J'ai acheté des CD depuis 1986 (et plein de vinyles avant), j'y ai mis énormément d'argent. J'en ai souvent racheté (remasterisations, bonus tracks...) et aujourd'hui tout ça ne vaut plus rien. Les rayons se vident au profit des DVD, des blu-ray disc (tout pour les yeux, rien pour les oreilles), en attendant le prochain format.

Et pourtant... c'était pas beau tout ça ?


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jeudi 22 novembre 2018

#219 : Tommy Jarrell - The Legacy Of Tommy Jarrell volume 3 - Come And Go With Me

Ce post, c'est un verre de bootleg whiskey directement issu de Caroline du Nord, que vous vous envoyez dans le gosier. Ca vient même directement de la région de Mount Airy, quelques centaines d'âme, et là-bas on ne rigole pas quand on joue du banjo. Ni du violon, d'ailleurs, et c'est souvent les deux à la fois. Ici, on ne connaît ni Earl Scruggs, ni Bela Fleck, ni les autres virtuoses qui passent à la radio. On est pas là pour amuser le Grand Ole Opry. Ici, on joue du clawhammer banjo. On prétend pas que le banjo est un instrument américain, on sait très bien ce qu'on doit aux noirs qui sont arrivés du sud après l'abolition. On leur a donné autant qu'ils nous ont apporté. On était irlandais, après la Grande Famine on a débarqué à New York mais on a vite compris que si on espérait gagner trois dollars fallait partir dans les mines de charbon. Et après une journée de boulot tu sais plus si t'es blanc ou noir, et qu'est-ce que ça peut faire. On s'est tous retrouvés au même endroit parce que personne voulait de nous.

Et on a même réussi  éviter le Folk Revival, il y a 60 ans. On est pas des marionnettes ni des guignols. On joue du banjo. Après, bon, y'a bien eu quelques hurluberlus venus jusqu'ici nous enregistrer. C'est eux qui voyaient, nous, on allait quand même pas bouger de là.

Moi, Tommy Jarrell, j'ai appris à pas mal de gosses à jouer du banjo - et du violon. Parce que si tu veux jouer avec un violoniste et que tu sais pas ce qu'il fait t'es un comique. Et réciproquement. Ici, on s'écoute. Bref, j'avoue qu'il y a eu pas mal de monde à venir m'écouter, dans les années 1970. Certains d'entre eux étaient sympas. Je me suis toujours demandé pourquoi ils s'intéressaient à ma musique de hillbilly, mais bon, chacun ses affaires. J'étais pas Hank Williams, moi, j'ai bossé toute ma vie. Dans les bagnoles. Et puis à force de voir ces gamins affluer, j'ai même eu une médaille de Washington (je sais plus trop pourquoi, je suis mort maintenant, je me repose). Paraît même que ma version de Little Maggie figure à l'Institut Smithsonian. Cette blague. Mais bon, c'est vrai, le banjo, fallait pas m'en montrer. Qu'est-ce qu'on s'est fait plaisir avec mon pote Fred Cockerham. On alternait, tu vois. Passe-moi le banjo, tiens prends le violon sur la prochaine et tout ça. Le banjo, ça repose les doigts et le coude, c'est chaud le violon. Et inversement, enfin, c'est pareil ces deux trucs, ça fait pas des notes comme à la Ville, ça fait juste danser.

Et des fois, même, je chantais ces vieux trucs. Déjà que j'étais vieux, mais ces machins, je savais même pas d'où ça venait. Mes grands-parents les connaissaient déjà. John Henry, bon dieu, mort un marteau à la main. A construire des voies ferrées pour explorer ce pays. Je sais pas si c'est vrai cette histoire mais les ens l'aimaient bien. Et puis quelle importance. Des p'tites Maggie, il en court plein les rues. Trop belles, trop jeunes, trop connes. Elles finissent toutes pareilles. Manque de religion, je dis. Quoique, de là où je te parle, le bon dieu je l'ai pas vu, même pas entendu. C'est même pas moi qui te parle, c'est un p'tit gars qui écrit ce truc, il se démerde pas trop mal au banjo d'ailleurs, il fait que ça aussi faut dire. Peut-être qu'à son époque, là, maintenant, y'a pas ou plus grand chose d'intéressant ?

Alors si ça vous tente, je peux vous en jouer quelques unes. Excusez pour la voix, ils m'avaient demandé de chanter, c'est pas mon truc mais bon, ça avait l'air de leur faire plaisir aux gamins qui sont venus me voir, quand j'étais encore vivant, dans les années 1970. Euh... je suis désolé, ça doit vous changer quand même de la radio, non ? Je serais vous j'en boirais encore un petit verre, de ce moonshine-là, ça vous détendra les acoustilles, les vivants. Z'êtes sûrs ? OK, ben alors je joue.

Come And Go With Me


6 commentaires:

  1. Mince, il faut que j'accélère, je n'ai pas encore trouvé le temps d'écouter le John Hartford.

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  2. Celui-ci est raide je te préviens !

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    1. Fichtre, ça joue! Bon, quand on n'est pas spécialement amoureux de l'instrument, ça peut éventuellement lasser un tout petit peu sur la longueur, mais c'est de la bonne!

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  3. "Passe-moi le banjo...le banjo, ça repose les doigts et le coude..."
    ben voyons, tellement évident !
    Je revois encore le vieil hurluberlu dancer sur "Duelin' banjo" dans
    le film de Boorman "Délivrance", ce moment de détente avant l'enfer!
    Shelter from the Storm !!
    Vrai, on est loin du Grand Ole Opry ici, et c'est sûr que c'est raide,
    mais avec une bonne bouteille de gnôle à côté...C'est de saison ! Thx

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    1. Hola jhel on est pas dans le bluegrass ici. On est dans le vrai ! Enjoy.

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  4. Je veux t'envoyer de la musika mais je n'ai pas ton adresse pour la box. - LaRouge

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