais ils continuent" "ho, ha bon, et ils font quoi maintenant?" Et là, paf le clip de "Never Knew Your Name" parce qu'un jour le JPD il a dit "écoutez moi ça" Alors forcément quand tu proposes les Knack, je fais confiance (j'ai replongé chez Cheap Trick, alors j'ai la souplesse cérébrale qu'il faut) ... Si tu as encore un truc à nous faire écouter, n'hésite aps. Mais si tu détestes un truc, vas y aussi, c'est trop drole même si je me fais le dernier Dylan avec pleasure en alternant d'autres versions, ça me fait de chouettes soirées électorales. Ciao

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  2. La même année, il y avait un "petit" groupe sympatoche qui avait fait la une des hit-parades avant de s'évaporer dans les limbes du temps qui passe. Ce groupe, c'est The Motels et leur premier disque était un peu à l'image de ce que tu décris : rempli de bonnes chansons, bien écrites, bien jouées, pleines de jus et pas trop "prise de tête".
    C'est l'occasion de mettre en lumière ces artistes trop vite oubliés

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    1. The Motels, c'était "Airport" ou je me trompe ?

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    2. Nan, nan... Airport c'est The Motors. The Motels c'est d'abord Madame Martha Davis. Pas mal d'album chouette. Moins enlevé que The Knack, plus Pop avec une petite dose de "noirceur"... Mais c'est peut-être moi et mon fantasme de Californie

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    3. Leur grand succès de l'année était "Total Control"

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  3. J'avoue ne pas connaitre les 8 bons titres de cet album que je n'ai jamais écouté mais My Sharona, je ne déteste pas l'entendre de temps en temps. J4ai ça sur une compile spéciale soirée entre potes qui ont envie de bouger les jambes.
    Un bon morceau pop, simple, un peu régressif, qui ne se prend pas au sérieux, je ne pas [plus] dessus.
    Du coup je suis curieux d'entendre ce qu'ils avaient mis autour.

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  4. Tu devrais relire la chronique de Ungemuth, il n'y a vraiment pas la dévotion lue dans les Inrocks.
    A quand un post de l'influence majeure du Knack: The Rubettes!
    Franchement, dans le genre power pop, il y a quand même beaucoup mieux.

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    1. C'est pas comme ça que je l'ai ressentie, et mon ressentiment vaut bien le tien. Je te laisse poster les Rubettes, chacun fait ce qu'il veut chez lui. Et non, je trouve que The Knack c'est très très bon, je respecte ton avis, mais je n'aime pas les vérités suprêmes.

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    2. Ton ressentiment vaut effectivement le mien et je n'ai pas eu l'impression d'afficher des vérités suprêmes, juste de donner mon point de vue. J'espère qu'on n'est pas obligé d'être du même avis que toi pour déposer un commentaire!

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